<< O bataille de Winfeld 3, soeur
sanglante
de la victoire de
<< Cannes , je t'ai vue, les cheveux e?
<< Cannes , je t'ai vue, les cheveux e?
Madame de Stael - De l'Allegmagne
Il faut
l'avouer cependant, il re? sulte un peu de monotonie d'un sujet
continuellement exalte? ; l'a^me se fatigue par trop de contempla-
tion , et l'auteur aurait quelquefois besoin d'avoir affaire a` des
lecteurs de? ja` ressuscite? s , comme Cidli et Semida.
On aurait pu, ce me semble, e? viter ce de? faut, sans introduire
dans la Messiade rien de profane :il eu^t mieux valu peut-e^tre
prendre pour sujet la vie entie`re de Je? sus-Christ, que de com-
mencer au moment ou` ses ennemis demandent sa mort. L'on
aurait pu se servir avec plus d'art des couleurs de l'Orient pour
peindre la Syrie, et caracte? riser, d'une manie`re forte, l'e? tat du
genre humain sous l'empire de Rome. Il y a trop de discours,
et des discours trop longs, dans la Messiade; l'e? loquence elle-me^me frappe moins l'imagination qu'une situation, un caracte`re,
un tableau qui nous laisse quelque chose a` deviner. Le Verbe,
ou la parole divine, existait avant la cre? ation de l'univers; mais
pour les poe`tes, il faut que la cre? ation pre? ce`de la parole.
On a reproche? aussi a` Klopstock de n'avoir pas fait de ses
anges des portraits assez varie? s; il est vrai que dans la perfection
les diffe? rences sont difficiles a` saisir, et que ce sont d'ordinaire
les de? fauts qui caracte? risent les hommes: ne? anmoins on aurait
pu donner plus de varie? te? a` ce grand tableau; enfin, surtout,
il n'aurait pas fallu,ce me semble, ajouter encore dix chants a`
celui qui termine l'action principale, la mort du Sauveur. Ces
dix chants renferment sans doute de grandes beaute? s lyriques;
mais quand un ouvrage, quel qu'il soit, excite l'inte? re^t dramati-
que, il doit finir au moment ou` cet inte? re^t cesse. Des re? flexions,
des sentiments, qu'on lirait ailleurs avec le plus grand plaisir,
lassent presque toujours, lorsqu'un mouvement plus vif les a
pre? ce? de? s. On est pour les livres a` peu pre`s comme pour les hom-
mes; on exige d'eux toujours ce qu'ils nous ont accoutume? s a`
en attendre.
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? 154 DES POEMES ALLEMANDS.
Il re`gne dans tout l'ouvrage de Klopstock une a^me e? leve? e et
sensible; toutefois les impressions qu'il excite sont trop unifor-
mes, et les images fune`bres y sont trop multiplie? es. La vie ne va
que parce que nous oublions la mort; et c'est pour cela, sans
doute, que cette ide? e, quand elle reparai^t, cause un fre? misse-
ment si terrible. Dans la Messiade, comme dans Young, on
nous rame`ne trop souvent au milieu des tombeaux; c'en serait
fait des arts, si l'on se plongeait toujours dans ce genre de me? -
ditation; car il faut un sentiment tre`s-e? nergique de l'existence
pour sentir le monde anime? dela poe? sie. Les pai? ens, dans leurs
poe`mes, comme sur les bas-reliefs des se? pulcres, repre? sentaient
toujours des tableaux varie? s, et faisaient ainsi de la mort une
action de la vie; mais les pense? es vagues et profondes dont les
derniers instants des chre? tiens sont environne? s , pre^tent plus a`
l'attendrissement qu'aux vives couleurs de l'imagination.
Klopstock a compose? des odes religieuses, des odes patrioti-
ques, et d'autres poe? sies pleines de gra^ce sur divers sujets. Dans
ses odes religieuses, il sait reve^tir d'images visibles les ide? es sans
bornes; mais quelquefois ce genre de poe? sie se perd dans l'in-
commensurable qu'elle voudrait embrasser.
Il est difficile de citer tel ou tel vers dans ses odes religieuses,
qui puisse se re? pe? ter comme une maxime de? tache? e. La beaute?
de ces poe? sies consiste dans l'impression ge? ne? rale qu'elles pro-
duisent. Demanderait-on a` l'homme qui contemple la mer, cette
immensite? toujours en mouvement et toujours ine? puisable, cette
immensite? qui semble donner l'ide? e de tous les temps pre? sents a`
la fois, de toutes successions devenues simultane? es; lui deman-
derait-on de compter, vague apre`s vague, le plaisir qu'il e? prouve
en re^vant sur le rivage? Il en est de me^me des me? ditations reli-
gieuses embellies par la poe? sie; elles sont dignes d'admiration, si
elles inspirent un e? lan toujours nouveau vers une destine? e tou-
jours plus haute, si l'on se sent meilleur apre`s s'en e^tre pe? ne? -
tre? : c'est la` le jugement litte? raire qu'il faut porter sur de tels
e? crits.
