L'on donne trop d'avantage aux
caracte`res
arides et
froids, quand on leur pre?
froids, quand on leur pre?
Madame de Stael - De l'Allegmagne
citatif qui succe`de au chant, ou
le pre? pare. On y trouve entre autres quelques stances sur le re-
tour du printemps, qui sont enivrantes comme la nature a` cette
e? poque. L'enfance y est pre? sente? e sous mille formes diffe? ren-
tes; l'homme, les plantes, la terre, le ciel, tout y est si jeune,
tout y est si riche d'espe? rance, qu'on dirait que le poe`te ce? le`bre
les premiers beaux jours et les premie`res fleurs qui pare`rent le
monde.
Nous avons en franc? ais plusieurs romans comiques; et l'un
des plus remarquables, c'est Gil Rlas. . le ne crois pas qu'on
puisse citer chez les Allemands un ouvrage ou` l'on se joue si
spirituellement des choses de la vie. Ils ont a` peine un monde
re? el,comment pourraient-ils de? ja` s'enmoquer? La gaiete? se? rieuse
qui ne tourne rien en plaisanterie, mais amuse sans le vouloir,
et fait rire sans avoir ri; cette gaiete? que les Anglais appellent
humour, se trouve aussi dans plusieurs e? crits allemands; mais
il est presque impossible de les traduire. Quand la plaisanterie
consiste dans une pense? e philosophique heureusement exprime? e,
comme le Gulliver de Swift, le changement de langue n'y fait
rien, mais Tristram Shandy de Sterne perd en franc? ais presque
toute sa gra^ce. Les plaisanteries qui consistent dans les formes
du langage en disent peut-e^tre a` l'esprit mille fois plus que les
ide? es, et cependant on ne peut transmettre aux e? trangers ces
impressions si vives, excite? es par des nuances si fines.
Claudius est un des auteurs allemands qui ont le plus de cette
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DF. S HOMANS. 347
gaiete? nationale, partage exclusif de chaque litte? rature e? trange`re.
IL a publie? un recueil compose? de plusieurs pie`ces de? tache? es sur
diffe? rents sujets; il en est quelques-unes de mauvais gou^t, quel-
ques autres de peu d'importance; mais il y re`gne une originalite?
et une ve? rite? qui rendent les moindres choses piquantes. Cet
e? crivain, dont le style est reve^tu d'une apparence simple, et
quelquefois me^me vulgaire, pe? ne`tre jusqu'au fond du coeur,
par la since? rite? de ses sentiments. Il vous fait pleurer comme il
vous fait rire, parce qu'il excite en vous la sympathie, et que
vous reconnaissez un semblable et un ami dans tout ce qu'il
e? prouve. On ne peut rien extraire des e? crits de Claudius, son
talent agit comme une sensation; il faut l'avoir e? prouve? e pour
en parler. Il ressemble a` ces peintres flamands qui s'e? le`vent
quelquefois a` repre? senter ce qu'il y a de plus noble dans la na-
ture, ou a` l'Espagnol Murillo, qui peint des pauvres et des men-
diants avec une ve? rite? parfaite, mais qui leur donne souvent,
me^me a` son insu, quelques traits d'une expression noble et pro-
londe. Il faut, pour me^ler avec succe`s le comique et le pathe? ti-
que, e^tre e? minemment naturel dans l'un et dans l'autre; de`s que
le factice s'aperc? oit, tout contraste fait disparate; mais un grand
talent plein de bonhomie peut re? unir avec succe`s ce qui n'a du
charme que sur le visage de l'enfance, le sourire au milieu des
pleurs. Un autre e? crivain, plus moderne et plus ce? le`bre que Claudius,
s'est acquis une grande re? putation en Allemagne par des ouvra-
ges qu'on appellerait des romans,si une de? nomination connue
pouvait convenir a` des productions si extraordinaires. J. Paul
Richter a su^rement plus d'esprit qu'il n'en faut pour composer
un ouvrage qui inte? resserait les e? trangers autant que les Alle-
mands, et ne? anmoins rien de ce qu'il a publie? ne peut sortir de
l'Allemagne. Ses admirateurs diront que cela tient a` l'originalite?
me^me de son ge? nie; il me semble que ses de? fauts en sont autant
la cause que ses qualite? s. Il faut, dans nos temps modernes,
avoir l'esprit europe? en; les Allemands encouragent trop dans
leurs auteurs cette hardiesse vagabonde qui, tout audacieuse
qu'elle parai^t, n'est pas toujours de? nue? e d'affectation. Madame
de Lambert disait a` son fils: -- Mon ami, ne vous permettez
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 348 DES ROMANS.
que les sottises qui vous feront un grand plaisir. -- On pourrait
prier J. Paul de n'e^tre bizarre que malgre? lui : tout ce qu'on
dit involontairement re? pond toujours a` la nature de quelqu'un;
mais quand l'originalite? naturelle est ga^te? e par la pre? tention a`
l'originalite? , le lecteur ne jouit pas comple? tement me^me de ce
qui est vrai, par le souvenir et la crainte de ce qui ne l'est pas.
