rience, etles observateurs
profonds
ne se refusent point aux
re?
re?
Madame de Stael - De l'Allegmagne
couvertes modernes, la poudre, l'im-
primerie, ont e? te? faites par les Allemands, et ne? anmoins la ten-
dance des esprits, en Allemagne, a toujours e? te? vers l'ide? alisme.
Bacon a compare? la philosophie spe? culative a` l'alouette qui
s'e? le`ve jusqu'aux cieux , et redescend sans rien rapporter de sa
course, et la philosophie expe? rimentale, au faucon qui s'e? le`ve
aussi haut, mais revient avec sa proie.
Peut-e^tre que de nos jours Bacon eu^t senti les inconve? nients de la philosophie purement expe? rimentale; elle a travesti la
pense? e en sensation, la morale en inte? re^t personnel, et la nature
en me? canisme, car elletendait a` rabaisser toutes choses. Les Al-
lemands ont combattu son influence dans les sciences physiques,
comme dans un ordre plus releve? , et, tout en soumettant la na-
ture a` l'observation, ils conside`rent ses phe? nome`nes en ge? ne? ral
d'une manie`re vaste et anime? e; c'est toujours une pre? somption
en faveur d'une opinion, que son empire sur l'imagination, car
tout annonce que le beau est aussi le vrai, dans la sublime con-
ception de l'univers.
La philosophie nouvelle a de? ja` exerce? sous plusieurs rapports
son influence sur les sciences physiques en Allemagne; d'abord,
le me^me esprit d'universalite? que j'ai remarque? dans les litte? ra-
teurs etles philosophes, se retrouve aussi dans les savants. Hum-
boldt raconte en observateur exact les voyages dont il a brave? les
dangers en chevalier valeureux, et ses e? crits inte? ressent e? gale-
ment les physiciens et les poetes. Schelling, Bader, Schubert, etc. ,
ont publie? des ouvrages dans lesquels les sciences sont pre? sente? es sous un point de vue qui captive la re? flexion et l'imagina-
tion: et longtemps avant que les me? taphysiciens modernes eus-
sent existe? , Keppler et Haller avaient su tout a` la fois observer
et deviner la nature.
L'attrait de la socie? te? est si grand en France, qu'elle ne permet
a` personne de donner beaucoup de temps au travail. Il est donc
naturel qu'on n'ait point de confiance dans ceux qui veulent re? u-
nir plusieurs genres d'e? tudes. Mais dans un pays ou` la vie entie`re
d'un homme peut e^tre livre? e a` la me? ditation, on a raison d'en-
? ? ourager la multiplicite? des connaissances; on se donne ensuite
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? NOUVELLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE. 455
exclusivement a` celle de toutes que l'on pre? fe`re; mais il est peut-e^tre impossible de comprendre a` fond une science sans s'e^tre oc-
cupe? de toutes. Sir Humphry Davy, maintenant le premier chi-
miste de l'Angleterre, cultive les lettres avec autant de gou^t que
de succe`s. La litte? rature re? pand des lumie`res sur les sciences,
comme les sciences sur la litte? rature; et la connexion qui existe
entre tous les objets de la nature doit avoir lieu de me^me dans les
ide? es de l'homme.
L'universalite? des connaissances conduit ne? cessairement au
de? sir de trouver les lois ge? ne? rales de l'ordre physique. Les Alle-
mandsdescendent de la the? orie a` l'expe? rience, tandis que les
Franc? ais remontent de l'expe? rience a` la the? orie. Les Franc? ais,
en litte? rature, reprochentaux Allemands de n'avoir que desbeau-
te? s de de? tail, et de ne pas s'entendre a` la composition d'un ou-
vrage, lies Allemands reprochent aux Franc? ais de ne conside? rer
que les faits particuliers dans les sciences, et de ne pas les ral-
lier a` un syste`me; c'est en cela principalement que consiste la
diffe? rence entre les savants allemands et les savants francais.
