Certains de leur
loyaute?
Madame de Stael - De l'Allegmagne
s en trois classes: ceux qui, comme
Kant et Fichte, ont voulu donner a` la loi du devoir une the? orie
scientifique et une application inflexible; ceux, a` la te^te des-
quels Jacobi doit e^tre place? , qui prennent le sentiment religieux
et la conscience naturelle pour guides, et ceux qui, faisant de la
re? ve? lation la base de leur croyance, veulent re? unir le sentiment
et le devoir, et cherchent a` les lier ensemble par une interpre? -
tation philosophique. Ces trois classes de moralistes attaquent
tous e? galement la morale fonde? e sur l'inte? re^t personnel. Elle
n'a presque plus de partisans en Allemagne; on peut y faire le
mal, mais du moins on y laisse intacte la the? orie du bien.
CHAPITRE XVII.
De Woldemar.
Le roman de Woldemar est l'ouvrage du me^me philosophe
Jacobi dont j'ai parle? dans le chapitre pre? ce? dent. Cet ouvrage
renferme des discussions philosophiques, dans lesquelles les
syste`mes de morale que professaient les e? crivains franc? ais sont
vivement attaque? s, et la doctrine de Jacobi y est de? veloppe? e
avec une admirable e? loquence. Sous ce rapport, Woldemar est
un tre`s-beau livre; mais , comme roman, je n'en aime ni la
marche ni le but.
L'auteur, qui, comme philosophe, rapporte toute la destine? e 42
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 494 WOLDEMAR.
humaine au sentiment, peint, ce me semble, dans son ouvrage,
la sensibilite? autrement qu'elle n'est en effet. Une de? licatesse
exage? re? e, ou pluto^t une fac? on bizarre de concevoir le coeur hu-
main, peut inte? resser en the? orie, mais non quand on la met en
action, et qu'on en veut faire ainsi quelque chose de re? el.
Woldemar ressent une amitie? vive pour une personne qui ne
veut pas l'e? pouser, quoiqu'elle partage son sentiment. Il se ma-
rie avec une femme qu'il n'aime pas, parce qu'il croit trouver
en elle un caracte`re soumis et doux, qui convient au mariage.
A peine l'a-t-il e? pouse? e, qu'il est au moment de se livrer a` l'a-
mour qu'il e? prouve pour l'autre. Celle qui n'a pas voulu s'unir a`
lui l'aime toujours, mais elle est re? volte? e de l'ide? e qu'il puisse
avoir de l'amour pour elle; et cependant elle veut vivre aupre`s
de lui, soigner ses enfants, traiter sa femme en soeur, et ne con-
nai^tre les affections de la nature que par la sympathie de l'ami-
tie? . C'est ainsi qu'une pie`ce de Goethe, assez vante? e, Stella, finit
par la re? solution que prennent deux femmes qui ont des liens
sacre? s avec le me^me homme, de vivre chez lui toutes deux en
bonne intelligence. De telles inventions ne re? ussissent en Alle-
magne que parce qu'il y a souvent dans ce pays plus d'imagi-
nation que de sensibilite? . Lesa^mes du Midi n'entendraient rien
a` cet he? roi? sme de sentiment: la passion est de? voue? e, mais ja-
louse; et la pre? tendue de? licatesse qui sacrifie l'amour a` l'amitie? ,
sans que le devoir le commande, n'est que de la froideur ma-
nie? re? e.
C'est un syste`me tout factice que ces ge? ne? rosite? s aux de? pens de
l'amour. Il ne faut admettre ni tole? rance, ni partage, dans un
sentiment qui n'est sublime que parce qu'il est, comme la ma-
ternite? , comme la tendresse filiale, exclusif et tout-puissant. On
ne doit pas se mettre par son choix dans une situation ou` la
morale et la sensibilite? ne sont pas d'accord ; car ce qui est in-
volontaire est si beau, qu'il est affreux d'e^tre condamne? a` se
commander toutes ses actions, et a` vivre avec soi-me^me comme
avec sa victime.
Ce n'est assure? ment ni par hypocrisie, ni par se? cheresse
d'a^me, qu'un ge? nie bon et vrai a imagine? , dans le roman de
Woldemar, des situations ou` chaque personnage immole le
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DE LA DISPOSITION ROMANESQUE. 495
sentiment par le sentiment, et cherche avec soin une raison de
ne pas aimer ce qu'il aime. Mais Jacobi, ayant e? prouve? de`s sa
jeunesse un vif penchant pour tous les genres d'enthousiasme.
a cherche? dans les liens du coeur une mysticite? romanesque
tre`s-inge? nieusement exprime? e, mais peu naturelle.