On trouve cependant des beaute? s admirables dans les ouvrages
de J. Paul; mais l'ordonnance etle cadre de ses tableaux sont
si de? fectueux, que les traits de ge? nie les plus lumineux se per-
dent dans la confusion de l'ensemble. Les e? crits deJ. Paul doi-
vent e^tre conside? re? s sous deux points de vue, la plaisanterie et
le se? rieux; car il me^le constamment l'une a` l'autre. Sa manie`re
d'observer le coeur humain est pleine de finesse et de gaiete? , mais
il ne connai^t gue`re que le coeur humain tel qu'on peut le juger
d'apre`s les petites villes d'Allemagne, et il y a souvent dans la peinture de ces moeurs quelque chose de trop innocent pour no-
tre sie`cle. Des observations si de? licates et presque si minutieuses
sur les affections morales rappellent un peu ce personnage des
contes de fe? es surnomme? Fine-Oreille, parce qu'il entendait les
plantes pousser. Sterne a bien, a` cet e? gard, quelque analogie
avec J. Paul; mais si J. Paul lui est tre`s-supe? rieur dans la partie
se? rieuse et poe? tique de ses ouvrages, Sterne a plus de gou^t et
d'e? le? gance dans la plaisanterie, et l'on voit qu'il a ve? cu dans
une socie? te? dont les rapports e? taient plus e? tendus et plus bril-
lants.
Ce serait un ouvrage bien remarquable ne? anmoins que des
pense? es extraites des ouvrages de J. Paul; mais on s'aperc? oit, en le lisant, de l'habitude singulie`re qu'il a de recueillir partout,
dans de vieux livres inconnus, dans des ouvrages de sciences, etc. ,
des me? taphores et des allusions. Les rapprochements qu'il en
tire sont presque toujours tre`s-inge? nieux: mais quand il faut de
l'e? tude et de l'attention pour saisir une plaisanterie, il n'y a gue`re
que les Allemands qui consentent a` rire a` la longue, et se don-
nent autant de peine pour comprendre ce qui les amuse que ce
qui les instruit.
Au fond de tout cela l'on trouve une foule d'ide? es nouvelles,
et si l'on y parvient, l'on s'y enrichit beaucoup; mais l'auteur a
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DES UOMAMS.
349
ne? glige? l'empreinte qu'il fallait donner a` ces tre? sors. La gaiete?
des Franc? ais vient de l'esprit de socie? te? ; celle des Italiens, de
l'imagination; celle des Anglais, de l'originalite? du caracte`re; la
gaiete? des Allemands est philosophique. Ils plaisantent avec les choses et avec les livres pluto^t qu'avec leurs semblables. Il y a
dans leur te^te un chaos de connaissances qu'une imagination
inde? pendante et fantasque combine de mille manie`res, tanto^t
originales, tanto^t confuses; mais ou` la vigueur de l'esprit et de
l'a^me se fait toujours sentir.
L'esprit de J. Paul ressemble souvent a` celui de Montaigne.
Les auteurs franc? ais de l'ancien temps ont en ge? ne? ral plus derapport avec les Allemands que les e? crivains du sie`cle de
Louis XIV; car c'est depuis ce temps-la` que la litte? rature fran-
c? aise a pris une direction classique.
T. Paul Richter est souvent sublime dans la partie se? rieuse
de ses ouvrages, mais la me? lancolie continuelle de son langage
e? branle quelquefois jusqu'a` la fatigue. Lorsque l'imagination
nous balance trop longtemps dans le vague, a` la fin les couleurs
se confondent a` nos regards , les contours s'effacent, et il ne
reste de ce qu'on a lu qu'un retentissement, au lieu d'un souve-
nir. La sensibilite? de J. Paul touche l'a^me, mais ne la fortifie
pas assez. La poe? sie de son style ressemble aux sons de l'harmo-
nica, qui ravissent d'abord et font mal au bout de quelques
instants, parce que l'exaltation qu'ils excitent n'a pas d'objet
de? termine? .