En effet, s'il e? tait possible de de? couvrir les principes qui re? -
gisseDt cet univers, il vaudrait certainement mieux partir de
cette source pour e? tudier tout ce qui en de? rive; mais on ne sait
gue`re rien de l'ensemble en toutes choses qu'a` l'aide des de? tails,
et la nature n'est pour l'homme que les feuilles e? parses de la
Sibylle, dont nul, jusqu'a` ce jour, n'a pu faire un livre. Ne? an-
moins les savants allemands, qui sont en me^me temps philoso-
phes, re? pandent un inte? re^t prodigieux sur la contemplation des
phe? nome`nes de ce monde: ils n'interrogent point la nature au
hasard, d'apre`s le cours accidentel des expe? riences; mais ils pre? -
disent par la pense? e ce que l'observation doit confirmer.
Deux grandes vues ge? ne? rales leur servent de guide dans l'e? -
tude des sciences: l'une, que l'univers est fait sur le mode`le de
l'a^me humaine; et l'autre, que l'analogie de chaque partie de
l'univers avec l'ensemble est telle que la me^me ide? e se re? fle? chit
constamment du tout dans chaque partie, et de chaque partie
dans le tout.
C'est une belle conception que celle qui tend a` trouver la res-
semblance des lois de l'entendement humain avec celles de la na-
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? 456 NOUVELLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE.
lure, et conside`re le monde physique comme le relief du monde
moral. Si le me^me ge? nie e? tait capable de composer l'Iliade et de
sculpter comme Phidias, le Jupiter du sculpteur ressemblerait
au Jupiter du poete; pourquoi donc l'intelligence supre^me, qui
a forme? la nature et l'a^me, n'aurait-elle pas fait de l'une l'em-
ble`me de l'autre? Ce n'est point un vain jeu de l'imagination ,
que ces me? taphores continuelles qui servent a` comparer nos sen-
timents avec les phe? nome`nes exte? rieurs; la tristesse, avec le ciel
couvert de nuages; le calme, avec les rayons argente? s de la lune;
la cole`re, avec les flots agite? s par les vents : c'est la me^me pen-
se? e du Cre? ateur qui se traduit dans deux langages diffe? rents, et
l'un peut servir d'interpre`te a` l'autre. Presque tous les axiomes
de physique correspondent a`des maximes de morale. Cette espe`ce
de marche paralle`le qu'on aperc? oit entre le monde et l'intelli-
gence est l'indice d'un grand myste`re, et tous les esprits en se-
raient frappe? s, si l'on parvenait a` en tirer des de? couvertes posi-
tives; mais toutefois cette lueur encore incertaine porte bien loin
les regards. Les analogies des divers e? le? ments de la nature physique entre
eux servent a` constater la supre^me loi de la cre? ation, la
varie? te? dans l'unite? , et l'unite? dans la varie? te? . Qu'y a-t-il de plus
e? tonnant, par exemple, que le rapport des sons et des formes,
des sons et des couleurs? Un Allemand , Chladni, a fait nouvel-
lement l'expe? rience que les vibrations des sons mettent en mou-
vement des grains de sable re? unis sur un plateau de verre, de
telle manie`re que quand les tons sont purs, les grains de sable
se re? unissent en formes re? gulie`res, et quand les tons sont dis-
cordants, les grains de sable tracent sur le verre des figures sans
aucune syme? trie. L'aveugle-ne? Sanderson disait qu'il se repre? sen-
tait la couleur e? carlate comme le son de la trompette, et un sa-
vant a voulu faire un clavecin pour les yeux , qui pu^t imiter par
l'harmonie des couleurs le plaisir que cause la musique. Sans
cesse nous comparons la peinture a` la musique, et la musique
a` la peinture, parce que les e? motions que nous e? prouvons nous
re? ve`lent des analogies ou` l'observation froide ne verrait que
des diffe? rences. Chaque plante, chaque fleur contient le syste`me
entier de l'univers, un instant de vie rece`le en son sein l'e? ternite? ,
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? NOUVELLLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE. 457
le plus faible atome est un monde, et le monde peut-e^tre n'est
qu'un atome. Chaque portion de l'univers semble un miroir ou`
la cre? ation tout entie`re est repre? sente? e, et l'on ne sait ce qui ins-
pire le plus d'admiration, ou de la pense? e, toujours la me^me,
ou de la forme, toujours diverse.
