s sont, pour ainsi dire, des e^tres
abstraits
les uns pour les
autres.
autres.
Madame de Stael - De l'Allegmagne
rieuse re?
union
des deux que consiste le secret de l'existence.
Quelques savants, en Allemagne,affirment qu'on trouve
dans les ouvrages de Jacob Boehme des vues tre`s-profondes
sur le monde physique; l'on peut dire au moins qu'il y a au-
tant d'originalite? dans les hypothe`ses des philosophes religieux
sur la cre? ation, que dans celles de Thai? es, de Xe? nophane,
d'Aristote, de Descartes et de Leibnitz. Les the? osophes de? clarent que ce qu'ils pensent leur a e? te? re? ve? le? , tandis que les phi-
losophes en ge? ne? ral se croient uniquement conduits par leur propre raison; mais puisque les uns et les autres aspirent a` connai^tre le myste`re des myste`res, que signifient a` cette hau~
leur les mots de raison et de folie? et pourquoi fle? trir de la de? -
nomination d'insense? s, ceux qui croient trouver dans l'exalta-
tion de grandes lumie`res? C'est un mouvement de l'a^me d'une
nature tre`s-remarquable, et qui ne lui a su^rement pas e? te? donne?
seulement pour le combattre.
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? DE L'ESPRIT DE SECTE. 559
CHAPITRE VIII.
De l'esprit de secte en Allemagne.
L'habitude de la me? ditation porte a` des re^veries de tout genre
sur la destine? e humaine. La vie active peut seule de? tourner no-
tre inte? re^t dela source des choses ; mais tout ce qu'il y a de grand
ou d'absurde en fait d'ide? es est le re? sultat du mouvement in-
te? rieur qu'on ne peut dissiper au dehors. Beaucoup de gens
sont tre`s-irrite? s contre les sectes religieuses ou philosophiques,
et leur donnent le nom de folies, et de folies dangereuses. Il me
semble que les e? garements me^me de la pense? e sont bien moins
a` craindre pour le repos et la moralite? des hommes, que l'ab-
sence de la pense? e. Quand on n'a pas en soi cette puissance de
re? flexion qui supple? e a` l'activite? mate? rielle, on a besoin d'agir
sans cesse, et souvent au hasard.
Le fanatisme des ide? es a quelquefois conduit, il est vrai, a`
des actions violentes; mais c'est presque toujours parce qu'on a
recherche? les avantages de ce monde a` l'aide des opinions abs-
traites. Les syste`mes me? taphysiques sont peu redoutables en
eux-me^mes, ils ne le deviennent que quand ils sont re? unis a` des
inte? re^ts d'ambition, et c'est alors de ces inte? re^ts dont il faut s'oc-
cuper, si l'on veut modifier les syste`mes; mais les hommes
capables de s'attacher vivement a` une opinion, inde? pendam-
ment des re? sultats qu'elle peut avoir, sont toujours d'une noble
nature.
Les sectes philosophiques et religieuses qui, sous divers noms,
ont existe? en Allemagne, n'ont presque point eu de rapport
avec les affaires politiques, etle genre de talent ne? cessaire
pour entrai^ner les hommes a` des re? solutions vigoureuses s'est
rarement manifeste? dans ce pays. On peut disputer sur la phi-
losophie deKant, sur les questions the? ologiques, sur l'ide? alis-
me ou Vempirisme, sans qu'il en re? sulte jamais rien que des
livres.
L'esprit de secte et l'esprit de parti diffe`rent a` beaucoup d'e? -
gards : l'esprit de parti pre? sente les opinions par ce qu'elles ont
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 560 DE LESPRIT DE SECTE.
de saillant, pour les faire comprendre au vulgaire; et l'esprit de
secte, surtout en Allemagne, tend toujours vers ce qu'il a de
plus abstrait: il faut dans l'esprit de parti saisir le point de vue
de la multitude pour s'y placer; les Allemands ne pensent qu'a`
la the? orie, et du^t-elle se perdre dans les nuages, ils l'y suivront.
L'esprit de parti excite dans les hommes de certaines passions
communes qui les re? unissent en masse. Les Allemands subdivi-
sent tout; a` force d'expliquer, de distinguer et de commenter.
Ils ont une since? rite? philosophique singulie`rement propre a` la
recherche de la ve? rite? , mais point du tout a` l'art de la mettre
en oeuvre. L'esprit de secte n'aspire qu'a` convaincre ; l'esprit de
parti veut rallier. L'esprit de secte dispute sur les ide? es; l'esprit
de parti veut du pouvoir sur les hommes. Il y a de la discipline
dans l'esprit de parti, et de l'anarchie dans l'esprit de secte.