Il me semble que Jacobi entend moins bien l'amour que la
religion, parce qu'il veut trop les confondre; il n'est pas vrai
que l'amour puisse, comme la religion, trouver tout son bon-
heur dans l'abne? gation du bonheur me^me. L'on alte`re l'ide? e
qu'on doit avoir de la vertu, quand on la fait consister dans une
exaltation sans but, et dans des sacrifices sans ne? cessite? . Tous
les personnages du roman de Jacobi luttent sans cesse de ge? ne? ro-
site? aux de? pens de l'amour; non-seulement cela n'arrive gue`re
dans la vie, mais cela n'est pas me^me beau, quand la vertu ne
l'exige pas; carles sentiments forts et passionne? s honorent la na-
ture humaine, et la religion n'est si imposante que parce qu'elle
peut triompher de tels sentiments. Aurait-il fallu que Die i
me^me daigna^t parler a` notre coeur, s'il n'y avait trouve? que des
affections de? bonnaires auxquelles il fu^t si facile de renoncer?
CHAPITRE XVIII.
De la disposition romanesque dans les affections du coeur.
Les philosophes anglais ont fonde? , comme nous l'avons dit,
la vertu sur le sentiment, ou pluto^t sur le sens moral; mais ce
syste`me n'a nul rapport avec la moralite? sentimentale dont il
est ici question ; cette moralite? , dont le nom et l'ide? e n'existent
gue`re qu'en Allemagne, n'a rien de philosophique; elle fait
seulement un devoir de la sensibilite? , et porte a` me? sestimer ceux
qui n'en ont pas.
Sans doute la puissance d'aimer tient de tre`s-pre`s a` la morale
et a` la religion; il se peut donc que notre re? pugnance pour les
a^mes froides et dures soit un instinct sublime, un instinct qui
nous avertit que de tels e^tres, alors me^me que leur conduite est
estimable, agissent me? caniquement ou par calcul, mais sans
qu'il puisse jamais exister entre eux et nous aucune sympathie.
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 406 DE LA DISPOSITION ROMANESQUE.
En Allemagne, ou` l'on veut re? duire en pre? ceptes toutes les im-
pressions , on a conside? re? comme immoral ce qui n'e? tait pas sen-
sible et me^me romanesque. Werther avait tellement mis en vo-
gue les sentiments exalte? s, que presque personne n'eu^t ose? se
montrer sec et froid, quand me^me on aurait eu ce caracte`re natu-
rellement. De la` cet enthousiasme oblige? pour la lune, les fo-
re^ts, la campagne et la solitude; dela` ces maux de nerfs, ces
sons de voix manie? re? s, ces regards qui veulent e^tre vus, tout
cet appareil enfin de la sensibilite? , que de? daignent les a^mes fortes
et since`res.
L'auteur de Werther s'est moque? le premier de ces affecta-
tions; ne? anmoins, comme il faut qu'il y ait en tout pays des ri-
dicules, peut-e^tre vaut-il mieux qu'ils consistent dans l'exage? -
ration un peu niaise de ce qui est bon, que dans l'e? le? gante
pre? tention a` ce qui est mal. Le de? sir du succe`s e? tant invincible
dans les hommes, et encore plus dans les femmes, les pre? ten-
tions de la me? diocrite? sont un signe certain du gou^t dominant a`
telle e? poque et dans telle socie? te? ; les me^mes personnes qui se
faisaient sentimentales en Allemagne, se seraient montre? es ail-
leurs le? ge`res et de? daigneuses.
L'extre^me susceptibilite? du caracte`re des Allemands est une
des grandes causes de l'importance qu'ils attachent aux moindres
nuances du sentiment, et cette susceptibilite? tient souvent a` la
ve? rite? des affections. Il est aise? d'e^tre ferme quand on n'est pas
sensible: la seule qualite? ne? cessaire alors, c'est le courage; car
il faut que la se? ve? rite? bien ordonne? e commence par soi-me^me;
mais quand les preuves d'inte? re^t que les autres nous refusent
ou nous donnent influent puissamment sur le bonheur, il est
impossible que l'on n'ait pas mille fois plus d'irritabilite? dans le
coeur que ceux qui exploitent leurs amis comme un domaine,
en cherchant seulement a`les rendre profitables.
Toutefois il faut se garder de ces codes desentiments, si subtils
et si nuance? s, que beaucoup d'e? crivains allemands ont multiplie? s
de tant de manie`res, et dont leurs romans sont remplis. Les
Allemands, il faut en convenir, ne sont pas toujours parfaite-
ment naturels.