On peut diviserles savants de l'Allemagne en deux classes, ceux
qui se vouent tout entiers a` l'observation, et ceux qui pre? tendent
a` l'honneur de pressentir les secrets de la nature. Parmi les pre-
miers , on doit citer d'abord Werner, qui a puise? dans la mine? -
ralogie la connaissance de la formation du globe et des e? poques
de son histoire; Herschell et Schroeter, qui font sans cesse des
de? couvertes nouvelles dans le pays des cieux; des astronomes
calculateurs tels que Zach et Bole; de grands chimistes tels que
Klaprothet Bucholz; dans la classe des physiciens philosophes,
il faut compter Schelling, Ritte? r, Bader, Steflens, etc. Les es-
prits les plus distingue? s de ces deux classes se rapprochent et s'en-
tendent, car les physiciens philosophes ne sauraient de? daigner
l'expe?
rience, etles observateurs profonds ne se refusent point aux
re? sultats possibles des hautes contemplations.
De? ja` l'attraction et l'impulsion ont e? te? l'objetd'un examen nou-
veau, et l'on en a fait une application heureuse aux affinite? s chi-
miques. La lumie`re, conside? re? e comme un interme? diaire entre
la matie`re et l'esprit, a donne? lieu a` plusieurs aperc? us tre`s-phi-
losophiques. L'on parle avec estime d'un travail de Goethe sur
les couleurs. Enfin, de toutes parts en Allemagne, l'e? mulation est
excite? e par le de? sir et l'espoir de re? unir la philosophie expe? ri-
mentale et la philosophiespe? culative,et d'agrandir ainsi la science
de l'homme et celle de la nature. L'ide? alisme intellectuel fait de la volonte? , qui est l'a^me, le
centre de tout: le principe de l'ide? alisme physique, c'est la vie.
L'homme parvient par la chimie, comme parle raisonnement,
au plus haut degre? de l'analyse; mais la vie lui e? chappe par la
chimie, comme le sentiment par le raisonnement. Un e? crivain
franc? ais avait pre? tendu que la pense? e n'e? tait autre chose qu'un
produit mate? riel du cerveau. Un autre savanta dit que lors-
qu'on serait plus avance? dans la chimie, on parviendrait a` sa39
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? 458 NOUVELLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE.
voir comment on fait dela` vie; l'un outrageait la nature, comme
l'autre outrageait l'a^me.
Il faut, disait Fichte, comprendre ce quiest incompre? hen-
sible comme tel. Cette expression singulie`re renferme un sens
profond: il faut sentir et reconnai^tre ce qui doit rester inaccessi-
ble a` l'analyse, et dont l'essor de la pense? e peut seul approcher. On a cru trouver dans la nature trois modes d'existence dis-
tincts : la ve? ge? tation, l'irritabilite? , et la sensibilite? . Les plantes,
les animaux et les hommes se trouvent renferme? s dans ces trois
manie`res de vivre, et si l'on veut appliquer aux individus me^-
mes de notre espe`ce cette division inge? nieuse, on verra que,
parmi les diffe? rents caracte`res, on peut e? galement la retrouver.
Les uns ve? ge`tentcomme des plantes, les autres jouissent ou s'ir-
ritent a` la manie`re des animaux, et les plus nobles enfin posse`-
'dent et de? veloppent en eux les qualite? s qui distinguent la nature
humaine. Quoi qu'il en soit, la volonte? qui est la vie, la vie qui
est aussi la volonte? , renferment tout le secret de l'univers et de
nous-me^mes, et ce secret-la`, comme on ne peut ni le nier ni
l'expliquer, il faut y arriver ne? cessairement par une espe`ce de
divination.
Quel emploi de force ne faudrait-il pas pour e? branler avec
un levier fait sur le mode`le du bras les poids que le bras sou-
le`ve! Ne voyons-nous pas tous les jours la cole`re, ou quelque
autre affection de l'a^me, augmenter comme par miracle la puis-
sance du corps humain? Quelle est donc cette puissance myste? -
rieuse de la nature qui se manifeste par la volonte? de l'homme?
et comment, sans e? tudier sa cause et ses effets, pourrait-on faire
aucune de? couverte importante dans la the? orie des puissances
physiques?
La doctrine de l'E? cossais Brown, analyse? e plus profonde? ment
en Allemagne que partout ailleurs, est fonde? e sur ce me^me sys-
te`me d'action et d'unite? centrales, qui est si fe? cond dans ses
conse? quences. Brown a cru que l'e? tat de souffrance ou l'e? tat de
sante? ne tenait point a` des maux partiels, mais a` l'intensite? du
principe vital, qui s'affaiblissait ou s'exaltait selon les diffe? ren-
tes vicissitudes de l'existence.
