ties, ni les miracles; mais il en
vint apre`s eux un grand nombre qui voulurent donner une ex-
plication toute naturelle a` la Bible et au Nouveau Testament, et
qui, conside?
vint apre`s eux un grand nombre qui voulurent donner une ex-
plication toute naturelle a` la Bible et au Nouveau Testament, et
qui, conside?
Madame de Stael - De l'Allegmagne
formation fut l'e`re de l'examen, et de la conviction
e? claire? e qui lui succe`de. Le christianisme a d'abord e? te? fonde? ,
puis alte? re? , puis examine? , puis compris , et ces diverses pe? riodes
e? taient ne? cessaires a` son de? veloppement; elles ont dure? quelque-
fois cent ans, quelquefois mille ans. L'E^tre supre^me, qui puise
dans l'e? ternite? , n'est pas e? conome du temps a` notre manie`re.
Quand Luther a paru, la religion n'e? tait plus qu'une puissance
politique, attaque? e ou de? fendue comme un inte? re^t de ce monde.
Luther l'a rappele? e sur le terrain de la pense? e. La marche histo-
rique de l'esprit humain a` cet e? gard, en Allemagne, est digne
de remarque. Lorsque les guerres cause? es par la re? formation
furent apaise? es , et que les re? fugie? s protestants se furent natura-
lise? s dans les divers E? tats du nord de l'empire germanique, les
e? tudes philosophiques, qui avaient toujours pour objet l'inte? rieur
de l'a^me, se dirige`rent naturellement vers la religion; et il
n'existe pas, dans le dix-huitie`me sie`cle , de litte? rature ou` l'on
trouve sur ce sujet une aussi grande quantite? de livres que dans la
litte? rature allemande.
Lessing, l'un des esprits les plus vigoureux de l'Allemagne ,
n'a cesse? d'attaquer, avec toute la force desa logique, cette maxi-
me si commune? ment re? pe? te? e, qu'il y a des ve? rite? s dangereu-
ses. En effet, c'est une singulie`re pre? somption, dans quelques
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? 522 OU PROTESTANTISME.
individus, de se croire le droit de cacher la ve? rite? a` leurs sembla-
bles, et de s'attribuer la pre? rogative de se placer, comme
Alexandre devant Dioge`ne, pour nous de? rober les rayons de ce
soleil qui appartient a` tous e? galement; cette prudence pre? tendue
n'est que la the? orie du charlatanisme; on veut escamoter les ide? es,
pour mieux asservir les hommes. La ve? rite? est l'oeuvre de Dieu,
les mensonges sont l'oeuvrede l'homme. Si l'on e? tudie les e? po-
ques de l'histoire ou` l'on a craint la ve? rite? , l'on verra toujours
que c'est quand l'inte? re^t particulier luttait de quelque manie`re
contre la tendance universelle.
La recherche de la ve? rite? est la plus noble des occupations,
et sa publication un devoir. Il n'y a rien a` craindre pour la re-
ligion ni pour la socie? te? dans cette recherche, si elle est since`re;
et si elle ne l'est pas, ce n'est plus alors la ve? rite? , c'est le men-
songe qui fait du mal. Il n'y a pas un sentiment dans l'homme
dont on ne puisse trouver la raison philosophique: pas une opi-
nion , pas me^me un pre? juge? ge? ne? ralement re? pandu, qui n'ait sa
racine dans la nature. Il faut donc examiner, non dans le but
de de? truire, mais pour fonder lacroyance sur la conviction intime,
et non sur la conviction de? robe? e.
On voit des erreurs durer longtemps ; mais elles causent tou-
jours une inquie? tude pe? nible. En contemplant la tour de Pise,
qui penche sur sa base, on se figure qu'elle va tomber, quoi-
qu'elle ait subsiste? pendant des sie`cles, et l'imagination n'est en
repos qu'en pre? sence des e? difices fermes et re? guliers. Il en est de
me^me de la croyance a` certains principes; ce qui est fonde? sur
les pre? juge? s inquie`te, et l'on aime a` voir la raison appuyer de
tout son pouvoir les conceptions e? leve? es de l'a^me.
