Generated for (University of
Chicago)
on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl.
Madame de Stael - De l'Allegmagne
juge?
s qui, se combinant avec la grande liberte?
que la socie?
te?
leur laisse, ont amene? beaucoup de maux.
On a raison d'exclure les femmes des affaires politiques et
civiles; rien n'est plus oppose? a` leur vocation naturelle que tout
ce qui leur donnerait des rapports de rivalite? avec les hommes,
et la gloire elle-me^me ne saurait e^tre pour une femme qu'un
deuil e? clatant du bonheur. Mais si la destine? e des femmes doit
consister dans un acte continuel de de? vouement a` l'amour con-
jugal, la re? compense de ce de? vouement, c'est la scrupuleuse fi-
de? lite? de celui qui en est l'objet.
La religion ne fait aucune diffe? rence entre les devoirs des deux
e? poux, mais le monde en e? tablit une grande; et de cette diffe? -
rence nai^t la ruse dans les femmes, et le ressentiment dans les
hommes. Quel est le coeur qui peut se donner tout entier, sans
vouloir un autre coeur aussi tout entier? Qui donc accepte de
bonne foi l'amitie? pour prix de l'amour? qui promet since`rement,
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 500 DE L'AMOUR DANS LE MARIAGE.
la constance a` qui ne veut pas e^tre fide`le? Sans doute la religion
peut l'exiger, car elle seule aie secret de cette contre? e myste? -
. rieuse ou` les sacrifices sont des jouissances; mais qu'il est in-
juste , l'e? change que l'homme se propose de faire subira` sa com-
pagne!
<< Je vous aimerai, dit-il, avec passion deux ou trois ans, et
<< puis , au bout de ce temps, je vous parlerai raison. >> Et ce
qu'ils appellent raison, c'est le de? senchantement de la vie. <<Je
<< montrerai dans la maison de la froideur et de l'ennui ; Je ta^cherai
<< de plaire ailleurs : mais vous qui avez d'ordinaire plus d'ima-
<<gination et de sensibilite? que moi, vous qui n'avez ni carrie`re
ni distraction, tandis que le monde m'en offre de toute espe`ce;
<< vous qui n'existez que pour moi, tandis que j'ai mille autres
pense? es, vous serez satisfaite de l'affection subordonne? e,
glace? e, partage? e, qu'il me convient de vous accorder, et vous
<< de? daignerez tous les hommages qui exprimeraient des senti-
<< ments plus exalte? s et plus tendres. >>
Quel injuste traite? ! tous les sentiments humains s'y refusent.
Il existe un contraste singulier entre les formes de respect envers
les femmes, que l'esprit chevaleresque a introduites en Europe, et
la tyrannique liberte? queles hommes se sontadjuge? e. Cecontraste
produit tous les malheurs du sentiment, les attachements ille? gi-
times , la perfidie, l'abandon et le de? sespoir. Les nations germa-
niques ont e? te? moins atteintes que les autres par ces funestes ef-
fets; mais elles doivent craindre a` cet e? gard l'influence qu'exerce
a` la longue la civilisation moderne. Il vaut mieux renfermer les
femmes comme des esclaves, ne point exciter leur esprit ni leur
imagination, que de les lancer au milieu du monde, et de de? -
velopper toutes leurs faculte? s, pour leur refuser ensuite le bon-
heur que ces faculte? s leur rendent ne? cessaire.
Il y a dans un mariage malheureux une force de douleur qui
de? passe toutes les autres peines de ce monde. L'a^me entie`re
d'une femme repose sur l'attachement conjugal: lutter seul
contre le sort, s'avancer vers le cercueil sans qu'un ami vous
soutienne, sans qu'un ami vous regrette, c'est un isolement dont
les de? serts de l'Arabie ne donnent qu'une faible ide? e; et quand
tout le tre? sor de vos jeunes anne? es a e? te? donne? en vain, quand
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? ni' L'AMOUR DANS LE MARIAGE. 501
vous n'espe? rez plus pour la fin de la vie le reflet de ces premiers
rayons, quand le cre? puscule n'a plus rien qui rappelle l'aurore,
et qu'il est pa^le et de? colore? comme un spectre livide, avant-cou-
reur de la nuit, votre coeur se re? volte, il vous semble qu'on vous
a prive? e des dons de Dieu sur la terre; et si vous aimez encore
celui qui vous traite en esclave, puisqu'il ne vous appartient
pas et qu'il dispose de vous, le de? sespoir s'empare de toutes les
faculte? s, et la conscience elle-me^me se trouble a` force de mal-
heur.
