oit; on se croit en famille au milieu de deux cent mille hom-
mes, que l'on appelle nobles, bourgeois ou paysans, mais qui
sont tous e?
mes, que l'on appelle nobles, bourgeois ou paysans, mais qui
sont tous e?
Madame de Stael - De l'Allegmagne
hathitrust.
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? 96 DES INSTITUTIONS D'E? DUCATION.
Dieu est plus anime? e, plus constante que celle des riches. Sans
cesse menace? s par le malheur, recourant sans cesse a` la prie`re,
inquiets chaque jour, sauve? s chaque soir, les pauvres se sen-
tent sous la main imme? diate de celui qui prote? ge ce que les
hommes ont de? laisse? , et leur probite? , quandils en ont, estsingulie`rement scrupuleuse.
Je me rappelle, dans un roman de Pestalozzi, la restitution
de quelques pommes de terre par un enfant qui les avait vole? es:
sa grand'me`re mourante lui ordonne de les reporter au pro-
prie? taire du jardin ou` il les a prises, et cette sce`ne attendrit
jusqu'au fond du coeur. Ce pauvre crime, si l'on peut s'exprimer
ainsi, causant de tels remords; la solennite? de la mort, a` tra-
vers les mise`res de la vie; la vieillesse et l'enfance rapproche? es
par la voix de Dieu, qui parle e? galement a` l'une et a` l'autre,
tout cela fait mal, et bien mal : cardans nos fictions poe? tiques,
les pompes de la destine? e soulagent un peu de la pitie? que cau-
sent les revers; mais l'on croit voir dans ces romans populaires
une faible lampe e? clairer une petite cabane, et la bonte? de l'a^me
ressort au milieu de toutes les douleurs qui la mettent a` l'e? -
preuve.
L'art du dessin pouvant e^tre conside? re? sous des rapports d'u-
tilite? , l'on peut dire que, parmi les arts d'agre? ment, le seul
introduit dans l'e? cole de Pestalozzi, c'est la musique, et il faut
le louer encore de ce choix. Il y a tout un ordre de sentiments,
je dirais me^me tout un ordre de vertus, qui appartiennent a` la
connaissance, ou-du moins au gou^t dela musique; et c'est une
grande barbarie que de priver de telles impressions une portion
nombreuse de la race humaine. Les anciens pre? tendaient que
les nations avaient e? te? civilise? es par la musique, et cette alle? -
gorie a un sens tre`s-profond; car il faut toujours supposer que
le lien de la socie? te? s'est forme? par la sympathie ou par l'inte? re^t,
et certes la premie`re origine est plus noble que l'autre.
Pestalozzi n'est pas le seul, dans la Suisse allemande , qui
s'occupe avec ze`le de cultiver l'a^me du peuple ; c'est sous ce rapport que l'e? tablissement de M. de Fellemberg m'a frappe? e.
Beaucoup de gens y sont venus chercher de nouvelles lumie`res
sur l'agriculture, et l'on dit qu'a` cet e? gard ils ont e? te? satisfaits;
,-
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DES INSTITUTIONS D EDUCATION. 97
mais ce qui me? rite principalement l'estime des amis de l'huma-
nite? , c'est le soin que prend M. de Fellemberg de l'e? ducation
des gens du peuple; il fait instruire, selon la me? thode de Pes-
talozzi, les mai^tres d'e? cole des villages, afin qu'ils enseignent
a` leur tour les enfants ; les ouvriers qui labourent ses terres ap-
prennent la musique des psaumes, et biento^t on entendra dans
la campagne les louanges divines chante? es avec des voix simples,
mais harmonieuses, qui ce? le? breront a` la fois la nature et son
auteur. Enfin M. de Fellemberg cherche, par tous les moyens
possibles, a` former entre la classe infe? rieure et la no^tre un lien
libe? ral, un lien qui ne soit pas uniquement fonde? sur les inte? -
re^ts pe? cuniaires des riches et des pauvres.
L'exemple de l'Angleterre etdel'Atne? rique nous apprend qu'il
suffit des institutions libres pour de? velopper l'intelligence et la
sagesse du peuple; mais c'est un pas de plus que de lui donner
par dela` le ne? cessaire, en fait d'instruction. Le ne? cessaire en tout genre a quelque chose de re? voltant quand ce sont les pos-
sesseurs du superflu qui le mesurent. Ce n'est pas assez de s'oc-
cuper des gens du peuple sous un point de vue d'utilite? , il faut
aussi qu'ils participent aux jouissances de l'imagination et du
coeur. C'est dans le me^me esprit que des philanthropes tre`s-
e? claire? s se sont occupe? s de la mendicite? a` Hambourg. Ils n'ont
mis dans leurs e? tablissements de charite? , ni despotisme , ni
spe? culation e? conomique : ils ont voulu que les hommes malheu-
reux souhaitassent eux-me^mes le travail qu'on leur demande ,
autant que les bienfaits qu'on leur accorde. Comme ils ne fai-
saient point des pauvres un moyen, mais un but, ils ne leur ont
pas ordonne? l'occupation, mais ils la leur ont fait de? sirer.
