mence philosophique toujours active, et qui produisait,
par des coups redouble?
par des coups redouble?
Madame de Stael - De l'Allegmagne
<< Ah! que je suis re? compense? ! n'ai-je pas vu couler les larmes
<< des chre? tiens? et dans un autre monde, peut-e^tre m'accueille-
<< ront-ils encore avec ces ce? lestes larmes!
<< J'ai senti aussi les joies humaines; mon coeur, je voudrais
<< en vain te le cacher, mon coeur fut anime? par l'ambition de
<< la gloire : dans ma jeunesse, il battit pour elle; maintenant,
<< il bat encore, mais d'un mouvement plus contenu.
<< Ton apo^tre n'a-t-il pas dit aux fide`les: Que tout ce qui est
<< vertueux et digne de louange soit l'objet de vos pense? es . '. . .
<< C'est cette flamme ce? leste que j'ai choisie pour guide; elle ap-
<< parai^t au-devant de mes pas, et montre a` mon oeil ambitieux
<< une route plus sainte.
<< C'est par elle que le prestige des plaisirs terrestres ne m'a
<< point trompe? ; quand j'e? tais pre`s de m'e? garer, le souvenir des
<< heures saintes ou` mon a^me fut initie? e, les douces voix des
<< anges, leurs harpes, leurs concerts me rappele`rent a` moi-
<< me^me.
<< Je suis au but, oui, j'y suis arrive? , et je tremble de bon-
<< heur; ainsi ( pour parler humainement des choses ce? lestes ),
<< ainsi nous serons e? mus quand nous nous trouverons un jour
<< aupre`s de celui qui mourut et ressuscita pour nous.
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? KLOPSTOCK. 121
<< C'est mon Seigneur et mon Dieu dont la main puissante m'a
, conduit a` ce but, a` travers les tombeaux; il m'a donne? la
<< force et le courage contre la mort qui s'approchait; et des dan-
<<gers inconnus, mais terribles, furent e? carte? s du poe`te que
* prote? geait le bouclier ce? leste.
<<J'ai termine? le chant de la nouvelle alliance; la redoutable
<<carrie`re est parcourue. O Me? diateur ce? leste! je l'espe? rais de
toi! >>
Ce me? lange d'enthousiasme poe? tique et de confiance religieuse
inspire l'admiration et l'attendrissement tout ensemble. Les ta-
lents s'adressaient jadis a` des divinite? s de la Fable. Klopstock
les a consacre? s, ces talents, a` Dieu me^me; et, par l'heureuse
union de la religion chre? tienne et de la poe? sie, il montre aux
Allemands comment ils peuvent avoir des beaux-arts qui leur
appartiennent, et ne rele`vent pas seulement des anciens en vas-
saux imitateurs.
Ceux qui ont connu Klopstock le respectent autant qu'ils l'ad-
mirent. La religion, la liberte? , l'amour, ont occupe? toutes ses
pense? es; il professa la religion par l'accomplissement de tous
ses devoirs; il abdiqua la cause me^me dela liberte? , quand le
sang innocent l'eut souille? e, et la fide? lite? consacra les attache-
ments de son coeur. Jamais il ne s'appuya de son imagination
pour justifier aucun e? cart; elle exaltait son a^me, sans l'e? garer.
On dit que sa conversation e? tait pleine d'esprit et me^me de
gou^t; qu'il aimait l'entretien des femmes, et surtout celui des
Franc? aises, et qu'il e? tait bon juge de ce genre d'agre? ments que
la pe? danterie re? prouve. Je le crois facilement; car il y a toujours
quelque chose d'universel dans le ge? nie, et peut-e^tre me^me tient-il par des rapports secrets a` la gra^ce, du moins a` celle que donne
la nature.
Combien un tel homme e? tait loin de l'envie, de l'e? goi? sme,
des fureurs de vanite? , dont plusieurs e? crivains se sont excuse? s
au nom de leurs talents! S'ils en avaient eu davantage, aucun de
ces de? fauts ne les aurait agite? s. On est orgueilleux, irritable,
e? tonne? de soi-me^me, quand un peu d'esprit vient se me^ler a` la
me? diocrite? du caracte`re; mais le vrai ge? nie inspire de la recon-
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? 122 LESSING ET WINCKELMANN.
naissance et de la modestie: car on sent qui l'a donne? , et l'on
sent aussi quelles bornes celui qui l'a donne? y a mises.
