le`s, vient et lui promet de le mettre en posses-
sion de toutes les jouissances de la terre; mais en me^me temps
il sait le de?
sion de toutes les jouissances de la terre; mais en me^me temps
il sait le de?
Madame de Stael - De l'Allegmagne
, je me croyais si pre`s
<< de gou^ter l'e? ternelle ve? rite? dans tout l'e? clat de Sa lumie`re ce? -
<< leste ! je n'e? tais de? ja` plus le fils de la terre, je me sentais l'e? gal
<< des che? rubins, qui, cre? ateurs a` leur tour, peuvent gou^ter
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? FAUST. 273
<< les jouissances de Dieu me^me. Ah! combien je dois expier mes
<< pressentiments pre? somptueux! une parole foudroyante les a
de? truits pour jamais. Esprit divin, j'ai eu la force de t'attirer,
>> mais je n'ai pas eu celle de te retenir. Pendant l'instant heu-
<< reux ou` je t'ai vu, je me sentais a` la fois si grand et si petit!
<< mais tu m'as repousse? violemment dans le sort incertain de
<< l'humanite? .
<< Qui m'instruira maintenant? Que dois-je e? viter ? Dois-je ce? -
<< der a` l'impulsion qui me presse? Nos actions, comme nos
? souffrances, arre^tent la marche de la pense? e. Des pen-
<< chants grossiers s'opposent a` ce que l'esprit concoit de plus
<< magnifique. Quand nous atteignons un certain bonheur ici-
<< bas, nous traitons d'illusion et de mensonge tout ce qui vaut
<< mieux que ce bonheur; et les sentiments sublimes que le Cre? a-
<< leur nous avait donne? s se perdent dans les inte? re^ts de la terre.
D'abord l'imagination, avec ses ailes hardies, aspire a` l'e? -
<<ternite? ; puis un petit espace suffit biento^t aux de? bris de tou-
<< tes nos espe? rances trompe? es. L'inquie? tude s'empare de notre
<< coeur : elle y produit des douleurs secre`tes ; elle y de? truit le
<< repos et le plaisir. Elle se pre? sente a` nous sous mille formes;
<< tanto^t la fortune, tanto^t une femme, des enfants, lepoignard ,
<< le poison, le feu, la mer, nous agitent. L'homme tremble
<< devant tout ce qui n'arrivera pas, et pleure sans cesse ce qu'il
n'a point perdu.
<< Non, je ne me suis point compare? a` la Divinite? ; non, je
<< sens ma mise`re: c'est a` l'insecte que je ressemble. Il s'agite
<< dans la poussie`re, il se nourrit d'elle, et le voyageur, en pas-
<< saut, l'e? crase et le de? truit.
<< N'est-ce pas de la poussie`re en effet, que ces livres dont
<< je suis environne? ? Ne suis-je pas enferme? dans le cachot de
? la science? Ces murs, ces vitraux qui m'entourent, laissent-ils
<< pe? ne? trer seulement jusqu'a` moi la lumie`re du jour sans l'al-
<<te? rer? Que dois-je faire de ces innombrables volumes, de ces
niaiseries sans fin qui remplissent ma te^te? Y trouverai-je
ce qui me manque? Si je parcours ces pages, qu'y lirai-je?
? Que partout les hommes se sont tourmente? s sur leur sort;
<< que de temps en temps un heureux a paru, et qu'il a fait le
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 274 FAUST.
<< de? sespoir du reste de la terre. ( Une te? le de mort est sur la
<< table. ) Et toi, qui sembles m'adresser un ricanement si
<< terrible, l'esprit qui habitait jadis ton cerveau n'a-t-il pas erre?
<< comme le mien ? n'a t-il pas cherche? la lumie`re, et succombe?
sous le poids des te? ne`bres? Ces machines de tout genre que
mon pe`re avait rassemble? es pour servir a` ses vains travaux,
<< ces roues, ces cylindres, ces leviers, me re? ve`leront-ils le
<< secret de la nature? Non, elle est myste? rieuse, bien qu'elle
<< semble se montrer au jour; et ce qu'elle veut cacher, tous les
<< efforts de la science ne l'arracheront jamais de son sein. << C'est donc vers toi que mes regards sont attire? s, liqueur
<< empoisonne? e ! Toi qui donnes la mort, je te salue comme une
<< pa^le lueur dans la fore^t sombre. En toi j'honore la science et
l'esprit de l'homme. Tu es la plus douce essence des sucs qui
procurent le sommeil; tu contiens toutes les forces qui tuent.