L'on donne trop d'avantage aux caracte`res arides et
froids, quand on leur pre? sente la sensibilite? comme une mala-
die, tandis que c'est de toutes les faculte? s morales la plus e? ner-
gique, puisqu'elle donne le de? sir et la puissance de se de? vouer
aux autres. ,,
Parmi les e? pisodes touchants qui abondent dans les romans de
Jean Paul, dont le fond n'est presque jamais qu'un assez faible
pre? texte pour les e? pisodes, j'en vais citer trois, pris au hasard,
pour donner l'ide? e du reste. Un seigneur anglais devient aveugle
par une double cataracte; il se fait faire l'ope? ration sur un de ses
yeux; on la manque, et cet oeil est perdu sans ressource. Son
fils, sans le lui dire, e? tudie chez un oculiste, et au bout d'une
aune? e il est juge? capable d'ope? rer l'oeil que l'on peut encore ao
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? :-;:,ii DES ROMANS.
sauver a` son pe`re. Le pe`re, ignorant l'intention de son fils, croit
se remettre entre les mains d'un e? tranger, et se pre? pare, avec
fermete? , au moment qui va de? cider si le reste de sa vie se passera
dans les te? ne`bres; il recommande me^me qu'on e? loigne son fils
de sa chambre, afin qu'il ne soit pas trop e? mu en assistant a` cette
redoutable de? cision. Le fils s'approche en silence de son pe`re;
sa main ne tremble pas; caria circonstance est trop forte pour
les signes ordinaires de l'attendrissement. Toute l'a^me se con-
centre dans une seule pense? e, et l'exce`s me^me de la tendresse
donne cette pre? sence d'esprit surnaturelle, a` laquelle succe? derait
l'e? garement si l'espoir e? tait perdu. Enfin l'ope? ration re? ussit, et
le pe`re, en recouvrant la lumie`re, aperc? oit le fer bienfaisant
dans la main de son propre li Is!
Un autre roman du me^me auteur pre? sente aussi une situation
tre`s-touchante. Un jeune aveugle demande qu'on lui de? crive le
coucher du soleil, dont il sent les rayons doux et purs dans
l'atmosphe`re, comme l'adieu d'un ami. Celui qu'il interroge
lui raconte la nature dans toute sa beaute? ; mais il me^le a` cette
peinture une impression de me? lancolie qui doit consoler l'infor-
tune? prive? de la lumie`re. Sans cesse il en appelle a` la Divinite? ,
comme a` la source vive des merveilles du monde; et, ramenant
tout a` cette vue intellectuelle, dont l'aveugle jouit peut-e^tre
plus intimement encore que nous, il lui fait sentir dans l'a^me ce
que ses yeux ne peuvent plus voir.
Enfin, je risquerai la traduction d'un morceau tre`s-bizarre,
mais qui sert a` faire connai^tre le ge? nie de Jean Paul.
Baylea dit quelque part que l'athe? isme ne devrait pas mettre
a` l'abri de la crainte des souffrances e? ternelles: c'est une grande
pense? e, et sur laquelle on peut re? fle? chir longtemps. Le songe
de Jean Paul, que je vais citer, peut e^tre conside? re? comme cette
pense? e mise en action.
La vision dont il s'agit ressemble un peu au de? lire de la fie`vre
et doit e^tre juge? e comme telle. Sous tout autre rapport que celui
de l'imagination, elle serait singulie`rement attaquable.
<< Le but de cette fiction, dit Jean Paul, en excusera la har-
<< diesse. Si mon coeur e? tait jamais assez malheureux, assezdesse? -
<< che? pour qup les sentiments qui affirment l'existence d'un
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? DES ROMANS. ' 351
<< Dieu y fussent tous ane? antis, je relirais ces pages; j'en serais
e? branle? profonde? ment, et j'y retrouverais mon salut et ma foi.
Quelques hommes nient l'existence de Dieu avec autant d'in-
<<diffe? rence que d'autres l'admettent; et tel y a cru pendant
vingt anne? es, qui n'a rencontre? que dans la vingt-unie`me la
minute solennelle ou` il a de? couvert avec ravissement le riche
apanage de cette croyance, la chaleur vivifiante de cette fontaine
<< de naphthe.
Un songe.