Sans cesse on voit, dans les diffe? rents comptes rendus de ces
e? tablissements de charite? , qu'il importait bien plus a` leurs
fondateurs de rendre les hommes meilleurs que de les rendre
plus utiles; et c'est ce haut point de vue philosophique qui ca-
racte? rise l'esprit de sagesse et de liberte? de cette ancienne ville
anse? a tique.
II y a beaucoup de bienfaisance dans le monde, et celui qui
n'est pas capable de servir ses semblables par le sacrifice de son
temps et de ses penchants, leur fait volontiers du bien avec de
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 98 LA FE^TE D'INTERLAKRN.
l'argent : c'est toujours quelque chose, et nulle vertu n'est a`
de? daigner. Mais la masse conside? rable des aumo^nes particu-
lie`res n'est point sagement dirige? e dans la plupart des pays, et
l'un des services les plus e? minents que le baron de Voght et ses
excellents compatriotes aient rendus a` l'humanite? , c'est de mon-
trer que, sans nouveaux sacrifices, sans que l'E? tat intervi^nt, la
bienfaisance particulie`re suffisait au soulagement du malheur.
Ce qui s'ope`re par les individus convient singulie`rement a` l'Al-
lemagne, ou` chaque chose, prise se? pare? ment, vaut mieux que
l'ensemble.
Les entreprises charitables doivent prospe? rer dans la ville de
Hambourg; il y a tant de moralite? parmi ses habitants , que
pendant longtemps on y a paye? les impo^ts dans une espe`ce de
tronc, sans que jamais personne surveilla^t ce qu'on y portait;
ces impo^ts devaient e^tre proportionne? s a` la fortune de chacun ,
et, calcul fait, ils ont toujours e? te? scrupuleusement acquitte? s.
Ne croit-on pas raconter un trait de l'a^ge d'or, si toutefois, dans
l'a^ge d'or, il y avait des richesses prive? es et des impo^ts publics?
On ne saurait assez admirer combien, sous le rapport de l'en-
seignement comme sous celui de l'administration, la bonne foi
rend tout facile. On devrait bien lui accorder tous les honneurs
qu'obtient l'habilete? ; car en re? sultat elle s'entend mieux me^me
aux affaires de ce monde.
CHAPITRE XX.
La fe^te d'Interlaken.
Il faut attribuer au caracte`re germanique une grande partie
des vertus de la Suisse allemande. Ne? anmoins il y a plus d'es-
prit public en Suisse qu'en Allemagne, plus de patriotisme,
plus d'e? nergie, plus d'accord dans les opinions et les sentiments;
mais aussi la petitesse des E? tats et la pauvrete? du pays n'y exci-
tent en aucune manie`re le ge? nie; on y trouve bien moins de
savants et de penseurs que dans le nord de l'Allemagne, ou` le
rela^chement me^me des liens politiques donne l'essor a` toutes les
nobles re^veries, a` tous les syste`mes hardis qui ne sont point
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? LA FETE I) I \ I l. l;i,\KK\, 99
soumis a` la nature des choses. Les Suisses ne sont pas une
nation poe? tique, et l'on s'e? tonne, avec raison, que l'admirable
aspect de leur contre? e n'ait pas enflamme? davantage leur ima-
gination. Toutefois un peuple religieux et libre est toujours
susceptible d'un genre d'enthousiasme, etles occupations ma-
te? rielles de la vie ne sauraient l'e? touffer entie`rement. Si l'on en
avait pu douter, on s'en serait convaincu par la fe^te des ber-
gers, qui a e? te? ce? le? bre? e l'anne? e dernie`re au milieu des lacs, en me? moire du fondateur de Berne.
Cette ville de Berne me? rite plus que jamais le respect et l'in-
te? re^t des voyageurs: il semble que depuis ses derniers malheurs
elle ait repris toutes ses vertus avec une ardeur nouvelle, et qu'en
perdant ses tre? sors elle ait redouble? de largesses envers les infor-
tune? s. Ses e? tablissements de charite? sont peut-e^tre les mieux
soigne? s de l'Europe: l'ho^pital est l'e? difice le plus beau, le seul
magnifique de la ville. Sur la porte est e? crite cette inscription:
CHBISTO IN PAUPERIRUS, au Christ dans les pauvres. Il n'en est point de plus admirable. La religion chre? tienne ne nous a-t-elle pas dit que c'e? tait pour ceux qui souffrent que le Christ
e? tait descendu sur la terre? et qui de nous, dans quelque e? po-
que de sa vie, n'est pas un de ces pauvres en bonheur, en espe? -
rances, un de ces infortune? s, enfin, qu'on doit soulager au nom
de Dieu?