L'autorite? , quelle qu'elle soit, n'a presque rien a` craindre de
l'esprit de secte; on le satisfait en laissant une grande latitude a`
la pense? e : mais l'esprit departi n'est pas si facile a` contenter,
et ne se borne point a` ces conque^tes intellectuelles dans lesquel-
les chaque individu peut se cre? er un empire, sans destituer un
possesseur.
On est, en France, beaucoup plus susceptible de l'esprit de
parti que de l'esprit de secte : on s'y entend trop bien au re? el de
la vie, pour ne pas transformer en action ce qu'on de? sire, et en
pratique ce qu'on pense, mais peut-e^tre y est-on trop e? tranger
a` l'esprit de secte : on n'y tient pas assez aux ide? es abstraites,
pour mettre de la chaleur a` les de? fendre; d'ailleurs, l'on ne
veut e^tre lie? par aucun genre d'opinions, afin de s'avancer plus
libre au-devant de toutes les circonstances. Il y a plus de bonne
foi dans l'esprit de secte que dans l'esprit de parti; ainsi les Alle-
mands doivent e^tre bien plus propres a` l'un qu'a` l'autre. Il faut distinguer trois espe`ces de sectes religieuses et philo-
sophiquesen Allemagne : premie`rement, les diffe? rentes com-
munions chre? tiennes qui ont existe? , surtout a` l'e? poque dela re? -
formation, lorsque tous les esprits se sont tourne? s vers les ques-
tions the? ologiques; secondement, les associations secre`tes, et
enfin, les adeptes de quelques syste`mes particuliers, dont un
homme est le chef. 11 faut ranger dans la premie`re classe les
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? DE L'ESPRIT DE SECTE. 561
anabaptistes et les moraves; dans la seconde, la plus ancienne
des associations secre`tes, les francs-mac? ons, et dans la troisie`me,
les diffe? rents genres d'illumine? s.
Les anabaptistes e? taient pluto^t une secte re? volutionnaire que
religieuse; et, comme ils durent leur existence a` des passions
politiques et non a` des opinions, ils passe`rent avec les circons-
tances. Les moraves, tout-a`-fait e? trangers aux inte? re^ts de ce
monde, sont, comme je l'ai dit, une communion chre? tienne de
la plus grande purete? . Les quakers portent au milieu de la so-
cie? te? les principes des moraves: ceux-ci se retirent du monde,
pour e^tre plus su^rs de rester fide`les a` ces principes.
La franc-mac? onnerie est une institution beaucoup plus se? -
rieuse en E? cosse et en Allemagne qu'en France. Elle a existe? dans
tous les pays; mais il parai^t cependant que c'est de l'Allemagne
surtout qu'est venue cette association, transporte? e ensuite en
Angleterre par les Anglo-Saxons, et renouvele? e, a` la mort de
Charles Ier, par les partisans de la restauration, qui se rassem-
ble`rent pre`s de l'e? glise de Saint-Paul, pour appeler Charles II
sur le tro^ne. On croit aussi que les francs-mac? ons, surtout en
E? cosse, se rattachent de quelque manie`re a` l'ordre des Tem-
pliers. Lessing a e? crit sur la franc-mac? onnerie un dialogue ou`
son ge? nie lumineux se fait e? minemment remarquer. Ilaffirme que
cette association a pour but de re? unir les hommes, malgre? les
barrie`res e? tablies par la socie? te? ; car si, sous quelques rapports,
l'e? tat social forme un lien entre les hommes, en les soumettant
a` l'empire des lois, il les se? pare par les diffe? rences de rang et de
gouvernement: cette fraternite? , ve? ritable image de l'a^ge d'or, a
e? te? me^le? e dans la franc-mac? onnerie a` beaucoup d'autres ide? es qui
sont aussi bonnes et morales. On ne saurait se dissimuler ce-
pendant qu'il est dans la nature des associations secre`tes de
porter les esprits vers l'inde? pendance; mais ces associations
sont tre`s-favorables au de? veloppement des lumie`res; car tout ce
que les hommes font par eux-me^mes et spontane? ment, donne a`
leur jugement plus de force et d'e? tendue.
