cu, ni les traits nationaux, ni le
caracte`re
que l'histoire leur assigne.
Madame de Stael - De l'Allegmagne
es articulent
avecdes sons a` demi forme? s; tous les mots qu'elles prononcent,
toutes les rimes des vers sont, pour ainsi dire, vaporeuses. Le
sens aussi des paroles est admirablement adapte? a` la situation';
*'lles peignent si bien un froid repos, un terne regard! on y est le paradis des Scandinaves.
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? 302 I-K V1MGT-QUATRE FEVRIF. li.
entend le retentissement lointain de la vie ; et le pa^le reflet des
impressions efface? es jette sur toute la nature comme un voile
de nuages.
S'il y a dans les pie`ces de Werner des ombres qui ont ve? cu,
on y trouve aussi quelquefois des personnages fantastiques qui
semblent n'avoir pas encore rec? u l'existence terrestre. Dans le
prologue de Tarare de Beaumarchais, un ge? nie demande a` ces
e^tres imaginaires s'ils veulent nai^tre; et l'un d'entre eux re? -
pond: --Je ne m'y sens aucun empressement. --Cette spiri-
tuelle re? ponse pourrait s'appliquer a` la plupart de ces figures
alle? goriques qu'on voudrait introduire sur le the? a^tre allemand.
Werner a compose? sur les Templiers une pie`ce en deux volu-
mes, les Fils de la Valle? e, d'un grand inte? re^t pour ceux qui
sont initie? s dans la doctrine des ordres secrets ; car c'est pluto^t
l'esprit de ces ordres que la couleur historique qui s'y fait remar-
quer. Le poete cherche a` rattacher les Francs-Mac? ons aux Tem-
pliers, et s'applique a` faire voir que les me^mes traditions et le
me^me esprit se sont toujours conserve? s parmi eux. L'imagina-
tion de Werner se plai^t singulie`rement a` ces associations, qui
ont l'air de quelque chose de surnaturel, parce qu'elles multi-
plient d'une fac? on extraordinaire la force de chacun, en donnant
a` tous une tendance semblable. Cette pie`ce, ou ce poeme des
Fils de la Valle? e, a produit une grande sensation en Allemagne;
je doute qu'il obti^nt autant de succe`s parmi nous. Une autre composition de Werner, tre`s-digne de remarque,
c'est celle qui a pour sujet l'introduction du christianisme en
Prusse et en Livonie. Ce roman dramatique est intitule? , la
Croix sur la Baltique. Il y re`gne un sentiment tre`s-vif de ce
qui caracte? rise le Nord : la pe^che de l'ambre, les montagnes he? -
risse? es de glace, l'a^prete? du climat, l'action rapide de la belle
saison , l'hostilite? de la nature, la rudesse que cette lutte doit
inspirer a` l'homme; l'on reconnai^t dans ces tableaux un poe`te
qui a puise? dans ses propres sensations ce qu'il exprime et ce
qu'il de? crit.
J'ai vu jouer, sur un the? a^tre de socie? te? , une pie`ce de la com-
position de Werner, intitule? e le fingt-Quatre fe? vrier, pie`ce
sur laquelle les opinions doivent e^tre tre`s-partage? es. L'auteur
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? LE VINGT-QUATRE FEVBIER. 303
suppose que, dans les solitudes de la Suisse, il y avait une fa-
mille de paysans qui s'e? tait rendue coupable des plus grands cri-
mes, et quela male? diction paternelle poursuivait de pe`re en fils.
La troisie`me ge? ne? ration maudite pre? sente le spectacle d'un
homme qui a e? te? la cause de la mort de son pe`re en l'outrageant;
le fils de ce malheureux a, dans son enfance, tue? sa propre
soeur par un jeu cruel, mais sans savoir ce qu'il faisait. Apre`s
cet affreux e? ve? nement, il a disparu. Les travaux du pe`re parri-
cide ont toujours e? te? frappe? s de malheur depuis ce temps; ses
champs sont devenus ste? riles, ses bestiaux ont pe? ri, la pauvrete?
laplus horrible l'accable; ses cre? anciers le menacent de s'em-
parer de sa cabane, et de le jeter dans une prison; sa femme va
se trouver seule, errante au milieu des neiges des Alpes. Tout a`
coup arrive le fils, absent depuis vingt anne? es. Des sentiments
doux et religieux l'animent; il est plein de repentir, quoique
son intention n'ait pas e? te? coupable. Il revient chez son pe`re;
et, ne pouvant en e^tre reconnu, il veut d'abord lui cacher son
nom, pour gagner son affection avant de se dire son fils; mais
le pe`re devient avide et jaloux, dans sa mise`re, de l'argent que
porte avec lui cet ho^te, qui lui parai^t un e? tranger vagabond et
suspect ? , et, quand l'heure de minuit sonne, le vingt-quatre fe? -
vrier, anniversaire de la male? diction paternelle dont la famille
entie`re est frappe? e, il plonge un couteau dans le sein de son fils.