Tout, dans la ville et le canton de Berne, porte l'empreinte
d'un ordre se? rieux et calme, d'un gouvernement digne et pater-
nel. Un air de probite? se fait sentir dans chaque objet que l'on
aperc?
oit; on se croit en famille au milieu de deux cent mille hom-
mes, que l'on appelle nobles, bourgeois ou paysans, mais qui
sont tous e? galement de? voue? s a` la patrie.
Pour aller a` la fe^te, il fallait s'embarquer sur l'un de ces lacs
dans lesquels les beaute? s de la nature se re? fle? chissent, et qui
semblent place? s au pied des Alpes pour en multiplier les ravis-
sants aspects. Un temps orageux nous de? robait la vue distincte
des montagnes; mais, confondues avec les nuages, elles n'en
e? taient que plus redoutables. La tempe^te grossissait, et bien qu'un
sentiment de terreur s'empara^t de mon a^me, j'aimais cette fou-
tire du ciel qui confond l'orgueil de l'homme. Nous nous repo-
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? 100 LA FETE D'INTERLAKEN.
sa^mes un moment dans une espe`ce de grotte, avant de nous
hasardera` traverser la partie du lac de Thun, qui est entoure? e
de rochers inabordables. C'est dans un lieu pareil que Guillaume
Tell sut braver les abi^mes, et s'attacher a` des e? cueils pour e? chap-
per a` ses tyrans. Nous aperc? u^mes alors dans le lointain cette
montagne qui porte le nom de Vierge (jangfntu), parce qu'au-
cun voyageur n'a jamais pu gravir jusqu'a` son sommet: elle est
moins haute que le Mont-Blanc, et cependant elle inspire plus
de respect, parce qu'on la sait inaccessible.
Nous arriva^mes a` Unterseen, et le bruit de l'Aar, qui tombe
en cascades autour de cette petite ville, disposait l'a^me a` des im-
pressions re^veuses. Les e? trangers, en grand nombre, e? taient
loge? s dans des maisons de paysans fort propres, mais rustiques.
Il e? tait assez piquant de voir se promener dans la rue d'Unterseen
dejeunes Parisiens tout a` coup transporte? s dans les valle? es dela
Suisse; ils n'entendaient plus que le bruit des torrents; ils ne
voyaient plus que des montagnes, et cherchaient si dans ces lieux
solitaires ils pourraient s'ennuyer assez pour retourner avec plus
de plaisir encore dans le monde. On a beaucoup parle? d'un air joue? par les cors des Alpes, et dont les Suisses recevaient une impression si vive qu'ils quit-
taient leurs re? giments, quand ils l'entendaient, pour retourner
dans leur patrie. On conc? oit l'effet que peut produire cet air
quand l'e? cho des montagnes le re? pe`te; mais il est fait pour re-
tentir dans l'e? loignement; de pre`s il ne cause pas une sensation
tre`s-agre? able. S'il e? tait chante? par des voix italiennes, l'imagi-
nation en serait tout a` fait enivre? e; mais peut-e^tre que ce plaisir
ferait nai^tre des ide? es e? trange`res a` la simplicite? du pays. On y
souhaiterait les arts, la poe? sie, l'amour, tandis qu'il faut pouvoir
s'y contenter du repos et de la vie champe^tre.
Le soir qui pre? ce? da la fe^te, on alluma des feux sur les monta-
gnes; c'est ainsi que jadis les libe? rateurs de la Suisse se donne`-
rent le signal de leur sainte conspiration. Ces feux, place? s sur les
sommets, ressemblaient a` la lune, lorsqu'elle se le`ve derrie`re les
montagnes, et qu'elle se montre a` la fois ardente et paisible. On
eu^t dit que des astres nouveaux venaient assister au plus touchant
spectacleque notre monde puisse encore offrir. L'un de ces si-
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? LA FE^TE B'INTERLAKEN. 101
gnaux enflamme? s semblait place? dans le ciel, d'ou` il e? clairait les
ruines du cha^teau d'Unspunnen, autrefois posse? de? par Berthold,
le fondateur de Berne, en me? moire de qui se donnait la fe^te. Des
te? ne`bres profondes environnaient ce point lumineux, etles mon-
'tagnes, qui, pendant la nuit, ressemblent a` de grands fanto^mes,
apparaissaient comme l'ombre gigantesque des morts qu'on vou-
lait ce? le? brer.