L'intelligence contient en elle-me^me le principe de tout ce
qu'elle acquiert par l'expe? rience ; Fontenelle disait avec justesse,
qu'on croyait reconnai^tre une ve? rite? , la premie`re fois qu'elle
nous e? tait annonce? e. Comment donc pourrait-on imaginer que
to^t ou tard les ide? es justes et la persuasion intime qu'elles font
nai^tre, ne se rencontreront pas ? Il y a une harmonie pre? e? tablie
entre la ve? rite? et la raison humaine, qui finit toujours par les
rapprocher l'une de l'autre.
Proposer aux hommes de ne pas se dire mutuellement ce
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DU PROTESTANTISME. 528
qu'ils pensent,c'est ce qu'onappelle vulgairement garder le secret
de la come? die. On ne continue d'ignorer que parce qu'on ne
sait pas qu'on ignore; mais du moment qu'on a commande?
de se taire, c'est que quelqu'un a parle? ; et, pour e? touffer
les pense? es que ces paroles ont excite? es, il faut de? grader la rai-
son. Il y a des hommes pleins d'e? nergie et de bonne foi, qui
n'ont jamais soupc? onne? telles ou telles ve? rite? s philosophiques;
mais ceux qui les savent et les dissimulent sont des hypocrites,
ou tout au moins des e^tres bien arrogants et bien irre? ligieux. --
Bien arrogants; car de quel droit s'imaginent-ils qu'ils sont de la
classe des initie? s , et que le reste du monde n'en est pas? -- Bien
irre? ligieux; car s'il y avait une ve? rite? philosophique ou naturelle,
une ve? rite? enfin qui combattit la religion, cette religion ne serait
pas ce qu'elle est, la lumie`re des lumie`res.
Il faut bien mal connai^tre le christianisme, c'est-a`-dire, la
re? ve? lation des lois morales de l'homme et de l'univers, pour re-
commander a` ceux qui veulent y croire l'ignorance, le secret et
les te? ne`bres. Ouvrez les portes du temple; appelez a` votresecours
le ge? nie, les beaux-arts, les sciences, la philosophie; rassem-
blez-les dans un me^me foyer, pour honorer et comprendre l'Au-
teur de la cre? ation, et si l'amour a dit que le nom de ce qu'on
aime semble grave? sur les feuilles de chaque fleur, comment
l'empreinte de Dieu ne serait-elle pas dans toutes les ide? es qui
se rallient a` la chai^ne e? ternelle!
Le droit d'examiner ce qu'on doit croire est le fondement du
protestantisme. Les premiers re? formateurs ne l'entendaient pas
ainsi: ils croyaient pouvoir placer les colonnes d'Hercule de l'es-
prit humain au terme de leurs propreslumie`res; mais ils avaient
tort d'espe? rer qu'on se soumettrait a` leurs de? cisions comme in-
faillibles, eux qui rejetaient toute autorite? de ce genre dans la
religion catholique. Le protestantisme devait donc suivre le de? -
veloppement et les progre`s des lumie`res, tandis que le catholi-
cisme se vantait d'e^tre immuable au milieu des vagues du temps.
Parmi les e? crivains allemands dela religion protestante, il a
existe? diverses manie`res de voir, qui successivement ont occupe?
l'attention. Plusieurs savants ont fait des recherches inoui? es sur
l'Ancien et le Nouveau Testament. Michae? lis a e? tudie? les langues,
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? 524 DU PROTESTANTISME.
les antiquite? s et l'histoire naturelle de l'Asie, pour interpre? ter
la Bible : et taudis qu'eu France l'esprit philosophique plaisan-
tait sur le christianisme, on en faisait en Allemagne un objet
d'e? rudition. Bien que ce genre de travail pu^t, a` quelques e? gards,
blesser les a^mes religieuses, quel respect ne suppose-t-il pas pour
le livre, objet d'un examen aussi se? rieux! Ces savants n'attaque`-
rent ni le dogme, ni les prophe?
ties, ni les miracles; mais il en
vint apre`s eux un grand nombre qui voulurent donner une ex-
plication toute naturelle a` la Bible et au Nouveau Testament, et
qui, conside? rant l'une et l'autre, simplement comme de bons
e? crits d'une lecture instructive, ne voyaient dans les myste`res
que des me? taphores orientales.