Les femmes pourraientadresser a`l'e? poux qui traite le? ge`rement
leur destine? e, ces deux vers d'une fable:
Oui, c'est un jeu pour vous;
Mais c'est la mort pour nous.
Et tant qu'il ne se fera pas dans les ide? es une re? volution quel-
conque, qui change l'opinion des hommes sur la constance que
leur impose le lien du mariage, il y aura toujours guerre entre
les deux sexes, guerre secre`te, e? ternelle, ruse? e, perfide, et dont
la moralite? de tous les deux souffrira.
En Allemagne, il n'y a gue`re dans le mariage d'ine? galite? entre
les deux sexes; mais c'est parce que les femmes brisent aussi
souvent que les hommes les noeuds les plus saints. La facilite? du
divorce introduit dans les rapports de famille une sorte d'anar-
chie quine laisse rien subsister dans sa ve? rite? ni dans sa force. Il
vaut encore mieux, pour maintenir quelque chose de sacre? sur
la terre, qu'il y ait dans le mariage une esclave que deux esprits
forts.
La purete? de l'a^me et de la conduite est la premie`re gloire
d'une femme. Quel e^tre de? grade? ne serait-elle pas, sans l'une
et sans l'autre! Mais le bonheur ge? ne? ral et la dignite? de l'espe`ce
humaine ne gagneraient pas moins peut-e^tre a` la fide? lite? de
l'homme dans le mariage. En effet, qu'y a-t-il de plus beau
dans l'ordre moral qu'un jeune homme qui respecte cet auguste
lien? L'opinion ne l'exige pas de lui, la socie? te? le laisse libre;
une sorte de plaisanterie barbare s'attacherait a` fle? trir jusqu'aux
plaintes du coeur qu'il aurait brise? , car le bla^me se tourne fa-
cilement contre les victimes. Il est donc le mai^tre, mais il
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? SOS DE L'AUOUR DANS LE MARUGE.
t'impose des devoirs; nul inconve? nient ne peut re? sulter pour
lui de ses fautes; mais il craint le mal qu'il peut faire a` celle
qui s'est confie? e a` son coeur, et la ge? ne? rosite? l'enchai^ne d'au-
tant plus que la socie? te? le de? gage.
La fide? lite? est commande? e aux femmes par mille conside? ra-
tions diverses; elles peuvent redouter les pe? rils etles humilia-
tions, suites ine? vitables d'une erreur; la voix de la conscience
est la seule qui se fasse entendre a` l'homme; il sait qu'il fait
souffrir, il sait qu'il fle? trit par l'inconstance un sentiment qui
doit se prolonger jusqu'a` la mort et se renouveler dans le ciel:
seul avec lui-me^me, seul au milieu des se? ductions de tous les
genres, il reste pur comme un ange; car, si les anges n'ont pas
e? te? repre? sente? s sous des traits de femme, c'est parce que l'union
de la force avec la purete? est plus belle et plus ce? leste encore
que la modestie me^me la plus parfaite dans un e^tre faible.
L'imagination, quand elle n'a pas le souvenir pour frein,
de? tache de ce qu'on posse`de, embellit ce qu'on craint de ne pas
obtenir, et fait du sentiment une difficulte? vaincue : mais, de
me^me que dans les arts, les difficulte? s vaincues n'exigent point
de vrai ge? nie. Dans le sentiment, il faut de la se? curite? pour
e? prouver ces affections ' gage de l'e? ternite? , puisqu'elles nous
donnent seules l'ide? e de ce qui ne saurait finir.
Le jeune homme fide`le semble chaque jour pre? fe? rer de nou-
veau celle qu'il aime; la nature lui a donne? une inde? pendance
sans bornes, et de longtemps du moins il ne saurait pre? voir
les jours mauvais de la vie :son cheval peut le porter au bout
du monde; la guerre, dont il est e? pris, l'affranchit au moins
momentane? ment des relations domestiques, et semble re? duire
tout l'inte? re^t de l'existence a` la victoire ou a` la mort. La terre
lui appartient, tous les plaisirs lui sont offerts, nulle fatigue ne
l'effraie, nulle association intime ne lui est ne? cessaire; il serre
la main d'un compagnon d'armes, et le lien qu'il lui faut est
forme? . Un temps viendra sans doute ou` la destine? e lui re? ve? lera
ses terribles secrets; mais il ne peut encore s'en douter. Cha- 'que fois qu'une nouvelle ge? ne? ration entre en possession de son
domaine, ne croit-elle pas que tous les malheurs de ses devan-
ciers sont venus de leur faiblesse? ne se persuade-t-elle pas
? ?
Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DES ECRIVAINS MOBALISTKS. 503
qu'ils sont ne? s tremblants et de? biles, comme on les voit main-
tenant? Eh bien, du sein me^me de tant d'illusions, qu'il est
vertueux et sensible, celui qui veut se vouer au long amour,
lien de cette vie avec l'autre! Ah! qu'un regard fier et ma^le est
beau , lorsqu'en me^me temps il est modeste et pur! On y voit
passer un rayon de cette pudeur, qui peut se de? tacher de la cou-
ronne des vierges saintes, pour parer me^me un front guerrier.
Si le jeune homme veut partager avec un seul objet les jours
brillants de sa jeunesse, il trouvera sans doute parmi ses con-
temporains des railleurs qui prononceront sur lui ce grand mot
de duperie, la terreur des enfants du sie`cle. Mais est-il dupe, le
seul qui sera vraiment aime? ? car les angoisses ou les jouissances
de l'amour-propre forment tout le tissu des affections frivoles
et mensonge`res. Est-il dupe, celui qui ne s'amuse pas a` trom-
per pour e^tre a` son tour plus trompe? , plus de? chire? peut-e^tre que
sa victime? est-il dupe, enfin, celui qui n'a pas cherche? le bon-
heur dans les mise? rables combinaisons de la vanite? , mais dans
les e? ternelles beaute? s de la nature, qui parlent toutes de cons-
tance , de dure? e et de profondeur?
Non, Dieu a cre? e? l'homme le premier, comme la plus noble
des cre? atures, et la plus noble est celle qui a le plus de devoirs.
C'est un abus singulier de la pre? rogative d'une supe? riorite? natu-
relle, que dela faire servir a` s'affranchir des liens les plus sa-
cre? s , tandis que la vraie supe? riorite? consiste dans la force de
l'a^me ; et la force de l'a^me, c'est la vertu.
CHAPITRE XX.
ne<< e? crivains moralistes de l'ancienne e? cole ,-en Allemagne.
Avant que l'e? cole nouvelle eu^t fait nai^tre, en Allemagne, deux
penchants qui semblent s'exclure, la me? taphysique et la poe? sie .
la me? thode scientifique et l'enthousiasme, il y avait des e? cri-
vains qui me? ritaient une place honorable a` co^te? des moralistes anglais. Mendelsohn, Garve, Sulzer, Engel, etc. , ont e? crit sur
les sentiments et les devoirs avec sensibilite? , religion et can-
deur. On ne trouve point dans leurs ouvrages cette inge? nieuse
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? . SOI DES ECRIVAINS MORAL1STES.
connaissance du monde qui caracte? rise les auteurs franc? ais, la
Rochefoucauld, la Bruye`re, etc. Les moralistes allemands pei-
gnent la socie? te? avec une certaine ignorance, inte? ressante d'a-
bord, mais a` la fin monotone.
Garve est celui de tous qui a mis le plus d'importance a` bien
parler de la bonne compagnie, de la mode, de la politesse, etc. Il
y a dans toute sa manie`re de s'exprimer a` cet e? gard, une tre`s-grande envie de se montrer un homme du monde, de savoir la
raison de tout, d'e^tre avise? comme un Franc? ais, et dejuger avec
bienveillance la cour et la ville; mais les ide? es communes qu'il
proclame dans ses e? crits sur ces divers sujets, attestent qu'il
n'en sait rien que par oui? -dire, et n'a jamais bien observe? tout
ce que les rapports de la socie? te? peuvent offrir d'aperc? us fins et
de? licats.
Lorsque Garve parle dela vertu, il montre des lumie`res pu-
res et un esprit serein : il est surtout attachant et original dans
son traite? de la Patience. Accable? par une maladie cruelle, il
sut la supporter avec un admirable courage; et tout ce qu'on a
senti soi-me^me inspire des pense? es neuves.
Mendclsohn, juif de naissance, s'e? tait voue? , du sein du
commerce, a` l'e? tude des belles-lettres et de la philosophie,
sans renoncer en rien a` la croyance ni aux rites de sa religion;
admirateur since`re duPhe? don, dont il fut le traducteur, il en
e? tait reste? aux ide? es et aux sentiments pre? curseurs de Je? sus-Christ; nourri des Psaumes et de la Bible, ses e? crits conser-
vent le caracte`re dela simplicite? he? brai? que. Il se plaisait a` ren-
dre la morale sensible par des apologues, a` la manie`re orien-
tale, et cette forme est su^rement celle qui plai^t davantage, en
e? loignant des pre? ceptes le ton de la re? primande.