Celui-ci re? ve`le, en expirant, son secreta` l'homme doublement
coupable, assassin de son pe`re et de son enfant, et le mise? rable
va se livrer au tribunal qui doit le condamner.
Ces situations sont terribles-, elles produisent, on ne saurait
le nier, un grand effet; cependant on admire bien plus la cou-
leur poe? tique de cette pie`ce, et la gradation des motifs tire? s des
passions, que le sujet sur lequel elle est fonde? e. Transporter la destine? e funeste de la famille des Atrides chez
des hommes du peuple, c'est trop rapprocher des spectateurs
le tableau des crimes. L'e? clat du rang et la distance des sie`cles
donnent a` la sce? le? ratesse elle-me^me un genre de grandeur qui
s'accorde mieux avec l'ide? al des arts; mais quand vous voyez le
couteau au lieu du poignard; quand le site, les moeurs, les
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? 30'f. LE VINGT-QUATRE FE? VRIER.
personnages , peuvent se rencontrer sous vos yeux, vous avez
peur comme dans une chambre noire; mais ce n'est pas la` le
noble effroi qu'une trage? die doit causer.
Cependant, cette puissance de la male? diction paternelle, qui
semble repre? senter la Providence sur la terre, remue l'a^me for-
tement. La fatalite? des anciens est un caprice du destin ; mais la
fatalite? , dans le christianisme, est une ve? rite? morale sous une
forme effrayante. Quand l'homme ne ce`de pas au remords, l'a-
gitation me^me que ce remords lui fait e? prouver le pre? cipite dans
de nouveaux crimes; la conscience repousse? e se change en un
fanto^me qui trouble la raison.
La femme du paysan criminel est poursuivie par le souvenir
d'une romance qui raconte un parricide; et seule, pendant son
sommeil, elle ne peut s'empe^cher de la re? pe? ter a` demi-voix,
comme ces pense? es confuses et involontaires dont le retour fu-
neste semble un pre? sage intime du sort.
La description des Alpes et de leur solitude est de la plus
grande beaute? ; la demeure du coupable, la chaumie`re ou` se
passe la sce`ne, est loin de toute habitation; la cloche d'aucune
e? glise ne s'y fait entendre, et l'heure n'y est annonce? e que par
la pendule rustique, dernier meuble dont la pauvrete? n'a pu se
re? soudre a` se se? parer: le son monotone de cette pendule, dans
le fond de ces montagnes ou` le bruit de la vie n'arrive plus,
produit un fre? missement singulier. On se demande pourquoi du
temps dans ce lieu; pourquoi la division des heures, quand nul
inte? re^t ne les varie: et quand celle du crime se fait entendre,
on se rappelle cette belle ide? e d'un missionnaire qui supposait
que, dans l'enfer, les damne? s demandaient sans cesse : --Quelle
heure est-il? et qu'on leur re? pondait : -- L'e? ternite? .
On a reproche? a` Werner de mettre dans ses trage? dies des si-
tuations qui pre^tent aux beaute? s lyriques pluto^t qu'au de? velop-
pement des passions the? a^trales. On peut l'accuser d'un de? faut
contraire, dans la pie`ce du yingl-Quatre fe? vrier. Le sujet de
cette pie`ce, et les moeurs qu'elle repre? sente, sont trop rappro-
che? s de la ve? rite? , et d'une ve? rite? atroce, qui ne devrait point en-
trer dans le cercle des beaux-arts. Ils sont place? s entre le ciel et
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? PIE`CES DU THE? A^TRE ALLEMAND. 30. ',
la terre; et le beau talent de Werner quelquefois s'e? le`ve au-des-
sus, quelquefois descend au-dessous de la re? gion dans laquelle
les fictions doivent rester.
CHAPITRE XXV.
Diverses pie`ces du the? a^tre allemand et danois.
Les ouvrages dramatiques de Kotzebue sont traduits dans
plusieurs langues. Il serait donc superflu de s'occuper a` les faire
connai^tre. Je dirai seulement qu'aucun juge impartial ne peut lui
refuser une intelligence parfaite des effets du the? a^tre : Les deux
Fre`res, Misanthropie et Repentir, lesHusntes, lesCroise? s, Hugo
Gratins, Jeanne de Montfaucon, la mort de Rolla, etc. , exci-
tent l'inte? re^t le plus vif, partout ou` ces pie`ces sont joue? es. Toute-
fois, il faut avouer que Kotzebue ne sait donnera` ses person-
nages , ni la couleur des sie`cles dans lesquels ils ont ve?
cu, ni les traits nationaux, ni le caracte`re que l'histoire leur assigne.
Ces personnages, a` quelque pays, a` quelque sie`cle qu'ils appar-
tiennent, se montrent toujours contemporains et compatriotes:
ils ont les me^mes opinions philosophiques, les me^mes moeurs
modernes, et, soit qu'il s'agisse d'un homme de nos jours ou
de la fille du Soleil, l'onne voit jamais dans ces pie`ces qu'un ta-
bleau naturel et pathe? tique du temps pre? sent. Si le talent the? a^-
tral de Kotzebue, unique en Allemagne, pouvait e^tre re? uni avec
le don de peindre les caracte`res tels que l'histoire nous les trans-
met, et si son style poe? tique s'e? levait a` la hauteur des situa-
tions dont il est l'inge? nieux inventeur, le succe`s de ses pie`ces se-
rait aussi durable qu'il est brillant.
