a^tre
allemand
sontfaciles a` remarquer: tout
ce qui tient au manque d'usage du monde, dans les arts comme
dans la socie?
ce qui tient au manque d'usage du monde, dans les arts comme
dans la socie?
Madame de Stael - De l'Allegmagne
La pompe des alexandrins est un plus grand obstacle encore
que la routine me^me du bon gou^t, a` tout changement dans la
forme et le fond des trage? dies franc? aises : on ne peut dire en
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? 188 DE L ABT DRAMATIQUE.
vers alexandrins qu'on entre ou qu'on sort, qu'on dort ou qu'on veille, sans qu'il faille chercher pour cela une tournure poe? tique;
et une foule de sentiments et d'effets sont bannis du the? a^tre,
non parles re`gles dela trage? die, mais par l'exigence me^me dela versification. Racine est le seul e? crivain franc? ais qui, dans la
sce`ne de Joas avec Athalie, se soit une fois joue? de ces diffi-
culte? s ; il a su donner une simplicite? aussi noble que naturelle
au langage d'un enfant; mais cet admirable effort d'un ge? nie
sans pareil n'empe^che pas que les difficulte? s trop multiplie? es
dans l'art ne soient souvent un obstacle aux inventions les plus
heureuses.
M. Benjamin Constant, dans la pre? face si justement admire? e
qui pre? ce`de sa trage? die de Walstein, a fait observer que les
Allemands peignaient les caracte`res dans leurs pie`ces, et les
Franc? ais seulement les passions. Pour peindre les caracte`res, il
faut ne? cessairement s'e? carter du ton majestueux exclusivement
admis dans la trage? die franc? aise; car il est impossible de faire
connai^tre les de? fauts et les qualite? s d'un homme, si ce n'est en le
pre? sentant sous divers rapports; le vulgaire, dans la nature, se
me^le souvent au sublime, et quelquefois en rele`ve l'effet: enfin,
on ne peut se figurer l'action d'un caracte`re que pendant un es-
pace de temps un peu long, et dans vingt-quatre heures il ne
saurait e^tre vraiment question que d'une catastrophe. L'on sou-
tiendra peut-e^tre que les catastrophes conviennent mieux au
the? a^tre que les tableaux nuance? s; le mouvement excite? parles
passions vives plai^t a` la plupart des spectateurs plus que l'at-
tention qu'exige l'observation du coeur humain. C'est le gou^t
national qui seul peut de? cider de ces diffe? rents syste`mes drama-
tiques; mais il est juste de reconnai^tre que si les e? trangers con-
c? oivent l'art the? a^tral autrement que nous, ce n'est ni par igno-
rance , ni par barbarie, mais d'apre`s des re? flexions profondes et
qui sont dignes d'e^tre examine? es.
Shakespeare, qu'on veut appeler un barbare, a peut-e^tre un
esprit trop philosophique, une pe? ne? tration trop subtile pour le
point de vue de la sce`ne; il juge les caracte`res avec l'impartia-
lite? d'un e^tre supe? rieur, et les repre? sente quelquefois avec une
ironie presque machiave? lique; ses compositions ont tant de
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? DE L'ART DRAMATIQUE. 189
profondeur, que la rapidite? de l'action the? a^trale fait perdre une
grande partie des ide? es qu'elles renferment ; sous ce rapport, il
vaut mieux lire ses pie`ces que de les voir. A force d'esprit, Sha-
kespeare refroidit souvent l'action, et les Franc? ais s'entendent
beaucoup mieux a` peindre les personnages ainsi que les de? cora-
tions, avec ces grands traits qui font effet a` distance. Quoi!
dira-t-on, peut-on reprocher a` Shakespeare trop de finesse dans
les aperc? us, lui qui se permit des situations si terribles? Shakes-
peare re? unit souvent des qualite? s et me^me des de? fauts contraires;
il est quelquefois en dec? a`, quelquefois en dela` de la sphe`re de
l'art; mais il posse`de encore plus la connaissance du coeur hu-
main que celle du the? a^tre.