Le jour de la fe^te, le temps e? tait doux, mais ne? buleux; il
fallait que la nature re? pondi^t a` l'attendrissement de tous les
coeurs. L'enceinte choisie pour les jeux est entoure? e de collines
parseme? es d'arbres, et des montagnes a` perte de vue sont der-
rie`re ces collines. Tous les spectateurs, au nombre de pre`s de six
mille, s'assirent sur les hauteurs en pente, et les couleurs varie? es
des habillements ressemblaient dans l'e? loignement a` des fleurs
i re? pandues sur la prairie. Jamais un aspect plus riant ne put an-
noncer une fe^te; mais quand les regards s'e? levaient, des rochers
suspendus semblaient, comme la destine? e, menacer les humains
au milieu de leurs plaisirs. Cependant s'il est une joie de l'a^me
assez pure pour ne pas provoquer le sort, c'e? tait celle-la`.
Lorsque la foule des spectateurs fut re? unie, on entendit venir
de loin la procession de la fe^te, procession solennelle en effet,
puisqu'elle e? tait consacre? e au culte du passe? . Une musique agre? a-
ble l'accompagnait; les magistrats paraissaient a` la te^te des
paysans; les jeunes paysannes e? taient ve^tues selon le costume
ancien et pittoresque de chaque canton; les hallebardes et les bannie`res de chaque valle? e e? taient porte? es en avant de la marche
par des hommes a` cheveux blancs, habille? s pre? cise? ment comme
on l'e? tait il y a cinq sie`cles, lors de la conjuration du Rutli. Une
e? motion profonde s'emparait de l'a^me, en voyant ces drapeaux
si pacifiques qui avaient pour gardiens des vieillards. Le vieux
temps e? tait repre? sente? par ces hommes a^ge? s pour nous, mais si
jeunes en pre? sence des sie`eles! Je ne sais quel air de confiance
dans tous ces e^tres faibles touchait profonde? ment, parce que
cette confiance ne leur e? tait inspire? e que par la loyaute? de leur
a^me. Les yeux se remplissaient de larmes au milieu de la fe^te,
comme dans ces jours heureux et me? lancoliques ou` l'on ce? le`bre
la convalescence de ce qu'on aime.
'a.
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? J0a <-A K2TE D'INTERLAKEN.
Knfin les jeux commence`rent, etles hommes de la valle? e et
les hommes de la montagne montre`rent, en soulevant d'e? nor-
mes poids, en luttant les uns contre les autres, une agilite? et une
force de corps tre`s-remarquables. Cette force rendait autrefois
les nations plus militaires; aujourd'hui que la tactique et l'artil-
lerie disposent du sort des arme? es, on ne voit dans ces exercices
que des jeux agricoles. La terre est mieux cultive? e par des hom-
mes si robustes; mais la guerre ne se fait qu'a` l'aide de la disci-
pline et du nombre, et les mouvements me^medel'a^me ont moins
d'empire sur la destine? e humaine, depuis que les individus ont
disparu dans les masses, et que le genre humain semble dirige? ,
comme la nature inanime? e, par des lois me? caniques.
Apre`s que les jeux furent termine? s, et que le bon bailli du lieu
eut distribue? les prix aux vainqueurs, on di^na sous des tentes,
et l'on chanta des vers a` l'honneur de la tranquille fe? licite? des
Suisses. On faisait passera la ronde pendant le repas des coupes
en bois, sur lesquelles e? taient sculpte? s Guillaume Tell etles
trois fondateurs de la liberte? helve? tique. On buvait avec trans-
port au repos, a` l'ordre, a` l'inde? pendance; et le patriotisme du
bonheur s'exprimait avec une cordialite? qui pe? ne? trait toutes les
Ames.
<< Les prairies sont aussi fleuries que jadis, les montagnes
? aussi verdoyantes: quand toute la nature sourit, le coeur seul
<< de l'homme pourrait-il n'e^tre qu'un de? sert '? >>
Non, sans doute, il ne l'e? tait pas ; il s'e? panouissait avec con-
fiance au milieu de cette belle contre? e, en pre? sence de ces hom-
mes respectables, anime? s tous par les sentiments les plus purs.
Un pays pauvre, d'une e? tendue tre`s-borne? e, sans luxe, sans e? clat,
sans puissance, est che? ri par ses habitants comme un ami qui cache
ses vertus dans l'ombre, et les consacre toutes au bonheur de
ceux qui l'aiment. Depuis cinq sie`cles que dure la prospe? rite? de
la Suisse, on compte pluto^t de sages ge? ne? rations que de grands
hommes. Il n'y a point de place pour l'exception quand l'en-
1 Ces paroles e? taient le refrain d'un chant plein de gra^ce et de talent, com-
pose? pour cfttefe? te. T/autcnr de ce chant, c'est madame Harme? s, Ires-con-
nue en Allemagne par ses e? crits, sous le nom de madame de Rcrlrpsch.