<< Lorsque, dans l'enfance, on nous raconte que vers minuit,
<< a` l'heure ou` le sommeil atteint notre a^me de si pre`s , les songes
deviennent plus sinistres, les morts se rele`vent, et, dans les
e? glises solitaires, contrefont les pieuses pratiques des vivants,
la mort nous effraye a` cause des morts. Quand l'obscurite? s'ap-
>>proche, nous de? tournons nos regards de l'e? glise et de ses noirs
<< vitraux; les terreurs de l'enfance, plus encore que ses plai-
<< sirs, reprennent des ailes pour voltiger autour de nous, pen-
<< dant la nuit le? ge`re de l'a^me assoupie. Ah! n'e? teignez pas ces
<< e? tincelles; laissez-nous nos songes, me^me les plus sombres.
<< lis sont encore plus doux que notre existence actuelle; ils nous
rame`nent a` cet a^ge ou` le fleuve de la vie re? fle? chit encore le ciel. << Un soir d'e? te? , j'e? tais couche? sur le sommet d'une colline;
<< je m'y endormis, et je re^vai que je me re? veillais au milieu de la
nuit dans un cimetie`re. L'horloge sonnait onze heures. Toutes
les tombes e? taient entr'ouvertes, et les portes de fer de l'e? glise,
agite? es par une main invisible, s'ouvraient et se refermaient
a` grand bruit. Je voyais sur les murs s'enfuir des ombres, qui
n'y e? taient projete? es par aucun corps : d'autres ombres livides
<< s'e? levaient dans les airs, et les enfants seuls reposaient encore
dans les cercueils. 11 y avait dans le ciel comme un nuage gri-
<< sa^tre, lourd, e? touffant, qu'un fanto^me gigantesque serrait et
pressait a` longs plis. Au-dessus de moi, j'entendais la chute
lointaine des avalanches, et sous mes pas la premie`re cqmmo-
<< tion d'un vaste tremblement de terre. Toute l'e? glise vacillait,
et l'air e? tait e? branle? par des sons de? chirants qui cherchaient
vainement a` s'accorder. Quelques pa^les e? clairs jetaient une
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? 352 DES ROMANS.
<< lueur sombre. Je me sentis pousse? par la terreur me^me, a` cher-
'cher un abri dans le temple : deux basilics e? tincelants e? taient
<< place? s devant ses portes redoutables.
<< J'avanc? ai parmi la foule des ombres inconnues, sur qui le
<< sceau des vieux sie`cles e? tait imprime? ; toutes ces ombres se pres-
<<saient autour de l'autel de? pouille? , et leur poitrine seule respi-
<<rait et s'agitait avec violence; un mort seulement, qui depuis
peu e? tait enterre? dans l'e? glise, reposait sur son linceul ; il n'y
<< avait point encore de battement dans son sein, et un songe
heureux faisait sourire son visage; mais a` l'approche d'un vi-
<< vantil s'e? veilla, cessa de sourire, ouvrit avec un pe? nible ef-
<< fort ses paupie`res engourdies; la place de l'oeil e? tait vide, et a`
<< celle du coeur il n'y avait qu'une profonde blessure; il souleva
<< ses mains, les joignit pour prier; mais ses bras s'allonge`rent
<< se de? tache`rent du corps, et les mains jointes tombe`rent a` terre.
<< Au bout de la vou^te de l'e? glise e? tait le cadran de l'e? ternite? ;
<< on n'y voyait ni chiffres ni aiguilles, mais une main noire en
faisait le tour avec lenteur, et les morts s'efforc? aient d'y lire le
temps.
<< Alors descendit des hauts lieux sur l'autel une figure rayon-
<< nante, noble, e? leve? e, et qui portait l'empreinte d'une impe? ris-
<< sable douleur; les morts s'e? crie`rent: -- O Christ! n'est-il point
<< de Dieu? -- Il re? pondit : -- Il n'en est point. -- Toutes les
ombres se prirent a` trembler avec violence, et le Christ conti-
<<nua ainsi: -- J'ai parcouru les mondes, je me suis e? leve? au-
<<dessus des soleils, et la` aussi il n'est point de Dieu; je suis des-
<< cendu jusqu'aux dernie`res limites de l'univers, j'ai regarde?
dans l'abi^me et je me suis e? crie? : -- Pe`re, ou` es,tu ? -- Mais je
n'ai entendu que la pluie qui tombait goutte a` goutte dans l'a-
<< bi^me, et l'e? ternelle tempe^te, que nul ordre ne re? git, m'a seule
<< re? pondu. Relevant ensuite mes regards vers la vou^te des cieux,
<< je n'y ai trouve? qu'un orbite vide, noir et sans fond. L'e? ternite?