Il se peut aussi que les principes de l'e? galite? de? mocratique se
propagent par ce genre d'institutions, qui met les hommes en
e? vidence d'apre`s leur valeur re? elle, et non d'apre`s leur rang
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? 5G2 DE L'ESPRIT DE SECTE.
dans le monde. Les associations secre`tes apprennent quelle est
la puissance du nombre et de la re? union, tandis que les citoyens
isole?
s sont, pour ainsi dire, des e^tres abstraits les uns pour les
autres. Sous ce rapport, ces associations pourraient avoir une
grande influence dans l'E? tat; mais il est juste cependant de re-
connai^tre que la franc-mac? onnerie ne s'occupe en ge? ne? ral que des
inte? re^ts religieux et philosophiques.
Ses membres se divisent entre eux en deux classes : la franc-mac? onnerie philosophique, et la franc-mac? onnerie herme? tique
ou e? gyptienne. La premie`re a pour objet l'e? glise inte? rieure, ou
le de? veloppement de la spiritualite? de l'a^me; la seconde se rap-
porte aux sciences, a` celles qui s'occupent des secrets de la na-
ture. Les fre`res rose-croix, entre autres, sont un des grades de
la franc-mac? onnerie; et les fre`res rose-croix, dans l'origine,
e? taient alchimistes.
De tout temps, et dans tous les pays, il a existe? des associa-
tions secre`tes, dont les membres avaient pour but de se forti-
fier mutuellement dans la croyance a` la spiritualite? de l'a^me:
les myste`res d'E? leusis,chez les pai? ens, la secte des Esse? niens,
chez les He? breux, e? taient fonde? s sur cette doctrine, qu'on ne
voulait pas profaner en la livrant aux plaisanteries du vulgaire.
Il y apre`s de trente ans qu'a` "Wilherms-Bad il y eut une assem-
ble? e de francs-mac? ons pre? side? e par le duc de Brunswick; cette
assemble? e avait pour objet la re? forme des francs-mac? ons d'Alle-
magne , et il parai^t que les opinions mystiques en ge? ne? ral, et
celle de Saint-Martin en particulier, influe`rent beaucoup sur
cette re? union. Les institutions politiques, les relations sociales,
et souvent me^me celles de famille, ne prennent que l'exte? rieur
de la vie : il est donc naturel que de tout temps on ait cherche?
quelque manie`re intime de se reconnai^tre et de s'entendre; et
tous ceux dont le caracte`re a quelque profondeur se croient des
adeptes, et cherchent a` se distinguer par quelques signes du
reste des hommes. Les associations secre`tes de? ge? ne`rent avec le
temps; mais leur principe est presque toujours un sentiment
d'enthousiasme comprime? par la socie? te? .
Il y a trois classes d'illumine? s : les illumine? s mystiques, les
illumine? s visionnaires, et les illumine? s politiques. La premie`re,
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? DE L ESPRIT DE SECTE. Z(M
celle dont Jacob Boehme, et, dans le dernier sie`cle, Pascaliset
Saint-Martin peuvent e^tre conside? re? s comme les chefs, tient
par divers liens a` cette e? glise inte? rieure, sanctuaire de ralliement
pour tous les philosophes religieux; ces illumine? s s'occupent
uniquement de la religion, et de la nature interpre? te? e par les
dogmes de la religion.
Les illumine? s visionnaires, a` la te^te desquels on doit placer le
Sue? dois Swedenborg , croient que par la puissance de la volonte?
ils peuvent faire apparai^tre des morts et ope? rer des miracles.
Le feu roi de Prusse, Fre? de? ric-Guillaume, a e? te? induit en erreur
par la cre? dulite? de ces hommes, ou par leurs ruses, qui avaient
l'apparence de la cre? dulite? . Les illumine? s ide? alistes de? daignent
ces illumine? s visionnaires comme des empiriques; ils me? prisent
leurs pre? tendus prodiges, et pensent que la merveille des sen-
timents de l'a^me doit l'emporter a` elle seule sur toutes les
autres.
Enfin, des hommes qui n'avaient pour but que de s'emparer
de l'autorite? dans tous les E? tats, et de se faire donner des places,
ont pris le nom d'illumine? s; leur chef e? tait un Bavarois, Weisshaupt, homme d'un esprit supe? rieur, et qui avait tre`s-bien
senti la puissance qu'on pouvait acque? rir en re? unissant les forces
e? parses des individus, en les dirigeant toutes vers un me^me but.
Un secret, quel qu'il soit, flatte l'amour-propre des hommes;
et quand on leur dit qu'ils sont de quelque chose dont leurs pa-
reils ne sont pas, on acquiert toujours de l'empire sur eux. L'amour-propre se blessede ressembler a` la multitude; et de`squ'on
veut donner des marques de distinction, connues ou cache? es ,
on est su^r de mettre en mouvement l'imagination de la vanite? ,
la plus active de toutes.