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? 96 DES INSTITUTIONS D'E? DUCATION.
Dieu est plus anime? e, plus constante que celle des riches. Sans
cesse menace? s par le malheur, recourant sans cesse a` la prie`re,
inquiets chaque jour, sauve? s chaque soir, les pauvres se sen-
tent sous la main imme? diate de celui qui prote? ge ce que les
hommes ont de? laisse? , et leur probite? , quandils en ont, estsingulie`rement scrupuleuse.
Je me rappelle, dans un roman de Pestalozzi, la restitution
de quelques pommes de terre par un enfant qui les avait vole? es:
sa grand'me`re mourante lui ordonne de les reporter au pro-
prie? taire du jardin ou` il les a prises, et cette sce`ne attendrit
jusqu'au fond du coeur. Ce pauvre crime, si l'on peut s'exprimer
ainsi, causant de tels remords; la solennite? de la mort, a` tra-
vers les mise`res de la vie; la vieillesse et l'enfance rapproche? es
par la voix de Dieu, qui parle e? galement a` l'une et a` l'autre,
tout cela fait mal, et bien mal : cardans nos fictions poe? tiques,
les pompes de la destine? e soulagent un peu de la pitie? que cau-
sent les revers; mais l'on croit voir dans ces romans populaires
une faible lampe e? clairer une petite cabane, et la bonte? de l'a^me
ressort au milieu de toutes les douleurs qui la mettent a` l'e? -
preuve.
L'art du dessin pouvant e^tre conside? re? sous des rapports d'u-
tilite? , l'on peut dire que, parmi les arts d'agre? ment, le seul
introduit dans l'e? cole de Pestalozzi, c'est la musique, et il faut
le louer encore de ce choix. Il y a tout un ordre de sentiments,
je dirais me^me tout un ordre de vertus, qui appartiennent a` la
connaissance, ou-du moins au gou^t dela musique; et c'est une
grande barbarie que de priver de telles impressions une portion
nombreuse de la race humaine. Les anciens pre? tendaient que
les nations avaient e? te? civilise? es par la musique, et cette alle? -
gorie a un sens tre`s-profond; car il faut toujours supposer que
le lien de la socie? te? s'est forme? par la sympathie ou par l'inte? re^t,
et certes la premie`re origine est plus noble que l'autre.
Pestalozzi n'est pas le seul, dans la Suisse allemande , qui
s'occupe avec ze`le de cultiver l'a^me du peuple ; c'est sous ce rapport que l'e? tablissement de M. de Fellemberg m'a frappe? e.
Beaucoup de gens y sont venus chercher de nouvelles lumie`res
sur l'agriculture, et l'on dit qu'a` cet e? gard ils ont e? te? satisfaits;
,-
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DES INSTITUTIONS D EDUCATION. 97
mais ce qui me? rite principalement l'estime des amis de l'huma-
nite? , c'est le soin que prend M. de Fellemberg de l'e? ducation
des gens du peuple; il fait instruire, selon la me? thode de Pes-
talozzi, les mai^tres d'e? cole des villages, afin qu'ils enseignent
a` leur tour les enfants ; les ouvriers qui labourent ses terres ap-
prennent la musique des psaumes, et biento^t on entendra dans
la campagne les louanges divines chante? es avec des voix simples,
mais harmonieuses, qui ce? le? breront a` la fois la nature et son
auteur. Enfin M. de Fellemberg cherche, par tous les moyens
possibles, a` former entre la classe infe? rieure et la no^tre un lien
libe? ral, un lien qui ne soit pas uniquement fonde? sur les inte? -
re^ts pe? cuniaires des riches et des pauvres.
L'exemple de l'Angleterre etdel'Atne? rique nous apprend qu'il
suffit des institutions libres pour de? velopper l'intelligence et la
sagesse du peuple; mais c'est un pas de plus que de lui donner
par dela` le ne? cessaire, en fait d'instruction. Le ne? cessaire en tout genre a quelque chose de re? voltant quand ce sont les pos-
sesseurs du superflu qui le mesurent. Ce n'est pas assez de s'oc-
cuper des gens du peuple sous un point de vue d'utilite? , il faut
aussi qu'ils participent aux jouissances de l'imagination et du
coeur. C'est dans le me^me esprit que des philanthropes tre`s-
e? claire? s se sont occupe? s de la mendicite? a` Hambourg. Ils n'ont
mis dans leurs e? tablissements de charite? , ni despotisme , ni
spe? culation e? conomique : ils ont voulu que les hommes malheu-
reux souhaitassent eux-me^mes le travail qu'on leur demande ,
autant que les bienfaits qu'on leur accorde. Comme ils ne fai-
saient point des pauvres un moyen, mais un but, ils ne leur ont
pas ordonne? l'occupation, mais ils la leur ont fait de? sirer.