Viens a` mon secours. Je sens de? ja` l'agitation de mon esprit qui
se calme; je vais m'e? lancer dans la haute mer Les flots lim-
<< pides brillent comme un miroir a` mes pieds. Un nouveau jour
<< m'appelle vers l'autre bord. Un char de feu plane de? ja` sur ma
<< te^te: j'y vais monter; je saurai parcourir les sphe`res e? the? re? es,
<< et gou^ter les de? lices des cieux.
<< Mais dans mon abaissement, comment les me? riter ? Oui, je
<< le puis, si je l'ose ; si j'enfonce avec courage ces portes de la
mort, devant lesquelles chacun passe en fre? missant. 11 est
<< temps de montrer la dignite? de l'homme. Il ne faut plus qu'il
tremble au bord de cet abi^me, ou` son imagination se con-
<< damue elle-me^me a` ses propres tourments, et dont les flammes
de l'enfer semblent de? fendre l'approche. C'estdans cette coupe
<< d'un pur cristal, que je vais verser le poison mortel. He? las ! ja-
<< dis elle servait pour un autre usage : on la passait de main en
main dans les festins joyeux de nos pe`res, et le convive, en la
<< prenant, ce? le? brait en vers sa beaute? . Coupe dore? e! tu me rap-
<< pelles les nuits bruyantes de ma jeunesse. Je ne t'offrirai plus
<< a` mon voisin, je ne vanterai plus l'artiste qui sut t'embellir.
<< Une liqueur sombre te remplit, je l'ai pre? pare? e, je la choisis.
<< Ah ! qu'elle soit pour moi la libation solennelle que je consa-
<< cre au matin d'une nouvelle vie! >>
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? FAUST. 275
Au moment ou` Faust va prendre le poison , il entend les clo-
ches qui annoncent dans la ville lejour de Pa^ques, et les choeurs,
qui, dans l'e? glise voisine, ce? le`brent cette sainte fe^te. LE CHCEUR.
<< Le Christ est ressuscite? . Que les mortels de? ge? ne? re? s, faibles
<< et tremblants, s'en re? jouissent!
FAUST.
<< Comme le bruit imposant de l'airain m'e? branle jusqu'au
<< fond de l'a^me! Quelles voix pures font tomber la coupe empoi-
<< sonne? e de ma main! Annoncez-vous, cloches retentissantes, la
<< premie`re heure du jour de Pa^ques? Vous , choeur! ce? le? brez-
<< vous de? ja` les chants consolateurs, ces chants que, dans la
<< nuit du tombeau, les anges firent entendre, quand ils descen-
<<dirent du ciel pour commencer la nouvelle alliance? >>
Le choeur re? pe`te une seconde fois : Le Christ, etc. FAUST.
<< Chants ce? lestes, puissants et doux, pourquoi me cherchez-
<< vous dans la poussie`re? faites-vous entendre aux humains que
vous pouvez consoler. J'e? coute le message que vous m'appor-
<<tez, mais la foi me manque pour y croire. Le miracle est l'en-
<<fant che? ri de la foi. Je ne puis m'e? lancer dans la sphe`re d'ou`
votre auguste nouvelle est descendue; et cependant, accoutume?
<< des l'enfance a` ces chants, ils me rappellent a` la vie. Autre-
<<fois un rayon de l'amour divin descendait sur moi, pendant la
<< solennite? tranquille du dimanche. Le bourdonnement sourd de
<< la cloche remplissait mon a^me du pressentiment de l'avenir,
<< et ma prie`re e? tait une jouissance ardente. Cette me^me cloche
<< annonc? ait aussi les jeux de la jeunesse, et la fe^te du printemps.
Le souvenir ranime en moi les sentiments enfantins qui nous
de? tournent de la mort. Oh! faites-vous entendre encore, chants
<< ce? lestes, la terre m'a reconquis? <<
Ce moment d'exaltation ne dure pas; Faust est un caracte`re
inconstant, les passions du monde le reprennent. Il cherche a`
les satisfaire, il souhaite de s'y livrer; et le diable, sous le nom
de Me? phistophe?
le`s, vient et lui promet de le mettre en posses-
sion de toutes les jouissances de la terre; mais en me^me temps
il sait le de? gou^ter de toutes, car la vraie me? chancete? desse`che
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 276 FAUST.
tellement l'a^me, qu'elle finit par inspirer une indiffe? rence pro-
fonde pour les plaisirs aussi bien que pour les vertus.