Parmi les odes de Klopstock, celles qui ont la re? volution de
France pour objet ne valent pas la peine d'e^tre cite? es: le mo-
ment pre? sent inspire presque toujours mal les poe`tes; il faut
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DES POEMES ALLEMANDS. 155
qu'ils se placent a` la distance des sie`cles pour bien juger, et me^me
pour bien peindre: mais ce qui fait un grand honneur a` Klops-
tock, ce sont ses efforts pour ranimer le patriotisme chez les Alle-
mands. Parmi les poe? sies compose? es dans ce respectable but, je
vais essayer de faire connai^tre le chant des bardes, apre`s la mort
d'Hermann, que les Romains appellent Arminius : il fut assas -sine? par les princes de la Germanie, jaloux de ses succe`s et de
son pouvoir.
Ilermann, chante? par les bardea Werdomar, Kerding et Darmond.
<< W. Sur le rocher de la mousse antique, asseyons nous,
<< o^ bardes! et chantons l'hymne fune`bre. Que nul ne porte ses
n pas plus loin, que nul ne regarde sous ces branches, ou` repose
<< le plus noble fils de la patrie.
<< Il est la`, e? tendu dans son sang, lui, le secret effroi des Ro-
<< mains, alors me^me qu'au milieu des danses guerrie`res et des
chants de triomphe, ils emmenaient sa Thusnelda captive:
>> non, ne regardez pas! Qui pourrait le voir sans pleurer? Et la
<< lyre ne doit pas faire entendre des sons plaintifs, mais des
chants de gloire pour l'immortel.
<< A'. J'ai encore la blonde chevelure de l'enfance, je n'ai ceint
<< le glaive qu'en ce jour; mes mains sont, pour la premie`re fois,
<< arme? es de la lance et de la lyre, comment pourrais-je chanter
<< Hermann?
<< N'attendez pas trop du jeune homme, o^ pe`res ; je veux es-
<< suyer avec mes cheveux dore? s mes joues inonde? es de pleurs ,
<< avant d'oser chanter le plus grand des fils de Mana '.
<< D. Et moi aussi, je verse des pleurs de rage; non , je ne les
<< retiendrai pas: coulez, larmes bru^lantes, larmes de la fureur,
<< vous n'e^tes pas muettes, vous appelez la vengeance sur des guer-
<< riers perfides; o^ mes compagnons! entendez ma male? diction
terrible : que nul des trai^tres a` la patrie, assassins du he? ros,
ne meure dans les combats!
<< W. Voyez-vous le torrent qui s'e? lance de la montagne, et
<< se pre? cipite sur ces rochers ; il roule avec ses flots des pins de? -
<< racine? s; il les ame`ne pour le bu^cher d'Hermann. Biento^t le 'Mana, l'un des he? ros tule? laircs de la nation germanique.
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? 156 DES POEMES ALLEMANDS.
<< he? ros sera poussie`re, biento^t il reposera dans la tombe d'argile;
<< mais que sur cette poussie`re sainte soit place? le glaive par le-
<<quel il a juge? la perte du conque? rant.
<< Arre^te-toi, esprit du mort, avant de rejoindre ton pe`re Sieg-
. , mar ! tarde encore, et regarde comme il est plein de toi, le coeu r
<< de ton peu pie.
<< A'. Taisons, oh ! taisons a` Thusnelda que son Hermann est ici
tout sanglant. Ne dites pas a` cette noble femme, a` cette me`re
<< de? sespe? re? e, que le pe`re de son Thumeliko a cesse? de vivre.
<< Qui pourrait le dire a` celle qui a de? ja` marche? charge? e de fers
<< devant le char redoutable de l'orgueilleux vainqueur, qui
<< pourrait le dire a` cette infortune? e, aurait un coeur de Ro-
<< main.
<< D. Malheureuse fille, quel pe`re t'a donne? le jour? Segeste << ,
<< un trai^tre , qui dans l'ombre aiguisait le fer homicide ! Oh! ne
le maudissez pas. He? la * de? ja` l'a marque? de son sceau.
<< W. Que le crime de Segeste ne souille point nos chants ,
>> et que pluto^t l'e? ternel oubli e? tende ses ailes pesantes sur ses
<< cendres ; les cordes de la lyre qui retentissent au nom d'Her-
<< manu seraient profane? es, si leurs fre? missements accusaient le
<< coupable. Hermann! Hermann! toi le favori des coeurs no-
<<bles, le chef des plus braves, le sauveur de la patrie, c'est
>> toi dont nos bardes, en choeur, re? pe`tent les louanges aux e? chos
sombres des myste? rieuses fore^ts.
<< O bataille de Winfeld 3, soeur sanglante de la victoire de
<< Cannes , je t'ai vue, les cheveux e? pars, l'oeil eu feu , les mains
<< sanglantes, apparai^tre au milieu des harpes de Walhalla ; en
vain le fils de Drusus, pour effacer tes traces , voulait cacher
les ossements blanchis des vaincus dans la valle? e de la mort.