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? NOUVELLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE. 459
Parmi les savants anglais, il n'y a gue`re que Hartley et son
disciple Priestley, qui aient pris la me? taphysique comme la phy-
sique sous un point de vue tout a` fait mate? rialiste. On dira que
la physique ne peut e^tre que mate? rialiste; j'ose ne pas e^tre de
cet avis. Ceux qui font de l'a^me me^me un e^tre passif, bannis-
sent a` plus forte raison des sciences positives l'inexplicable as-
cendant de la volonte? de l'homme; et cependant il est plusieurs
circonstances dans lesquelles cette volonte? agit sur l'intensite?
de la vie, et la vie sur la matie`re. Le principe de l'existence est
comme un interme? diaire entre le corps et l'a^me, dont la puis-
sance ne saurait e^tre calcule? e, mais ne peut e^tre nie? e sans me? -
connai^tre ce qui constitue la nature anime? e, et sans re? duire ses
lois purement au me? canisme.
Le docteur Gall, de quelque manie`re que son syste`me soit
juge? , est respecte? de tous les savants pour les e? tudes et les de? -
couvertes qu'il a faites dans la science de l'anatomie; et si l'on
conside`re les organes de la pense? e comme diffe? rents d'elle-me^me,
c'est-a`dire, comme les moyens qu'elle emploie, on peut, ce
me semble, admettre que la me? moire et le calcul, l'aptitude a`
telle ou telle science, le talent pour tel ou tel art, enfin tout ce
qui sert d'instrument a` l'intelligence, de? pend en quelque sorte
de la structure du cerveau. S'il existe une e? chelle gradue? e de-
puis la pierre jusqu'a` la vie humaine, il doit y avoir de certai-
nes faculte? s en nous qui tiennent de l'a^me et du corps tout a` la
fois; et de ce nombre sont la me? moire et le calcul, les plus phy-
siques de nos faculte? s intellectuelles, et les plus intellectuelles
de nos faculte? s physiques. Mais l'erreur commencerait au mo-
ment ou` l'on voudrait attribuer a` la structure du cerveau une
influence sur les qualite? s morales, car la volonte? est tout a` fait
inde? pendante des faculte? s physiques: c'est dans l'action pure-
ment intellectuelle de cette volonte? que consiste la conscience,
et la conscience est et doit e^tre affranchie de l'organisation cor-
porelle. Tout ce qui tendrait a` nous o^ter la responsabilite? de nos
actions serait faux et mauvais.
tin jeune me? decin d'un grand talent, Koreff, attire de? ja` l'at-
tention de ceux qui l'ont entendu, par des conside? rations toutes
nouvelles sur le principe de la vie, sur l'action de la mort, sur
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? ? 460 NOUVELLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE.
les causes de la folie; tout ce mouvement dans les esprits an-
nonce une re? volution quelconque, me^me dans la manie`re de
conside? rer les sciences. Il est impossible d'en pre? voir encore
les re? sultats; mais ce qu'on peut affirmer avec ve? rite? , c'est que
si les Allemands se laissent guider par l'imagination, ils ne s'e? -
pargnent aucun travail, aucune recherche, aucune e? tude, et
re? unissent au plus haut degre? deux qualite? s qui semblent s'ex-
clure, la patience et l'enthousiasme.
Quelques savants allemands, poussant encore plus loin l'ide? a-
lisme physique, combattent l'axiome qu'il n'y a pas d'action a`
distance, et veulent, au contraire, re? tablir partout le mouve-
ment spontane? dans la nature. Ils rejettent l'hypothe`se des
fluides, dont les effets tiendraient a` quelques e? gards des forces
me? caniques, qui se pressent et se refoulent, sans qu'aucune or-
ganisation inde? pendante les dirige.