Certains de leur loyaute? , de leur since? rite? dans
tous les rapports re? els de la vie, ils sont tente? s de regarder l'af-
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DE LA DISPOSITION ROMANESQUE. 497
fectation du beau comme un culte envers le bon, et de se per-
mettre quelquefois en ce genre des exage? rations qui ga^tent tout. Cette e? mulation de sensibilite? entre quelques femmes et quel-
ques e? crivains d'Allemagne, serait, dans le fond , assez inno-
cente , si le ridicule qu'on donne a` l'affectation ne jetait pas
toujours une sorte de de? faveur sur la since? rite? me^me. Les
hommes froids et e? goi? stes trouvent un plaisir particulier a` se
moquer des attachements passionne? s , et voudraient faire passer
pour factice tout ce qu'ils n'e? prouvent pas. Il y a me^me des per-
sonnes vraiment sensibles que l'exage? ration doucereuse affadit
sur leurs propres impressions, et qu'on blase sur le sentiment,
comme on pourrait les blaser sur la religion par les sermons
ennuyeux et les pratiques superstitieuses.
On a tort d'appliquer les ide? es positives que nous avons sur
le bien et le mal aux de? licatesses de la sensibilite? . Accuser tel
ou tel caracte`re de ce qui lui manque a` cet e? gard, c'est comme
faire un crime de n'e^tre pas poete. La susceptibilite? naturelle a`
ceux qui pensent plus qu'ils n'agissent, peut les rendre injustes
envers les personnes d'une autre nature. Il faut de l'imagination
pour deviner tout ce que le coeur peut faire souffrir, et les meil-
leures gens du monde sont souvent lourds etstupides a` cet e? gard:
ils vont a` travers les sentiments, comme s'ils marchaient sur
des fleurs, en s'e? tonnantde les fle? trir. N'y a-t-il pas des hommes
qui n'admirent pas Raphae`l, qui entendent la musique sans
e? motion, a` qui l'Oce? an et les cieux ne paraissent que monotones?
Comment donc comprendraient-ils les orages de l'a^me?
Les caracte`res me^me les plus sensibles ne sont-ils pas quel-
quefois de? courage? s dans leurs espe? rances? ne peuvent-ils pas
e^tre saisis par une sorte de se? cheresse inte? rieure, comme si la
Divinite? se retirait d'eux? Ils n'en restent pas moins fide`les a`
leurs affections; mais il n'y a plus de parfums dans le temple,
plus de musique dans le sanctuaire, plus d'e? motion dans le
coeur. Souvent aussi le malheur commande de faire taire en soi-
me^me cutte voix du sentiment, harmonieuse ou de? chirante ,
selon qu'elle s'accorde ou non avec la destine? e. Il est donc im-
possible de faire un devoir de la sensibilite? , car ceux qui l'e? prou-
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 498 DE L'AMOUH DANS LE MARIAGE.
vent en souffrent assez pour avoir souvent le droit et le de? sir de
la re? primer.
Les nations ardentes ne parlent de la sensibilite? qu'avec ter-
reur; les nations paisibles et re^veuses croient pouvoir l'encoura-
ger sans crainte. Au reste, l'onn'a peut-e^tre jamais e? crit sur ce
sujet avec une ve? rite? parfaite, car chacun veut se faire honneur
de ce qu'il e? prouve ou de ce qu'il inspire. Les femmes cherchent
a` s'arranger comme un roman, et les hommes comme une his-
toire , mais le coeur humain est encore bien loin d'e^tre pe? ne? tre?
dans ses relations les plus intimes. Une fois peut-e^tre quelqu'un
dira since`rement tout ce qu'il a senti, et l'on sera tout e? tonna
d'apprendre que la plupart des maximes et des observations sont
errone? es, et qu'il y a une a^me inconnue dans le fond de celle
qu'on raconte.
CHAPITRE XIX.
De l'amour dans le mariage
C'est dans le mariage que la sensibilite? est un devoir: dans
toute autre relation, la vertu peut suffire; mais dans celle ou` les
destine? es sont entrelace? es, ou` la me^me impulsion sert, pour
ainsi dire, aux battements de deux coeurs, il semble qu'une af-
fection profonde est presque un lien ne? cessaire. La le? ge`rete? des
moeurs a introduit tant de chagrins entre les e? poux, que les mo-
ralistes du dernier sie`cle s'e? taient accoutume? s a` rapporter toutes
les jouissances du coeur a` l'amour paternel et maternel, et fi-
nissaient presque par ne conside? rer le mariage que comme la
condition requise pour jouirdu bonheur d'avoir des enfants. Cela
est faux en morale, et plus faux encore en bonheur.