Nous ne l'avons pas souffert, nous avons renverse? leurs totn-
<< beaux , afin que leurs restes e? pars servissent de te? moignage a`
ce grand jour; a` la fe^te du printemps, d'a^ge en a^ge, ils enten-
<< dront les cris de joie des vainqueurs.
<< 11 voulait, notre he? ros, donner encore des compagnons de
'Scseste, auteur de la conspiration qui fit pe? rir Hermann.
"He? la, la divinite? de l'Enfer.
1 Nom donne? par les Germains a` la bataille qu'ils gagne? rent contre Varus.
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? DES POEMES ALLEMANDS. 157
<< mort a` Varus ; de? ja`, sans la lenteur jalouse des princes, Coe-
* cina rejoignait son chef.
<< Une pense? e plus noble encore roulait dans l'a^me ardente
<< d'Hermann : a` minuit, pre`s de l'autel du dieu Thor ', au
<< milieu des sacrifices, il se dit en secret : << Je le ferai. >> << Ce dessein le poursuit jusque dans vos jeux, quand la jeu-
>> nesse guerrie`re forme des danses, franchit les e? pe? es nues,
<< anime les plaisirs par les dangers. << Le pilote, vainqueur de l'orage, raconte que , dans une i^le
<< e? loigne? e >> , la montagne bru^lante annonce longtemps d'a-
<< vance, par de noirs tourbillons de fume? e, la flamme et les
<< rochers terriblesqui vont jaillir de son sein; ainsi, lespremiers
<< combats d'Hermann nous pre? sageaient qu'un jour il traverse-
<<rait les Alpes, pour descendre dans la plaine de Rome.
<< C'est la` que le he? ros devait ou pe? rir ou monter au Capitole ,
<< et, pre`s du tro^ne de Jupiter , qui tient dans sa main la balance
des destine? es, interroger Tibe`re et les ombres de ses ance^tres
sur la justice de leurs guerres.
<< Mais , pour accomplir son hardi projet, il fallait porter en-
<< tre tous les princes l'e? pe? e du chef des batailles ; alors ses rivaux
<< ont conspire? sa mort, et maintenant il n'est plus, celui dont le'
<<coeur avait conc? u la pense? e grande et patriotique.
<< D. As-tu recueilli mes larmes bru^lantes? as-tu entendu mes
<< accents de fureur, o^ He? la! de? esse qui punit?
<< K. Voyez dans Walhalla, sous les ombrages sacre? s, au mi-
<< lieu des he? ros, la palme de la victoire a` la main , Siegmar s'a-
<<vance pour recevoir son Hermann; le vieillard rajeuni salue le
jeune he? ros; mais un nuage de tristesse obscurcit son accueil,
car Hermann n'ira plus , il n'ira plus au Capitole interroger
<< Tibe`re devant le tribunal des dieux. >>
Il y a plusieurs autres poe`mes de Klopstock , dans lesquels ,
de me^me que dans celui-ci, il rappelle aux Allemands les hauts
faits de leurs ance^tres les Germains; mais ces souvenirs n'ont
presque aucun rapport avec la nation actuelle. On sent, dans 1 Le dieu de la guerre.
'L'Islande.
14
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? 158 DUS POEMES ALLEMANDS.
ces poe? sies, un enthousiasme vague, un de? sir qui ne peut attein-
dre son but; et la moindre chanson nationale d'un peuple libre
cause une e? motion plus vraie. Il ue reste gue`re de traces de l'his-
toire ancienne des Germains; l'histoire moderne est trop divise? e
et trop confuse pour qu'elle puisse produire des sentiments po-
pulaires: c'est dans leur coeur seul que les Allemands peuvent
trouver la source des chants vraiment patriotiques.
Klopstock a souvent beaucoup de gra^ce sur des sujets moins
se? rieux: sa gra^ce tient a` l'imagination et a` la sensibilite? ; car
dans ses poe? sies il n'y a pas beaucoup de ce que nous appelons
de l'esprit; le genre lyrique ne le comporte pas. Dans l'ode sur
le rossignol, le poe`te allemand a su rajeunir un sujet bien use? , en
pre^tant a` l'oiseau des sentiments si doux et si vifs pour la nature
et pour l'homme, qu'il semble un me? diateur aile? qui porte de
l'une a` l'autre des tributs de louange et d'amour. Une ode sur le
vin du Rhin est tre`s-originale: les rives du Rhin sont pour les
Allemands une image vraiment nationale; ils n'ont rien de plus
beau dans toute leur contre? e;les pampres croissent dans les
me^mes lieux ou` tant d'actions guerrie`res se sont passe? es , et le
vin de cent anne? es, contemporain de jours plus glorieux, semble
rece? ler encore la ge? ne? reuse chaleur des temps passe? s.
Non-seulement Klopstock a tire? du christianisme les plus
grandes beaute? s de ses ouvrages religieux; mais comme il voulait
que la litte? rature de son pays fu^t tout a` fait inde? pendante de
celle des anciens, il a ta^che? de donner a` la poe? sie allemande
une mythologie toute nouvelle, emprunte? e des Scandinaves.