Dans les drames, dans les ope? ras comiques et dans les come? -
dies , les Franc? ais montrent une sagacite? et une gra^ce que seuls
ils posse`dent a` ce degre? ; et d'un bout de l'Europe a` l'autre, on ne joue gue`re que des pie`ces franc? aises traduites: mais il n'en est
pas de me^me des trage? dies. Comme les re`gles se? ve`res auxquelles
on les soumet font qu'elles sont toutes plus ou moins renfer-
me? es dans un me^me cercle, elles ne sauraient se passer de la
perfection du style pour e^tre admire? es. Si l'on voulait risquer
en France, dans une trage? die, une innovation quelconque,
aussito^t on s'e? crierait que c'est un me? lodrame; mais n'im-
porte-t-il pas de savoir pourquoi les me? lodrames font plaisir a`
tant de gens? F,n Angleterre, toutes les classes sont e? galement
attire? es par les pie`ces de Shakespeare. Nos plus belles trage? dies
en France n'inte? ressent pas le peu pie; sous pre? texte d'ungou^t trop
pur et d'un sentiment trop de? licat pour supporter de certaines
e? motions, on divise l'art en deux; les mauvaises pie`ces con-
tiennent des situations touchantes mal exprime? es, et les belles
pie`ces peignent admirablement des situations souvent froides, a`
force d'e^tre dignes : nous posse? dons peu de trage? dies qui puis-
sent e? branler a` la fois l'imagination des hommes de tous les
rangs.
Ces observations n'ont assure? ment pas pourobjet le moindre
bla^mecontre nos grands mai^tres. Quelques sce`nes produisent des
impressions plus vives dans les pie`ces e? trange`res, mais rien ne
peut e^tre compare? a` l'ensemble imposant et bien combine? de nos
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? f90 DE LAUT DRAMATIQUE.
chefs-d'oeuvre dramatiques: la question seulement est de savoir
si, en se bornant, comme on le fait maintenant, a` l'imita-
tion deces chefs-d'oeuvre, il y en aura jamais de nouveaux.
Rien dans la vie ne doit e^tre stationnaire, et l'art est pe? trifie?
quand il ne change plus. Vingt ans de re? volution ont donne? a`
l'imagination d'autres besoins que ceux qu'elle e? prouvait quand
les romans deCre? billon peignaient l'amour et lasocie? te? du temps.
Les sujets grecs sont e? puise? s; un seul homme, Lemercier , a
su me? riter encore une nouvelle gloire dans un sujet antique,
Agamemnon; mais la tendance naturelle du sie`cle, c'est la tra-
ge? die historique.
Tout est trage? die dans les e? ve? nements qui inte? ressent les
nations; et cet immense drame, que le genre humain repre? sente
depuis six mille ans, fournirait des sujets sans nombre pour le
the? a^tre, si l'on donnait plus de liberte? a` l'art dramatique. Les
re`gles ne sont que l'itine? raire du ge? nie; elles nous apprennent
seulement que Corneille, Racine et Voltaire ont passe? parla;
mais si l'on arrive au but, pourquoi chicaner sur la route? et le
but n'est-il pas d'e? mouvoir l'a^me en l'ennoblissant?
La curiosite? estun des grands mobiles du the? a^tre; ne? anmoins
l'inte? re^t qu'excite la profondeur des affections est le seul ine? pui-
sable. On s'attache a` la poe? sie, qui re? ve`le l'homme a` l'homme;
on aime a` voir comment la cre? ature semblable a` nous se de? bat
avec la souffrance, y succombe, en triomphe, s'abat et se rele`ve
sous la puissance du sort. Dans quelques-unes de nos trage? dies,
il y a des situations tout au si violentes que dans les trage? dies an-
glaises ou allemandes; mais ces situations ne sont pas pre? sente? es
dans toute leur force, et quelquefois c'est par l'affectation qu'on
en adoucit l'effet, ou pluto^t qu'on l'efface. L'on sort rarement
d'une certaine nature convenue, qui reve^t de ses couleurs les
moeurs anciennes comme les moeurs modernes, le crime comme
la vertu, l'assassinat comme la galanterie. Cette nature est belle
et soigneusement pare? e; mais on s'en fatigue a` la longue, et le
besoin de se plonger dans des myste`res plus profonds doit s'em-
parer invinciblement du ge? nie.
Il serait donc a` de? sirer qu'on pu^t sortir de l'enceinte que les
he? mistiches et les rimes ont trace? e autour de l'art; il faut per-
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? DES DRAMES DE LESSIAO. 191
mettre plusde hardiesse, il fautexiger plus de connaissance de
l'histoire; car si l'on s'en tient exclusivement a` ces copies tou-
jours plus pa^les des me^mes chefs-d'oeuvre, on finira par ne plus
voir au the? a^tre que des marionnettes he? roi? ques, sacrifiant
l'amour au devoir, pre? fe? rant la mort a` l'esclavage, inspire? es par
l'antithe`se,dans leurs actions comme dans leurs paroles, mais
sans aucun rapport avec cette e? tonnante cre? ature qu'on appelle
l'homme, avec la destine? e redoutable qui tour a` tour l'entrai^ne
et le poursuit.