Au reste, rien n'est si rare que de trouver dans le me^me
homme les deux faculte? s qui constituent un grand auteur dramatique : l'habilete? dans son me? tier, si l'on peut s'exprimer
ainsi, et le ge? nie dont le point de vue est universel : ce proble`me
est la difficulte? de la nature humaine tout entie`re; et l'on peut
toujours remarquer quels sont, parmi les hommes, ceux en qui
le talent de la conception ou celui de l'exe? cution domine; ceux
qui sont en relation avec tous les temps, ou particulie`rement
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? 306 PIE`CES DO THE? A^TRE ALLEMAND.
propres au leur; cependant, c'est dans la re? union des qualite? s
oppose? es que consistent les phe? nome`nes en tout genre.
La plupart des pie`ces de Kotzebue renferment quelques situa-
tions d'une grande beaute? . Dans les Hussites, lorsque Procope,
successeur de Ziska, met le sie? ge devant Naumbourg, les ma-
gistrats prennent la re? solution d'envoyer tous les enfants de la
ville au camp ennemi, pour demander la gra^ce des habitants.
Ces pauvres enfants doivent aller seuls implorer les fanatiques
soldats, qui n'e? pargnaient ni le sexe ni l'a^ge. Le bourgmestre
offre le premier ses quatre fils, dont le plus a^ge? a douze ans,
pour cette expe? dition pe? rilleuse. La me`re demande qu'au moins
il y en ait un qui reste aupre`s d'elle; le pe`re a l'air d'y consentir,
et il se met a` rappeler successivement les de? fauts de chacun de
ses enfants, afin que la me`re de? clare quels sont ceux qui lui ins-
pirent le moins d'inte? re^t; mais chaque fois qu'il commence a`
en bla^mer un, la me`re assure que c'est celui de tous qu'elle
pre? fe`re, et l'infortune? e est enfin oblige? e de convenir que le cruel
choix est impossible, et qu'il vaut mieux que tous partagent le
me^me sort.
Au second acte, on voit le camp des Hussites : tous ces sol-
dats, dontla figure est si menac? ante, reposent sous leurs tentes.
Un le? ger bruit excite leur attention; ils aperc? oivent dans la plaine
une foule d'enfants qui marchent en troupe, une branche de
che^ne a` la main; ils ne peuvent concevoir ce que cela signifie;
et, prenant leurs lances, ils se placent a` l'entre? e du camp
pour en de? fendre l'approche. Les enfants avancent sans crainte
au-devant des lances, et les Hussites reculent toujours involon-
tairement, irrite? s d'e^tre attendris, et ne comprenant pas eux-me^mes ce qu'ils e? prouvent. Procope sort de sa tente; il se fait
amener le bourgmestre, qui avait suivi de loin les enfants, et
lui ordonne de de? signer ses fils. Le bourgmestre s'y refuse; les
soldats de Procope le saisissent, et, dans cet instant, les quatre
enfants sortent de la foule et se pre? cipitent dans les bras de leur
pe`re. -- Tu les connais tous a` pre? sent, dit le bourgmestre a` Procope : ils se sont nomme? s eux-me^mes. -- La pie`ce finit heu-
reusement, et le troisie`me acte se passe tout en fe? licitations;
mais le second acte est du plus grand inte? re^t tlfe? a`tral.
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? PIECES DU THEATIIE ALLEMAND. 307
Des sce`nes de roman font tout le me? rite de la pie`ce des
Croise? s. Une jeune fille, croyant que son amant avait pe? ri dans
les guerres, s'est faite religieuse a` Je? rusalem, dans un ordre
consacre? a` servirles malades. On ame`ne dans son couvent un
chevalier dangereusement blesse? ; elle vient couverte de son
voile, et, ne levant pas les yeux sur lui, elle se met a` genoux
pour le panser. Le chevalier, dans ce moment de douleur, pro-
nonce le nom de sa mai^tresse; l'infortune? e reconnai^t ainsi son
amant. Il veut l'enlever; l'abbesse du couvent de? couvre son des-
sein et le consentement que la religieuse y a donne? . Elle la con-
damne, dans sa fureur, a` e^tre ensevelie vivante; et le malheu-
reux chevalier, errant vainement autour de l'e? glise, entend
l'orgue et les voix souterraines qui ce? le`brent le service des morts
pour celle qui vit encore et qui l'aime. Cette situation est de? chi-
rante; mais tout finit de me^me heureusement. Les Turcs, con-
duits par le jeune chevalier, viennent de? livrer la religieuse. Un
couvent d'Asie, dans le treizie`me sie`cle, est traite? comme les
Victimes cloi^tre? es, pendant la re? volution de France; et des
maximes douces, mais un peu faciles, terminent la pie`ce a` la
satisfaction de tout le monde.