Quelquefois il l'emploie d'une manie`re trop savante; mais quel-
quefois aussi il en a tire? un parti tre`s-heureux, et son imagina-
tion a senti les rapports qui existent entre les dieux du Nord et
l'aspect de la nature a` laquelle ils pre? sident.
Il y a une ode de lui, charmante, intitule? e l'Art de Tialf,
c'est-a`-dire l'art d'aller en patins sur la glace , qu'on dit invente?
par le ge? ant Tialf. Il peint une jeune et belle femme, reve^tue
d'une fourrure d'hermine, et place? e sur un trai^neau en forme
de char; les jeunes gens qui l'entourent font avancer ce char
comme l'e? clair, en le poussant le? ge`rement. On choisit pour sen-
tier le torrent glace? qui, pendant l'hiver , offre la route la plus
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? DES POEMES ALLEMANDS. 15! >>
su^re. Lescheveux des jeunes hommes sont parseme? s des flocons
brillants des frimas; les jeunes filles, a` la suite du trai^neau, at-
tachent a` leurs petits pieds des ailes d'acier, qui les transportent
au loin dans un clind'oeil : lechant des bardes accompagne cette
danse septentrionale; la marche joyeuse passe sous des ormeaux
dont les fleurs sont de neige; on entend craquer le cristal sous
les pas; un instant de terreur trouble la fe^te; mais biento^t les
cris d'alle? gresse, la violence de l'exercice, qui doit conserver
au sang la chaleur que lui ravirait le froid de l'air, enfin la lutte
contre leclimat, raniment tous les esprits, et l'on arrive au terme
de la course, dansune grande salle illumine? e, ou` le feu, le bal etles festins, font succe? der des plaisirs faciles aux plaisirs conquis
sur les rigueurs me^mes de la nature.
L'ode a` E? bert sur les amis qui ne sont plus, me? rite aussi d'e^-
tre cite? e. Klopstock est moins heureux quand il e? crit sur l'amour;
il a, comme Dorat, adresse? des vers a` sa mai^tresse future, et
ce sujet manie? re? n'a pas bien inspire? sa muse : il faut n'avoir pas
souffert pour se jouer avec le sentiment; et quand une personne
se? rieuse essaye un semblable jeu, toujours une contrainte se-
cre`te l'empe^che de s'y montrer naturelle. On doit compter dans
l'e? cole de Klopstock, non comme disciples, mais comme con-
fre`res en poe? sie, le grand Haller, qu'on ne peut nommer sans
respect; Gessner, et plusieurs autres qui s'approchaient du ge? nie
anglais par la ve? rite? des sentiments, mais qui ne portaient pas
encore l'empreinte vraiment caracte? ristique de la litte? rature alle-
mande.
Klopstock lui-me^me n'avait pas comple? tement re? ussi a`don-
ner a` l'Allemagne un poe`me e? pique sublime et populaire tout a`
la fois, tel qu'un ouvrage de ce genre doit e^tre. La traduction de
l'Iliade et de l'Odysse? e par Voss fit connai^tre Home`re, autant
qu'une copie calque? e peut rendre l'original; chaque e? pithe`te y
est conserve? e, chaque mot y est mis a` la me^me place, et l'impres-
sion de l'ensemble est tre`s-grande, quoiqu'on ne puisse trouver
dans l'allemand tout le charme que doit avoir le grec, la plus
belle langue du Midi. Les litte? rateurs allemands, qui saisissent
avec avidite? chaque nouveau genre, s'essaye`rent a` composer des
poemes avec la couleur home? rique, et l'Odysse? e, renfermant
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? 160 DES POEMES ALLEMANDS.
beaucoup de de? tails de la vie prive? e, parut plus facile a` imiter
que l'Iliade.
Le premier essai dans ce genre fut une idylle en trois chants,
de Voss lui-me^me, intitule? e Louise; elle est e? crite en hexame`tres, que tout le monde s'accorde a` trouver admirables; mais la
pompe me^me du vers hexame`tre parai^t souvent peu d'accord avec
l'extre^me nai? vete? du sujet. Sans les e? motions pures et religieu-
ses qui animent tout le poe`me, on ne s'inte? resserait gue`re au
tre`s-paisible mariage de la fille du ve? ne? rable pasteur de Gra-
nait. Home`re, fide`le a` re? unir les e? pithe`tes avec les noms,dit
toujours, en parlant de Minerve, la fille de Jupiter aux yeux
bleus; de me^me aussi Voss re? pe`te sans cesse le ve? ne? rable pasteur
de GrUmau (der ehriw&rdige pfarrer von Gru^nau). Mais la
simplicite? d'Home`re ne produit un si grand effet que parce qu'elle
est noblement en contraste avec la grandeur imposante deson he? -
ros et du sort qui le poursuit; tandis que, quand il s'agit d'un pas-
teur de campagne et de la tre`s-bonne me? nage`re sa femme, qui
marient leur fille a` celui qu'elle aime, la simplicite? a moins de
me? rite. L'on admire beaucoup en Allemagne les descriptions qui
se trouvent dans la Louise de Voss, sur la manie`re de faire le
cafe? , d'allumer la pipe; ces de? tails sont pre? sente? s avec beaucoup
de talent et de ve? rite? ; c'est un tableau flamand tre`s-bien fait : ?
l'avouer cependant, il re? sulte un peu de monotonie d'un sujet
continuellement exalte? ; l'a^me se fatigue par trop de contempla-
tion , et l'auteur aurait quelquefois besoin d'avoir affaire a` des
lecteurs de? ja` ressuscite? s , comme Cidli et Semida.