Il est si aise? d'e^tre bon pour ses enfants, qu'on ne doit pas en
faire un grand me? rite. Dans leurs premie`res anne? es, ils ne peu-
vent avoir de volonte? que celle de leurs parents; et de`s qu'ils ar-
rivent a` la jeunesse, ils existent par eux-me^mes. Justice et bonte?
composent les principaux devoirs d'une relation que la nature
rend si facile. Il n'en est point ainsi des rapports avec cette moitie?
de nous, qui peut trouver du bonheur ou du malheur dans les
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? DE L'AMOUR DANS LE MARlAGi. 4'J'J
moindres de nos actions, de nos regards et de nos pense? es.
C'est la` seulement que la moralite? peut s'exercer tout entie`re:
c'est aussi la` qu'est la ve? ritable source de la fe? licite? .
Un ami du me^me a^ge, aupre`s duquel vous devez vivre et
mourir; un ami dont tous les inte? re^ts sont les vo^tres, dont toutes
les perspectives sont en commun avec vous, y compris celle de
la tombe: voila` le sentiment qui contient tout le sort. Quelque-
fois, il est vrai, vos enfants, et plus souvent encore vos pa-
rents, deviennent vos compagnons dans la vie; mais cette rare
et sublime jouissance est combattue par les lois de la nature,
tandis que l'association du mariage est d'accord avec toute
l'existence humaine.
D'ou` vient donc que cette association si sainte est si souvent
profane? e? J'oserai le dire, c'est a` l'ine? galite? singulie`re que l'o-
pinion de la socie? te? met entre les devoirs des deux e? poux qu'il
faut s'en prendre. Le christianisme a tire? les femmes d'un e? tat
qui ressemblait a` l'esclavage. L'e? galite? devant Dieu e? tant la base
de cette admirable religion, elle tend a` maintenir l'e? galite? des
droits sur la terre; la justice divine, la seule parfaite, n'admet
aucun genre de privile? ges, et celui de la force moins qu'aucun
autre. Cependant, il est reste? de l'esclavage des femmes des
pre? juge? s qui, se combinant avec la grande liberte? que la socie? te?
leur laisse, ont amene? beaucoup de maux.
On a raison d'exclure les femmes des affaires politiques et
civiles; rien n'est plus oppose? a` leur vocation naturelle que tout
ce qui leur donnerait des rapports de rivalite? avec les hommes,
et la gloire elle-me^me ne saurait e^tre pour une femme qu'un
deuil e? clatant du bonheur. Mais si la destine? e des femmes doit
consister dans un acte continuel de de? vouement a` l'amour con-
jugal, la re? compense de ce de? vouement, c'est la scrupuleuse fi-
de? lite? de celui qui en est l'objet.
La religion ne fait aucune diffe? rence entre les devoirs des deux
e? poux, mais le monde en e? tablit une grande; et de cette diffe? -
rence nai^t la ruse dans les femmes, et le ressentiment dans les
hommes. Quel est le coeur qui peut se donner tout entier, sans
vouloir un autre coeur aussi tout entier? Qui donc accepte de
bonne foi l'amitie? pour prix de l'amour? qui promet since`rement,
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? 500 DE L'AMOUR DANS LE MARIAGE.
la constance a` qui ne veut pas e^tre fide`le? Sans doute la religion
peut l'exiger, car elle seule aie secret de cette contre? e myste? -
. rieuse ou` les sacrifices sont des jouissances; mais qu'il est in-
juste , l'e? change que l'homme se propose de faire subira` sa com-
pagne!
<< Je vous aimerai, dit-il, avec passion deux ou trois ans, et
<< puis , au bout de ce temps, je vous parlerai raison. >> Et ce
qu'ils appellent raison, c'est le de? senchantement de la vie. <<Je
<< montrerai dans la maison de la froideur et de l'ennui ; Je ta^cherai
<< de plaire ailleurs : mais vous qui avez d'ordinaire plus d'ima-
<<gination et de sensibilite? que moi, vous qui n'avez ni carrie`re
ni distraction, tandis que le monde m'en offre de toute espe`ce;
<< vous qui n'existez que pour moi, tandis que j'ai mille autres
pense? es, vous serez satisfaite de l'affection subordonne? e,
glace? e, partage? e, qu'il me convient de vous accorder, et vous
<< de? daignerez tous les hommages qui exprimeraient des senti-
<< ments plus exalte? s et plus tendres. >>
Quel injuste traite?