Kotzebueafaitundrame de l'anecdote de Grotius mis en pri-
son par le prince d'Orange, et de? livre? par ses amis, qui trouvent
le moyen de l'emporter de sa forteresse, cache? dans une caisse
delivres. Il y a des situations tre`s-remarquables dans cette pie`ce:
un jeune officier, amoureux de la fille de Grotius, apprend
d'elle qu'ellecherche a` faire e? vader son pe`re, et lui promet de
la seconder dans ce projet; mais le commandant, son ami,
oblige? de s'e? loigner pour vingt-quatre heures, lui confie les clefs
de la citadelle. Il y a peine de mort contre le commandant
lui-me^me, si le prisonnier s'e? chappe en son absence. Le jeune
lieutenant, responsable de la vie de son ami, empe^che le pe`re
de sa mai^tresse de se sauver, en le forc? ant a` rentrer dans sa
prison, au moment ou` il e? tait pre^t a` monter dans la barque
pre? pare? e pour le de? livrer. Le sacrifice que fait ce jeune lieute-
nant, en s'exposant ainsi a` l'indignation de sa mai^tresse, est
vraiment he? roi? que; lorsque le commandant revient, et que l'of-
ficier n'occupe plus la place de son ami, il trouve le moyen d'at-
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? 308 PIE`CES DU THE? ATRE ALLEMAND.
tirer sur lui, par un noble mensonge, la peine capitale porte? e contre ceux qui ont tente? une seconde fois de faire sauver Gro-
tius,et qui y ont enfin re? ussi. La joie du jeune homme, lorsque
son arre^t de mort lui garantit le retour de l'estime de sa mai^-
tresse, est dela plus touchante beaute? ; mais, a` la fin, il y a
tant de magnanimite? dans Grotius, qui revient se constituer
prisonnier pour sauver le jeune homme, dans le prince d'O-
range, dans la fille, dans l'auteur me^me, qu'on n'a plus qu'a`
dire amen a` tout. On a pris les situations de cette pie`ce dans un
drame franc? ais; mais elles sont attribue? es a` des personnages in-
connus ; et Grotius ni le prince d'Orange n'y sont nomme? s. C'est
tre`s-sagement fait; car il n'y a rien dans l'allemand qui convienne
spe? cialement au caracte`re de ces deux hommes, tels que l'histoire
nous les repre? sente.
Jeanne de Montfaucon e? tant une aventure de chevalerie, de
l'invention deKotzebue, il a e? te? plus libre que dans toute autre
pie`ce de traiter le sujet a` sa manie`re. Une actrice charmante,
madame Unzelmann, jouait le principal ro^le; et la manie`re dont
elle de? fendait son coeur et son cha^teau contre un chevalier dis-
courtois, faisait au the? a^tre une impression tre`s-agre? able. Tour
a` tour guerrie`re et de? sespe? re? e, son casque ou ses cheveux e? pars servaient a` l'embellir; mais les situations de ce genre pre^tent
bien plus a` la pantomime qu'a` la parole, et les mots ne sont la`
que pour achever les gestes.
La Mort de Rolla est d'un me? rite supe? rieur a` tout ce que je
viens de citer; le ce? le`bre She? ridan en a fait une pie`ce intitule? e
Pizarre, qui a eu le plus grand succe`s en Angleterre : un mot
a` la fin de la pie`ce est d'un effet admirable. Rolla, chef des Pe? -
ruviens, a longtemps combattu contre les Espagnols; il aimait
Cora,la fille du Soleil, et ne? anmoins il a ge? ne? reusement tra-
vaille? a` vaincre les obstacles qui la se? paraient d'Alonzo. Un an
apre`s leur hymen, les Espagnols enle`vent le fils de Cora qui ve-
nait de nai^tre. Rolla s'expose a` tous les pe? rils pour le retrouver;
il le rapporte enfin couvert de sang dans son berceau; Rolla voit
la terreur de la me`re a` cet aspect : << Rassure-toi, lui dit-il ; ce
<< sang-la`, c'est le mien ! >> et il expire.
Quelques e? crivains allemands n'ont pas e? te? justes, ce me
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? PIECES DU THEATHE ALLEMAND. 309
semble , envers le talent dramatique deKotzebue; mais il faut
reconnai^tre les motifs estimables de cette pre? vention : Kotzebue
n'a pas toujours respecte? dans ses pie`ces la vertu se? ve`re et la re-
ligion positive; il s'est permis un tel tort, non par syste`me, ce me
semble, mais pour produire, selon l'occasion, plus d'effet au the? a^-
tre; il n'en est pas moins vrai que des critiques auste`res ont du^
l'en bla^mer. Il parai^t lui-me^me, depuis quelques anne? es, se confor-
mer a` des principes plus re? guliers; et, loin que son talent y perde,
il y a beaucoup gagne? . La hauteur et la fermete? de la pense? e tien-
nent toujours par des liens secrets a` la purete? de la morale.
avecdes sons a` demi forme? s; tous les mots qu'elles prononcent,
toutes les rimes des vers sont, pour ainsi dire, vaporeuses. Le
sens aussi des paroles est admirablement adapte? a` la situation';
*'lles peignent si bien un froid repos, un terne regard! on y est le paradis des Scandinaves.