On aurait pu, ce me semble, e? viter ce de? faut, sans introduire
dans la Messiade rien de profane :il eu^t mieux valu peut-e^tre
prendre pour sujet la vie entie`re de Je? sus-Christ, que de com-
mencer au moment ou` ses ennemis demandent sa mort. L'on
aurait pu se servir avec plus d'art des couleurs de l'Orient pour
peindre la Syrie, et caracte? riser, d'une manie`re forte, l'e? tat du
genre humain sous l'empire de Rome. Il y a trop de discours,
et des discours trop longs, dans la Messiade; l'e? loquence elle-me^me frappe moins l'imagination qu'une situation, un caracte`re,
un tableau qui nous laisse quelque chose a` deviner. Le Verbe,
ou la parole divine, existait avant la cre? ation de l'univers; mais
pour les poe`tes, il faut que la cre? ation pre? ce`de la parole.
On a reproche? aussi a` Klopstock de n'avoir pas fait de ses
anges des portraits assez varie? s; il est vrai que dans la perfection
les diffe? rences sont difficiles a` saisir, et que ce sont d'ordinaire
les de? fauts qui caracte? risent les hommes: ne? anmoins on aurait
pu donner plus de varie? te? a` ce grand tableau; enfin, surtout,
il n'aurait pas fallu,ce me semble, ajouter encore dix chants a`
celui qui termine l'action principale, la mort du Sauveur. Ces
dix chants renferment sans doute de grandes beaute? s lyriques;
mais quand un ouvrage, quel qu'il soit, excite l'inte? re^t dramati-
que, il doit finir au moment ou` cet inte? re^t cesse. Des re? flexions,
des sentiments, qu'on lirait ailleurs avec le plus grand plaisir,
lassent presque toujours, lorsqu'un mouvement plus vif les a
pre? ce? de? s. On est pour les livres a` peu pre`s comme pour les hom-
mes; on exige d'eux toujours ce qu'ils nous ont accoutume? s a`
en attendre.
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 154 DES POEMES ALLEMANDS.
Il re`gne dans tout l'ouvrage de Klopstock une a^me e? leve? e et
sensible; toutefois les impressions qu'il excite sont trop unifor-
mes, et les images fune`bres y sont trop multiplie? es. La vie ne va
que parce que nous oublions la mort; et c'est pour cela, sans
doute, que cette ide? e, quand elle reparai^t, cause un fre? misse-
ment si terrible. Dans la Messiade, comme dans Young, on
nous rame`ne trop souvent au milieu des tombeaux; c'en serait
fait des arts, si l'on se plongeait toujours dans ce genre de me? -
ditation; car il faut un sentiment tre`s-e? nergique de l'existence
pour sentir le monde anime? dela poe? sie. Les pai? ens, dans leurs
poe`mes, comme sur les bas-reliefs des se? pulcres, repre? sentaient
toujours des tableaux varie? s, et faisaient ainsi de la mort une
action de la vie; mais les pense? es vagues et profondes dont les
derniers instants des chre? tiens sont environne? s , pre^tent plus a`
l'attendrissement qu'aux vives couleurs de l'imagination.
Klopstock a compose? des odes religieuses, des odes patrioti-
ques, et d'autres poe? sies pleines de gra^ce sur divers sujets. Dans
ses odes religieuses, il sait reve^tir d'images visibles les ide? es sans
bornes; mais quelquefois ce genre de poe? sie se perd dans l'in-
commensurable qu'elle voudrait embrasser.
Il est difficile de citer tel ou tel vers dans ses odes religieuses,
qui puisse se re? pe? ter comme une maxime de? tache? e. La beaute?
de ces poe? sies consiste dans l'impression ge? ne? rale qu'elles pro-
duisent. Demanderait-on a` l'homme qui contemple la mer, cette
immensite? toujours en mouvement et toujours ine? puisable, cette
immensite? qui semble donner l'ide? e de tous les temps pre? sents a`
la fois, de toutes successions devenues simultane? es; lui deman-
derait-on de compter, vague apre`s vague, le plaisir qu'il e? prouve
en re^vant sur le rivage? Il en est de me^me des me? ditations reli-
gieuses embellies par la poe? sie; elles sont dignes d'admiration, si
elles inspirent un e? lan toujours nouveau vers une destine? e tou-
jours plus haute, si l'on se sent meilleur apre`s s'en e^tre pe? ne? -
tre? : c'est la` le jugement litte? raire qu'il faut porter sur de tels
e? crits.