Les illumine? s politiques n'avaient pris des autres illumine? s que
quelques signes pour se reconnai^tre; mais les inte? re^ts, et non les
opinions, leur servaient de point de ralliement. Ils avaient pour
but, il est vrai, de re? former l'ordre social sur de nouveaux prin-
cipes; toutefois, en attendant l'accomplissement de ce grand oeu-
vre, ce qu'ils voulaient d'abord, c'e? tait de s'emparer des emplois
publics. Une telle secte a, par tout pays, bien des adeptes qui
s'initient d'eux-me^mes a` ses secrets : en Allemagne, cependant,
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? 564 CONTEMPLATION DE LA. NATti? RE.
cette secte est la seule peut-e^tre qui ait e? te? fonde? e sur une com-
binaison politique; toutes les autres sont ne? es d'un enthou-
siasme quelconque, et n'ont eu que la recherche de la ve? rite?
pour but.
Parmi les hommes qui s'efforcent de pe? ne? trer les secrets de la
nature, il faut compter les alchimistes, les magne? tiseurs, etc.
Il est probable qu'il y a beaucoup de folie dans ces pre? tendues
de? couvertes; mais qu'y peut-on trouver d'effrayant? Si l'on ar-
rivait a` reconnai^tre dans les phe? nome`nes physiques ce qu'on ap-
pelle du merveilleux, on en aurait avec raison de la joie. Il y a
des moments ou` la nature parai^t une machine qui se meut cons-
tamment parles me^mes ressorts ; et c'est alors que son inflexible
re? gularite? fait peur; mais quand on croit entrevoir en elle quel-
que chose de spontane? comme la pense? e, un espoir confus s'em-
pare de l'a^me, et nous de? robe au regard fixe de la ne? cessite? .
Au fond de tous ces essais et de tous ces syste`mes scientifiques
et philosophiques, il y a toujours une tendance tre`s-marque? e
vers la spiritualite? de l'a^me. Ceux qui veulent deviner les secrets
de la nature sont tre`s-oppose? s aux mate? rialistes; car c'est tou-
jours dans la pense? e qu'ils cherchent la solution de l'e? nigme du
monde physique. Sans doute un tel mouvement dans les esprits
pourrait conduire a` de grandes erreurs; mais il en est ainsi de
tout ce qui est anime? : de`s qu'il y a vie, il y a danger.
Les efforts individuels finiraient par e^tre interdits, si l'on s'as-
servissaita` la me? thode qui re? gulariserait les mouvements de l'es-
prit, comme la discipline commande a` ceux du corps. Le pro-
ble`me consiste donc a` guider les faculte? s sans les comprimer; et
l'on voudrait qu'il fu^t possible d'adapter a` l'imagination des hom-
mes l'art encore inconnu de s'e? lever avec des ailes, et de diriger
le vol dans les airs.
CHAPITRE IX.
De la contemplation de la nature.
En parlant de l'influence de la nouvelle philosophie sur les
sciences, j'ai de? ja` fait mention de quelques-uns des nouveaux
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? CONTEMPLATION DE LA NATURE. 565
prmcipes adopte? s en Allemagne, relativement a` l'e? tude de la nature; mais comme la religion et l'enthousiasme ont une grande
part dans la contemplation de l'univers, j'indiquerai d'une ma-
nie`re ge? ne? rale les vues politiques et religieuses qu'on peut recueil-
lir a` cet e? gard dans les ouvrages allemands.
Plusieurs physiciens, guide? s par un sentiment de pie? te? , ont
cru devoir s'en tenir a` l'examen des causes finales; ils ont essaye?
de prouver que tout dans le monde tend au maintien et au bien-e^tre physique des individus et des espe`ces. On peut faire, ce me
semble, des objections tre`s-fortes contre ce syste`me. Sans
doute, il est aise? de voirque dans l'ordre des choses les moyens
re? pondent admirablement a` leurs fins; mais dans cet enchai^ne-
ment universel, ou` s'arre^tent ces causes qui sont effets, et ces
effets qui sont causes? Veut-on rapporter tout a` la conservation
de l'homme: on aura de la peine a` concevoir ce qu'elle a de com-
mun avec la plupart des e^tres. D'ailleurs c'est attacher trop de
prix a` l'existence mate? rielle que de la donner pour dernier but a`
la cre? ation.
Ceux qui, malgre? la foule immense des malheurs particuliers,
attribuent un certain genre de bonte? a` la nature, la conside`rent
comme un spe? culateur en grand qui se retire sur le nombre. Ce
syste`me ne convient pas me^me a` un gouvernement, et des e? cri-
vains scrupuleux en e? conomie politique l'ont combattu.
des deux que consiste le secret de l'existence.