Ces the? ologiens s'appelaient raisonnables, parce qu'ils croyaient
dissiper tous les genres d'obscurite? ; mais c'e? tait mal diriger
l'esprit d'examen que de vouloir l'appliquer aux ve? rite? s qu'on ne peut pressentir que par l'e? le? vation et le recueillement de l'a^me.
L'esprit d'examen doit servir a` reconnai^tre ce qui est supe? rieur
a` la raison, comme un astronome marque les hauteurs auxquel-
les la vue de l'homme n'atteint pas: ainsi donc, signaler les
re? gions incompre? hensibles, sans pre? tendre ni les nier, ni les
soumettre au langage, c'est se servir de l'esprit d'examen selon
sa mesure et selon son but. L'interpre? tation savante ne satisfait pas plus que l'autorite?
dogmatique. L'imagination et la sensibilite? des Allemands ne
pouvaient se contenter de cette sorte de religion prosai? que, qui
accordait un respect de raison au christianisme. Herder, le
premier, fit renai^tre la foi par la poe? sie: profonde? ment instruit
dans les langues orientales, il avait pour la Bible un genre d'ad-
miration semblable a` celui qu'un Home`re sanctifie? pourrait
inspirer. La tendance naturelle des esprits, en Allemagne, est
de conside? rerla poe? sie comme une sorte de don prophe? tique,
pre? curseur des dons divins; ainsi ce n'e? tait point une profana-
tion de re? unir a` la croyance religieuse l'enthousiasme qu'elle
inspire.
Herder n'e? tait pas scrupuleusement orthodoxe; cependant il
rejetait, ainsi que ses partisans, les commentaires e? rudits qui
avaient pour but de simplifier la Bible, et qui l'ane? antissaient
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? DU PROTESTANT1SME. 525
en la simplifiant. Une sorte de the? ologie poe? tique, vague, mais
anime? e, libre, mais sensible, tint la place de cette e? cole pe? dan-
tesque, qui croyait marcher vers la raison en retranchant quel-
ques miracles de cet univers, et cependant le merveilleux est a`
quelques e? gards peut-e^tre plus facile encore a` concevoir que ce
qu'on est convenu d'appeler le naturel.
Schleiermacher, le traducteur de Platon, a e? crit sur la religion
des discours d'une rare e? loquence; il combat l'indiffe? rence qu'on
appelait tole? rance, et le travail destructeur qu'on faisait passer
pour un examen impartial. Schleiermacher n'est pas non plus
un the? ologien orthodoxe; mais il montre, dans les dogmes reli-
gieux qu'il adopte, de la force de croyance, et une grande vi-
gueur de conception me? taphysique. Il a de? veloppe? avec beau-
coup de chaleur et de clarte? , le sentiment de l'infini, dont j'ai
parle? dans le chapitre pre? ce? dent. On peut appeler les opinions
religieuses de Schleiermacher et de ses disciples une the? ologie
philosophique.
Enfin Lavater et plusieurs hommes detalent se sont rallie? s
aux opinions mystiques, telles que Fe? nelon en France, et divers e? crivains de tous les pays les ont conc? ues.
Lavater a pre? ce? de? quelques-uns des hommes que j'ai cite? s?
ne? anmoins c'est depuis un petit nombre d'anne? es surtout, que
la doctrine dont il peut e^tre conside? re? comme un des principaux
chefs, a pris une grande faveur en Allemagne. L'ouvrage de Lavater sur la physionomie est plus ce? le`bre que ses e? crits reli-
gieux; mais ce qui le rendait surtout remarquable, c'e? tait son
caracte`re personnel; il y avait en lui un rare me? lange de pe? ne? -
tration et d'enthousiasme; il observait les hommes avec une
finesse d'esprit singulie`re, et s'abandonnait avec une confiance
absolue a` des ide? es qu'on pourrait nommer superstitieuses; il
avait de l'amour-propre, et peut-e^tre cet amour-propre a-t-il e? te?
la cause de ses opinions bizarres sur lui-me^me et sur sa vocation
miraculeuse: cependant rien n'e? galait la simplicite? religieuse et
la candeur de son a^me; on ne pouvait voir, sans e? tonnement,
dans un salon de nos jours, un ministre du saint E? vangile ins-
pire? comme les apo^tres, et spirituel comme un homme du
monde. Le garant de la since? rite? de Lavater, c'e? taient ses bon-
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 526 DU CULTE DF. S FltE`UES MORAVES.
nes actions et son beau regard, qui portait l'empreinte d'une
inimitable ve? rite? .