Kant et Fichte, ont voulu donner a` la loi du devoir une the? orie
scientifique et une application inflexible; ceux, a` la te^te des-
quels Jacobi doit e^tre place? , qui prennent le sentiment religieux
et la conscience naturelle pour guides, et ceux qui, faisant de la
re? ve? lation la base de leur croyance, veulent re? unir le sentiment
et le devoir, et cherchent a` les lier ensemble par une interpre? -
tation philosophique. Ces trois classes de moralistes attaquent
tous e? galement la morale fonde? e sur l'inte? re^t personnel. Elle
n'a presque plus de partisans en Allemagne; on peut y faire le
mal, mais du moins on y laisse intacte la the? orie du bien.
CHAPITRE XVII.
De Woldemar.
Le roman de Woldemar est l'ouvrage du me^me philosophe
Jacobi dont j'ai parle? dans le chapitre pre? ce? dent. Cet ouvrage
renferme des discussions philosophiques, dans lesquelles les
syste`mes de morale que professaient les e? crivains franc? ais sont
vivement attaque? s, et la doctrine de Jacobi y est de? veloppe? e
avec une admirable e? loquence. Sous ce rapport, Woldemar est
un tre`s-beau livre; mais , comme roman, je n'en aime ni la
marche ni le but.
L'auteur, qui, comme philosophe, rapporte toute la destine? e 42
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 494 WOLDEMAR.
humaine au sentiment, peint, ce me semble, dans son ouvrage,
la sensibilite? autrement qu'elle n'est en effet. Une de? licatesse
exage? re? e, ou pluto^t une fac? on bizarre de concevoir le coeur hu-
main, peut inte? resser en the? orie, mais non quand on la met en
action, et qu'on en veut faire ainsi quelque chose de re? el.
Woldemar ressent une amitie? vive pour une personne qui ne
veut pas l'e? pouser, quoiqu'elle partage son sentiment. Il se ma-
rie avec une femme qu'il n'aime pas, parce qu'il croit trouver
en elle un caracte`re soumis et doux, qui convient au mariage.
A peine l'a-t-il e? pouse? e, qu'il est au moment de se livrer a` l'a-
mour qu'il e? prouve pour l'autre. Celle qui n'a pas voulu s'unir a`
lui l'aime toujours, mais elle est re? volte? e de l'ide? e qu'il puisse
avoir de l'amour pour elle; et cependant elle veut vivre aupre`s
de lui, soigner ses enfants, traiter sa femme en soeur, et ne con-
nai^tre les affections de la nature que par la sympathie de l'ami-
tie? . C'est ainsi qu'une pie`ce de Goethe, assez vante? e, Stella, finit
par la re? solution que prennent deux femmes qui ont des liens
sacre? s avec le me^me homme, de vivre chez lui toutes deux en
bonne intelligence. De telles inventions ne re? ussissent en Alle-
magne que parce qu'il y a souvent dans ce pays plus d'imagi-
nation que de sensibilite? . Lesa^mes du Midi n'entendraient rien
a` cet he? roi? sme de sentiment: la passion est de? voue? e, mais ja-
louse; et la pre? tendue de? licatesse qui sacrifie l'amour a` l'amitie? ,
sans que le devoir le commande, n'est que de la froideur ma-
nie? re? e.
C'est un syste`me tout factice que ces ge? ne? rosite? s aux de? pens de
l'amour. Il ne faut admettre ni tole? rance, ni partage, dans un
sentiment qui n'est sublime que parce qu'il est, comme la ma-
ternite? , comme la tendresse filiale, exclusif et tout-puissant. On
ne doit pas se mettre par son choix dans une situation ou` la
morale et la sensibilite? ne sont pas d'accord ; car ce qui est in-
volontaire est si beau, qu'il est affreux d'e^tre condamne? a` se
commander toutes ses actions, et a` vivre avec soi-me^me comme
avec sa victime.
Ce n'est assure? ment ni par hypocrisie, ni par se? cheresse
d'a^me, qu'un ge? nie bon et vrai a imagine? , dans le roman de
Woldemar, des situations ou` chaque personnage immole le
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DE LA DISPOSITION ROMANESQUE. 495
sentiment par le sentiment, et cherche avec soin une raison de
ne pas aimer ce qu'il aime. Mais Jacobi, ayant e? prouve? de`s sa
jeunesse un vif penchant pour tous les genres d'enthousiasme.
a cherche? dans les liens du coeur une mysticite? romanesque
tre`s-inge? nieusement exprime? e, mais peu naturelle.