Sans cesse on voit, dans les diffe? rents comptes rendus de ces
e? tablissements de charite? , qu'il importait bien plus a` leurs
fondateurs de rendre les hommes meilleurs que de les rendre
plus utiles; et c'est ce haut point de vue philosophique qui ca-
racte? rise l'esprit de sagesse et de liberte? de cette ancienne ville
anse? a tique.
II y a beaucoup de bienfaisance dans le monde, et celui qui
n'est pas capable de servir ses semblables par le sacrifice de son
temps et de ses penchants, leur fait volontiers du bien avec de
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 98 LA FE^TE D'INTERLAKRN.
l'argent : c'est toujours quelque chose, et nulle vertu n'est a`
de? daigner. Mais la masse conside? rable des aumo^nes particu-
lie`res n'est point sagement dirige? e dans la plupart des pays, et
l'un des services les plus e? minents que le baron de Voght et ses
excellents compatriotes aient rendus a` l'humanite? , c'est de mon-
trer que, sans nouveaux sacrifices, sans que l'E? tat intervi^nt, la
bienfaisance particulie`re suffisait au soulagement du malheur.
Ce qui s'ope`re par les individus convient singulie`rement a` l'Al-
lemagne, ou` chaque chose, prise se? pare? ment, vaut mieux que
l'ensemble.
Les entreprises charitables doivent prospe? rer dans la ville de
Hambourg; il y a tant de moralite? parmi ses habitants , que
pendant longtemps on y a paye? les impo^ts dans une espe`ce de
tronc, sans que jamais personne surveilla^t ce qu'on y portait;
ces impo^ts devaient e^tre proportionne? s a` la fortune de chacun ,
et, calcul fait, ils ont toujours e? te? scrupuleusement acquitte? s.
Ne croit-on pas raconter un trait de l'a^ge d'or, si toutefois, dans
l'a^ge d'or, il y avait des richesses prive? es et des impo^ts publics?
On ne saurait assez admirer combien, sous le rapport de l'en-
seignement comme sous celui de l'administration, la bonne foi
rend tout facile. On devrait bien lui accorder tous les honneurs
qu'obtient l'habilete? ; car en re? sultat elle s'entend mieux me^me
aux affaires de ce monde.
CHAPITRE XX.
La fe^te d'Interlaken.
Il faut attribuer au caracte`re germanique une grande partie
des vertus de la Suisse allemande. Ne? anmoins il y a plus d'es-
prit public en Suisse qu'en Allemagne, plus de patriotisme,
plus d'e? nergie, plus d'accord dans les opinions et les sentiments;
mais aussi la petitesse des E? tats et la pauvrete? du pays n'y exci-
tent en aucune manie`re le ge? nie; on y trouve bien moins de
savants et de penseurs que dans le nord de l'Allemagne, ou` le
rela^chement me^me des liens politiques donne l'essor a` toutes les
nobles re^veries, a` tous les syste`mes hardis qui ne sont point
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? LA FETE I) I \ I l. l;i,\KK\, 99
soumis a` la nature des choses. Les Suisses ne sont pas une
nation poe? tique, et l'on s'e? tonne, avec raison, que l'admirable
aspect de leur contre? e n'ait pas enflamme? davantage leur ima-
gination. Toutefois un peuple religieux et libre est toujours
susceptible d'un genre d'enthousiasme, etles occupations ma-
te? rielles de la vie ne sauraient l'e? touffer entie`rement. Si l'on en
avait pu douter, on s'en serait convaincu par la fe^te des ber-
gers, qui a e? te? ce? le? bre? e l'anne? e dernie`re au milieu des lacs, en me? moire du fondateur de Berne.
Cette ville de Berne me? rite plus que jamais le respect et l'in-
te? re^t des voyageurs: il semble que depuis ses derniers malheurs
elle ait repris toutes ses vertus avec une ardeur nouvelle, et qu'en
perdant ses tre? sors elle ait redouble? de largesses envers les infor-
tune? s. Ses e? tablissements de charite? sont peut-e^tre les mieux
soigne? s de l'Europe: l'ho^pital est l'e? difice le plus beau, le seul
magnifique de la ville. Sur la porte est e? crite cette inscription:
CHBISTO IN PAUPERIRUS, au Christ dans les pauvres. Il n'en est point de plus admirable. La religion chre? tienne ne nous a-t-elle pas dit que c'e? tait pour ceux qui souffrent que le Christ
e? tait descendu sur la terre? et qui de nous, dans quelque e? po-
que de sa vie, n'est pas un de ces pauvres en bonheur, en espe? -
rances, un de ces infortune? s, enfin, qu'on doit soulager au nom
de Dieu?