Les e? crivains religieux de l'Allemagne actuelle sont divise? s en
deux classes tre`s-distinctes, les de? fenseurs de la re? formation et
les partisans du catholicisme. J'examinerai a` part les e? crivains
de ces diverses opinions; mais ce qu'il importe d'affirmer avant
tout, c'est que si le nord de l'Allemagne est le pays ou` les ques-
tions the? ologiques ont e? te? le plus agite? es, c'est en me^me temps
celui ou` les sentiments religieux sont le plus universels; le ca-
racte`re national en est empreint; et le ge? nie des arts et de la
litte? rature y puise toute son inspiration. Enfin, parmi les gens
du peuple, la religion a, dans le nord de l'Allemagne, un ca-
racte`re ide? al et doux qui surprend singulie`rement, dans un pays
dont on est accoutume? a` croire les moeurs tre`s-rudes.
Une fois, en voyageant de Dresde a` Leipsick, je m'arre^tai le
soir a` Meissen, petite ville place? e sur une hauteur, au-dessus de
la rivie`re, et dont l'e? glise renferme des tombeaux consacre? s a`
d'illustres souvenirs. Je me promenais sur l'esplanade, et je me
laissais aller a` cette re^verie que le coucher du soleil, l'aspect
lointain du paysage, et le bruit de l'onde qui coule au fond de la
valle? e, excitent si facilement dans notre a^me; j'entendis alors
les voix de quelques hommes du peuple, et je craignais d'e? cou-
ter des paroles vulgaires, telles qu'on en chante ailleurs dans
les rues. Quel fut mon e? tonnement, lorsque je compris le re-
frain de leur chanson: Ils se sont aime? s, et ils sont morts avec
l'espoir de se retrouver un jour! Heureux pays, que celui
ou` de tels sentiments sont populaires, et re? pandent jusque dans
l'air qu'on respire je ne sais quelle fraternite? religieuse, dont
l'amour pour le ciel et la pitie? pour l'homme sont le touchant
lieu!
CHAPITRE III.
Du culte des Fre? res Moraves.
Il y a peut-e^tre trop de liberte? dans le protestantisme, pour
contenter une certaine auste? rite? religieuse, qui peut s'emparer
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DU CULTE DES FRE`RES MORAVES. 527
de l'homme accable? par de grands malheurs ; quelquefois me^me,
dans le cours habituel de la vie, la re? alite? de ce monde disparai^t
tout a` coup, et l'on se sent, au milieu de ses inte? re^ts comme
dans un bal dont onn'entendrait pas la musique, le mouvement
qu'on y verrait parai^trait insense? . Une espe`ce d'apathie re^veuse
s'empare e? galement du bramin et du sauvage, quand l'un, a`
force de penser, et l'autre, a` force d'ignorer, passent des heures
entie`res dans la contemplation muette de la destine? e. La seule
activite? dont on soit susceptible alors est celle qui a le culte di-
vin pour objet. On aime a` faire a` chaque instant quelque chose
pour le ciel; et c'est cette disposition qui inspire de l'attraitpour les couvents, quoiqu'ils aient d'ailleurs des inconve? nients
tre`s-graves.
Les e? tablissements moraves sont les couvents des protestants,
et c'est l'enthousiasme religieux du nord de l'Allemagne qui leur
a donne? naissance, il y a cent anne? es. Mais quoique cette asso-
ciation soit aussi se? ve`re qu'un couvent catholique, elle est plus
libe? rale dans les principes; on n'y fait point de voeu, tout y est
volontaire; les hommes et les femmes ne sont pas se? pare? s, et le
mariage n'y est point interdit. Ne? anmoins la socie? te? entie`re est
eccle? siastique, c'est-a`-dire que tout s'y fait par la religion et
pour elle; c'est l'autorite? de l'e? glise qui re? git cette communaute?
de fide`les; mais cette e? glise est sans pre^tres, et le sacerdoce y
est exerce? tour a` tour par les personnes les plus religieuses et les
plus ve? ne? rables.