Il me semble que Jacobi entend moins bien l'amour que la
religion, parce qu'il veut trop les confondre; il n'est pas vrai
que l'amour puisse, comme la religion, trouver tout son bon-
heur dans l'abne? gation du bonheur me^me. L'on alte`re l'ide? e
qu'on doit avoir de la vertu, quand on la fait consister dans une
exaltation sans but, et dans des sacrifices sans ne? cessite? . Tous
les personnages du roman de Jacobi luttent sans cesse de ge? ne? ro-
site? aux de? pens de l'amour; non-seulement cela n'arrive gue`re
dans la vie, mais cela n'est pas me^me beau, quand la vertu ne
l'exige pas; carles sentiments forts et passionne? s honorent la na-
ture humaine, et la religion n'est si imposante que parce qu'elle
peut triompher de tels sentiments. Aurait-il fallu que Die i
me^me daigna^t parler a` notre coeur, s'il n'y avait trouve? que des
affections de? bonnaires auxquelles il fu^t si facile de renoncer?
CHAPITRE XVIII.
De la disposition romanesque dans les affections du coeur.
Les philosophes anglais ont fonde? , comme nous l'avons dit,
la vertu sur le sentiment, ou pluto^t sur le sens moral; mais ce
syste`me n'a nul rapport avec la moralite? sentimentale dont il
est ici question ; cette moralite? , dont le nom et l'ide? e n'existent
gue`re qu'en Allemagne, n'a rien de philosophique; elle fait
seulement un devoir de la sensibilite? , et porte a` me? sestimer ceux
qui n'en ont pas.
Sans doute la puissance d'aimer tient de tre`s-pre`s a` la morale
et a` la religion; il se peut donc que notre re? pugnance pour les
a^mes froides et dures soit un instinct sublime, un instinct qui
nous avertit que de tels e^tres, alors me^me que leur conduite est
estimable, agissent me? caniquement ou par calcul, mais sans
qu'il puisse jamais exister entre eux et nous aucune sympathie.
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 406 DE LA DISPOSITION ROMANESQUE.
En Allemagne, ou` l'on veut re? duire en pre? ceptes toutes les im-
pressions , on a conside? re? comme immoral ce qui n'e? tait pas sen-
sible et me^me romanesque. Werther avait tellement mis en vo-
gue les sentiments exalte? s, que presque personne n'eu^t ose? se
montrer sec et froid, quand me^me on aurait eu ce caracte`re natu-
rellement. De la` cet enthousiasme oblige? pour la lune, les fo-
re^ts, la campagne et la solitude; dela` ces maux de nerfs, ces
sons de voix manie? re? s, ces regards qui veulent e^tre vus, tout
cet appareil enfin de la sensibilite? , que de? daignent les a^mes fortes
et since`res.
L'auteur de Werther s'est moque? le premier de ces affecta-
tions; ne? anmoins, comme il faut qu'il y ait en tout pays des ri-
dicules, peut-e^tre vaut-il mieux qu'ils consistent dans l'exage? -
ration un peu niaise de ce qui est bon, que dans l'e? le? gante
pre? tention a` ce qui est mal. Le de? sir du succe`s e? tant invincible
dans les hommes, et encore plus dans les femmes, les pre? ten-
tions de la me? diocrite? sont un signe certain du gou^t dominant a`
telle e? poque et dans telle socie? te? ; les me^mes personnes qui se
faisaient sentimentales en Allemagne, se seraient montre? es ail-
leurs le? ge`res et de? daigneuses.
L'extre^me susceptibilite? du caracte`re des Allemands est une
des grandes causes de l'importance qu'ils attachent aux moindres
nuances du sentiment, et cette susceptibilite? tient souvent a` la
ve? rite? des affections. Il est aise? d'e^tre ferme quand on n'est pas
sensible: la seule qualite? ne? cessaire alors, c'est le courage; car
il faut que la se? ve? rite? bien ordonne? e commence par soi-me^me;
mais quand les preuves d'inte? re^t que les autres nous refusent
ou nous donnent influent puissamment sur le bonheur, il est
impossible que l'on n'ait pas mille fois plus d'irritabilite? dans le
coeur que ceux qui exploitent leurs amis comme un domaine,
en cherchant seulement a`les rendre profitables.
Toutefois il faut se garder de ces codes desentiments, si subtils
et si nuance? s, que beaucoup d'e? crivains allemands ont multiplie? s
de tant de manie`res, et dont leurs romans sont remplis. Les
Allemands, il faut en convenir, ne sont pas toujours parfaite-
ment naturels.