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 302 I-K V1MGT-QUATRE FEVRIF. li.
entend le retentissement lointain de la vie ; et le pa^le reflet des
impressions efface? es jette sur toute la nature comme un voile
de nuages.
S'il y a dans les pie`ces de Werner des ombres qui ont ve? cu,
on y trouve aussi quelquefois des personnages fantastiques qui
semblent n'avoir pas encore rec? u l'existence terrestre. Dans le
prologue de Tarare de Beaumarchais, un ge? nie demande a` ces
e^tres imaginaires s'ils veulent nai^tre; et l'un d'entre eux re? -
pond: --Je ne m'y sens aucun empressement. --Cette spiri-
tuelle re? ponse pourrait s'appliquer a` la plupart de ces figures
alle? goriques qu'on voudrait introduire sur le the? a^tre allemand.
Werner a compose? sur les Templiers une pie`ce en deux volu-
mes, les Fils de la Valle? e, d'un grand inte? re^t pour ceux qui
sont initie? s dans la doctrine des ordres secrets ; car c'est pluto^t
l'esprit de ces ordres que la couleur historique qui s'y fait remar-
quer. Le poete cherche a` rattacher les Francs-Mac? ons aux Tem-
pliers, et s'applique a` faire voir que les me^mes traditions et le
me^me esprit se sont toujours conserve? s parmi eux. L'imagina-
tion de Werner se plai^t singulie`rement a` ces associations, qui
ont l'air de quelque chose de surnaturel, parce qu'elles multi-
plient d'une fac? on extraordinaire la force de chacun, en donnant
a` tous une tendance semblable. Cette pie`ce, ou ce poeme des
Fils de la Valle? e, a produit une grande sensation en Allemagne;
je doute qu'il obti^nt autant de succe`s parmi nous. Une autre composition de Werner, tre`s-digne de remarque,
c'est celle qui a pour sujet l'introduction du christianisme en
Prusse et en Livonie. Ce roman dramatique est intitule? , la
Croix sur la Baltique. Il y re`gne un sentiment tre`s-vif de ce
qui caracte? rise le Nord : la pe^che de l'ambre, les montagnes he? -
risse? es de glace, l'a^prete? du climat, l'action rapide de la belle
saison , l'hostilite? de la nature, la rudesse que cette lutte doit
inspirer a` l'homme; l'on reconnai^t dans ces tableaux un poe`te
qui a puise? dans ses propres sensations ce qu'il exprime et ce
qu'il de? crit.
J'ai vu jouer, sur un the? a^tre de socie? te? , une pie`ce de la com-
position de Werner, intitule? e le fingt-Quatre fe? vrier, pie`ce
sur laquelle les opinions doivent e^tre tre`s-partage? es. L'auteur
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? LE VINGT-QUATRE FEVBIER. 303
suppose que, dans les solitudes de la Suisse, il y avait une fa-
mille de paysans qui s'e? tait rendue coupable des plus grands cri-
mes, et quela male? diction paternelle poursuivait de pe`re en fils.
La troisie`me ge? ne? ration maudite pre? sente le spectacle d'un
homme qui a e? te? la cause de la mort de son pe`re en l'outrageant;
le fils de ce malheureux a, dans son enfance, tue? sa propre
soeur par un jeu cruel, mais sans savoir ce qu'il faisait. Apre`s
cet affreux e? ve? nement, il a disparu. Les travaux du pe`re parri-
cide ont toujours e? te? frappe? s de malheur depuis ce temps; ses
champs sont devenus ste? riles, ses bestiaux ont pe? ri, la pauvrete?
laplus horrible l'accable; ses cre? anciers le menacent de s'em-
parer de sa cabane, et de le jeter dans une prison; sa femme va
se trouver seule, errante au milieu des neiges des Alpes. Tout a`
coup arrive le fils, absent depuis vingt anne? es. Des sentiments
doux et religieux l'animent; il est plein de repentir, quoique
son intention n'ait pas e? te? coupable. Il revient chez son pe`re;
et, ne pouvant en e^tre reconnu, il veut d'abord lui cacher son
nom, pour gagner son affection avant de se dire son fils; mais
le pe`re devient avide et jaloux, dans sa mise`re, de l'argent que
porte avec lui cet ho^te, qui lui parai^t un e? tranger vagabond et
suspect ? , et, quand l'heure de minuit sonne, le vingt-quatre fe? -
vrier, anniversaire de la male? diction paternelle dont la famille
entie`re est frappe? e, il plonge un couteau dans le sein de son fils.
Celui-ci re? ve`le, en expirant, son secreta` l'homme doublement
coupable, assassin de son pe`re et de son enfant, et le mise? rable
va se livrer au tribunal qui doit le condamner.