Quelques savants, en Allemagne,affirment qu'on trouve
dans les ouvrages de Jacob Boehme des vues tre`s-profondes
sur le monde physique; l'on peut dire au moins qu'il y a au-
tant d'originalite? dans les hypothe`ses des philosophes religieux
sur la cre? ation, que dans celles de Thai? es, de Xe? nophane,
d'Aristote, de Descartes et de Leibnitz. Les the? osophes de? clarent que ce qu'ils pensent leur a e? te? re? ve? le? , tandis que les phi-
losophes en ge? ne? ral se croient uniquement conduits par leur propre raison; mais puisque les uns et les autres aspirent a` connai^tre le myste`re des myste`res, que signifient a` cette hau~
leur les mots de raison et de folie? et pourquoi fle? trir de la de? -
nomination d'insense? s, ceux qui croient trouver dans l'exalta-
tion de grandes lumie`res? C'est un mouvement de l'a^me d'une
nature tre`s-remarquable, et qui ne lui a su^rement pas e? te? donne?
seulement pour le combattre.
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DE L'ESPRIT DE SECTE. 559
CHAPITRE VIII.
De l'esprit de secte en Allemagne.
L'habitude de la me? ditation porte a` des re^veries de tout genre
sur la destine? e humaine. La vie active peut seule de? tourner no-
tre inte? re^t dela source des choses ; mais tout ce qu'il y a de grand
ou d'absurde en fait d'ide? es est le re? sultat du mouvement in-
te? rieur qu'on ne peut dissiper au dehors. Beaucoup de gens
sont tre`s-irrite? s contre les sectes religieuses ou philosophiques,
et leur donnent le nom de folies, et de folies dangereuses. Il me
semble que les e? garements me^me de la pense? e sont bien moins
a` craindre pour le repos et la moralite? des hommes, que l'ab-
sence de la pense? e. Quand on n'a pas en soi cette puissance de
re? flexion qui supple? e a` l'activite? mate? rielle, on a besoin d'agir
sans cesse, et souvent au hasard.
Le fanatisme des ide? es a quelquefois conduit, il est vrai, a`
des actions violentes; mais c'est presque toujours parce qu'on a
recherche? les avantages de ce monde a` l'aide des opinions abs-
traites. Les syste`mes me? taphysiques sont peu redoutables en
eux-me^mes, ils ne le deviennent que quand ils sont re? unis a` des
inte? re^ts d'ambition, et c'est alors de ces inte? re^ts dont il faut s'oc-
cuper, si l'on veut modifier les syste`mes; mais les hommes
capables de s'attacher vivement a` une opinion, inde? pendam-
ment des re? sultats qu'elle peut avoir, sont toujours d'une noble
nature.
Les sectes philosophiques et religieuses qui, sous divers noms,
ont existe? en Allemagne, n'ont presque point eu de rapport
avec les affaires politiques, etle genre de talent ne? cessaire
pour entrai^ner les hommes a` des re? solutions vigoureuses s'est
rarement manifeste? dans ce pays. On peut disputer sur la phi-
losophie deKant, sur les questions the? ologiques, sur l'ide? alis-
me ou Vempirisme, sans qu'il en re? sulte jamais rien que des
livres.
L'esprit de secte et l'esprit de parti diffe`rent a` beaucoup d'e? -
gards : l'esprit de parti pre? sente les opinions par ce qu'elles ont
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? 560 DE LESPRIT DE SECTE.
de saillant, pour les faire comprendre au vulgaire; et l'esprit de
secte, surtout en Allemagne, tend toujours vers ce qu'il a de
plus abstrait: il faut dans l'esprit de parti saisir le point de vue
de la multitude pour s'y placer; les Allemands ne pensent qu'a`
la the? orie, et du^t-elle se perdre dans les nuages, ils l'y suivront.
L'esprit de parti excite dans les hommes de certaines passions
communes qui les re? unissent en masse. Les Allemands subdivi-
sent tout; a` force d'expliquer, de distinguer et de commenter.
Ils ont une since? rite? philosophique singulie`rement propre a` la
recherche de la ve? rite? , mais point du tout a` l'art de la mettre
en oeuvre. L'esprit de secte n'aspire qu'a` convaincre ; l'esprit de
parti veut rallier. L'esprit de secte dispute sur les ide? es; l'esprit
de parti veut du pouvoir sur les hommes. Il y a de la discipline
dans l'esprit de parti, et de l'anarchie dans l'esprit de secte.