On trouve, dans la seconde partie dela Messiade, un tre`s-
beau morceau sur la mort de Marie, soeur de Marthe et de La-
zare, et de? signe? e dans l'E? vangile comme l'image de la vertu con-
templative. Lazare, qui a recu da Je? sus-Christ une seconde fois
la vie, dit adieu a` sa soeur avec un me? lange de douleur et de
confiance profonde? ment sensible. Klopstock a fait des derniers
moments de Marie le tableau de la mort du juste. Lorsqu'a` son
tour il e? tait aussi sur son lit de mort, il re? pe? tait d'une voix ex-
pirante ses vers sur Marie; il se les rappelait, a` travers les om-
bres du cercueil, et les prononc? ait tout bas, pour s'exhorter
lui-me^me a` bien mourir : ainsi, les sentiments exprime? s par le
jeune homme e? taient assez purs pour consoler le vieillard.
Ah ! qu'il est beau, le talent, quand on ne l'a jamais profane? ,
quand il n'a servi qu'a` re? ve? ler aux hommes, sous la forme at-
trayante des beaux-arts, les sentiments ge? ne? reux et les espe? -
rances religieuses obscurcies au fond de leur coeur!
Ce me^me chant de la mort de Marie fut lu a` la ce? re? monie fu-
ne`bre de l'enterrement deKlopstock. Le poe`te e? tait vieux quand
il cessa de vivre; mais l'homme vertueux saisissait de? ja` les pal-
mes immortelles qui rajeunissent l'existence, et fleurissent sur
les tombeaux. Tous les habitants de Hambourg rendirent au
patriarche de la litte? rature les honneurs qu'on n'accorde gue`re
ailleurs qu'au rang ou au pouvoir, et les ma^nes de Klopstock
rec? urent la re? compense que me? ritait sa belle vie.
CHAPITRE VI.
Leasing et Winckelmann.
La litte? rature allemande est peut-e^tre la seule qui ait com-
mence? par la critique; partout ailleurs la critique est venue apre`s
les chefs-d'oeuvre : mais en Allemagne elle les a produits. L'e? -
poque ou` les lettres y ont eu le plus d'e? clat est cause de cette
diffe? rence. Diverses nations s'e? tant illustre? es depuis plusieurs
sie`cles dans l'art d'e? crire, les Allemands arrive`rent apre`s toutes
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? LESSING ET WINCKELMANI? t. 13}
les autres, et crurent n'avoir rien de mieux a` faire que de sui-
vre la route de? ja` trace? e; il fallait donc que la critique e? carta^t
d'abord l'imitation, pour faire place a` l'originalite? . Lessing
e? crivit en prose avec une nettete? et une pre? cision tout a` fait nou-
velles : la profondeur des pense? es embarrasse souvent le style
des e? crivains de la nouvelle e? cole; Lessing, non moins profond,
avaitquelque chose d'a^pre dans le caracte`re, qui lui faisait
trouver les paroles les plus pre? cises et les plus mordantes. Les-
sing e? tait toujours anime? dans ses e? crits par un mouvement hos-
tile contre les opinions qu'il attaquait, et l'humeur donne du
relief aux ide? es.
Il s'occupa tour a` tour du the? a^tre, de la philosophie, des an-
tiquite? s, de la the? ologie, poursuivant partout la ve? rite? , comme
un chasseur qui trouve encore plus de plaisir dans la course que
dans le but. Son style a quelque rapport avec la concision vive
et brillante des Franc? ais; il tendait a` rendre l'allemand classique:
les e? crivains de la nouvelle e? cole embrassent plus de pense? es a`
la fois, mais Lessing doit e^tre plus ge? ne? ralement admire? ; c'est
un esprit neuf et hardi, et qui reste ne? anmoins a` la porte? e du
commun des hommes; sa manie`re devoir est allemande, sa
manie`re de s'exprimer europe? enne. Dialecticien spirituel et serre?
dans ses arguments, l'enthousiasme pour le beau remplissait
cependant le fond de son a^me; ilrvait une ardeur sans flamme,
une ve? he?