Me? phistophe? le`s conduit Faust chez une sorcie`re, qui tient a`
ses ordres des animaux moitie? singes et moitie? chats (Meer-
katzen}. On peut conside? rer cette sce`ne, a` quelques e? gards,
comme la parodie des Sorcie`res de Macbeth. Les Sorcie`res de
Macbeth chantent des paroles myste? rieuses, dont les sons extra-
ordinaires font de? ja` l'effet d'un sortile? ge; les Sorcie`res de Goethe
prononcent aussi des mots bizarres, dontles consonnances sont
artistement multiplie? es; ces mots excitent l'imagination a` la
gaiete? , par la singularite? me^me de leur structure; et le dialogue
de cette sce`ne, qui ne serait que burlesque en prose, prend un
caracte`re plus releve? par le charme de la poe? sie.
On croit de? couvrir, en e? coutant le langage comique de ces chats-singes, quelles seraient les ide? es des animaux s'ils pouvaient les
exprimer, quelle image grossie`re et ridicule ils se feraient de la
nature et de l'homme.
Il n'y a gue`re d'exemples dans les pie`ces franc? aises de ces plai-
santeries fonde? es sur le merveilleux, les prodiges, les sorcie`res,
les me? tamorphoses, etc. :c'est jouer avec la nature, comme dans
la come? die de moeurs on joue avec les hommes. Mais il faut, pour
se plaire a` ce comique, n'y point appliquer le raisonnement, et
regarder les plaisirs de l'imagination comme un jeu libre et sans
but. Ne? anmoins ce jeu n'en est pas pour cela plus facile, car les
barrie`res sont souvent des appuis; et quand on se livre en lit-
te? rature a` des inventions sans bornes, il n'y a que l'exce`s et l'em-
portement me^me du talent qui puissent leur donner quelque me? -
rite; l'union du bizarre et du me? diocre ne serait pas tole? rable.
Me? phistophe? le`s conduit Faust dans les socie? te? s des jeunes gens
de toutes les classes, et subjugue de diffe? rentes manie`res les di-
vers esprits qu'il rencontre. Il ne les subjugue jamais par l'ad-
miration , mais par l'e? tonnement. Il captive toujours par quel-
que chose d'inattendu et de de? daigneux dans ses paroles et dans
ses actions; car la plupart des hommes vulgaires font d'autant
plus de cas d'un esprit supe? rieur qu'il ne se soucie pas d'eux. Un instinct secret leur dit que celui qui les me? prise voit juste.
Un e? colier de Leipsick , sortant de la maison maternelle, et
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? FAUST. 277
fliais comme on peut l'e^tre a` cet a^ge, dans les bons pays de l'Al-
lemagne , vient consulter Faust sur ses e? tudes; Faust prie Me? phistophe? le`s de se charger de lui re? pondre. Il reve^t la robe de
docteur, et pendant qu'il attend l'e? colier, il exprime seul son
de? dain pour Faust. << Cet homme, dit-il, ne sera jamais qu'a`
<< demi pervers, et c'est en vain qu'il se flatte de parvenir a` l'e^tre
<< entie`rement. >> En effet, une maladresse cause? e par des regrets
invincibles entrave les honne^tes gens, quand ils se de? tournent
de leur route naturelle, et les hommes radicalement mauvais se
moquent de ces candidats du vice, qui ont bonne intention de
faire le mal, mais qui sont sans talent pour l'accomplir.
Enfin l'e? colier se pre? sente, et rien n'est . plus nai? f que l'empres-
sement gauche et confiant de ce jeune Allemand, qui arrive pour
la premie`re fois dans une grande ville, dispose? a` tout, et ne
connaissant rien , ayant peur et envie de chaque chose qu'il voit;
de? sirant de s'instruire, souhaitant fort de s'amuser, et s'appro-
chant avec un sourire gracieux de Me? phistophe? le`s, qui le rec? oit d'un air froid et moqueur; le contraste entre la bonhomie tout en
dehors de l'un, et l'insolence contenue de l'autre, est admirable-
ment spirituel.