Ces situations sont terribles-, elles produisent, on ne saurait
le nier, un grand effet; cependant on admire bien plus la cou-
leur poe? tique de cette pie`ce, et la gradation des motifs tire? s des
passions, que le sujet sur lequel elle est fonde? e. Transporter la destine? e funeste de la famille des Atrides chez
des hommes du peuple, c'est trop rapprocher des spectateurs
le tableau des crimes. L'e? clat du rang et la distance des sie`cles
donnent a` la sce? le? ratesse elle-me^me un genre de grandeur qui
s'accorde mieux avec l'ide? al des arts; mais quand vous voyez le
couteau au lieu du poignard; quand le site, les moeurs, les
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 30'f. LE VINGT-QUATRE FE? VRIER.
personnages , peuvent se rencontrer sous vos yeux, vous avez
peur comme dans une chambre noire; mais ce n'est pas la` le
noble effroi qu'une trage? die doit causer.
Cependant, cette puissance de la male? diction paternelle, qui
semble repre? senter la Providence sur la terre, remue l'a^me for-
tement. La fatalite? des anciens est un caprice du destin ; mais la
fatalite? , dans le christianisme, est une ve? rite? morale sous une
forme effrayante. Quand l'homme ne ce`de pas au remords, l'a-
gitation me^me que ce remords lui fait e? prouver le pre? cipite dans
de nouveaux crimes; la conscience repousse? e se change en un
fanto^me qui trouble la raison.
La femme du paysan criminel est poursuivie par le souvenir
d'une romance qui raconte un parricide; et seule, pendant son
sommeil, elle ne peut s'empe^cher de la re? pe? ter a` demi-voix,
comme ces pense? es confuses et involontaires dont le retour fu-
neste semble un pre? sage intime du sort.
La description des Alpes et de leur solitude est de la plus
grande beaute? ; la demeure du coupable, la chaumie`re ou` se
passe la sce`ne, est loin de toute habitation; la cloche d'aucune
e? glise ne s'y fait entendre, et l'heure n'y est annonce? e que par
la pendule rustique, dernier meuble dont la pauvrete? n'a pu se
re? soudre a` se se? parer: le son monotone de cette pendule, dans
le fond de ces montagnes ou` le bruit de la vie n'arrive plus,
produit un fre? missement singulier. On se demande pourquoi du
temps dans ce lieu; pourquoi la division des heures, quand nul
inte? re^t ne les varie: et quand celle du crime se fait entendre,
on se rappelle cette belle ide? e d'un missionnaire qui supposait
que, dans l'enfer, les damne? s demandaient sans cesse : --Quelle
heure est-il? et qu'on leur re? pondait : -- L'e? ternite? .
On a reproche? a` Werner de mettre dans ses trage? dies des si-
tuations qui pre^tent aux beaute? s lyriques pluto^t qu'au de? velop-
pement des passions the? a^trales. On peut l'accuser d'un de? faut
contraire, dans la pie`ce du yingl-Quatre fe? vrier. Le sujet de
cette pie`ce, et les moeurs qu'elle repre? sente, sont trop rappro-
che? s de la ve? rite? , et d'une ve? rite? atroce, qui ne devrait point en-
trer dans le cercle des beaux-arts. Ils sont place? s entre le ciel et
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? PIE`CES DU THE? A^TRE ALLEMAND. 30. ',
la terre; et le beau talent de Werner quelquefois s'e? le`ve au-des-
sus, quelquefois descend au-dessous de la re? gion dans laquelle
les fictions doivent rester.
CHAPITRE XXV.
Diverses pie`ces du the? a^tre allemand et danois.
Les ouvrages dramatiques de Kotzebue sont traduits dans
plusieurs langues. Il serait donc superflu de s'occuper a` les faire
connai^tre. Je dirai seulement qu'aucun juge impartial ne peut lui
refuser une intelligence parfaite des effets du the? a^tre : Les deux
Fre`res, Misanthropie et Repentir, lesHusntes, lesCroise? s, Hugo
Gratins, Jeanne de Montfaucon, la mort de Rolla, etc. , exci-
tent l'inte? re^t le plus vif, partout ou` ces pie`ces sont joue? es. Toute-
fois, il faut avouer que Kotzebue ne sait donnera` ses person-
nages , ni la couleur des sie`cles dans lesquels ils ont ve?
cu, ni les traits nationaux, ni le caracte`re que l'histoire leur assigne.
Ces personnages, a` quelque pays, a` quelque sie`cle qu'ils appar-
tiennent, se montrent toujours contemporains et compatriotes:
ils ont les me^mes opinions philosophiques, les me^mes moeurs
modernes, et, soit qu'il s'agisse d'un homme de nos jours ou
de la fille du Soleil, l'onne voit jamais dans ces pie`ces qu'un ta-
bleau naturel et pathe? tique du temps pre? sent. Si le talent the? a^-
tral de Kotzebue, unique en Allemagne, pouvait e^tre re? uni avec
le don de peindre les caracte`res tels que l'histoire nous les trans-
met, et si son style poe? tique s'e? levait a` la hauteur des situa-
tions dont il est l'inge? nieux inventeur, le succe`s de ses pie`ces se-
rait aussi durable qu'il est brillant.