Parmi ces apologues, j'en vais traduire un qui me parai^t re-
marquable. << Sous le gouvernement tyrannique des Grecs, il
<< fut une fois de? fendu aux Israe? lites, sous peine de mort,
<< de lire entre eux les lois divines. Rabbi Akiba, malgre? cette
<< de? fense, tenait des assemble? es ou` il faisait lecture de cette loi.
<< Pappus le sut et lui dit: Akiba, ne crains-tu pas les menaces
de ces cruels? -- Je veux te raconter une fable, re? pondit le
<< Rabbi. -- Un renard se promenait sur le bord d'un fleuve ,
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DKS ECRIVAI1NS MO1ULISTES, 505
<< et vit les poissons qui se rassemblaient avec effroi dans le
fond de la rivie`re. -- D'ou` vient la terreur qui vous agite ? dit
<< le renard. --Les enfants des hommes, re? pondirent les pois-
<<sons, jettent leurs fllets dans les flots, afm de nous prendre,
et nous ta^chons de leur e? chapper. -- Savez-vous ce qu'il faut
faire? dit le renard; venez-la`, sur le rocher, ou` les hommes
ne sauraient vous atteindre. -- Se peut-il, s'e? crie`rent les pois-
<<sons, que tu sois le renard , estime? le plus prudent entre les
<< animaux? tu serais le plus ignorant de tous, si tu nous don-
<< nais se? rieusement un tel conseil. L'onde est pour nous l'e? le? -
>> ment de la vie; et nous est-il possible d'y renoncer, parce
<< que des dangers nous menacent! -- Pappus, l'application de
<< cette fable est facile : la doctrine religieuse est pour nous la
source de tout bien; c'est par elle, c'est pour elle seule que
nous existons; du^t-on nous poursuivre dans son sein, nous
ne voulons point nous soustraire au pe? ril, en nous re? fugiant
dans la mort. >>
La plupart des gens du monde ne conseillent pas mieux que
le renard: quand ils voient les a^mes sensibles agite? es par les
peines du coeur, ils leur proposent toujours de sortir de l'air,
ou` est l'orage, pour entrer dans le vide qui tue.
Engel, comme Mendelsohn, enseigne la morale d'une ma-
nie`re dramatique. Ses fictions sont peu de chose; mais leur rap-
port avec l'a^me est intime. Dans l'une, il peint un vieillard
devenu fou par l'ingratitude de son fils, et le sourire du vieil-
lard, pendant qu'on raconte son malheur, est de? crit avec une
ve? rite? de? chirante. L'homme qui n'a plus la conscience de lui-
me^me fait peur, comme un corps qui marcherait sans vie.
<< C'est un arbre, dit Engcl, dont les branches sont desse? che? es;
<< ses racines tiennent encore a` la terre, mais de? ja` son sommet
<< est atteint par la mort. >> Un jeune homme, a` l'aspect de ce
malheureux, demande a` son pe`re s'il est ici bas une plus af-
freuse destine? e que celle de ce pauvre fou? Toutes les souffran-
ces qui tuent, toutes celles dont notre propre raison est le te? -
moin, ne lui semblent rien a` co^te? de cette de? plorable ignorance
de soi-me^me. Le pe`re laisse son fils de? velopper tout ce que cette
situation a d'horrible ; puis tout a` coup il lui demande si celle M*IUHK DE -UN. . 43
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 50B DES RCRIVAINS MORALISTES.
du criminel qui l'a cause? e n'est pas encore mille fois plus redou-
table. La gradation des pense? es est tre`s-bien soutenue dans ce
re? cit, et le tableau des angoisses de l'a^me est assez e? loquem-
ment repre? sente? pour redoubler l'effroi que doit causer la plus
terrible de toutes, le remords.
J'ai cite? ailleurs le passage de la Messiade , ou` le poe`te sup-
pose que dans une plane`te e? loigne? e, dont les habitants e? taient
immortels, un ange venait apporter la nouvelle qu'il existait
une terre ou` les cre? atures humaines e? taient sujettesa` lamort.