Il n'y a pas une connaissance que l'e? colier ne voulu^t acque? rir,
et ce qu'il lui convient d'apprendre, dit-il, c'est la science et la
nature. Me? phistophe? le`s le fe? licite dela pre? cision de son plan d'e? -
tude. Il s'amuse a` de? crire les quatre faculte? s: la jurisprudence,
la me? decine, la philosophie, et la the? ologie, de manie`rea` em-
brouiller la te^te de l'e? colier pour toujours. Me? phistophe? le`s lui
fait mille arguments divers, que l'e? colier approuve tous les uns
apre`s les autres, mais dont la conclusion l'e? tonne, parce qu'il
s'attend au se? rieux et que le diable plaisante toujours. L'e? colier
de bonne volonte? se pre? pare a` l'admiration, et le re? sultat de
tout ce qu'il entend n'est qu'un de? dain universel. Me? phistophe? -
le`s convient lui-me^me que le doute vient de l'enfer, et que les
de? mons, ce sont ceux qui nient; mais il exprime le doute avec
un ton de? cide? , qui, me^lant l'arrogance du caracte`re a` l'incerti-
tude de la raison, ne laisse de consistance qu'aux mauvais pen-
chants. Aucune croyance, aucune opinion ne reste fixe dans la te^te,
apre`s avoir entendu Me? phistophe? le`s, et l'on s'examine soi-me^me,
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? ? 78 FAUST,
pour savoir s'il y a quelque chose de vrai dans ce monde, ou si
l'on ne pense que pour se moquer de tous ceux qui croient penser.
<< Ne doit-il pas toujours y avoir une ide? e dans un mot? dit
<< l'e? colier -- Oui, si cela se peut, re? pond Me? phistophe? le`s; mais
<< il ne faut pourtant pas trop se tourmenter la`-dessus ; car la` ou`
<< les ide? es manquent, les mots viennent a` propos pour y sup-
<< ple? er. <<
L'e? colier quelquefois ne comprend pas Me? phistophe? le`s, mais
n'en a que plus de respect pour son ge? nie. Avant de le quitter, il
le prie d'e? crire quelques lignes sur son Album; c'est le livre dans
lequel, selon les bienveillants usages de l'Allemagne, chacun se
fait donner une marque de souvenir par ses amis. Me? phisto-
phe? le`s e? crit ce que Satan a dit a` Eve pour l'engager a` manger
le fruit de l'arbre de vie: Vous serez comme Dieu, connais-
sant le bien et le mal. << Je peux bien, se dit-il a` lui-me^me, em-
<< prunier cette ancienne sentence a` mon cousin le serpent; il y
a longtemps qu'on s'en sert dans ma famille. >> L'e? colier re-
prend son livre, et s'en va parfaitement satisfait.
Faust s'ennuie, et Me? phistophe? le`s lui conseille de devenir
amoureux. Il le devient en effet d'une fille du peuple, tout a` fait
innocente et nai? ve, qui vit dans la pauvrete? avec sa vieille me`re.
Me? phistophe? le`s, pour introduireFaust aupre`s d'elle, imagine de
faire connaissance avec une de ses voisines, Marthe, chez laquelle
la jeune Marguerite va quelquefois. Cette femme a son mari dansles pays e? trangers, et se de? sole de n'en point recevoir de nou-
velles; elle serait bien triste de sa mort, mais au moins voudrait-elle en avoir la certitude; et Me? phistophe? le`s adoucit singulie`re-
ment sa douleur, en lui promettant un extrait mortuaire de son
e? poux, bien en re`gle, qu'elle pourra , suivant la coutume, faire
publier dans la gazette.
La pauvre Marguerite est livre? e a` la puissance du mal; l'es-
prit infernal s'acharne sur elle, et la rend coupable, sans luio^ter cette droiture de coeur qui ne peut trouver de repos que
dans la vertu. Un me? chant habile se garde bien de pervertir en-
tie`rement les honne^tes gens qu'il veut gouverner: car son ascen-
dant sur eux se compose des fautes et des remords qui les trou-
blent tour a` tour. Faust, aide? par Me? phistophe? le`s, se? duit cette
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? FAUST. 279
jeune fille, singulie`rement simple d'esprit et d'a^me. Elle est
pieuse, bien qu'elle soit coupable, et, seule avec Faust, elle lui
demande s'il a de la religion. -- << Mon enfant, lui dit-il, tu le
sais, je t'aime. Je donnerais pour toi mon sang et ma vie ; je
<< ne voudrais troubler la foi de personne. N'est-ce pas la` tout
ce que tu peux de? sirer?