Les hommes et les femmes, avant d'e^tre marie? s, vivent se? -
pare? ment les uns des autres dans des re?
e? claire? e qui lui succe`de. Le christianisme a d'abord e? te? fonde? ,
puis alte? re? , puis examine? , puis compris , et ces diverses pe? riodes
e? taient ne? cessaires a` son de? veloppement; elles ont dure? quelque-
fois cent ans, quelquefois mille ans. L'E^tre supre^me, qui puise
dans l'e? ternite? , n'est pas e? conome du temps a` notre manie`re.
Quand Luther a paru, la religion n'e? tait plus qu'une puissance
politique, attaque? e ou de? fendue comme un inte? re^t de ce monde.
Luther l'a rappele? e sur le terrain de la pense? e. La marche histo-
rique de l'esprit humain a` cet e? gard, en Allemagne, est digne
de remarque. Lorsque les guerres cause? es par la re? formation
furent apaise? es , et que les re? fugie? s protestants se furent natura-
lise? s dans les divers E? tats du nord de l'empire germanique, les
e? tudes philosophiques, qui avaient toujours pour objet l'inte? rieur
de l'a^me, se dirige`rent naturellement vers la religion; et il
n'existe pas, dans le dix-huitie`me sie`cle , de litte? rature ou` l'on
trouve sur ce sujet une aussi grande quantite? de livres que dans la
litte? rature allemande.
Lessing, l'un des esprits les plus vigoureux de l'Allemagne ,
n'a cesse? d'attaquer, avec toute la force desa logique, cette maxi-
me si commune? ment re? pe? te? e, qu'il y a des ve? rite? s dangereu-
ses. En effet, c'est une singulie`re pre? somption, dans quelques
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 522 OU PROTESTANTISME.
individus, de se croire le droit de cacher la ve? rite? a` leurs sembla-
bles, et de s'attribuer la pre? rogative de se placer, comme
Alexandre devant Dioge`ne, pour nous de? rober les rayons de ce
soleil qui appartient a` tous e? galement; cette prudence pre? tendue
n'est que la the? orie du charlatanisme; on veut escamoter les ide? es,
pour mieux asservir les hommes. La ve? rite? est l'oeuvre de Dieu,
les mensonges sont l'oeuvrede l'homme. Si l'on e? tudie les e? po-
ques de l'histoire ou` l'on a craint la ve? rite? , l'on verra toujours
que c'est quand l'inte? re^t particulier luttait de quelque manie`re
contre la tendance universelle.
La recherche de la ve? rite? est la plus noble des occupations,
et sa publication un devoir. Il n'y a rien a` craindre pour la re-
ligion ni pour la socie? te? dans cette recherche, si elle est since`re;
et si elle ne l'est pas, ce n'est plus alors la ve? rite? , c'est le men-
songe qui fait du mal. Il n'y a pas un sentiment dans l'homme
dont on ne puisse trouver la raison philosophique: pas une opi-
nion , pas me^me un pre? juge? ge? ne? ralement re? pandu, qui n'ait sa
racine dans la nature. Il faut donc examiner, non dans le but
de de? truire, mais pour fonder lacroyance sur la conviction intime,
et non sur la conviction de? robe? e.
On voit des erreurs durer longtemps ; mais elles causent tou-
jours une inquie? tude pe? nible. En contemplant la tour de Pise,
qui penche sur sa base, on se figure qu'elle va tomber, quoi-
qu'elle ait subsiste? pendant des sie`cles, et l'imagination n'est en
repos qu'en pre? sence des e? difices fermes et re? guliers. Il en est de
me^me de la croyance a` certains principes; ce qui est fonde? sur
les pre? juge? s inquie`te, et l'on aime a` voir la raison appuyer de
tout son pouvoir les conceptions e? leve? es de l'a^me.
L'intelligence contient en elle-me^me le principe de tout ce
qu'elle acquiert par l'expe? rience ; Fontenelle disait avec justesse,
qu'on croyait reconnai^tre une ve? rite? , la premie`re fois qu'elle
nous e? tait annonce? e. Comment donc pourrait-on imaginer que
to^t ou tard les ide? es justes et la persuasion intime qu'elles font
nai^tre, ne se rencontreront pas ? Il y a une harmonie pre? e? tablie
entre la ve? rite? et la raison humaine, qui finit toujours par les
rapprocher l'une de l'autre.