Certains de leur loyaute? , de leur since? rite? dans
tous les rapports re? els de la vie, ils sont tente? s de regarder l'af-
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? DE LA DISPOSITION ROMANESQUE. 497
fectation du beau comme un culte envers le bon, et de se per-
mettre quelquefois en ce genre des exage? rations qui ga^tent tout. Cette e? mulation de sensibilite? entre quelques femmes et quel-
ques e? crivains d'Allemagne, serait, dans le fond , assez inno-
cente , si le ridicule qu'on donne a` l'affectation ne jetait pas
toujours une sorte de de? faveur sur la since? rite? me^me. Les
hommes froids et e? goi? stes trouvent un plaisir particulier a` se
moquer des attachements passionne? s , et voudraient faire passer
pour factice tout ce qu'ils n'e? prouvent pas. Il y a me^me des per-
sonnes vraiment sensibles que l'exage? ration doucereuse affadit
sur leurs propres impressions, et qu'on blase sur le sentiment,
comme on pourrait les blaser sur la religion par les sermons
ennuyeux et les pratiques superstitieuses.
On a tort d'appliquer les ide? es positives que nous avons sur
le bien et le mal aux de? licatesses de la sensibilite? . Accuser tel
ou tel caracte`re de ce qui lui manque a` cet e? gard, c'est comme
faire un crime de n'e^tre pas poete. La susceptibilite? naturelle a`
ceux qui pensent plus qu'ils n'agissent, peut les rendre injustes
envers les personnes d'une autre nature. Il faut de l'imagination
pour deviner tout ce que le coeur peut faire souffrir, et les meil-
leures gens du monde sont souvent lourds etstupides a` cet e? gard:
ils vont a` travers les sentiments, comme s'ils marchaient sur
des fleurs, en s'e? tonnantde les fle? trir. N'y a-t-il pas des hommes
qui n'admirent pas Raphae`l, qui entendent la musique sans
e? motion, a` qui l'Oce? an et les cieux ne paraissent que monotones?
Comment donc comprendraient-ils les orages de l'a^me?
Les caracte`res me^me les plus sensibles ne sont-ils pas quel-
quefois de? courage? s dans leurs espe? rances? ne peuvent-ils pas
e^tre saisis par une sorte de se? cheresse inte? rieure, comme si la
Divinite? se retirait d'eux? Ils n'en restent pas moins fide`les a`
leurs affections; mais il n'y a plus de parfums dans le temple,
plus de musique dans le sanctuaire, plus d'e? motion dans le
coeur. Souvent aussi le malheur commande de faire taire en soi-
me^me cutte voix du sentiment, harmonieuse ou de? chirante ,
selon qu'elle s'accorde ou non avec la destine? e. Il est donc im-
possible de faire un devoir de la sensibilite? , car ceux qui l'e? prou-
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? 498 DE L'AMOUH DANS LE MARIAGE.
vent en souffrent assez pour avoir souvent le droit et le de? sir de
la re? primer.
Les nations ardentes ne parlent de la sensibilite? qu'avec ter-
reur; les nations paisibles et re^veuses croient pouvoir l'encoura-
ger sans crainte. Au reste, l'onn'a peut-e^tre jamais e? crit sur ce
sujet avec une ve? rite? parfaite, car chacun veut se faire honneur
de ce qu'il e? prouve ou de ce qu'il inspire. Les femmes cherchent
a` s'arranger comme un roman, et les hommes comme une his-
toire , mais le coeur humain est encore bien loin d'e^tre pe? ne? tre?
dans ses relations les plus intimes. Une fois peut-e^tre quelqu'un
dira since`rement tout ce qu'il a senti, et l'on sera tout e? tonna
d'apprendre que la plupart des maximes et des observations sont
errone? es, et qu'il y a une a^me inconnue dans le fond de celle
qu'on raconte.
CHAPITRE XIX.
De l'amour dans le mariage
C'est dans le mariage que la sensibilite? est un devoir: dans
toute autre relation, la vertu peut suffire; mais dans celle ou` les
destine? es sont entrelace? es, ou` la me^me impulsion sert, pour
ainsi dire, aux battements de deux coeurs, il semble qu'une af-
fection profonde est presque un lien ne? cessaire. La le? ge`rete? des
moeurs a introduit tant de chagrins entre les e? poux, que les mo-
ralistes du dernier sie`cle s'e? taient accoutume? s a` rapporter toutes
les jouissances du coeur a` l'amour paternel et maternel, et fi-
nissaient presque par ne conside? rer le mariage que comme la
condition requise pour jouirdu bonheur d'avoir des enfants. Cela
est faux en morale, et plus faux encore en bonheur.