L'autorite? , quelle qu'elle soit, n'a presque rien a` craindre de
l'esprit de secte; on le satisfait en laissant une grande latitude a`
la pense? e : mais l'esprit departi n'est pas si facile a` contenter,
et ne se borne point a` ces conque^tes intellectuelles dans lesquel-
les chaque individu peut se cre? er un empire, sans destituer un
possesseur.
On est, en France, beaucoup plus susceptible de l'esprit de
parti que de l'esprit de secte : on s'y entend trop bien au re? el de
la vie, pour ne pas transformer en action ce qu'on de? sire, et en
pratique ce qu'on pense, mais peut-e^tre y est-on trop e? tranger
a` l'esprit de secte : on n'y tient pas assez aux ide? es abstraites,
pour mettre de la chaleur a` les de? fendre; d'ailleurs, l'on ne
veut e^tre lie? par aucun genre d'opinions, afin de s'avancer plus
libre au-devant de toutes les circonstances. Il y a plus de bonne
foi dans l'esprit de secte que dans l'esprit de parti; ainsi les Alle-
mands doivent e^tre bien plus propres a` l'un qu'a` l'autre. Il faut distinguer trois espe`ces de sectes religieuses et philo-
sophiquesen Allemagne : premie`rement, les diffe? rentes com-
munions chre? tiennes qui ont existe? , surtout a` l'e? poque dela re? -
formation, lorsque tous les esprits se sont tourne? s vers les ques-
tions the? ologiques; secondement, les associations secre`tes, et
enfin, les adeptes de quelques syste`mes particuliers, dont un
homme est le chef. 11 faut ranger dans la premie`re classe les
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DE L'ESPRIT DE SECTE. 561
anabaptistes et les moraves; dans la seconde, la plus ancienne
des associations secre`tes, les francs-mac? ons, et dans la troisie`me,
les diffe? rents genres d'illumine? s.
Les anabaptistes e? taient pluto^t une secte re? volutionnaire que
religieuse; et, comme ils durent leur existence a` des passions
politiques et non a` des opinions, ils passe`rent avec les circons-
tances. Les moraves, tout-a`-fait e? trangers aux inte? re^ts de ce
monde, sont, comme je l'ai dit, une communion chre? tienne de
la plus grande purete? . Les quakers portent au milieu de la so-
cie? te? les principes des moraves: ceux-ci se retirent du monde,
pour e^tre plus su^rs de rester fide`les a` ces principes.
La franc-mac? onnerie est une institution beaucoup plus se? -
rieuse en E? cosse et en Allemagne qu'en France. Elle a existe? dans
tous les pays; mais il parai^t cependant que c'est de l'Allemagne
surtout qu'est venue cette association, transporte? e ensuite en
Angleterre par les Anglo-Saxons, et renouvele? e, a` la mort de
Charles Ier, par les partisans de la restauration, qui se rassem-
ble`rent pre`s de l'e? glise de Saint-Paul, pour appeler Charles II
sur le tro^ne. On croit aussi que les francs-mac? ons, surtout en
E? cosse, se rattachent de quelque manie`re a` l'ordre des Tem-
pliers. Lessing a e? crit sur la franc-mac? onnerie un dialogue ou`
son ge? nie lumineux se fait e? minemment remarquer. Ilaffirme que
cette association a pour but de re? unir les hommes, malgre? les
barrie`res e? tablies par la socie? te? ; car si, sous quelques rapports,
l'e? tat social forme un lien entre les hommes, en les soumettant
a` l'empire des lois, il les se? pare par les diffe? rences de rang et de
gouvernement: cette fraternite? , ve? ritable image de l'a^ge d'or, a
e? te? me^le? e dans la franc-mac? onnerie a` beaucoup d'autres ide? es qui
sont aussi bonnes et morales. On ne saurait se dissimuler ce-
pendant qu'il est dans la nature des associations secre`tes de
porter les esprits vers l'inde? pendance; mais ces associations
sont tre`s-favorables au de? veloppement des lumie`res; car tout ce
que les hommes font par eux-me^mes et spontane? ment, donne a`
leur jugement plus de force et d'e? tendue.
Il se peut aussi que les principes de l'e? galite? de? mocratique se
propagent par ce genre d'institutions, qui met les hommes en
e? vidence d'apre`s leur valeur re? elle, et non d'apre`s leur rang
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? 5G2 DE L'ESPRIT DE SECTE.
dans le monde. Les associations secre`tes apprennent quelle est
la puissance du nombre et de la re? union, tandis que les citoyens
isole?
s sont, pour ainsi dire, des e^tres abstraits les uns pour les
autres. Sous ce rapport, ces associations pourraient avoir une
grande influence dans l'E? tat; mais il est juste cependant de re-
connai^tre que la franc-mac? onnerie ne s'occupe en ge? ne? ral que des
inte? re^ts religieux et philosophiques.