mence philosophique toujours active, et qui produisait,
par des coups redouble? s, des effets durables. Lessing analysa le the? a^tre franc? ais, alors ge? ne? ralement a` la
mode dans son pays, et pre? tendit que le the? a^tre anglais avait
plus de rapport avec le ge? nie de ses compatriotes. Dans ses ju-
gements sur Me? rope, Zai? re, Se? miramis et Rodogune, ce n'est
point telle ou telle invraisemblance particulie`re qu'il rele`ve; il
s'attaque a` la since? rite? des sentiments et des caracte`res, et prend
a` partie les personnages de ces fictions comme des e^tres re? els:
sa critique est un traite? sur le coeur humain, autant qu'une poe? -
tique the? a^trale. Pour appre? cier avecjustice les observations de
Lessing sur le syste`me dramatique en ge? ne? ral, il faut examiner,
comme nous le ferons dans les chapitres suivants, les principales
diffe? rences de la manie`re de voir des Franc? ais et des Allemands
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? 124 LESSING ET \VINCKELMANN.
a` cet e? gard. Mais ce qui importe a` l'histoire de la litte? rature,
c'est qu'un Allemand ait eu le courage de critiquer un grand
e? crivain franc? ais, et de plaisanter avec esprit le prince des mo-
queurs, Voltaire lui-me^me.
C'e? tait beaucoup pour une nation sous le poids de l'anathe`me
qui lui refusait le gou^t et la gra^ce, de s'entendre dire qu'il exis-
tait dans chaque pays un gou^t national, une gra^ce naturelle, et
que la gloire litte? raire pouvait s'acque? rir par des chemins divers.
Les e? crits de Lessing donne`rent une impulsion nouvelle; on lut
Shakespeare, on osa se dire Allemand en Allemagne, et les
droits de l'originalite? s'e? tablirent a` la place du joug de la cor-
'rection.
Lessing a compose? des pie`ces de the? a^tre et des ouvrages phi-
losophiques qui me? ritent d'e^tre examine? s a` part; il faut toujours
conside? rer les auteurs allemands sous plusieurs points de vue.
Comme ils sont encore plus distingue? s par la faculte? de penser
que par le talent, ils ne se vouent point exclusivement a` tel ou
tel genre; la re? flexion les attire successivement dans des carrie`-
res diffe? rentes.
Parmi les e? crits de Lessing, l'un des plus remarquables, c'est
le Laocoon; il caracte? rise les sujets qui conviennent a` la poe? sie
et a` la peinture, avec autant de philosophie dans les principes
que de sagacite? dans les exemples. Toutefois, l'homme qui fit
une ve? ritable re? volution en Allemagne dans la manie`re de con-
side? rer les arts, et par les arts la litte? rature, c'est Winckelmann;
je parlerai de lui ailleurs sous le rapport de son influence sur
les arts; mais la beaute? de son style est telle, qu'il doit e^tre mis
au premier rang des e? crivains allemands.
Cet homme, qui n'avait connu d'abord l'antiquite? que par les
livres, voulut aller conside? rer ses nobles restes; il se sentit at-
tire? vers le Midi avec ardeur; on retrouve encore souvent dans
les imaginations allemandes quelques traces de cet amour du
soleil, de cette fatigue du Nord qui entrai^na les peuples septen-
trionaux dans les contre? es me? ridionales. Un beau ciel fait nai^tre
des sentiments semblables a` l'amour de la patrie. Quand Winc-
kelmann , apre`s un long se? jour en Italie, revint en Allemagne,
l'aspect de la neige, des toits pointus qu'elle couvre, et des
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? LESSIiVG ET WINCKELMANK. 125
maisons enfume? es, le remplissait detristesse. il lui semblait
qu'il ne pouvait plus gou^ter les arts, quand il ne respirait plus
l'air qui les a fait nai^tre. Quelle e? loquence contemplative dans
ce qu'il e? crit sur l'Apollon du Belve? de`re, sur le Laocoon! Son
style est calme et majestueux comme l'objet qu'il conside`re. Il
donne a` l'art d'e? crire l'imposante dignite? des monuments, et sa
description produit la me^me sensation que la statue. Nul, avant
lui, n'avait re? uni des observations exactes et profondes a` une
admiration si pleine de vie; c'est ainsi seulement qu'on peut
comprendre les beaux-arts. Il faut que l'attention qu'ils excitent
vienne de l'amour, et qu'on de? couvre dans les chefs-d'oeuvre
du talent, comme dans les traits d'un e^tre che? ri, mille charmes
re? ve? le? s par les sentiments qu'ils inspirent.