MARGUERITE.
<< Non, il faut croire.
<< de gou^ter l'e? ternelle ve? rite? dans tout l'e? clat de Sa lumie`re ce? -
<< leste ! je n'e? tais de? ja` plus le fils de la terre, je me sentais l'e? gal
<< des che? rubins, qui, cre? ateurs a` leur tour, peuvent gou^ter
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? FAUST. 273
<< les jouissances de Dieu me^me. Ah! combien je dois expier mes
<< pressentiments pre? somptueux! une parole foudroyante les a
de? truits pour jamais. Esprit divin, j'ai eu la force de t'attirer,
>> mais je n'ai pas eu celle de te retenir. Pendant l'instant heu-
<< reux ou` je t'ai vu, je me sentais a` la fois si grand et si petit!
<< mais tu m'as repousse? violemment dans le sort incertain de
<< l'humanite? .
<< Qui m'instruira maintenant? Que dois-je e? viter ? Dois-je ce? -
<< der a` l'impulsion qui me presse? Nos actions, comme nos
? souffrances, arre^tent la marche de la pense? e. Des pen-
<< chants grossiers s'opposent a` ce que l'esprit concoit de plus
<< magnifique. Quand nous atteignons un certain bonheur ici-
<< bas, nous traitons d'illusion et de mensonge tout ce qui vaut
<< mieux que ce bonheur; et les sentiments sublimes que le Cre? a-
<< leur nous avait donne? s se perdent dans les inte? re^ts de la terre.
D'abord l'imagination, avec ses ailes hardies, aspire a` l'e? -
<<ternite? ; puis un petit espace suffit biento^t aux de? bris de tou-
<< tes nos espe? rances trompe? es. L'inquie? tude s'empare de notre
<< coeur : elle y produit des douleurs secre`tes ; elle y de? truit le
<< repos et le plaisir. Elle se pre? sente a` nous sous mille formes;
<< tanto^t la fortune, tanto^t une femme, des enfants, lepoignard ,
<< le poison, le feu, la mer, nous agitent. L'homme tremble
<< devant tout ce qui n'arrivera pas, et pleure sans cesse ce qu'il
n'a point perdu.
<< Non, je ne me suis point compare? a` la Divinite? ; non, je
<< sens ma mise`re: c'est a` l'insecte que je ressemble. Il s'agite
<< dans la poussie`re, il se nourrit d'elle, et le voyageur, en pas-
<< saut, l'e? crase et le de? truit.
<< N'est-ce pas de la poussie`re en effet, que ces livres dont
<< je suis environne? ? Ne suis-je pas enferme? dans le cachot de
? la science? Ces murs, ces vitraux qui m'entourent, laissent-ils
<< pe? ne? trer seulement jusqu'a` moi la lumie`re du jour sans l'al-
<<te? rer? Que dois-je faire de ces innombrables volumes, de ces
niaiseries sans fin qui remplissent ma te^te? Y trouverai-je
ce qui me manque? Si je parcours ces pages, qu'y lirai-je?
? Que partout les hommes se sont tourmente? s sur leur sort;
<< que de temps en temps un heureux a paru, et qu'il a fait le
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 274 FAUST.
<< de? sespoir du reste de la terre. ( Une te? le de mort est sur la
<< table. ) Et toi, qui sembles m'adresser un ricanement si
<< terrible, l'esprit qui habitait jadis ton cerveau n'a-t-il pas erre?
<< comme le mien ? n'a t-il pas cherche? la lumie`re, et succombe?
sous le poids des te? ne`bres? Ces machines de tout genre que
mon pe`re avait rassemble? es pour servir a` ses vains travaux,
<< ces roues, ces cylindres, ces leviers, me re? ve`leront-ils le
<< secret de la nature? Non, elle est myste? rieuse, bien qu'elle
<< semble se montrer au jour; et ce qu'elle veut cacher, tous les
<< efforts de la science ne l'arracheront jamais de son sein. << C'est donc vers toi que mes regards sont attire? s, liqueur
<< empoisonne? e ! Toi qui donnes la mort, je te salue comme une
<< pa^le lueur dans la fore^t sombre. En toi j'honore la science et
l'esprit de l'homme. Tu es la plus douce essence des sucs qui
procurent le sommeil; tu contiens toutes les forces qui tuent.