Parmi les odes de Klopstock, celles qui ont la re? volution de
France pour objet ne valent pas la peine d'e^tre cite? es: le mo-
ment pre? sent inspire presque toujours mal les poe`tes; il faut
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DES POEMES ALLEMANDS. 155
qu'ils se placent a` la distance des sie`cles pour bien juger, et me^me
pour bien peindre: mais ce qui fait un grand honneur a` Klops-
tock, ce sont ses efforts pour ranimer le patriotisme chez les Alle-
mands. Parmi les poe? sies compose? es dans ce respectable but, je
vais essayer de faire connai^tre le chant des bardes, apre`s la mort
d'Hermann, que les Romains appellent Arminius : il fut assas -sine? par les princes de la Germanie, jaloux de ses succe`s et de
son pouvoir.
Ilermann, chante? par les bardea Werdomar, Kerding et Darmond.
<< W. Sur le rocher de la mousse antique, asseyons nous,
<< o^ bardes! et chantons l'hymne fune`bre. Que nul ne porte ses
n pas plus loin, que nul ne regarde sous ces branches, ou` repose
<< le plus noble fils de la patrie.
<< Il est la`, e? tendu dans son sang, lui, le secret effroi des Ro-
<< mains, alors me^me qu'au milieu des danses guerrie`res et des
chants de triomphe, ils emmenaient sa Thusnelda captive:
>> non, ne regardez pas! Qui pourrait le voir sans pleurer? Et la
<< lyre ne doit pas faire entendre des sons plaintifs, mais des
chants de gloire pour l'immortel.
<< A'. J'ai encore la blonde chevelure de l'enfance, je n'ai ceint
<< le glaive qu'en ce jour; mes mains sont, pour la premie`re fois,
<< arme? es de la lance et de la lyre, comment pourrais-je chanter
<< Hermann?
<< N'attendez pas trop du jeune homme, o^ pe`res ; je veux es-
<< suyer avec mes cheveux dore? s mes joues inonde? es de pleurs ,
<< avant d'oser chanter le plus grand des fils de Mana '.
<< D. Et moi aussi, je verse des pleurs de rage; non , je ne les
<< retiendrai pas: coulez, larmes bru^lantes, larmes de la fureur,
<< vous n'e^tes pas muettes, vous appelez la vengeance sur des guer-
<< riers perfides; o^ mes compagnons! entendez ma male? diction
terrible : que nul des trai^tres a` la patrie, assassins du he? ros,
ne meure dans les combats!
<< W. Voyez-vous le torrent qui s'e? lance de la montagne, et
<< se pre? cipite sur ces rochers ; il roule avec ses flots des pins de? -
<< racine? s; il les ame`ne pour le bu^cher d'Hermann. Biento^t le 'Mana, l'un des he? ros tule? laircs de la nation germanique.
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? 156 DES POEMES ALLEMANDS.
<< he? ros sera poussie`re, biento^t il reposera dans la tombe d'argile;
<< mais que sur cette poussie`re sainte soit place? le glaive par le-
<<quel il a juge? la perte du conque? rant.
<< Arre^te-toi, esprit du mort, avant de rejoindre ton pe`re Sieg-
. , mar ! tarde encore, et regarde comme il est plein de toi, le coeu r
<< de ton peu pie.
<< A'. Taisons, oh ! taisons a` Thusnelda que son Hermann est ici
tout sanglant. Ne dites pas a` cette noble femme, a` cette me`re
<< de? sespe? re? e, que le pe`re de son Thumeliko a cesse? de vivre.
<< Qui pourrait le dire a` celle qui a de? ja` marche? charge? e de fers
<< devant le char redoutable de l'orgueilleux vainqueur, qui
<< pourrait le dire a` cette infortune? e, aurait un coeur de Ro-
<< main.
<< D. Malheureuse fille, quel pe`re t'a donne? le jour? Segeste << ,
<< un trai^tre , qui dans l'ombre aiguisait le fer homicide ! Oh! ne
le maudissez pas. He? la * de? ja` l'a marque? de son sceau.
<< W. Que le crime de Segeste ne souille point nos chants ,
>> et que pluto^t l'e? ternel oubli e? tende ses ailes pesantes sur ses
<< cendres ; les cordes de la lyre qui retentissent au nom d'Her-
<< manu seraient profane? es, si leurs fre? missements accusaient le
<< coupable. Hermann! Hermann! toi le favori des coeurs no-
<<bles, le chef des plus braves, le sauveur de la patrie, c'est
>> toi dont nos bardes, en choeur, re? pe`tent les louanges aux e? chos
sombres des myste? rieuses fore^ts.
<< O bataille de Winfeld 3, soeur sanglante de la victoire de
<< Cannes , je t'ai vue, les cheveux e? pars, l'oeil eu feu , les mains
<< sanglantes, apparai^tre au milieu des harpes de Walhalla ; en
vain le fils de Drusus, pour effacer tes traces , voulait cacher
les ossements blanchis des vaincus dans la valle? e de la mort.
Nous ne l'avons pas souffert, nous avons renverse? leurs totn-
<< beaux , afin que leurs restes e? pars servissent de te? moignage a`
ce grand jour; a` la fe^te du printemps, d'a^ge en a^ge, ils enten-
<< dront les cris de joie des vainqueurs.