Ses membres se divisent entre eux en deux classes : la franc-mac? onnerie philosophique, et la franc-mac? onnerie herme? tique
ou e? gyptienne. La premie`re a pour objet l'e? glise inte? rieure, ou
le de? veloppement de la spiritualite? de l'a^me; la seconde se rap-
porte aux sciences, a` celles qui s'occupent des secrets de la na-
ture. Les fre`res rose-croix, entre autres, sont un des grades de
la franc-mac? onnerie; et les fre`res rose-croix, dans l'origine,
e? taient alchimistes.
De tout temps, et dans tous les pays, il a existe? des associa-
tions secre`tes, dont les membres avaient pour but de se forti-
fier mutuellement dans la croyance a` la spiritualite? de l'a^me:
les myste`res d'E? leusis,chez les pai? ens, la secte des Esse? niens,
chez les He? breux, e? taient fonde? s sur cette doctrine, qu'on ne
voulait pas profaner en la livrant aux plaisanteries du vulgaire.
Il y apre`s de trente ans qu'a` "Wilherms-Bad il y eut une assem-
ble? e de francs-mac? ons pre? side? e par le duc de Brunswick; cette
assemble? e avait pour objet la re? forme des francs-mac? ons d'Alle-
magne , et il parai^t que les opinions mystiques en ge? ne? ral, et
celle de Saint-Martin en particulier, influe`rent beaucoup sur
cette re? union. Les institutions politiques, les relations sociales,
et souvent me^me celles de famille, ne prennent que l'exte? rieur
de la vie : il est donc naturel que de tout temps on ait cherche?
quelque manie`re intime de se reconnai^tre et de s'entendre; et
tous ceux dont le caracte`re a quelque profondeur se croient des
adeptes, et cherchent a` se distinguer par quelques signes du
reste des hommes. Les associations secre`tes de? ge? ne`rent avec le
temps; mais leur principe est presque toujours un sentiment
d'enthousiasme comprime? par la socie? te? .
Il y a trois classes d'illumine? s : les illumine? s mystiques, les
illumine? s visionnaires, et les illumine? s politiques. La premie`re,
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? DE L ESPRIT DE SECTE. Z(M
celle dont Jacob Boehme, et, dans le dernier sie`cle, Pascaliset
Saint-Martin peuvent e^tre conside? re? s comme les chefs, tient
par divers liens a` cette e? glise inte? rieure, sanctuaire de ralliement
pour tous les philosophes religieux; ces illumine? s s'occupent
uniquement de la religion, et de la nature interpre? te? e par les
dogmes de la religion.
Les illumine? s visionnaires, a` la te^te desquels on doit placer le
Sue? dois Swedenborg , croient que par la puissance de la volonte?
ils peuvent faire apparai^tre des morts et ope? rer des miracles.
Le feu roi de Prusse, Fre? de? ric-Guillaume, a e? te? induit en erreur
par la cre? dulite? de ces hommes, ou par leurs ruses, qui avaient
l'apparence de la cre? dulite? . Les illumine? s ide? alistes de? daignent
ces illumine? s visionnaires comme des empiriques; ils me? prisent
leurs pre? tendus prodiges, et pensent que la merveille des sen-
timents de l'a^me doit l'emporter a` elle seule sur toutes les
autres.
Enfin, des hommes qui n'avaient pour but que de s'emparer
de l'autorite? dans tous les E? tats, et de se faire donner des places,
ont pris le nom d'illumine? s; leur chef e? tait un Bavarois, Weisshaupt, homme d'un esprit supe? rieur, et qui avait tre`s-bien
senti la puissance qu'on pouvait acque? rir en re? unissant les forces
e? parses des individus, en les dirigeant toutes vers un me^me but.
Un secret, quel qu'il soit, flatte l'amour-propre des hommes;
et quand on leur dit qu'ils sont de quelque chose dont leurs pa-
reils ne sont pas, on acquiert toujours de l'empire sur eux. L'amour-propre se blessede ressembler a` la multitude; et de`squ'on
veut donner des marques de distinction, connues ou cache? es ,
on est su^r de mettre en mouvement l'imagination de la vanite? ,
la plus active de toutes.