Klopstock fait une peinture admirable de l'e? tonnement de ces
e^tres, qui ignoraient la douleur de perdre les objets de leur
amour: Engel de? veloppe avec talent une ide? e non moins frap-
pante.
leur laisse, ont amene? beaucoup de maux.
On a raison d'exclure les femmes des affaires politiques et
civiles; rien n'est plus oppose? a` leur vocation naturelle que tout
ce qui leur donnerait des rapports de rivalite? avec les hommes,
et la gloire elle-me^me ne saurait e^tre pour une femme qu'un
deuil e? clatant du bonheur. Mais si la destine? e des femmes doit
consister dans un acte continuel de de? vouement a` l'amour con-
jugal, la re? compense de ce de? vouement, c'est la scrupuleuse fi-
de? lite? de celui qui en est l'objet.
La religion ne fait aucune diffe? rence entre les devoirs des deux
e? poux, mais le monde en e? tablit une grande; et de cette diffe? -
rence nai^t la ruse dans les femmes, et le ressentiment dans les
hommes. Quel est le coeur qui peut se donner tout entier, sans
vouloir un autre coeur aussi tout entier? Qui donc accepte de
bonne foi l'amitie? pour prix de l'amour? qui promet since`rement,
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 500 DE L'AMOUR DANS LE MARIAGE.
la constance a` qui ne veut pas e^tre fide`le? Sans doute la religion
peut l'exiger, car elle seule aie secret de cette contre? e myste? -
. rieuse ou` les sacrifices sont des jouissances; mais qu'il est in-
juste , l'e? change que l'homme se propose de faire subira` sa com-
pagne!
<< Je vous aimerai, dit-il, avec passion deux ou trois ans, et
<< puis , au bout de ce temps, je vous parlerai raison. >> Et ce
qu'ils appellent raison, c'est le de? senchantement de la vie. <<Je
<< montrerai dans la maison de la froideur et de l'ennui ; Je ta^cherai
<< de plaire ailleurs : mais vous qui avez d'ordinaire plus d'ima-
<<gination et de sensibilite? que moi, vous qui n'avez ni carrie`re
ni distraction, tandis que le monde m'en offre de toute espe`ce;
<< vous qui n'existez que pour moi, tandis que j'ai mille autres
pense? es, vous serez satisfaite de l'affection subordonne? e,
glace? e, partage? e, qu'il me convient de vous accorder, et vous
<< de? daignerez tous les hommages qui exprimeraient des senti-
<< ments plus exalte? s et plus tendres. >>
Quel injuste traite? ! tous les sentiments humains s'y refusent.
Il existe un contraste singulier entre les formes de respect envers
les femmes, que l'esprit chevaleresque a introduites en Europe, et
la tyrannique liberte? queles hommes se sontadjuge? e. Cecontraste
produit tous les malheurs du sentiment, les attachements ille? gi-
times , la perfidie, l'abandon et le de? sespoir. Les nations germa-
niques ont e? te? moins atteintes que les autres par ces funestes ef-
fets; mais elles doivent craindre a` cet e? gard l'influence qu'exerce
a` la longue la civilisation moderne. Il vaut mieux renfermer les
femmes comme des esclaves, ne point exciter leur esprit ni leur
imagination, que de les lancer au milieu du monde, et de de? -
velopper toutes leurs faculte? s, pour leur refuser ensuite le bon-
heur que ces faculte? s leur rendent ne? cessaire.
Il y a dans un mariage malheureux une force de douleur qui
de? passe toutes les autres peines de ce monde. L'a^me entie`re
d'une femme repose sur l'attachement conjugal: lutter seul
contre le sort, s'avancer vers le cercueil sans qu'un ami vous
soutienne, sans qu'un ami vous regrette, c'est un isolement dont
les de? serts de l'Arabie ne donnent qu'une faible ide? e; et quand
tout le tre? sor de vos jeunes anne? es a e? te? donne? en vain, quand
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? ni' L'AMOUR DANS LE MARIAGE. 501
vous n'espe? rez plus pour la fin de la vie le reflet de ces premiers
rayons, quand le cre? puscule n'a plus rien qui rappelle l'aurore,
et qu'il est pa^le et de? colore? comme un spectre livide, avant-cou-
reur de la nuit, votre coeur se re? volte, il vous semble qu'on vous
a prive? e des dons de Dieu sur la terre; et si vous aimez encore
celui qui vous traite en esclave, puisqu'il ne vous appartient
pas et qu'il dispose de vous, le de? sespoir s'empare de toutes les
faculte? s, et la conscience elle-me^me se trouble a` force de mal-
heur.