Au reste, rien n'est si rare que de trouver dans le me^me
homme les deux faculte? s qui constituent un grand auteur dramatique : l'habilete? dans son me? tier, si l'on peut s'exprimer
ainsi, et le ge? nie dont le point de vue est universel : ce proble`me
est la difficulte? de la nature humaine tout entie`re; et l'on peut
toujours remarquer quels sont, parmi les hommes, ceux en qui
le talent de la conception ou celui de l'exe? cution domine; ceux
qui sont en relation avec tous les temps, ou particulie`rement
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? 306 PIE`CES DO THE? A^TRE ALLEMAND.
propres au leur; cependant, c'est dans la re? union des qualite? s
oppose? es que consistent les phe? nome`nes en tout genre.
La plupart des pie`ces de Kotzebue renferment quelques situa-
tions d'une grande beaute? . Dans les Hussites, lorsque Procope,
successeur de Ziska, met le sie? ge devant Naumbourg, les ma-
gistrats prennent la re? solution d'envoyer tous les enfants de la
ville au camp ennemi, pour demander la gra^ce des habitants.
Ces pauvres enfants doivent aller seuls implorer les fanatiques
soldats, qui n'e? pargnaient ni le sexe ni l'a^ge. Le bourgmestre
offre le premier ses quatre fils, dont le plus a^ge? a douze ans,
pour cette expe? dition pe? rilleuse. La me`re demande qu'au moins
il y en ait un qui reste aupre`s d'elle; le pe`re a l'air d'y consentir,
et il se met a` rappeler successivement les de? fauts de chacun de
ses enfants, afin que la me`re de? clare quels sont ceux qui lui ins-
pirent le moins d'inte? re^t; mais chaque fois qu'il commence a`
en bla^mer un, la me`re assure que c'est celui de tous qu'elle
pre? fe`re, et l'infortune? e est enfin oblige? e de convenir que le cruel
choix est impossible, et qu'il vaut mieux que tous partagent le
me^me sort.
Au second acte, on voit le camp des Hussites : tous ces sol-
dats, dontla figure est si menac? ante, reposent sous leurs tentes.
Un le? ger bruit excite leur attention; ils aperc? oivent dans la plaine
une foule d'enfants qui marchent en troupe, une branche de
che^ne a` la main; ils ne peuvent concevoir ce que cela signifie;
et, prenant leurs lances, ils se placent a` l'entre? e du camp
pour en de? fendre l'approche. Les enfants avancent sans crainte
au-devant des lances, et les Hussites reculent toujours involon-
tairement, irrite? s d'e^tre attendris, et ne comprenant pas eux-me^mes ce qu'ils e? prouvent. Procope sort de sa tente; il se fait
amener le bourgmestre, qui avait suivi de loin les enfants, et
lui ordonne de de? signer ses fils. Le bourgmestre s'y refuse; les
soldats de Procope le saisissent, et, dans cet instant, les quatre
enfants sortent de la foule et se pre? cipitent dans les bras de leur
pe`re. -- Tu les connais tous a` pre? sent, dit le bourgmestre a` Procope : ils se sont nomme? s eux-me^mes. -- La pie`ce finit heu-
reusement, et le troisie`me acte se passe tout en fe? licitations;
mais le second acte est du plus grand inte? re^t tlfe? a`tral.
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? PIECES DU THEATIIE ALLEMAND. 307
Des sce`nes de roman font tout le me? rite de la pie`ce des
Croise? s. Une jeune fille, croyant que son amant avait pe? ri dans
les guerres, s'est faite religieuse a` Je? rusalem, dans un ordre
consacre? a` servirles malades. On ame`ne dans son couvent un
chevalier dangereusement blesse? ; elle vient couverte de son
voile, et, ne levant pas les yeux sur lui, elle se met a` genoux
pour le panser. Le chevalier, dans ce moment de douleur, pro-
nonce le nom de sa mai^tresse; l'infortune? e reconnai^t ainsi son
amant. Il veut l'enlever; l'abbesse du couvent de? couvre son des-
sein et le consentement que la religieuse y a donne? . Elle la con-
damne, dans sa fureur, a` e^tre ensevelie vivante; et le malheu-
reux chevalier, errant vainement autour de l'e? glise, entend
l'orgue et les voix souterraines qui ce? le`brent le service des morts
pour celle qui vit encore et qui l'aime. Cette situation est de? chi-
rante; mais tout finit de me^me heureusement. Les Turcs, con-
duits par le jeune chevalier, viennent de? livrer la religieuse. Un
couvent d'Asie, dans le treizie`me sie`cle, est traite? comme les
Victimes cloi^tre? es, pendant la re? volution de France; et des
maximes douces, mais un peu faciles, terminent la pie`ce a` la
satisfaction de tout le monde.