Viens a` mon secours. Je sens de? ja` l'agitation de mon esprit qui
se calme; je vais m'e? lancer dans la haute mer Les flots lim-
<< pides brillent comme un miroir a` mes pieds. Un nouveau jour
<< m'appelle vers l'autre bord. Un char de feu plane de? ja` sur ma
<< te^te: j'y vais monter; je saurai parcourir les sphe`res e? the? re? es,
<< et gou^ter les de? lices des cieux.
<< Mais dans mon abaissement, comment les me? riter ? Oui, je
<< le puis, si je l'ose ; si j'enfonce avec courage ces portes de la
mort, devant lesquelles chacun passe en fre? missant. 11 est
<< temps de montrer la dignite? de l'homme. Il ne faut plus qu'il
tremble au bord de cet abi^me, ou` son imagination se con-
<< damue elle-me^me a` ses propres tourments, et dont les flammes
de l'enfer semblent de? fendre l'approche. C'estdans cette coupe
<< d'un pur cristal, que je vais verser le poison mortel. He? las ! ja-
<< dis elle servait pour un autre usage : on la passait de main en
main dans les festins joyeux de nos pe`res, et le convive, en la
<< prenant, ce? le? brait en vers sa beaute? . Coupe dore? e! tu me rap-
<< pelles les nuits bruyantes de ma jeunesse. Je ne t'offrirai plus
<< a` mon voisin, je ne vanterai plus l'artiste qui sut t'embellir.
<< Une liqueur sombre te remplit, je l'ai pre? pare? e, je la choisis.
<< Ah ! qu'elle soit pour moi la libation solennelle que je consa-
<< cre au matin d'une nouvelle vie! >>
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? FAUST. 275
Au moment ou` Faust va prendre le poison , il entend les clo-
ches qui annoncent dans la ville lejour de Pa^ques, et les choeurs,
qui, dans l'e? glise voisine, ce? le`brent cette sainte fe^te. LE CHCEUR.
<< Le Christ est ressuscite? . Que les mortels de? ge? ne? re? s, faibles
<< et tremblants, s'en re? jouissent!
FAUST.
<< Comme le bruit imposant de l'airain m'e? branle jusqu'au
<< fond de l'a^me! Quelles voix pures font tomber la coupe empoi-
<< sonne? e de ma main! Annoncez-vous, cloches retentissantes, la
<< premie`re heure du jour de Pa^ques? Vous , choeur! ce? le? brez-
<< vous de? ja` les chants consolateurs, ces chants que, dans la
<< nuit du tombeau, les anges firent entendre, quand ils descen-
<<dirent du ciel pour commencer la nouvelle alliance? >>
Le choeur re? pe`te une seconde fois : Le Christ, etc. FAUST.
<< Chants ce? lestes, puissants et doux, pourquoi me cherchez-
<< vous dans la poussie`re? faites-vous entendre aux humains que
vous pouvez consoler. J'e? coute le message que vous m'appor-
<<tez, mais la foi me manque pour y croire. Le miracle est l'en-
<<fant che? ri de la foi. Je ne puis m'e? lancer dans la sphe`re d'ou`
votre auguste nouvelle est descendue; et cependant, accoutume?
<< des l'enfance a` ces chants, ils me rappellent a` la vie. Autre-
<<fois un rayon de l'amour divin descendait sur moi, pendant la
<< solennite? tranquille du dimanche. Le bourdonnement sourd de
<< la cloche remplissait mon a^me du pressentiment de l'avenir,
<< et ma prie`re e? tait une jouissance ardente. Cette me^me cloche
<< annonc? ait aussi les jeux de la jeunesse, et la fe^te du printemps.
Le souvenir ranime en moi les sentiments enfantins qui nous
de? tournent de la mort. Oh! faites-vous entendre encore, chants
<< ce? lestes, la terre m'a reconquis? <<
Ce moment d'exaltation ne dure pas; Faust est un caracte`re
inconstant, les passions du monde le reprennent. Il cherche a`
les satisfaire, il souhaite de s'y livrer; et le diable, sous le nom
de Me? phistophe?
le`s, vient et lui promet de le mettre en posses-
sion de toutes les jouissances de la terre; mais en me^me temps
il sait le de? gou^ter de toutes, car la vraie me? chancete? desse`che
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? 276 FAUST.
tellement l'a^me, qu'elle finit par inspirer une indiffe? rence pro-
fonde pour les plaisirs aussi bien que pour les vertus.