Ceux qui conside`rent la nature comme une intelligence ne
donnent pas a` ce mot le me^me sens qu'on a coutume d'y atta-
cher; car la pense? e de l'homme consiste dans la faculte? de se re-
plier sur soi-me^me, et l'intelligence de la nature marche en
avant, comme l'instinct des animaux. La pense? e se posse`de elle-
me^me, puisqu'elle se juge; l'intelligence sans re? flexion est une
puissance toujours attire? e au dehors. Quand la nature cristallise
selon les formes les plus re? gulie`res, il ne s'ensuit pas qu'elle
sache les mathe? matiques, ou du moins elle ne sait pas qu'elle
les sait, et la conscience d'elle-me^me lui manque. Les savants
allemands attribuent aux forces physiques une certaine origi-
nalite? individuelle, et, d'autre part, ils paraissent admettre,
dans leur manie`re de pre? senter quelques phe? nome`nes du magne? -
tisme animal, que la volonte? de l'homme, sans acte exte? rieur,
exerce une tre`s-grande influence sur la matie`re, et spe? cialement
sur les me? taux.
Pascal dit que les astrologues et les alchimistes ont quelques
principes, mais qu'ils en abusent. Il y a eu peut-e^tre dans l'an-
tiquite? des rapports plus intimes entre l'homme et la nature
qu'il n'en existe de nos jours. Les myste`res d'Eleusis, le culte
des E? gyptiens, le syste`me des e? manations, chez les Indiens,
l'adoration des e?
primerie, ont e? te? faites par les Allemands, et ne? anmoins la ten-
dance des esprits, en Allemagne, a toujours e? te? vers l'ide? alisme.
Bacon a compare? la philosophie spe? culative a` l'alouette qui
s'e? le`ve jusqu'aux cieux , et redescend sans rien rapporter de sa
course, et la philosophie expe? rimentale, au faucon qui s'e? le`ve
aussi haut, mais revient avec sa proie.
Peut-e^tre que de nos jours Bacon eu^t senti les inconve? nients de la philosophie purement expe? rimentale; elle a travesti la
pense? e en sensation, la morale en inte? re^t personnel, et la nature
en me? canisme, car elletendait a` rabaisser toutes choses. Les Al-
lemands ont combattu son influence dans les sciences physiques,
comme dans un ordre plus releve? , et, tout en soumettant la na-
ture a` l'observation, ils conside`rent ses phe? nome`nes en ge? ne? ral
d'une manie`re vaste et anime? e; c'est toujours une pre? somption
en faveur d'une opinion, que son empire sur l'imagination, car
tout annonce que le beau est aussi le vrai, dans la sublime con-
ception de l'univers.
La philosophie nouvelle a de? ja` exerce? sous plusieurs rapports
son influence sur les sciences physiques en Allemagne; d'abord,
le me^me esprit d'universalite? que j'ai remarque? dans les litte? ra-
teurs etles philosophes, se retrouve aussi dans les savants. Hum-
boldt raconte en observateur exact les voyages dont il a brave? les
dangers en chevalier valeureux, et ses e? crits inte? ressent e? gale-
ment les physiciens et les poetes. Schelling, Bader, Schubert, etc. ,
ont publie? des ouvrages dans lesquels les sciences sont pre? sente? es sous un point de vue qui captive la re? flexion et l'imagina-
tion: et longtemps avant que les me? taphysiciens modernes eus-
sent existe? , Keppler et Haller avaient su tout a` la fois observer
et deviner la nature.
L'attrait de la socie? te? est si grand en France, qu'elle ne permet
a` personne de donner beaucoup de temps au travail. Il est donc
naturel qu'on n'ait point de confiance dans ceux qui veulent re? u-
nir plusieurs genres d'e? tudes. Mais dans un pays ou` la vie entie`re
d'un homme peut e^tre livre? e a` la me? ditation, on a raison d'en-
? ? ourager la multiplicite? des connaissances; on se donne ensuite
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? NOUVELLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE. 455
exclusivement a` celle de toutes que l'on pre? fe`re; mais il est peut-e^tre impossible de comprendre a` fond une science sans s'e^tre oc-
cupe? de toutes. Sir Humphry Davy, maintenant le premier chi-
miste de l'Angleterre, cultive les lettres avec autant de gou^t que
de succe`s. La litte? rature re? pand des lumie`res sur les sciences,
comme les sciences sur la litte? rature; et la connexion qui existe
entre tous les objets de la nature doit avoir lieu de me^me dans les
ide? es de l'homme.