Proposer aux hommes de ne pas se dire mutuellement ce
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? DU PROTESTANTISME. 528
qu'ils pensent,c'est ce qu'onappelle vulgairement garder le secret
de la come? die. On ne continue d'ignorer que parce qu'on ne
sait pas qu'on ignore; mais du moment qu'on a commande?
de se taire, c'est que quelqu'un a parle? ; et, pour e? touffer
les pense? es que ces paroles ont excite? es, il faut de? grader la rai-
son. Il y a des hommes pleins d'e? nergie et de bonne foi, qui
n'ont jamais soupc? onne? telles ou telles ve? rite? s philosophiques;
mais ceux qui les savent et les dissimulent sont des hypocrites,
ou tout au moins des e^tres bien arrogants et bien irre? ligieux. --
Bien arrogants; car de quel droit s'imaginent-ils qu'ils sont de la
classe des initie? s , et que le reste du monde n'en est pas? -- Bien
irre? ligieux; car s'il y avait une ve? rite? philosophique ou naturelle,
une ve? rite? enfin qui combattit la religion, cette religion ne serait
pas ce qu'elle est, la lumie`re des lumie`res.
Il faut bien mal connai^tre le christianisme, c'est-a`-dire, la
re? ve? lation des lois morales de l'homme et de l'univers, pour re-
commander a` ceux qui veulent y croire l'ignorance, le secret et
les te? ne`bres. Ouvrez les portes du temple; appelez a` votresecours
le ge? nie, les beaux-arts, les sciences, la philosophie; rassem-
blez-les dans un me^me foyer, pour honorer et comprendre l'Au-
teur de la cre? ation, et si l'amour a dit que le nom de ce qu'on
aime semble grave? sur les feuilles de chaque fleur, comment
l'empreinte de Dieu ne serait-elle pas dans toutes les ide? es qui
se rallient a` la chai^ne e? ternelle!
Le droit d'examiner ce qu'on doit croire est le fondement du
protestantisme. Les premiers re? formateurs ne l'entendaient pas
ainsi: ils croyaient pouvoir placer les colonnes d'Hercule de l'es-
prit humain au terme de leurs propreslumie`res; mais ils avaient
tort d'espe? rer qu'on se soumettrait a` leurs de? cisions comme in-
faillibles, eux qui rejetaient toute autorite? de ce genre dans la
religion catholique. Le protestantisme devait donc suivre le de? -
veloppement et les progre`s des lumie`res, tandis que le catholi-
cisme se vantait d'e^tre immuable au milieu des vagues du temps.
Parmi les e? crivains allemands dela religion protestante, il a
existe? diverses manie`res de voir, qui successivement ont occupe?
l'attention. Plusieurs savants ont fait des recherches inoui? es sur
l'Ancien et le Nouveau Testament. Michae? lis a e? tudie? les langues,
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 524 DU PROTESTANTISME.
les antiquite? s et l'histoire naturelle de l'Asie, pour interpre? ter
la Bible : et taudis qu'eu France l'esprit philosophique plaisan-
tait sur le christianisme, on en faisait en Allemagne un objet
d'e? rudition. Bien que ce genre de travail pu^t, a` quelques e? gards,
blesser les a^mes religieuses, quel respect ne suppose-t-il pas pour
le livre, objet d'un examen aussi se? rieux! Ces savants n'attaque`-
rent ni le dogme, ni les prophe?
ties, ni les miracles; mais il en
vint apre`s eux un grand nombre qui voulurent donner une ex-
plication toute naturelle a` la Bible et au Nouveau Testament, et
qui, conside? rant l'une et l'autre, simplement comme de bons
e? crits d'une lecture instructive, ne voyaient dans les myste`res
que des me? taphores orientales.
Ces the? ologiens s'appelaient raisonnables, parce qu'ils croyaient
dissiper tous les genres d'obscurite? ; mais c'e? tait mal diriger
l'esprit d'examen que de vouloir l'appliquer aux ve? rite? s qu'on ne peut pressentir que par l'e? le? vation et le recueillement de l'a^me.