Les femmes pourraientadresser a`l'e? poux qui traite le? ge`rement
leur destine? e, ces deux vers d'une fable:
Oui, c'est un jeu pour vous;
Mais c'est la mort pour nous.
Et tant qu'il ne se fera pas dans les ide? es une re? volution quel-
conque, qui change l'opinion des hommes sur la constance que
leur impose le lien du mariage, il y aura toujours guerre entre
les deux sexes, guerre secre`te, e? ternelle, ruse? e, perfide, et dont
la moralite? de tous les deux souffrira.
En Allemagne, il n'y a gue`re dans le mariage d'ine? galite? entre
les deux sexes; mais c'est parce que les femmes brisent aussi
souvent que les hommes les noeuds les plus saints. La facilite? du
divorce introduit dans les rapports de famille une sorte d'anar-
chie quine laisse rien subsister dans sa ve? rite? ni dans sa force. Il
vaut encore mieux, pour maintenir quelque chose de sacre? sur
la terre, qu'il y ait dans le mariage une esclave que deux esprits
forts.
La purete? de l'a^me et de la conduite est la premie`re gloire
d'une femme. Quel e^tre de? grade? ne serait-elle pas, sans l'une
et sans l'autre! Mais le bonheur ge? ne? ral et la dignite? de l'espe`ce
humaine ne gagneraient pas moins peut-e^tre a` la fide? lite? de
l'homme dans le mariage. En effet, qu'y a-t-il de plus beau
dans l'ordre moral qu'un jeune homme qui respecte cet auguste
lien? L'opinion ne l'exige pas de lui, la socie? te? le laisse libre;
une sorte de plaisanterie barbare s'attacherait a` fle? trir jusqu'aux
plaintes du coeur qu'il aurait brise? , car le bla^me se tourne fa-
cilement contre les victimes. Il est donc le mai^tre, mais il
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? SOS DE L'AUOUR DANS LE MARUGE.
t'impose des devoirs; nul inconve? nient ne peut re? sulter pour
lui de ses fautes; mais il craint le mal qu'il peut faire a` celle
qui s'est confie? e a` son coeur, et la ge? ne? rosite? l'enchai^ne d'au-
tant plus que la socie? te? le de? gage.
La fide? lite? est commande? e aux femmes par mille conside? ra-
tions diverses; elles peuvent redouter les pe? rils etles humilia-
tions, suites ine? vitables d'une erreur; la voix de la conscience
est la seule qui se fasse entendre a` l'homme; il sait qu'il fait
souffrir, il sait qu'il fle? trit par l'inconstance un sentiment qui
doit se prolonger jusqu'a` la mort et se renouveler dans le ciel:
seul avec lui-me^me, seul au milieu des se? ductions de tous les
genres, il reste pur comme un ange; car, si les anges n'ont pas
e? te? repre? sente? s sous des traits de femme, c'est parce que l'union
de la force avec la purete? est plus belle et plus ce? leste encore
que la modestie me^me la plus parfaite dans un e^tre faible.
L'imagination, quand elle n'a pas le souvenir pour frein,
de? tache de ce qu'on posse`de, embellit ce qu'on craint de ne pas
obtenir, et fait du sentiment une difficulte? vaincue : mais, de
me^me que dans les arts, les difficulte? s vaincues n'exigent point
de vrai ge? nie. Dans le sentiment, il faut de la se? curite? pour
e? prouver ces affections ' gage de l'e? ternite? , puisqu'elles nous
donnent seules l'ide? e de ce qui ne saurait finir.
Le jeune homme fide`le semble chaque jour pre? fe? rer de nou-
veau celle qu'il aime; la nature lui a donne? une inde? pendance
sans bornes, et de longtemps du moins il ne saurait pre? voir
les jours mauvais de la vie :son cheval peut le porter au bout
du monde; la guerre, dont il est e? pris, l'affranchit au moins
momentane? ment des relations domestiques, et semble re? duire
tout l'inte? re^t de l'existence a` la victoire ou a` la mort. La terre
lui appartient, tous les plaisirs lui sont offerts, nulle fatigue ne
l'effraie, nulle association intime ne lui est ne? cessaire; il serre
la main d'un compagnon d'armes, et le lien qu'il lui faut est
forme? . Un temps viendra sans doute ou` la destine? e lui re? ve? lera
ses terribles secrets; mais il ne peut encore s'en douter. Cha- 'que fois qu'une nouvelle ge? ne? ration entre en possession de son
domaine, ne croit-elle pas que tous les malheurs de ses devan-
ciers sont venus de leur faiblesse? ne se persuade-t-elle pas
? ?
Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DES ECRIVAINS MOBALISTKS. 503
qu'ils sont ne? s tremblants et de? biles, comme on les voit main-
tenant? Eh bien, du sein me^me de tant d'illusions, qu'il est
vertueux et sensible, celui qui veut se vouer au long amour,
lien de cette vie avec l'autre! Ah! qu'un regard fier et ma^le est
beau , lorsqu'en me^me temps il est modeste et pur! On y voit
passer un rayon de cette pudeur, qui peut se de? tacher de la cou-
ronne des vierges saintes, pour parer me^me un front guerrier.
Si le jeune homme veut partager avec un seul objet les jours
brillants de sa jeunesse, il trouvera sans doute parmi ses con-
temporains des railleurs qui prononceront sur lui ce grand mot
de duperie, la terreur des enfants du sie`cle. Mais est-il dupe, le
seul qui sera vraiment aime? ? car les angoisses ou les jouissances
de l'amour-propre forment tout le tissu des affections frivoles
et mensonge`res. Est-il dupe, celui qui ne s'amuse pas a` trom-
per pour e^tre a` son tour plus trompe? , plus de? chire? peut-e^tre que
sa victime? est-il dupe, enfin, celui qui n'a pas cherche? le bon-
heur dans les mise? rables combinaisons de la vanite? , mais dans
les e? ternelles beaute? s de la nature, qui parlent toutes de cons-
tance , de dure? e et de profondeur?
Non, Dieu a cre? e? l'homme le premier, comme la plus noble
des cre? atures, et la plus noble est celle qui a le plus de devoirs.
C'est un abus singulier de la pre? rogative d'une supe? riorite? natu-
relle, que dela faire servir a` s'affranchir des liens les plus sa-
cre? s , tandis que la vraie supe? riorite? consiste dans la force de
l'a^me ; et la force de l'a^me, c'est la vertu.
CHAPITRE XX.
ne<< e? crivains moralistes de l'ancienne e? cole ,-en Allemagne.
Avant que l'e? cole nouvelle eu^t fait nai^tre, en Allemagne, deux
penchants qui semblent s'exclure, la me? taphysique et la poe? sie .
la me? thode scientifique et l'enthousiasme, il y avait des e? cri-
vains qui me? ritaient une place honorable a` co^te? des moralistes anglais. Mendelsohn, Garve, Sulzer, Engel, etc. , ont e? crit sur
les sentiments et les devoirs avec sensibilite? , religion et can-
deur. On ne trouve point dans leurs ouvrages cette inge? nieuse
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? . SOI DES ECRIVAINS MORAL1STES.
connaissance du monde qui caracte? rise les auteurs franc? ais, la
Rochefoucauld, la Bruye`re, etc. Les moralistes allemands pei-
gnent la socie? te? avec une certaine ignorance, inte? ressante d'a-
bord, mais a` la fin monotone.
Garve est celui de tous qui a mis le plus d'importance a` bien
parler de la bonne compagnie, de la mode, de la politesse, etc. Il
y a dans toute sa manie`re de s'exprimer a` cet e? gard, une tre`s-grande envie de se montrer un homme du monde, de savoir la
raison de tout, d'e^tre avise? comme un Franc? ais, et dejuger avec
bienveillance la cour et la ville; mais les ide? es communes qu'il
proclame dans ses e? crits sur ces divers sujets, attestent qu'il
n'en sait rien que par oui? -dire, et n'a jamais bien observe? tout
ce que les rapports de la socie? te? peuvent offrir d'aperc? us fins et
de? licats.
Lorsque Garve parle dela vertu, il montre des lumie`res pu-
res et un esprit serein : il est surtout attachant et original dans
son traite? de la Patience. Accable? par une maladie cruelle, il
sut la supporter avec un admirable courage; et tout ce qu'on a
senti soi-me^me inspire des pense? es neuves.
Mendclsohn, juif de naissance, s'e? tait voue? , du sein du
commerce, a` l'e? tude des belles-lettres et de la philosophie,
sans renoncer en rien a` la croyance ni aux rites de sa religion;
admirateur since`re duPhe? don, dont il fut le traducteur, il en
e? tait reste? aux ide? es et aux sentiments pre? curseurs de Je? sus-Christ; nourri des Psaumes et de la Bible, ses e? crits conser-
vent le caracte`re dela simplicite? he? brai? que. Il se plaisait a` ren-
dre la morale sensible par des apologues, a` la manie`re orien-
tale, et cette forme est su^rement celle qui plai^t davantage, en
e? loignant des pre? ceptes le ton de la re? primande.