Il est si aise? d'e^tre bon pour ses enfants, qu'on ne doit pas en
faire un grand me? rite. Dans leurs premie`res anne? es, ils ne peu-
vent avoir de volonte? que celle de leurs parents; et de`s qu'ils ar-
rivent a` la jeunesse, ils existent par eux-me^mes. Justice et bonte?
composent les principaux devoirs d'une relation que la nature
rend si facile. Il n'en est point ainsi des rapports avec cette moitie?
de nous, qui peut trouver du bonheur ou du malheur dans les
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? DE L'AMOUR DANS LE MARlAGi. 4'J'J
moindres de nos actions, de nos regards et de nos pense? es.
C'est la` seulement que la moralite? peut s'exercer tout entie`re:
c'est aussi la` qu'est la ve? ritable source de la fe? licite? .
Un ami du me^me a^ge, aupre`s duquel vous devez vivre et
mourir; un ami dont tous les inte? re^ts sont les vo^tres, dont toutes
les perspectives sont en commun avec vous, y compris celle de
la tombe: voila` le sentiment qui contient tout le sort. Quelque-
fois, il est vrai, vos enfants, et plus souvent encore vos pa-
rents, deviennent vos compagnons dans la vie; mais cette rare
et sublime jouissance est combattue par les lois de la nature,
tandis que l'association du mariage est d'accord avec toute
l'existence humaine.
D'ou` vient donc que cette association si sainte est si souvent
profane? e? J'oserai le dire, c'est a` l'ine? galite? singulie`re que l'o-
pinion de la socie? te? met entre les devoirs des deux e? poux qu'il
faut s'en prendre. Le christianisme a tire? les femmes d'un e? tat
qui ressemblait a` l'esclavage. L'e? galite? devant Dieu e? tant la base
de cette admirable religion, elle tend a` maintenir l'e? galite? des
droits sur la terre; la justice divine, la seule parfaite, n'admet
aucun genre de privile? ges, et celui de la force moins qu'aucun
autre. Cependant, il est reste? de l'esclavage des femmes des
pre? juge? s qui, se combinant avec la grande liberte? que la socie? te?
leur laisse, ont amene? beaucoup de maux.
On a raison d'exclure les femmes des affaires politiques et
civiles; rien n'est plus oppose? a` leur vocation naturelle que tout
ce qui leur donnerait des rapports de rivalite? avec les hommes,
et la gloire elle-me^me ne saurait e^tre pour une femme qu'un
deuil e? clatant du bonheur. Mais si la destine? e des femmes doit
consister dans un acte continuel de de? vouement a` l'amour con-
jugal, la re? compense de ce de? vouement, c'est la scrupuleuse fi-
de? lite? de celui qui en est l'objet.
La religion ne fait aucune diffe? rence entre les devoirs des deux
e? poux, mais le monde en e? tablit une grande; et de cette diffe? -
rence nai^t la ruse dans les femmes, et le ressentiment dans les
hommes. Quel est le coeur qui peut se donner tout entier, sans
vouloir un autre coeur aussi tout entier? Qui donc accepte de
bonne foi l'amitie? pour prix de l'amour? qui promet since`rement,
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? 500 DE L'AMOUR DANS LE MARIAGE.
la constance a` qui ne veut pas e^tre fide`le? Sans doute la religion
peut l'exiger, car elle seule aie secret de cette contre? e myste? -
. rieuse ou` les sacrifices sont des jouissances; mais qu'il est in-
juste , l'e? change que l'homme se propose de faire subira` sa com-
pagne!
<< Je vous aimerai, dit-il, avec passion deux ou trois ans, et
<< puis , au bout de ce temps, je vous parlerai raison. >> Et ce
qu'ils appellent raison, c'est le de? senchantement de la vie. <<Je
<< montrerai dans la maison de la froideur et de l'ennui ; Je ta^cherai
<< de plaire ailleurs : mais vous qui avez d'ordinaire plus d'ima-
<<gination et de sensibilite? que moi, vous qui n'avez ni carrie`re
ni distraction, tandis que le monde m'en offre de toute espe`ce;
<< vous qui n'existez que pour moi, tandis que j'ai mille autres
pense? es, vous serez satisfaite de l'affection subordonne? e,
glace? e, partage? e, qu'il me convient de vous accorder, et vous
<< de? daignerez tous les hommages qui exprimeraient des senti-
<< ments plus exalte? s et plus tendres. >>
Quel injuste traite?