Tout, dans la ville et le canton de Berne, porte l'empreinte
d'un ordre se? rieux et calme, d'un gouvernement digne et pater-
nel. Un air de probite? se fait sentir dans chaque objet que l'on
aperc?
oit; on se croit en famille au milieu de deux cent mille hom-
mes, que l'on appelle nobles, bourgeois ou paysans, mais qui
sont tous e? galement de? voue? s a` la patrie.
Pour aller a` la fe^te, il fallait s'embarquer sur l'un de ces lacs
dans lesquels les beaute? s de la nature se re? fle? chissent, et qui
semblent place? s au pied des Alpes pour en multiplier les ravis-
sants aspects. Un temps orageux nous de? robait la vue distincte
des montagnes; mais, confondues avec les nuages, elles n'en
e? taient que plus redoutables. La tempe^te grossissait, et bien qu'un
sentiment de terreur s'empara^t de mon a^me, j'aimais cette fou-
tire du ciel qui confond l'orgueil de l'homme. Nous nous repo-
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? 100 LA FETE D'INTERLAKEN.
sa^mes un moment dans une espe`ce de grotte, avant de nous
hasardera` traverser la partie du lac de Thun, qui est entoure? e
de rochers inabordables. C'est dans un lieu pareil que Guillaume
Tell sut braver les abi^mes, et s'attacher a` des e? cueils pour e? chap-
per a` ses tyrans. Nous aperc? u^mes alors dans le lointain cette
montagne qui porte le nom de Vierge (jangfntu), parce qu'au-
cun voyageur n'a jamais pu gravir jusqu'a` son sommet: elle est
moins haute que le Mont-Blanc, et cependant elle inspire plus
de respect, parce qu'on la sait inaccessible.
Nous arriva^mes a` Unterseen, et le bruit de l'Aar, qui tombe
en cascades autour de cette petite ville, disposait l'a^me a` des im-
pressions re^veuses. Les e? trangers, en grand nombre, e? taient
loge? s dans des maisons de paysans fort propres, mais rustiques.
Il e? tait assez piquant de voir se promener dans la rue d'Unterseen
dejeunes Parisiens tout a` coup transporte? s dans les valle? es dela
Suisse; ils n'entendaient plus que le bruit des torrents; ils ne
voyaient plus que des montagnes, et cherchaient si dans ces lieux
solitaires ils pourraient s'ennuyer assez pour retourner avec plus
de plaisir encore dans le monde. On a beaucoup parle? d'un air joue? par les cors des Alpes, et dont les Suisses recevaient une impression si vive qu'ils quit-
taient leurs re? giments, quand ils l'entendaient, pour retourner
dans leur patrie. On conc? oit l'effet que peut produire cet air
quand l'e? cho des montagnes le re? pe`te; mais il est fait pour re-
tentir dans l'e? loignement; de pre`s il ne cause pas une sensation
tre`s-agre? able. S'il e? tait chante? par des voix italiennes, l'imagi-
nation en serait tout a` fait enivre? e; mais peut-e^tre que ce plaisir
ferait nai^tre des ide? es e? trange`res a` la simplicite? du pays. On y
souhaiterait les arts, la poe? sie, l'amour, tandis qu'il faut pouvoir
s'y contenter du repos et de la vie champe^tre.
Le soir qui pre? ce? da la fe^te, on alluma des feux sur les monta-
gnes; c'est ainsi que jadis les libe? rateurs de la Suisse se donne`-
rent le signal de leur sainte conspiration. Ces feux, place? s sur les
sommets, ressemblaient a` la lune, lorsqu'elle se le`ve derrie`re les
montagnes, et qu'elle se montre a` la fois ardente et paisible. On
eu^t dit que des astres nouveaux venaient assister au plus touchant
spectacleque notre monde puisse encore offrir. L'un de ces si-
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? LA FE^TE B'INTERLAKEN. 101
gnaux enflamme? s semblait place? dans le ciel, d'ou` il e? clairait les
ruines du cha^teau d'Unspunnen, autrefois posse? de? par Berthold,
le fondateur de Berne, en me? moire de qui se donnait la fe^te. Des
te? ne`bres profondes environnaient ce point lumineux, etles mon-
'tagnes, qui, pendant la nuit, ressemblent a` de grands fanto^mes,
apparaissaient comme l'ombre gigantesque des morts qu'on vou-
lait ce? le? brer.