Les de? fauts du the?
a^tre allemand sontfaciles a` remarquer: tout
ce qui tient au manque d'usage du monde, dans les arts comme
dans la socie? te? , frappe d'abord les esprits les plus superficiels;
mais, pour sentir les beaute? s qui viennent de l'a^me, il estne? ces-saire d'apporter dans l'appre? ciation des ouvrages qui nous sont
pre? sente? s un genre de bonhomie tout a` fait d'accord avec une
haute supe? riorite? . La moquerie n'est souvent qu'un sentiment
vulgaire traduit en impertinence. La faculte? d'admirer la ve? rita-
ble grandeur, a` travers les fautes de gou^t en litte? rature, comme
a` travers les inconse? quences dans la vie, cette faculte? est la seule
qui honore celui qui juge.
En faisant connai^tre un the? a^tre fonde? sur des principes tre`s-
diffe? rents des no^tres, je ne pre? tends assure? ment, ni que ces
principes soient les meilleurs, ni surtout qu'on doive les adop-
teren France: mais des combinaisons e? trange`res peuvent ex-
citer des ide? es nouvelles; et quand on voit de quelle ste? rilite?
notre litte? rature est menace? e, il me parai^t difficile de ne pas
de? sirer que nos e? crivains reculent un peu les bornes de la carrie`re; ne feraient-ils pas bien de devenir a` leur tour conque? -
rants dans l'empire de l'imagination? 11 n'en doit gue`re cou^ter
a` des Franc? ais pour suivre un semblable conseil.
CHAPITRE XVI.
Des drames de Lessing.
Le the? a^tre allemand n'existait pas avant Lessing; on n'y
jouait que des traductions ou des imitations des pie`ces e? trau-
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? 192 DES DRAMES DE LESSING.
ge`res. Le the? a^tre a plus besoin encore que les autres branches
de la litte? rature d'une capitale ou` les ressources de la richesse
et des arts soient re? unies; et tout est disperse? en Allemagne.
Dans une ville il y a des acteurs; dans l'autre, des auteurs;
dans une troisie`me, des spectateurs ; et nulle part un foyer ou`
tous les moyens soient rassemble? s. Lessing employa l'activite?
naturelle de son caracte`re a` donner un the? a^tre national a` ses
compatriotes, et il e? crivit un journal intitule? la Dramaturgie,
dans lequel il examina la plupart des pie`ces traduites du fran-
c? ais , qu'on repre? sentait en Allemagne: la parfaite justesse d'es-
prit qu'il montre dans ses critiques suppose encore plus de phi-
losophie que de connaissance de l'art. Lessing, en ge? ne? ral,
pensait comme Diderot sur l'art dramatique. Il croyait que la
se? ve`re re? gularite? des trage? dies franc? aises s'opposait a` ce qu'on
pu^t traiter un grand nombre de sujets simples et touchants, et
qu'il fallait faire des drames pour y supple? er. Mais Diderot,
dans ses pie`ces, mettait l'affectation du naturel a` la place de
l'affectation de convention, tandis que le talentde Lessing est
vraiment simple etsince`re. Il a donne? le premieraux Alle-
mands l'honorable impulsion de travailler pour le the? a^tre d'a-
pre`s leur propre ge? nie. L'originalite? de son caracte`re se manifeste
dans ses pie`ces: cependant elles sont soumises aux me^mes
principes que les no^tres; leur forme n'a rien de particulier, et
quoiqu'il ne s'embarrassa^t gue`re de l'unite? de temps ni de
lieu, il ne s'est point e? leve? , comme Goethe et Schiller, a` la con-
ception d'un syste`me nouveau. Minna de Barnhelm , Emilia
Galotti, et Nathan le Sage, sont les trois drames de Lessing
qui me? ritent d'e^tre cite? s.
Un officier d'un noble caracte`re, apre`s avoir rec? u plusieurs
blessures a` l'arme? e, se voit tout a` coup menace? dans son honneur
par un proce`s injuste; il ne veut pas laisser voir a` la femme
qu'il aime, et dont il est aime? , l'amour qu'il a pour elle, de? termine?
qu'il est a` ne pas lui faire partager son malheur en l'e? pousant.
Voila` tout le sujet de Mlnna de Rarnhelm. Avec des moyens
aussi simples, Lessing a su produire un grand inte? re^t ; le dialogue
est plein d'esprit et de charme, le style tre`s-pur, et chaque per-
sonnage se fait si bien connai^tre, que les moindres nuances de
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? DES DRAMES DE LESSING. 193
ses impressions inte? ressent, comme la confidence d'un ami. Le
caracte`re d'un vieux sergent, de? voue? de toute son a^me au jeune
officier qu'on perse? cute, offre un me? lange heureux de gaiete? et
de sensibilite? ; ce genre de ro^le re? ussit toujours au the? a^tre;
la gaiete? plai^t davantage quand on est assure? qu'elle ne tient pas
a` l'insouciance, et la sensibilite? parai^t plus naturelle quand
elle ne se montre que par intervalles. Dans cette me^me pie`ce, il
y a un ro^le d'aventurier franc? ais tout a` fait manque? ; il faut
avoir la main le? ge`re pour trouver ce qui peut pre^ter a` la mo-
querie dans les Franc? ais; et la plupart des e? trangers ne les ont
peints qu'avec des traits lourds et dont la ressemblance n'est ni
de? licate ni frappante.