Parmi ces apologues, j'en vais traduire un qui me parai^t re-
marquable. << Sous le gouvernement tyrannique des Grecs, il
<< fut une fois de? fendu aux Israe? lites, sous peine de mort,
<< de lire entre eux les lois divines. Rabbi Akiba, malgre? cette
<< de? fense, tenait des assemble? es ou` il faisait lecture de cette loi.
<< Pappus le sut et lui dit: Akiba, ne crains-tu pas les menaces
de ces cruels? -- Je veux te raconter une fable, re? pondit le
<< Rabbi. -- Un renard se promenait sur le bord d'un fleuve ,
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DKS ECRIVAI1NS MO1ULISTES, 505
<< et vit les poissons qui se rassemblaient avec effroi dans le
fond de la rivie`re. -- D'ou` vient la terreur qui vous agite ? dit
<< le renard. --Les enfants des hommes, re? pondirent les pois-
<<sons, jettent leurs fllets dans les flots, afm de nous prendre,
et nous ta^chons de leur e? chapper. -- Savez-vous ce qu'il faut
faire? dit le renard; venez-la`, sur le rocher, ou` les hommes
ne sauraient vous atteindre. -- Se peut-il, s'e? crie`rent les pois-
<<sons, que tu sois le renard , estime? le plus prudent entre les
<< animaux? tu serais le plus ignorant de tous, si tu nous don-
<< nais se? rieusement un tel conseil. L'onde est pour nous l'e? le? -
>> ment de la vie; et nous est-il possible d'y renoncer, parce
<< que des dangers nous menacent! -- Pappus, l'application de
<< cette fable est facile : la doctrine religieuse est pour nous la
source de tout bien; c'est par elle, c'est pour elle seule que
nous existons; du^t-on nous poursuivre dans son sein, nous
ne voulons point nous soustraire au pe? ril, en nous re? fugiant
dans la mort. >>
La plupart des gens du monde ne conseillent pas mieux que
le renard: quand ils voient les a^mes sensibles agite? es par les
peines du coeur, ils leur proposent toujours de sortir de l'air,
ou` est l'orage, pour entrer dans le vide qui tue.
Engel, comme Mendelsohn, enseigne la morale d'une ma-
nie`re dramatique. Ses fictions sont peu de chose; mais leur rap-
port avec l'a^me est intime. Dans l'une, il peint un vieillard
devenu fou par l'ingratitude de son fils, et le sourire du vieil-
lard, pendant qu'on raconte son malheur, est de? crit avec une
ve? rite? de? chirante. L'homme qui n'a plus la conscience de lui-
me^me fait peur, comme un corps qui marcherait sans vie.
<< C'est un arbre, dit Engcl, dont les branches sont desse? che? es;
<< ses racines tiennent encore a` la terre, mais de? ja` son sommet
<< est atteint par la mort. >> Un jeune homme, a` l'aspect de ce
malheureux, demande a` son pe`re s'il est ici bas une plus af-
freuse destine? e que celle de ce pauvre fou? Toutes les souffran-
ces qui tuent, toutes celles dont notre propre raison est le te? -
moin, ne lui semblent rien a` co^te? de cette de? plorable ignorance
de soi-me^me. Le pe`re laisse son fils de? velopper tout ce que cette
situation a d'horrible ; puis tout a` coup il lui demande si celle M*IUHK DE -UN. . 43
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 50B DES RCRIVAINS MORALISTES.
du criminel qui l'a cause? e n'est pas encore mille fois plus redou-
table. La gradation des pense? es est tre`s-bien soutenue dans ce
re? cit, et le tableau des angoisses de l'a^me est assez e? loquem-
ment repre? sente? pour redoubler l'effroi que doit causer la plus
terrible de toutes, le remords.
J'ai cite? ailleurs le passage de la Messiade , ou` le poe`te sup-
pose que dans une plane`te e? loigne? e, dont les habitants e? taient
immortels, un ange venait apporter la nouvelle qu'il existait
une terre ou` les cre? atures humaines e? taient sujettesa` lamort.
Klopstock fait une peinture admirable de l'e? tonnement de ces
e^tres, qui ignoraient la douleur de perdre les objets de leur
amour: Engel de? veloppe avec talent une ide? e non moins frap-
pante.