<< reposait sur le chaos et le rongeait, et se de? vorait lentement
<< elle-me^me : redoublez vos plaintes ame`res et de? chirantes; que
des cris aigus dispersent les ombres, car c'en est fait. --
<< Les ombres de? sole? es s'e? vanouirent comme la vapeur blan-
<< cha^tre que le froid a condense?
le pre? pare. On y trouve entre autres quelques stances sur le re-
tour du printemps, qui sont enivrantes comme la nature a` cette
e? poque. L'enfance y est pre? sente? e sous mille formes diffe? ren-
tes; l'homme, les plantes, la terre, le ciel, tout y est si jeune,
tout y est si riche d'espe? rance, qu'on dirait que le poe`te ce? le`bre
les premiers beaux jours et les premie`res fleurs qui pare`rent le
monde.
Nous avons en franc? ais plusieurs romans comiques; et l'un
des plus remarquables, c'est Gil Rlas. . le ne crois pas qu'on
puisse citer chez les Allemands un ouvrage ou` l'on se joue si
spirituellement des choses de la vie. Ils ont a` peine un monde
re? el,comment pourraient-ils de? ja` s'enmoquer? La gaiete? se? rieuse
qui ne tourne rien en plaisanterie, mais amuse sans le vouloir,
et fait rire sans avoir ri; cette gaiete? que les Anglais appellent
humour, se trouve aussi dans plusieurs e? crits allemands; mais
il est presque impossible de les traduire. Quand la plaisanterie
consiste dans une pense? e philosophique heureusement exprime? e,
comme le Gulliver de Swift, le changement de langue n'y fait
rien, mais Tristram Shandy de Sterne perd en franc? ais presque
toute sa gra^ce. Les plaisanteries qui consistent dans les formes
du langage en disent peut-e^tre a` l'esprit mille fois plus que les
ide? es, et cependant on ne peut transmettre aux e? trangers ces
impressions si vives, excite? es par des nuances si fines.
Claudius est un des auteurs allemands qui ont le plus de cette
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DF. S HOMANS. 347
gaiete? nationale, partage exclusif de chaque litte? rature e? trange`re.
IL a publie? un recueil compose? de plusieurs pie`ces de? tache? es sur
diffe? rents sujets; il en est quelques-unes de mauvais gou^t, quel-
ques autres de peu d'importance; mais il y re`gne une originalite?
et une ve? rite? qui rendent les moindres choses piquantes. Cet
e? crivain, dont le style est reve^tu d'une apparence simple, et
quelquefois me^me vulgaire, pe? ne`tre jusqu'au fond du coeur,
par la since? rite? de ses sentiments. Il vous fait pleurer comme il
vous fait rire, parce qu'il excite en vous la sympathie, et que
vous reconnaissez un semblable et un ami dans tout ce qu'il
e? prouve. On ne peut rien extraire des e? crits de Claudius, son
talent agit comme une sensation; il faut l'avoir e? prouve? e pour
en parler. Il ressemble a` ces peintres flamands qui s'e? le`vent
quelquefois a` repre? senter ce qu'il y a de plus noble dans la na-
ture, ou a` l'Espagnol Murillo, qui peint des pauvres et des men-
diants avec une ve? rite? parfaite, mais qui leur donne souvent,
me^me a` son insu, quelques traits d'une expression noble et pro-
londe. Il faut, pour me^ler avec succe`s le comique et le pathe? ti-
que, e^tre e? minemment naturel dans l'un et dans l'autre; de`s que
le factice s'aperc? oit, tout contraste fait disparate; mais un grand
talent plein de bonhomie peut re? unir avec succe`s ce qui n'a du
charme que sur le visage de l'enfance, le sourire au milieu des
pleurs. Un autre e? crivain, plus moderne et plus ce? le`bre que Claudius,
s'est acquis une grande re? putation en Allemagne par des ouvra-
ges qu'on appellerait des romans,si une de? nomination connue
pouvait convenir a` des productions si extraordinaires. J. Paul
Richter a su^rement plus d'esprit qu'il n'en faut pour composer
un ouvrage qui inte? resserait les e? trangers autant que les Alle-
mands, et ne? anmoins rien de ce qu'il a publie? ne peut sortir de
l'Allemagne. Ses admirateurs diront que cela tient a` l'originalite?
me^me de son ge? nie; il me semble que ses de? fauts en sont autant
la cause que ses qualite? s. Il faut, dans nos temps modernes,
avoir l'esprit europe? en; les Allemands encouragent trop dans
leurs auteurs cette hardiesse vagabonde qui, tout audacieuse
qu'elle parai^t, n'est pas toujours de? nue? e d'affectation. Madame
de Lambert disait a` son fils: -- Mon ami, ne vous permettez
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 348 DES ROMANS.
que les sottises qui vous feront un grand plaisir. -- On pourrait
prier J. Paul de n'e^tre bizarre que malgre? lui : tout ce qu'on
dit involontairement re? pond toujours a` la nature de quelqu'un;
mais quand l'originalite? naturelle est ga^te? e par la pre? tention a`
l'originalite? , le lecteur ne jouit pas comple? tement me^me de ce
qui est vrai, par le souvenir et la crainte de ce qui ne l'est pas.