Le jour de la fe^te, le temps e? tait doux, mais ne? buleux; il
fallait que la nature re? pondi^t a` l'attendrissement de tous les
coeurs. L'enceinte choisie pour les jeux est entoure? e de collines
parseme? es d'arbres, et des montagnes a` perte de vue sont der-
rie`re ces collines. Tous les spectateurs, au nombre de pre`s de six
mille, s'assirent sur les hauteurs en pente, et les couleurs varie? es
des habillements ressemblaient dans l'e? loignement a` des fleurs
i re? pandues sur la prairie. Jamais un aspect plus riant ne put an-
noncer une fe^te; mais quand les regards s'e? levaient, des rochers
suspendus semblaient, comme la destine? e, menacer les humains
au milieu de leurs plaisirs. Cependant s'il est une joie de l'a^me
assez pure pour ne pas provoquer le sort, c'e? tait celle-la`.
Lorsque la foule des spectateurs fut re? unie, on entendit venir
de loin la procession de la fe^te, procession solennelle en effet,
puisqu'elle e? tait consacre? e au culte du passe? . Une musique agre? a-
ble l'accompagnait; les magistrats paraissaient a` la te^te des
paysans; les jeunes paysannes e? taient ve^tues selon le costume
ancien et pittoresque de chaque canton; les hallebardes et les bannie`res de chaque valle? e e? taient porte? es en avant de la marche
par des hommes a` cheveux blancs, habille? s pre? cise? ment comme
on l'e? tait il y a cinq sie`cles, lors de la conjuration du Rutli. Une
e? motion profonde s'emparait de l'a^me, en voyant ces drapeaux
si pacifiques qui avaient pour gardiens des vieillards. Le vieux
temps e? tait repre? sente? par ces hommes a^ge? s pour nous, mais si
jeunes en pre? sence des sie`eles! Je ne sais quel air de confiance
dans tous ces e^tres faibles touchait profonde? ment, parce que
cette confiance ne leur e? tait inspire? e que par la loyaute? de leur
a^me. Les yeux se remplissaient de larmes au milieu de la fe^te,
comme dans ces jours heureux et me? lancoliques ou` l'on ce? le`bre
la convalescence de ce qu'on aime.
'a.
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? J0a <-A K2TE D'INTERLAKEN.
Knfin les jeux commence`rent, etles hommes de la valle? e et
les hommes de la montagne montre`rent, en soulevant d'e? nor-
mes poids, en luttant les uns contre les autres, une agilite? et une
force de corps tre`s-remarquables. Cette force rendait autrefois
les nations plus militaires; aujourd'hui que la tactique et l'artil-
lerie disposent du sort des arme? es, on ne voit dans ces exercices
que des jeux agricoles. La terre est mieux cultive? e par des hom-
mes si robustes; mais la guerre ne se fait qu'a` l'aide de la disci-
pline et du nombre, et les mouvements me^medel'a^me ont moins
d'empire sur la destine? e humaine, depuis que les individus ont
disparu dans les masses, et que le genre humain semble dirige? ,
comme la nature inanime? e, par des lois me? caniques.
Apre`s que les jeux furent termine? s, et que le bon bailli du lieu
eut distribue? les prix aux vainqueurs, on di^na sous des tentes,
et l'on chanta des vers a` l'honneur de la tranquille fe? licite? des
Suisses. On faisait passera la ronde pendant le repas des coupes
en bois, sur lesquelles e? taient sculpte? s Guillaume Tell etles
trois fondateurs de la liberte? helve? tique. On buvait avec trans-
port au repos, a` l'ordre, a` l'inde? pendance; et le patriotisme du
bonheur s'exprimait avec une cordialite? qui pe? ne? trait toutes les
Ames.
<< Les prairies sont aussi fleuries que jadis, les montagnes
? aussi verdoyantes: quand toute la nature sourit, le coeur seul
<< de l'homme pourrait-il n'e^tre qu'un de? sert '? >>
Non, sans doute, il ne l'e? tait pas ; il s'e? panouissait avec con-
fiance au milieu de cette belle contre? e, en pre? sence de ces hom-
mes respectables, anime? s tous par les sentiments les plus purs.
Un pays pauvre, d'une e? tendue tre`s-borne? e, sans luxe, sans e? clat,
sans puissance, est che? ri par ses habitants comme un ami qui cache
ses vertus dans l'ombre, et les consacre toutes au bonheur de
ceux qui l'aiment. Depuis cinq sie`cles que dure la prospe? rite? de
la Suisse, on compte pluto^t de sages ge? ne? rations que de grands
hommes. Il n'y a point de place pour l'exception quand l'en-
1 Ces paroles e? taient le refrain d'un chant plein de gra^ce et de talent, com-
pose? pour cfttefe? te. T/autcnr de ce chant, c'est madame Harme? s, Ires-con-
nue en Allemagne par ses e? crits, sous le nom de madame de Rcrlrpsch.
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