L'esprit d'examen doit servir a` reconnai^tre ce qui est supe? rieur
a` la raison, comme un astronome marque les hauteurs auxquel-
les la vue de l'homme n'atteint pas: ainsi donc, signaler les
re? gions incompre? hensibles, sans pre? tendre ni les nier, ni les
soumettre au langage, c'est se servir de l'esprit d'examen selon
sa mesure et selon son but. L'interpre? tation savante ne satisfait pas plus que l'autorite?
dogmatique. L'imagination et la sensibilite? des Allemands ne
pouvaient se contenter de cette sorte de religion prosai? que, qui
accordait un respect de raison au christianisme. Herder, le
premier, fit renai^tre la foi par la poe? sie: profonde? ment instruit
dans les langues orientales, il avait pour la Bible un genre d'ad-
miration semblable a` celui qu'un Home`re sanctifie? pourrait
inspirer. La tendance naturelle des esprits, en Allemagne, est
de conside? rerla poe? sie comme une sorte de don prophe? tique,
pre? curseur des dons divins; ainsi ce n'e? tait point une profana-
tion de re? unir a` la croyance religieuse l'enthousiasme qu'elle
inspire.
Herder n'e? tait pas scrupuleusement orthodoxe; cependant il
rejetait, ainsi que ses partisans, les commentaires e? rudits qui
avaient pour but de simplifier la Bible, et qui l'ane? antissaient
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? DU PROTESTANT1SME. 525
en la simplifiant. Une sorte de the? ologie poe? tique, vague, mais
anime? e, libre, mais sensible, tint la place de cette e? cole pe? dan-
tesque, qui croyait marcher vers la raison en retranchant quel-
ques miracles de cet univers, et cependant le merveilleux est a`
quelques e? gards peut-e^tre plus facile encore a` concevoir que ce
qu'on est convenu d'appeler le naturel.
Schleiermacher, le traducteur de Platon, a e? crit sur la religion
des discours d'une rare e? loquence; il combat l'indiffe? rence qu'on
appelait tole? rance, et le travail destructeur qu'on faisait passer
pour un examen impartial. Schleiermacher n'est pas non plus
un the? ologien orthodoxe; mais il montre, dans les dogmes reli-
gieux qu'il adopte, de la force de croyance, et une grande vi-
gueur de conception me? taphysique. Il a de? veloppe? avec beau-
coup de chaleur et de clarte? , le sentiment de l'infini, dont j'ai
parle? dans le chapitre pre? ce? dent. On peut appeler les opinions
religieuses de Schleiermacher et de ses disciples une the? ologie
philosophique.
Enfin Lavater et plusieurs hommes detalent se sont rallie? s
aux opinions mystiques, telles que Fe? nelon en France, et divers e? crivains de tous les pays les ont conc? ues.
Lavater a pre? ce? de? quelques-uns des hommes que j'ai cite? s?
ne? anmoins c'est depuis un petit nombre d'anne? es surtout, que
la doctrine dont il peut e^tre conside? re? comme un des principaux
chefs, a pris une grande faveur en Allemagne. L'ouvrage de Lavater sur la physionomie est plus ce? le`bre que ses e? crits reli-
gieux; mais ce qui le rendait surtout remarquable, c'e? tait son
caracte`re personnel; il y avait en lui un rare me? lange de pe? ne? -
tration et d'enthousiasme; il observait les hommes avec une
finesse d'esprit singulie`re, et s'abandonnait avec une confiance
absolue a` des ide? es qu'on pourrait nommer superstitieuses; il
avait de l'amour-propre, et peut-e^tre cet amour-propre a-t-il e? te?
la cause de ses opinions bizarres sur lui-me^me et sur sa vocation
miraculeuse: cependant rien n'e? galait la simplicite? religieuse et
la candeur de son a^me; on ne pouvait voir, sans e? tonnement,
dans un salon de nos jours, un ministre du saint E? vangile ins-
pire? comme les apo^tres, et spirituel comme un homme du
monde. Le garant de la since? rite? de Lavater, c'e? taient ses bon-
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? 526 DU CULTE DF. S FltE`UES MORAVES.
nes actions et son beau regard, qui portait l'empreinte d'une
inimitable ve? rite? .