Kotzebueafaitundrame de l'anecdote de Grotius mis en pri-
son par le prince d'Orange, et de? livre? par ses amis, qui trouvent
le moyen de l'emporter de sa forteresse, cache? dans une caisse
delivres. Il y a des situations tre`s-remarquables dans cette pie`ce:
un jeune officier, amoureux de la fille de Grotius, apprend
d'elle qu'ellecherche a` faire e? vader son pe`re, et lui promet de
la seconder dans ce projet; mais le commandant, son ami,
oblige? de s'e? loigner pour vingt-quatre heures, lui confie les clefs
de la citadelle. Il y a peine de mort contre le commandant
lui-me^me, si le prisonnier s'e? chappe en son absence. Le jeune
lieutenant, responsable de la vie de son ami, empe^che le pe`re
de sa mai^tresse de se sauver, en le forc? ant a` rentrer dans sa
prison, au moment ou` il e? tait pre^t a` monter dans la barque
pre? pare? e pour le de? livrer. Le sacrifice que fait ce jeune lieute-
nant, en s'exposant ainsi a` l'indignation de sa mai^tresse, est
vraiment he? roi? que; lorsque le commandant revient, et que l'of-
ficier n'occupe plus la place de son ami, il trouve le moyen d'at-
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? 308 PIE`CES DU THE? ATRE ALLEMAND.
tirer sur lui, par un noble mensonge, la peine capitale porte? e contre ceux qui ont tente? une seconde fois de faire sauver Gro-
tius,et qui y ont enfin re? ussi. La joie du jeune homme, lorsque
son arre^t de mort lui garantit le retour de l'estime de sa mai^-
tresse, est dela plus touchante beaute? ; mais, a` la fin, il y a
tant de magnanimite? dans Grotius, qui revient se constituer
prisonnier pour sauver le jeune homme, dans le prince d'O-
range, dans la fille, dans l'auteur me^me, qu'on n'a plus qu'a`
dire amen a` tout. On a pris les situations de cette pie`ce dans un
drame franc? ais; mais elles sont attribue? es a` des personnages in-
connus ; et Grotius ni le prince d'Orange n'y sont nomme? s. C'est
tre`s-sagement fait; car il n'y a rien dans l'allemand qui convienne
spe? cialement au caracte`re de ces deux hommes, tels que l'histoire
nous les repre? sente.
Jeanne de Montfaucon e? tant une aventure de chevalerie, de
l'invention deKotzebue, il a e? te? plus libre que dans toute autre
pie`ce de traiter le sujet a` sa manie`re. Une actrice charmante,
madame Unzelmann, jouait le principal ro^le; et la manie`re dont
elle de? fendait son coeur et son cha^teau contre un chevalier dis-
courtois, faisait au the? a^tre une impression tre`s-agre? able. Tour
a` tour guerrie`re et de? sespe? re? e, son casque ou ses cheveux e? pars servaient a` l'embellir; mais les situations de ce genre pre^tent
bien plus a` la pantomime qu'a` la parole, et les mots ne sont la`
que pour achever les gestes.
La Mort de Rolla est d'un me? rite supe? rieur a` tout ce que je
viens de citer; le ce? le`bre She? ridan en a fait une pie`ce intitule? e
Pizarre, qui a eu le plus grand succe`s en Angleterre : un mot
a` la fin de la pie`ce est d'un effet admirable. Rolla, chef des Pe? -
ruviens, a longtemps combattu contre les Espagnols; il aimait
Cora,la fille du Soleil, et ne? anmoins il a ge? ne? reusement tra-
vaille? a` vaincre les obstacles qui la se? paraient d'Alonzo. Un an
apre`s leur hymen, les Espagnols enle`vent le fils de Cora qui ve-
nait de nai^tre. Rolla s'expose a` tous les pe? rils pour le retrouver;
il le rapporte enfin couvert de sang dans son berceau; Rolla voit
la terreur de la me`re a` cet aspect : << Rassure-toi, lui dit-il ; ce
<< sang-la`, c'est le mien ! >> et il expire.
Quelques e? crivains allemands n'ont pas e? te? justes, ce me
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? PIECES DU THEATHE ALLEMAND. 309
semble , envers le talent dramatique deKotzebue; mais il faut
reconnai^tre les motifs estimables de cette pre? vention : Kotzebue
n'a pas toujours respecte? dans ses pie`ces la vertu se? ve`re et la re-
ligion positive; il s'est permis un tel tort, non par syste`me, ce me
semble, mais pour produire, selon l'occasion, plus d'effet au the? a^-
tre; il n'en est pas moins vrai que des critiques auste`res ont du^
l'en bla^mer. Il parai^t lui-me^me, depuis quelques anne? es, se confor-
mer a` des principes plus re? guliers; et, loin que son talent y perde,
il y a beaucoup gagne? . La hauteur et la fermete? de la pense? e tien-
nent toujours par des liens secrets a` la purete? de la morale.