On trouve cependant des beaute? s admirables dans les ouvrages
de J. Paul; mais l'ordonnance etle cadre de ses tableaux sont
si de? fectueux, que les traits de ge? nie les plus lumineux se per-
dent dans la confusion de l'ensemble. Les e? crits deJ. Paul doi-
vent e^tre conside? re? s sous deux points de vue, la plaisanterie et
le se? rieux; car il me^le constamment l'une a` l'autre. Sa manie`re
d'observer le coeur humain est pleine de finesse et de gaiete? , mais
il ne connai^t gue`re que le coeur humain tel qu'on peut le juger
d'apre`s les petites villes d'Allemagne, et il y a souvent dans la peinture de ces moeurs quelque chose de trop innocent pour no-
tre sie`cle. Des observations si de? licates et presque si minutieuses
sur les affections morales rappellent un peu ce personnage des
contes de fe? es surnomme? Fine-Oreille, parce qu'il entendait les
plantes pousser. Sterne a bien, a` cet e? gard, quelque analogie
avec J. Paul; mais si J. Paul lui est tre`s-supe? rieur dans la partie
se? rieuse et poe? tique de ses ouvrages, Sterne a plus de gou^t et
d'e? le? gance dans la plaisanterie, et l'on voit qu'il a ve? cu dans
une socie? te? dont les rapports e? taient plus e? tendus et plus bril-
lants.
Ce serait un ouvrage bien remarquable ne? anmoins que des
pense? es extraites des ouvrages de J. Paul; mais on s'aperc? oit, en le lisant, de l'habitude singulie`re qu'il a de recueillir partout,
dans de vieux livres inconnus, dans des ouvrages de sciences, etc. ,
des me? taphores et des allusions. Les rapprochements qu'il en
tire sont presque toujours tre`s-inge? nieux: mais quand il faut de
l'e? tude et de l'attention pour saisir une plaisanterie, il n'y a gue`re
que les Allemands qui consentent a` rire a` la longue, et se don-
nent autant de peine pour comprendre ce qui les amuse que ce
qui les instruit.
Au fond de tout cela l'on trouve une foule d'ide? es nouvelles,
et si l'on y parvient, l'on s'y enrichit beaucoup; mais l'auteur a
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DES UOMAMS.
349
ne? glige? l'empreinte qu'il fallait donner a` ces tre? sors. La gaiete?
des Franc? ais vient de l'esprit de socie? te? ; celle des Italiens, de
l'imagination; celle des Anglais, de l'originalite? du caracte`re; la
gaiete? des Allemands est philosophique. Ils plaisantent avec les choses et avec les livres pluto^t qu'avec leurs semblables. Il y a
dans leur te^te un chaos de connaissances qu'une imagination
inde? pendante et fantasque combine de mille manie`res, tanto^t
originales, tanto^t confuses; mais ou` la vigueur de l'esprit et de
l'a^me se fait toujours sentir.
L'esprit de J. Paul ressemble souvent a` celui de Montaigne.
Les auteurs franc? ais de l'ancien temps ont en ge? ne? ral plus derapport avec les Allemands que les e? crivains du sie`cle de
Louis XIV; car c'est depuis ce temps-la` que la litte? rature fran-
c? aise a pris une direction classique.
T. Paul Richter est souvent sublime dans la partie se? rieuse
de ses ouvrages, mais la me? lancolie continuelle de son langage
e? branle quelquefois jusqu'a` la fatigue. Lorsque l'imagination
nous balance trop longtemps dans le vague, a` la fin les couleurs
se confondent a` nos regards , les contours s'effacent, et il ne
reste de ce qu'on a lu qu'un retentissement, au lieu d'un souve-
nir. La sensibilite? de J. Paul touche l'a^me, mais ne la fortifie
pas assez. La poe? sie de son style ressemble aux sons de l'harmo-
nica, qui ravissent d'abord et font mal au bout de quelques
instants, parce que l'exaltation qu'ils excitent n'a pas d'objet
de? termine? .