Les e? crivains religieux de l'Allemagne actuelle sont divise? s en
deux classes tre`s-distinctes, les de? fenseurs de la re? formation et
les partisans du catholicisme. J'examinerai a` part les e? crivains
de ces diverses opinions; mais ce qu'il importe d'affirmer avant
tout, c'est que si le nord de l'Allemagne est le pays ou` les ques-
tions the? ologiques ont e? te? le plus agite? es, c'est en me^me temps
celui ou` les sentiments religieux sont le plus universels; le ca-
racte`re national en est empreint; et le ge? nie des arts et de la
litte? rature y puise toute son inspiration. Enfin, parmi les gens
du peuple, la religion a, dans le nord de l'Allemagne, un ca-
racte`re ide? al et doux qui surprend singulie`rement, dans un pays
dont on est accoutume? a` croire les moeurs tre`s-rudes.
Une fois, en voyageant de Dresde a` Leipsick, je m'arre^tai le
soir a` Meissen, petite ville place? e sur une hauteur, au-dessus de
la rivie`re, et dont l'e? glise renferme des tombeaux consacre? s a`
d'illustres souvenirs. Je me promenais sur l'esplanade, et je me
laissais aller a` cette re^verie que le coucher du soleil, l'aspect
lointain du paysage, et le bruit de l'onde qui coule au fond de la
valle? e, excitent si facilement dans notre a^me; j'entendis alors
les voix de quelques hommes du peuple, et je craignais d'e? cou-
ter des paroles vulgaires, telles qu'on en chante ailleurs dans
les rues. Quel fut mon e? tonnement, lorsque je compris le re-
frain de leur chanson: Ils se sont aime? s, et ils sont morts avec
l'espoir de se retrouver un jour! Heureux pays, que celui
ou` de tels sentiments sont populaires, et re? pandent jusque dans
l'air qu'on respire je ne sais quelle fraternite? religieuse, dont
l'amour pour le ciel et la pitie? pour l'homme sont le touchant
lieu!
CHAPITRE III.
Du culte des Fre? res Moraves.
Il y a peut-e^tre trop de liberte? dans le protestantisme, pour
contenter une certaine auste? rite? religieuse, qui peut s'emparer
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? DU CULTE DES FRE`RES MORAVES. 527
de l'homme accable? par de grands malheurs ; quelquefois me^me,
dans le cours habituel de la vie, la re? alite? de ce monde disparai^t
tout a` coup, et l'on se sent, au milieu de ses inte? re^ts comme
dans un bal dont onn'entendrait pas la musique, le mouvement
qu'on y verrait parai^trait insense? . Une espe`ce d'apathie re^veuse
s'empare e? galement du bramin et du sauvage, quand l'un, a`
force de penser, et l'autre, a` force d'ignorer, passent des heures
entie`res dans la contemplation muette de la destine? e. La seule
activite? dont on soit susceptible alors est celle qui a le culte di-
vin pour objet. On aime a` faire a` chaque instant quelque chose
pour le ciel; et c'est cette disposition qui inspire de l'attraitpour les couvents, quoiqu'ils aient d'ailleurs des inconve? nients
tre`s-graves.
Les e? tablissements moraves sont les couvents des protestants,
et c'est l'enthousiasme religieux du nord de l'Allemagne qui leur
a donne? naissance, il y a cent anne? es. Mais quoique cette asso-
ciation soit aussi se? ve`re qu'un couvent catholique, elle est plus
libe? rale dans les principes; on n'y fait point de voeu, tout y est
volontaire; les hommes et les femmes ne sont pas se? pare? s, et le
mariage n'y est point interdit. Ne? anmoins la socie? te? entie`re est
eccle? siastique, c'est-a`-dire que tout s'y fait par la religion et
pour elle; c'est l'autorite? de l'e? glise qui re? git cette communaute?
de fide`les; mais cette e? glise est sans pre^tres, et le sacerdoce y
est exerce? tour a` tour par les personnes les plus religieuses et les
plus ve? ne? rables.
Les hommes et les femmes, avant d'e^tre marie? s, vivent se? -
pare? ment les uns des autres dans des re?