Les illumine? s politiques n'avaient pris des autres illumine? s que
quelques signes pour se reconnai^tre; mais les inte? re^ts, et non les
opinions, leur servaient de point de ralliement. Ils avaient pour
but, il est vrai, de re? former l'ordre social sur de nouveaux prin-
cipes; toutefois, en attendant l'accomplissement de ce grand oeu-
vre, ce qu'ils voulaient d'abord, c'e? tait de s'emparer des emplois
publics. Une telle secte a, par tout pays, bien des adeptes qui
s'initient d'eux-me^mes a` ses secrets : en Allemagne, cependant,
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? 564 CONTEMPLATION DE LA. NATti? RE.
cette secte est la seule peut-e^tre qui ait e? te? fonde? e sur une com-
binaison politique; toutes les autres sont ne? es d'un enthou-
siasme quelconque, et n'ont eu que la recherche de la ve? rite?
pour but.
Parmi les hommes qui s'efforcent de pe? ne? trer les secrets de la
nature, il faut compter les alchimistes, les magne? tiseurs, etc.
Il est probable qu'il y a beaucoup de folie dans ces pre? tendues
de? couvertes; mais qu'y peut-on trouver d'effrayant? Si l'on ar-
rivait a` reconnai^tre dans les phe? nome`nes physiques ce qu'on ap-
pelle du merveilleux, on en aurait avec raison de la joie. Il y a
des moments ou` la nature parai^t une machine qui se meut cons-
tamment parles me^mes ressorts ; et c'est alors que son inflexible
re? gularite? fait peur; mais quand on croit entrevoir en elle quel-
que chose de spontane? comme la pense? e, un espoir confus s'em-
pare de l'a^me, et nous de? robe au regard fixe de la ne? cessite? .
Au fond de tous ces essais et de tous ces syste`mes scientifiques
et philosophiques, il y a toujours une tendance tre`s-marque? e
vers la spiritualite? de l'a^me. Ceux qui veulent deviner les secrets
de la nature sont tre`s-oppose? s aux mate? rialistes; car c'est tou-
jours dans la pense? e qu'ils cherchent la solution de l'e? nigme du
monde physique. Sans doute un tel mouvement dans les esprits
pourrait conduire a` de grandes erreurs; mais il en est ainsi de
tout ce qui est anime? : de`s qu'il y a vie, il y a danger.
Les efforts individuels finiraient par e^tre interdits, si l'on s'as-
servissaita` la me? thode qui re? gulariserait les mouvements de l'es-
prit, comme la discipline commande a` ceux du corps. Le pro-
ble`me consiste donc a` guider les faculte? s sans les comprimer; et
l'on voudrait qu'il fu^t possible d'adapter a` l'imagination des hom-
mes l'art encore inconnu de s'e? lever avec des ailes, et de diriger
le vol dans les airs.
CHAPITRE IX.
De la contemplation de la nature.
En parlant de l'influence de la nouvelle philosophie sur les
sciences, j'ai de? ja` fait mention de quelques-uns des nouveaux
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? CONTEMPLATION DE LA NATURE. 565
prmcipes adopte? s en Allemagne, relativement a` l'e? tude de la nature; mais comme la religion et l'enthousiasme ont une grande
part dans la contemplation de l'univers, j'indiquerai d'une ma-
nie`re ge? ne? rale les vues politiques et religieuses qu'on peut recueil-
lir a` cet e? gard dans les ouvrages allemands.
Plusieurs physiciens, guide? s par un sentiment de pie? te? , ont
cru devoir s'en tenir a` l'examen des causes finales; ils ont essaye?
de prouver que tout dans le monde tend au maintien et au bien-e^tre physique des individus et des espe`ces. On peut faire, ce me
semble, des objections tre`s-fortes contre ce syste`me. Sans
doute, il est aise? de voirque dans l'ordre des choses les moyens
re? pondent admirablement a` leurs fins; mais dans cet enchai^ne-
ment universel, ou` s'arre^tent ces causes qui sont effets, et ces
effets qui sont causes? Veut-on rapporter tout a` la conservation
de l'homme: on aura de la peine a` concevoir ce qu'elle a de com-
mun avec la plupart des e^tres. D'ailleurs c'est attacher trop de
prix a` l'existence mate? rielle que de la donner pour dernier but a`
la cre? ation.
Ceux qui, malgre? la foule immense des malheurs particuliers,
attribuent un certain genre de bonte? a` la nature, la conside`rent
comme un spe? culateur en grand qui se retire sur le nombre. Ce
syste`me ne convient pas me^me a` un gouvernement, et des e? cri-
vains scrupuleux en e? conomie politique l'ont combattu.