L'on donne trop d'avantage aux caracte`res arides et
froids, quand on leur pre? sente la sensibilite? comme une mala-
die, tandis que c'est de toutes les faculte? s morales la plus e? ner-
gique, puisqu'elle donne le de? sir et la puissance de se de? vouer
aux autres. ,,
Parmi les e? pisodes touchants qui abondent dans les romans de
Jean Paul, dont le fond n'est presque jamais qu'un assez faible
pre? texte pour les e? pisodes, j'en vais citer trois, pris au hasard,
pour donner l'ide? e du reste. Un seigneur anglais devient aveugle
par une double cataracte; il se fait faire l'ope? ration sur un de ses
yeux; on la manque, et cet oeil est perdu sans ressource. Son
fils, sans le lui dire, e? tudie chez un oculiste, et au bout d'une
aune? e il est juge? capable d'ope? rer l'oeil que l'on peut encore ao
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? :-;:,ii DES ROMANS.
sauver a` son pe`re. Le pe`re, ignorant l'intention de son fils, croit
se remettre entre les mains d'un e? tranger, et se pre? pare, avec
fermete? , au moment qui va de? cider si le reste de sa vie se passera
dans les te? ne`bres; il recommande me^me qu'on e? loigne son fils
de sa chambre, afin qu'il ne soit pas trop e? mu en assistant a` cette
redoutable de? cision. Le fils s'approche en silence de son pe`re;
sa main ne tremble pas; caria circonstance est trop forte pour
les signes ordinaires de l'attendrissement. Toute l'a^me se con-
centre dans une seule pense? e, et l'exce`s me^me de la tendresse
donne cette pre? sence d'esprit surnaturelle, a` laquelle succe? derait
l'e? garement si l'espoir e? tait perdu. Enfin l'ope? ration re? ussit, et
le pe`re, en recouvrant la lumie`re, aperc? oit le fer bienfaisant
dans la main de son propre li Is!
Un autre roman du me^me auteur pre? sente aussi une situation
tre`s-touchante. Un jeune aveugle demande qu'on lui de? crive le
coucher du soleil, dont il sent les rayons doux et purs dans
l'atmosphe`re, comme l'adieu d'un ami. Celui qu'il interroge
lui raconte la nature dans toute sa beaute? ; mais il me^le a` cette
peinture une impression de me? lancolie qui doit consoler l'infor-
tune? prive? de la lumie`re. Sans cesse il en appelle a` la Divinite? ,
comme a` la source vive des merveilles du monde; et, ramenant
tout a` cette vue intellectuelle, dont l'aveugle jouit peut-e^tre
plus intimement encore que nous, il lui fait sentir dans l'a^me ce
que ses yeux ne peuvent plus voir.
Enfin, je risquerai la traduction d'un morceau tre`s-bizarre,
mais qui sert a` faire connai^tre le ge? nie de Jean Paul.
Baylea dit quelque part que l'athe? isme ne devrait pas mettre
a` l'abri de la crainte des souffrances e? ternelles: c'est une grande
pense? e, et sur laquelle on peut re? fle? chir longtemps. Le songe
de Jean Paul, que je vais citer, peut e^tre conside? re? comme cette
pense? e mise en action.
La vision dont il s'agit ressemble un peu au de? lire de la fie`vre
et doit e^tre juge? e comme telle. Sous tout autre rapport que celui
de l'imagination, elle serait singulie`rement attaquable.
<< Le but de cette fiction, dit Jean Paul, en excusera la har-
<< diesse. Si mon coeur e? tait jamais assez malheureux, assezdesse? -
<< che? pour qup les sentiments qui affirment l'existence d'un
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? DES ROMANS. ' 351
<< Dieu y fussent tous ane? antis, je relirais ces pages; j'en serais
e? branle? profonde? ment, et j'y retrouverais mon salut et ma foi.
Quelques hommes nient l'existence de Dieu avec autant d'in-
<<diffe? rence que d'autres l'admettent; et tel y a cru pendant
vingt anne? es, qui n'a rencontre? que dans la vingt-unie`me la
minute solennelle ou` il a de? couvert avec ravissement le riche
apanage de cette croyance, la chaleur vivifiante de cette fontaine
<< de naphthe.
Un songe.
<< Lorsque, dans l'enfance, on nous raconte que vers minuit,
<< a` l'heure ou` le sommeil atteint notre a^me de si pre`s , les songes
deviennent plus sinistres, les morts se rele`vent, et, dans les
e? glises solitaires, contrefont les pieuses pratiques des vivants,
la mort nous effraye a` cause des morts. Quand l'obscurite? s'ap-
>>proche, nous de? tournons nos regards de l'e? glise et de ses noirs
<< vitraux; les terreurs de l'enfance, plus encore que ses plai-
<< sirs, reprennent des ailes pour voltiger autour de nous, pen-
<< dant la nuit le? ge`re de l'a^me assoupie. Ah! n'e? teignez pas ces
<< e? tincelles; laissez-nous nos songes, me^me les plus sombres.