Des poetes, avant Winckelmann, avaient e? tudie? les trage? dies
des Grecs, pour les adapter a` nos the? a^tres. On connaissait des
e? rudits qu'on pouvait consulter comme des livres; mais per-
sonne ne s'e? tait fait, pour ainsi dire, pai? en pour pe? ne? trer l'anti-
quite? . Winckelmann a les de? fauts et les avantages d'un Grec
amateur des arts, et l'on sent, dans ses e? crits, le culte de la
beaute? , tel qu'il existait chez un peuple ou` si souvent elle obtint
les honneurs de l'apothe? ose.
L'imagination et l'e? rudition pre^taient e? galement a` Winckel-
inann leurs lumie`res diffe? rentes; on e? tait persuade? jusqu'a` lui
qu'elles s'excluaient mutuellement. Il a fait voir que, pour devi-
ner les anciens, l'une e? tait aussi ne? cessaire que l'autre. On ne
peut donner de la vie aux objets de l'art que par la connaissance
intime du pays et de l'e? poque dans laquelle ils ont existe? . Les
traits vagues ne captivent point l'inte? re^t. Pour animer les re? cits
et les fictions dont les sie`cles passe? s sont le the? a^tre, il faut que
l'e? rudition me^me seconde l'imagination, et la rende, s'il est
possible, te? moin de ce qu'elle doit peindre, et contemporaine
de ce qu'elle raconte.
Zadig devinait, par quelques traces confuses, par quelques
mots a` demi de? chire? s, des circonstances qu'il de? duisait toutes
des plus le? gers indices. C'est ainsi qu'il faut prendre l'e? rudition
pour guide a` travers l'antiquite? ; les vestiges qu'on aperc? oit sont
interrompus, efface? s, difficiles a` saisir; mais, en s'aidant a` la 11.
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? 126 LESSING ET WINCKELMANN.
fois de l'imagination et de l'e? tude, ou recompose le temps, et l'on
refait la vie.
Quand les tribunaux sont appele? s a` de? cider sur l'existence d'un
fait, c'est quelquefois une le? ge`re circonstance qui les e? claire.
L'imagination est, a` cet e? gard, comme un juge; un mot, un
usage, une allusion saisie dans les ouvrages des anciens, lui
sert de lueur pour arriver a` la connaissance de la ve? rite? tout
entie`re.
Winckelmann sut appliquer a` l'examen des monuments des
arts l'esprit de jugement qui sert a` la connaissance des hommes;
il e? tudie la physionomie d'une statue comme celle d'un e^tre vi-
vant. Il saisit avec une grande justesse les moindres observations,
dont il sait tirer des conclusions frappantes. Telle physionomie,
tel attribut, tel ve^tement, peut tout a` coup jeter un jour inat-
tendu sur de longues recherches. Les cheveux de Ce? re`s sont re-
leve? s avec un de? sordre qui ne convient pas a` Minerve; la perte
de Proserpine a pour jamais trouble? l'a^me de sa me`re. Minos,
fils et disciple de Jupiter, a, dans les me? dailles, les me^mes traits
que son pe`re; cependant, la majeste? calme de l'un, et l'expres-
sion se? ve`re de l'autre, distinguent le souverain des dieux du
juge des hommes. Le torse est un fragment de la statue d'Her-
cule divinise? , de celui qui rec? oit d'He? be? la coupe de l'immorta-
lite? , tandis que l'Hercule Farne`se ne posse`de encore que les
attributs d'un mortel; chaque contour du torse, aussi e? nergique,
mais plus arrondi, caracte? rise encore la force du he? ros, mais
du he? ros qui, place? dans le ciel, est de? sormais absous des rudes
travaux de la terre. Tout est symbolique dans les arts, et la na-
ture se montre sous mille apparences diverses dans ces statues,
dans ces tableaux, dansees poe? sies, ou` l'immobilite?