Me? phistophe? le`s conduit Faust chez une sorcie`re, qui tient a`
ses ordres des animaux moitie? singes et moitie? chats (Meer-
katzen}. On peut conside? rer cette sce`ne, a` quelques e? gards,
comme la parodie des Sorcie`res de Macbeth. Les Sorcie`res de
Macbeth chantent des paroles myste? rieuses, dont les sons extra-
ordinaires font de? ja` l'effet d'un sortile? ge; les Sorcie`res de Goethe
prononcent aussi des mots bizarres, dontles consonnances sont
artistement multiplie? es; ces mots excitent l'imagination a` la
gaiete? , par la singularite? me^me de leur structure; et le dialogue
de cette sce`ne, qui ne serait que burlesque en prose, prend un
caracte`re plus releve? par le charme de la poe? sie.
On croit de? couvrir, en e? coutant le langage comique de ces chats-singes, quelles seraient les ide? es des animaux s'ils pouvaient les
exprimer, quelle image grossie`re et ridicule ils se feraient de la
nature et de l'homme.
Il n'y a gue`re d'exemples dans les pie`ces franc? aises de ces plai-
santeries fonde? es sur le merveilleux, les prodiges, les sorcie`res,
les me? tamorphoses, etc. :c'est jouer avec la nature, comme dans
la come? die de moeurs on joue avec les hommes. Mais il faut, pour
se plaire a` ce comique, n'y point appliquer le raisonnement, et
regarder les plaisirs de l'imagination comme un jeu libre et sans
but. Ne? anmoins ce jeu n'en est pas pour cela plus facile, car les
barrie`res sont souvent des appuis; et quand on se livre en lit-
te? rature a` des inventions sans bornes, il n'y a que l'exce`s et l'em-
portement me^me du talent qui puissent leur donner quelque me? -
rite; l'union du bizarre et du me? diocre ne serait pas tole? rable.
Me? phistophe? le`s conduit Faust dans les socie? te? s des jeunes gens
de toutes les classes, et subjugue de diffe? rentes manie`res les di-
vers esprits qu'il rencontre. Il ne les subjugue jamais par l'ad-
miration , mais par l'e? tonnement. Il captive toujours par quel-
que chose d'inattendu et de de? daigneux dans ses paroles et dans
ses actions; car la plupart des hommes vulgaires font d'autant
plus de cas d'un esprit supe? rieur qu'il ne se soucie pas d'eux. Un instinct secret leur dit que celui qui les me? prise voit juste.
Un e? colier de Leipsick , sortant de la maison maternelle, et
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? FAUST. 277
fliais comme on peut l'e^tre a` cet a^ge, dans les bons pays de l'Al-
lemagne , vient consulter Faust sur ses e? tudes; Faust prie Me? phistophe? le`s de se charger de lui re? pondre. Il reve^t la robe de
docteur, et pendant qu'il attend l'e? colier, il exprime seul son
de? dain pour Faust. << Cet homme, dit-il, ne sera jamais qu'a`
<< demi pervers, et c'est en vain qu'il se flatte de parvenir a` l'e^tre
<< entie`rement. >> En effet, une maladresse cause? e par des regrets
invincibles entrave les honne^tes gens, quand ils se de? tournent
de leur route naturelle, et les hommes radicalement mauvais se
moquent de ces candidats du vice, qui ont bonne intention de
faire le mal, mais qui sont sans talent pour l'accomplir.
Enfin l'e? colier se pre? sente, et rien n'est . plus nai? f que l'empres-
sement gauche et confiant de ce jeune Allemand, qui arrive pour
la premie`re fois dans une grande ville, dispose? a` tout, et ne
connaissant rien , ayant peur et envie de chaque chose qu'il voit;
de? sirant de s'instruire, souhaitant fort de s'amuser, et s'appro-
chant avec un sourire gracieux de Me? phistophe? le`s, qui le rec? oit d'un air froid et moqueur; le contraste entre la bonhomie tout en
dehors de l'un, et l'insolence contenue de l'autre, est admirable-
ment spirituel.