<< 11 voulait, notre he? ros, donner encore des compagnons de
'Scseste, auteur de la conspiration qui fit pe? rir Hermann.
"He? la, la divinite? de l'Enfer.
1 Nom donne? par les Germains a` la bataille qu'ils gagne? rent contre Varus.
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? DES POEMES ALLEMANDS. 157
<< mort a` Varus ; de? ja`, sans la lenteur jalouse des princes, Coe-
* cina rejoignait son chef.
<< Une pense? e plus noble encore roulait dans l'a^me ardente
<< d'Hermann : a` minuit, pre`s de l'autel du dieu Thor ', au
<< milieu des sacrifices, il se dit en secret : << Je le ferai. >> << Ce dessein le poursuit jusque dans vos jeux, quand la jeu-
>> nesse guerrie`re forme des danses, franchit les e? pe? es nues,
<< anime les plaisirs par les dangers. << Le pilote, vainqueur de l'orage, raconte que , dans une i^le
<< e? loigne? e >> , la montagne bru^lante annonce longtemps d'a-
<< vance, par de noirs tourbillons de fume? e, la flamme et les
<< rochers terriblesqui vont jaillir de son sein; ainsi, lespremiers
<< combats d'Hermann nous pre? sageaient qu'un jour il traverse-
<<rait les Alpes, pour descendre dans la plaine de Rome.
<< C'est la` que le he? ros devait ou pe? rir ou monter au Capitole ,
<< et, pre`s du tro^ne de Jupiter , qui tient dans sa main la balance
des destine? es, interroger Tibe`re et les ombres de ses ance^tres
sur la justice de leurs guerres.
<< Mais , pour accomplir son hardi projet, il fallait porter en-
<< tre tous les princes l'e? pe? e du chef des batailles ; alors ses rivaux
<< ont conspire? sa mort, et maintenant il n'est plus, celui dont le'
<<coeur avait conc? u la pense? e grande et patriotique.
<< D. As-tu recueilli mes larmes bru^lantes? as-tu entendu mes
<< accents de fureur, o^ He? la! de? esse qui punit?
<< K. Voyez dans Walhalla, sous les ombrages sacre? s, au mi-
<< lieu des he? ros, la palme de la victoire a` la main , Siegmar s'a-
<<vance pour recevoir son Hermann; le vieillard rajeuni salue le
jeune he? ros; mais un nuage de tristesse obscurcit son accueil,
car Hermann n'ira plus , il n'ira plus au Capitole interroger
<< Tibe`re devant le tribunal des dieux. >>
Il y a plusieurs autres poe`mes de Klopstock , dans lesquels ,
de me^me que dans celui-ci, il rappelle aux Allemands les hauts
faits de leurs ance^tres les Germains; mais ces souvenirs n'ont
presque aucun rapport avec la nation actuelle. On sent, dans 1 Le dieu de la guerre.
'L'Islande.
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? 158 DUS POEMES ALLEMANDS.
ces poe? sies, un enthousiasme vague, un de? sir qui ne peut attein-
dre son but; et la moindre chanson nationale d'un peuple libre
cause une e? motion plus vraie. Il ue reste gue`re de traces de l'his-
toire ancienne des Germains; l'histoire moderne est trop divise? e
et trop confuse pour qu'elle puisse produire des sentiments po-
pulaires: c'est dans leur coeur seul que les Allemands peuvent
trouver la source des chants vraiment patriotiques.
Klopstock a souvent beaucoup de gra^ce sur des sujets moins
se? rieux: sa gra^ce tient a` l'imagination et a` la sensibilite? ; car
dans ses poe? sies il n'y a pas beaucoup de ce que nous appelons
de l'esprit; le genre lyrique ne le comporte pas. Dans l'ode sur
le rossignol, le poe`te allemand a su rajeunir un sujet bien use? , en
pre^tant a` l'oiseau des sentiments si doux et si vifs pour la nature
et pour l'homme, qu'il semble un me? diateur aile? qui porte de
l'une a` l'autre des tributs de louange et d'amour. Une ode sur le
vin du Rhin est tre`s-originale: les rives du Rhin sont pour les
Allemands une image vraiment nationale; ils n'ont rien de plus
beau dans toute leur contre? e;les pampres croissent dans les
me^mes lieux ou` tant d'actions guerrie`res se sont passe? es , et le
vin de cent anne? es, contemporain de jours plus glorieux, semble
rece? ler encore la ge? ne? reuse chaleur des temps passe? s.
Non-seulement Klopstock a tire? du christianisme les plus
grandes beaute? s de ses ouvrages religieux; mais comme il voulait
que la litte? rature de son pays fu^t tout a` fait inde? pendante de
celle des anciens, il a ta^che? de donner a` la poe? sie allemande
une mythologie toute nouvelle, emprunte? e des Scandinaves.
Quelquefois il l'emploie d'une manie`re trop savante; mais quel-
quefois aussi il en a tire? un parti tre`s-heureux, et son imagina-
tion a senti les rapports qui existent entre les dieux du Nord et
l'aspect de la nature a` laquelle ils pre? sident.