<< lis sont encore plus doux que notre existence actuelle; ils nous
rame`nent a` cet a^ge ou` le fleuve de la vie re? fle? chit encore le ciel. << Un soir d'e? te? , j'e? tais couche? sur le sommet d'une colline;
<< je m'y endormis, et je re^vai que je me re? veillais au milieu de la
nuit dans un cimetie`re. L'horloge sonnait onze heures. Toutes
les tombes e? taient entr'ouvertes, et les portes de fer de l'e? glise,
agite? es par une main invisible, s'ouvraient et se refermaient
a` grand bruit. Je voyais sur les murs s'enfuir des ombres, qui
n'y e? taient projete? es par aucun corps : d'autres ombres livides
<< s'e? levaient dans les airs, et les enfants seuls reposaient encore
dans les cercueils. 11 y avait dans le ciel comme un nuage gri-
<< sa^tre, lourd, e? touffant, qu'un fanto^me gigantesque serrait et
pressait a` longs plis. Au-dessus de moi, j'entendais la chute
lointaine des avalanches, et sous mes pas la premie`re cqmmo-
<< tion d'un vaste tremblement de terre. Toute l'e? glise vacillait,
et l'air e? tait e? branle? par des sons de? chirants qui cherchaient
vainement a` s'accorder. Quelques pa^les e? clairs jetaient une
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? 352 DES ROMANS.
<< lueur sombre. Je me sentis pousse? par la terreur me^me, a` cher-
'cher un abri dans le temple : deux basilics e? tincelants e? taient
<< place? s devant ses portes redoutables.
<< J'avanc? ai parmi la foule des ombres inconnues, sur qui le
<< sceau des vieux sie`cles e? tait imprime? ; toutes ces ombres se pres-
<<saient autour de l'autel de? pouille? , et leur poitrine seule respi-
<<rait et s'agitait avec violence; un mort seulement, qui depuis
peu e? tait enterre? dans l'e? glise, reposait sur son linceul ; il n'y
<< avait point encore de battement dans son sein, et un songe
heureux faisait sourire son visage; mais a` l'approche d'un vi-
<< vantil s'e? veilla, cessa de sourire, ouvrit avec un pe? nible ef-
<< fort ses paupie`res engourdies; la place de l'oeil e? tait vide, et a`
<< celle du coeur il n'y avait qu'une profonde blessure; il souleva
<< ses mains, les joignit pour prier; mais ses bras s'allonge`rent
<< se de? tache`rent du corps, et les mains jointes tombe`rent a` terre.
<< Au bout de la vou^te de l'e? glise e? tait le cadran de l'e? ternite? ;
<< on n'y voyait ni chiffres ni aiguilles, mais une main noire en
faisait le tour avec lenteur, et les morts s'efforc? aient d'y lire le
temps.
<< Alors descendit des hauts lieux sur l'autel une figure rayon-
<< nante, noble, e? leve? e, et qui portait l'empreinte d'une impe? ris-
<< sable douleur; les morts s'e? crie`rent: -- O Christ! n'est-il point
<< de Dieu? -- Il re? pondit : -- Il n'en est point. -- Toutes les
ombres se prirent a` trembler avec violence, et le Christ conti-
<<nua ainsi: -- J'ai parcouru les mondes, je me suis e? leve? au-
<<dessus des soleils, et la` aussi il n'est point de Dieu; je suis des-
<< cendu jusqu'aux dernie`res limites de l'univers, j'ai regarde?
dans l'abi^me et je me suis e? crie? : -- Pe`re, ou` es,tu ? -- Mais je
n'ai entendu que la pluie qui tombait goutte a` goutte dans l'a-
<< bi^me, et l'e? ternelle tempe^te, que nul ordre ne re? git, m'a seule
<< re? pondu. Relevant ensuite mes regards vers la vou^te des cieux,
<< je n'y ai trouve? qu'un orbite vide, noir et sans fond. L'e? ternite?
<< reposait sur le chaos et le rongeait, et se de? vorait lentement
<< elle-me^me : redoublez vos plaintes ame`res et de? chirantes; que
des cris aigus dispersent les ombres, car c'en est fait. --
<< Les ombres de? sole? es s'e? vanouirent comme la vapeur blan-
<< cha^tre que le froid a condense?