E? milia Galotti n'est que le sujet de Virginie transporte? dans
une circonstance moderne et particulie`re; ce sont des senti-
ments trop forts pour le cadre, c'est une action trop e? nergique
pour qu'on puisse l'attribuer a` un nom inconnu. Lessing avait
sans doute un sentiment d'humeur assez re? publicain contre les
courtisans, car il se complai^t dans la peinture de celui qui veut
aider son mai^tre a` de? shonorer une jeune fille innocente; ce
courtisan, Martinelli, est presque trop vil pour la vraisemblance,
et les traits de sa bassesse n'ont pas assez d'originalite? : l'on sent
que Lessing l'a repre? sente? ainsi dans un but hostile, et rien
ne nuit a` la beaute? d'une fiction comme une intention quelcon-
que qui n'a pas cette beaute? me^me pour objet. Le personnage du
prince est traite? par l'auteur avec plus de finesse; les passions tu-
multueuses et la le? ge`rete? de caracte`re, dont la re? union est si fu-
neste dans un homme puissant, se font sentir dans toute sa con-
duite; un vieux ministre lui apporte des papiers parmi lesquels
se trouve une sentence de mort: dans son impatience d'aller
voir celle qu'il aime, le prince est pre^t a` la signer sans y re-
garder; le ministre prend un pre? texte pour ne la pas donner,
fre? missant de voir exercer avec cette irre? flexion une telle puis-
sance. Le ro^le de la comtesse Orsina, jeune mai^tresse du prince,
qu'il abandonne pour Emilie, est fait avec le plus grand talent;
c'est un me? lange de frivolite? et de violence qui peut tre`s-bien
se rencontrer dans une Italienne attache? e a` une cour. On voit dans
cette femme ce que la socie? te? a produit, et ce que cette socie? te? 17
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? 191 LIES DH4MES DE LESSING.
me^me n'a pu de? truire, la nature du Midi, combine? e avec ce
qu'il y a de plus factice dans les moeurs du grand monde, et
le singulier assemblage de la fierte? dans le vice, et de la vanite?
dans la sensibilite? . Une telle peinture ne pourrait entrer ni dans
nos vers, ni dans nos formes convenues, mais elle n'en est pas
moins tragique.
La sce`ne dans laquelle la comtesse Orsina excite le pe`re d'E? -
milie a` tuer le prince, pour de? rober sa fille a` la honte qui la me-
nace, est de la plus grande beaute? ; le vice y arme la vertu, la
passion y sugge`re tout ce que la plus auste`re se? ve? rite? pourrait
dire pour enflammerl'honneur jaloux d'un vieillard ; c'est le coeur
humain pre? sente? dans une situation nouvelle, et c'est en cela
que consiste le vrai ge? nie dramatique. Le vieillard prend le poi-
gnard, et, ne pouvant assassiner le prince, il s'en sert pour im-
moler sa propre fille. Orsina, sans le savoir, est l'auteur de
cette action terrible; elle a grave? ses passage`res fureurs dans une
a^me profonde, et les plaintes insense? es de son amour coupable
ont fait verser le sang innocent.
On remarque dans les ro^les principaux des pie`ces de Lessing
un certain air de famille, qui ferait croire que c'est lui-me^me
qu'il a peint dans ses personnages; le major Tellheim, dans
Minna, Odoard, le pe`re d'E? milie, etle templier, dans Nathan,
ont tous les trois une sensibilite? fie`re dont la teinte est misanthropique.
Le plus beau des ouvrages de Lessing c'est Nathan le Sage;
on ne peut voir dans aucune pie`ce la tole? rance religieuse mise
en action avec plus de naturel et de dignite? . Un Turc, un tem-
plier et un juif sont les principaux personnages de ce drame;
la premie`re ide? e en est puise? e dans le conte des trois Anneaux
de Bocace; mais l'ordonnance de l'ouvrage appartient en entiera` Lessing. Le Turc, c'est le sultan Saladin, que l'histoire repre? -
sente comme un homme plein de grandeur; le jeune templier a
dans le caracte`re toute la se? ve? rite? de l'e? tat religieux qu'il pro-
fesse, et le juif est un vieillard qui a acquis une grande fortune
dans le commerce, mais dont les lumie`res et la bienfaisance
rendent les habitudes ge? ne? reuses. Il comprend toutes les croyan-
ces since`res, et voit la Divinite?