Il y a une ode de lui, charmante, intitule? e l'Art de Tialf,
c'est-a`-dire l'art d'aller en patins sur la glace , qu'on dit invente?
par le ge? ant Tialf. Il peint une jeune et belle femme, reve^tue
d'une fourrure d'hermine, et place? e sur un trai^neau en forme
de char; les jeunes gens qui l'entourent font avancer ce char
comme l'e? clair, en le poussant le? ge`rement. On choisit pour sen-
tier le torrent glace? qui, pendant l'hiver , offre la route la plus
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? DES POEMES ALLEMANDS. 15! >>
su^re. Lescheveux des jeunes hommes sont parseme? s des flocons
brillants des frimas; les jeunes filles, a` la suite du trai^neau, at-
tachent a` leurs petits pieds des ailes d'acier, qui les transportent
au loin dans un clind'oeil : lechant des bardes accompagne cette
danse septentrionale; la marche joyeuse passe sous des ormeaux
dont les fleurs sont de neige; on entend craquer le cristal sous
les pas; un instant de terreur trouble la fe^te; mais biento^t les
cris d'alle? gresse, la violence de l'exercice, qui doit conserver
au sang la chaleur que lui ravirait le froid de l'air, enfin la lutte
contre leclimat, raniment tous les esprits, et l'on arrive au terme
de la course, dansune grande salle illumine? e, ou` le feu, le bal etles festins, font succe? der des plaisirs faciles aux plaisirs conquis
sur les rigueurs me^mes de la nature.
L'ode a` E? bert sur les amis qui ne sont plus, me? rite aussi d'e^-
tre cite? e. Klopstock est moins heureux quand il e? crit sur l'amour;
il a, comme Dorat, adresse? des vers a` sa mai^tresse future, et
ce sujet manie? re? n'a pas bien inspire? sa muse : il faut n'avoir pas
souffert pour se jouer avec le sentiment; et quand une personne
se? rieuse essaye un semblable jeu, toujours une contrainte se-
cre`te l'empe^che de s'y montrer naturelle. On doit compter dans
l'e? cole de Klopstock, non comme disciples, mais comme con-
fre`res en poe? sie, le grand Haller, qu'on ne peut nommer sans
respect; Gessner, et plusieurs autres qui s'approchaient du ge? nie
anglais par la ve? rite? des sentiments, mais qui ne portaient pas
encore l'empreinte vraiment caracte? ristique de la litte? rature alle-
mande.
Klopstock lui-me^me n'avait pas comple? tement re? ussi a`don-
ner a` l'Allemagne un poe`me e? pique sublime et populaire tout a`
la fois, tel qu'un ouvrage de ce genre doit e^tre. La traduction de
l'Iliade et de l'Odysse? e par Voss fit connai^tre Home`re, autant
qu'une copie calque? e peut rendre l'original; chaque e? pithe`te y
est conserve? e, chaque mot y est mis a` la me^me place, et l'impres-
sion de l'ensemble est tre`s-grande, quoiqu'on ne puisse trouver
dans l'allemand tout le charme que doit avoir le grec, la plus
belle langue du Midi. Les litte? rateurs allemands, qui saisissent
avec avidite? chaque nouveau genre, s'essaye`rent a` composer des
poemes avec la couleur home? rique, et l'Odysse? e, renfermant
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? 160 DES POEMES ALLEMANDS.
beaucoup de de? tails de la vie prive? e, parut plus facile a` imiter
que l'Iliade.
Le premier essai dans ce genre fut une idylle en trois chants,
de Voss lui-me^me, intitule? e Louise; elle est e? crite en hexame`tres, que tout le monde s'accorde a` trouver admirables; mais la
pompe me^me du vers hexame`tre parai^t souvent peu d'accord avec
l'extre^me nai? vete? du sujet. Sans les e? motions pures et religieu-
ses qui animent tout le poe`me, on ne s'inte? resserait gue`re au
tre`s-paisible mariage de la fille du ve? ne? rable pasteur de Gra-
nait. Home`re, fide`le a` re? unir les e? pithe`tes avec les noms,dit
toujours, en parlant de Minerve, la fille de Jupiter aux yeux
bleus; de me^me aussi Voss re? pe`te sans cesse le ve? ne? rable pasteur
de GrUmau (der ehriw&rdige pfarrer von Gru^nau). Mais la
simplicite? d'Home`re ne produit un si grand effet que parce qu'elle
est noblement en contraste avec la grandeur imposante deson he? -
ros et du sort qui le poursuit; tandis que, quand il s'agit d'un pas-
teur de campagne et de la tre`s-bonne me? nage`re sa femme, qui
marient leur fille a` celui qu'elle aime, la simplicite? a moins de
me? rite. L'on admire beaucoup en Allemagne les descriptions qui
se trouvent dans la Louise de Voss, sur la manie`re de faire le
cafe? , d'allumer la pipe; ces de? tails sont pre? sente? s avec beaucoup
de talent et de ve? rite? ; c'est un tableau flamand tre`s-bien fait : ?