Il n'y a pas une connaissance que l'e? colier ne voulu^t acque? rir,
et ce qu'il lui convient d'apprendre, dit-il, c'est la science et la
nature. Me? phistophe? le`s le fe? licite dela pre? cision de son plan d'e? -
tude. Il s'amuse a` de? crire les quatre faculte? s: la jurisprudence,
la me? decine, la philosophie, et la the? ologie, de manie`rea` em-
brouiller la te^te de l'e? colier pour toujours. Me? phistophe? le`s lui
fait mille arguments divers, que l'e? colier approuve tous les uns
apre`s les autres, mais dont la conclusion l'e? tonne, parce qu'il
s'attend au se? rieux et que le diable plaisante toujours. L'e? colier
de bonne volonte? se pre? pare a` l'admiration, et le re? sultat de
tout ce qu'il entend n'est qu'un de? dain universel. Me? phistophe? -
le`s convient lui-me^me que le doute vient de l'enfer, et que les
de? mons, ce sont ceux qui nient; mais il exprime le doute avec
un ton de? cide? , qui, me^lant l'arrogance du caracte`re a` l'incerti-
tude de la raison, ne laisse de consistance qu'aux mauvais pen-
chants. Aucune croyance, aucune opinion ne reste fixe dans la te^te,
apre`s avoir entendu Me? phistophe? le`s, et l'on s'examine soi-me^me,
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pour savoir s'il y a quelque chose de vrai dans ce monde, ou si
l'on ne pense que pour se moquer de tous ceux qui croient penser.
<< Ne doit-il pas toujours y avoir une ide? e dans un mot? dit
<< l'e? colier -- Oui, si cela se peut, re? pond Me? phistophe? le`s; mais
<< il ne faut pourtant pas trop se tourmenter la`-dessus ; car la` ou`
<< les ide? es manquent, les mots viennent a` propos pour y sup-
<< ple? er. <<
L'e? colier quelquefois ne comprend pas Me? phistophe? le`s, mais
n'en a que plus de respect pour son ge? nie. Avant de le quitter, il
le prie d'e? crire quelques lignes sur son Album; c'est le livre dans
lequel, selon les bienveillants usages de l'Allemagne, chacun se
fait donner une marque de souvenir par ses amis. Me? phisto-
phe? le`s e? crit ce que Satan a dit a` Eve pour l'engager a` manger
le fruit de l'arbre de vie: Vous serez comme Dieu, connais-
sant le bien et le mal. << Je peux bien, se dit-il a` lui-me^me, em-
<< prunier cette ancienne sentence a` mon cousin le serpent; il y
a longtemps qu'on s'en sert dans ma famille. >> L'e? colier re-
prend son livre, et s'en va parfaitement satisfait.
Faust s'ennuie, et Me? phistophe? le`s lui conseille de devenir
amoureux. Il le devient en effet d'une fille du peuple, tout a` fait
innocente et nai? ve, qui vit dans la pauvrete? avec sa vieille me`re.
Me? phistophe? le`s, pour introduireFaust aupre`s d'elle, imagine de
faire connaissance avec une de ses voisines, Marthe, chez laquelle
la jeune Marguerite va quelquefois. Cette femme a son mari dansles pays e? trangers, et se de? sole de n'en point recevoir de nou-
velles; elle serait bien triste de sa mort, mais au moins voudrait-elle en avoir la certitude; et Me? phistophe? le`s adoucit singulie`re-
ment sa douleur, en lui promettant un extrait mortuaire de son
e? poux, bien en re`gle, qu'elle pourra , suivant la coutume, faire
publier dans la gazette.
La pauvre Marguerite est livre? e a` la puissance du mal; l'es-
prit infernal s'acharne sur elle, et la rend coupable, sans luio^ter cette droiture de coeur qui ne peut trouver de repos que
dans la vertu. Un me? chant habile se garde bien de pervertir en-
tie`rement les honne^tes gens qu'il veut gouverner: car son ascen-
dant sur eux se compose des fautes et des remords qui les trou-
blent tour a` tour. Faust, aide? par Me? phistophe? le`s, se? duit cette
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jeune fille, singulie`rement simple d'esprit et d'a^me. Elle est
pieuse, bien qu'elle soit coupable, et, seule avec Faust, elle lui
demande s'il a de la religion. -- << Mon enfant, lui dit-il, tu le
sais, je t'aime. Je donnerais pour toi mon sang et ma vie ; je
<< ne voudrais troubler la foi de personne. N'est-ce pas la` tout
ce que tu peux de? sirer?
MARGUERITE.
<< Non, il faut croire.