L'universalite? des connaissances conduit ne? cessairement au
de? sir de trouver les lois ge? ne? rales de l'ordre physique. Les Alle-
mandsdescendent de la the? orie a` l'expe? rience, tandis que les
Franc? ais remontent de l'expe? rience a` la the? orie. Les Franc? ais,
en litte? rature, reprochentaux Allemands de n'avoir que desbeau-
te? s de de? tail, et de ne pas s'entendre a` la composition d'un ou-
vrage, lies Allemands reprochent aux Franc? ais de ne conside? rer
que les faits particuliers dans les sciences, et de ne pas les ral-
lier a` un syste`me; c'est en cela principalement que consiste la
diffe? rence entre les savants allemands et les savants francais.
En effet, s'il e? tait possible de de? couvrir les principes qui re? -
gisseDt cet univers, il vaudrait certainement mieux partir de
cette source pour e? tudier tout ce qui en de? rive; mais on ne sait
gue`re rien de l'ensemble en toutes choses qu'a` l'aide des de? tails,
et la nature n'est pour l'homme que les feuilles e? parses de la
Sibylle, dont nul, jusqu'a` ce jour, n'a pu faire un livre. Ne? an-
moins les savants allemands, qui sont en me^me temps philoso-
phes, re? pandent un inte? re^t prodigieux sur la contemplation des
phe? nome`nes de ce monde: ils n'interrogent point la nature au
hasard, d'apre`s le cours accidentel des expe? riences; mais ils pre? -
disent par la pense? e ce que l'observation doit confirmer.
Deux grandes vues ge? ne? rales leur servent de guide dans l'e? -
tude des sciences: l'une, que l'univers est fait sur le mode`le de
l'a^me humaine; et l'autre, que l'analogie de chaque partie de
l'univers avec l'ensemble est telle que la me^me ide? e se re? fle? chit
constamment du tout dans chaque partie, et de chaque partie
dans le tout.
C'est une belle conception que celle qui tend a` trouver la res-
semblance des lois de l'entendement humain avec celles de la na-
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? 456 NOUVELLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE.
lure, et conside`re le monde physique comme le relief du monde
moral. Si le me^me ge? nie e? tait capable de composer l'Iliade et de
sculpter comme Phidias, le Jupiter du sculpteur ressemblerait
au Jupiter du poete; pourquoi donc l'intelligence supre^me, qui
a forme? la nature et l'a^me, n'aurait-elle pas fait de l'une l'em-
ble`me de l'autre? Ce n'est point un vain jeu de l'imagination ,
que ces me? taphores continuelles qui servent a` comparer nos sen-
timents avec les phe? nome`nes exte? rieurs; la tristesse, avec le ciel
couvert de nuages; le calme, avec les rayons argente? s de la lune;
la cole`re, avec les flots agite? s par les vents : c'est la me^me pen-
se? e du Cre? ateur qui se traduit dans deux langages diffe? rents, et
l'un peut servir d'interpre`te a` l'autre. Presque tous les axiomes
de physique correspondent a`des maximes de morale. Cette espe`ce
de marche paralle`le qu'on aperc? oit entre le monde et l'intelli-
gence est l'indice d'un grand myste`re, et tous les esprits en se-
raient frappe? s, si l'on parvenait a` en tirer des de? couvertes posi-
tives; mais toutefois cette lueur encore incertaine porte bien loin
les regards. Les analogies des divers e? le? ments de la nature physique entre
eux servent a` constater la supre^me loi de la cre? ation, la
varie? te? dans l'unite? , et l'unite? dans la varie? te? . Qu'y a-t-il de plus
e? tonnant, par exemple, que le rapport des sons et des formes,
des sons et des couleurs? Un Allemand , Chladni, a fait nouvel-
lement l'expe? rience que les vibrations des sons mettent en mou-
vement des grains de sable re? unis sur un plateau de verre, de
telle manie`re que quand les tons sont purs, les grains de sable
se re? unissent en formes re? gulie`res, et quand les tons sont dis-
cordants, les grains de sable tracent sur le verre des figures sans
aucune syme? trie. L'aveugle-ne? Sanderson disait qu'il se repre? sen-
tait la couleur e? carlate comme le son de la trompette, et un sa-
vant a voulu faire un clavecin pour les yeux , qui pu^t imiter par
l'harmonie des couleurs le plaisir que cause la musique. Sans
cesse nous comparons la peinture a` la musique, et la musique
a` la peinture, parce que les e? motions que nous e? prouvons nous
re? ve`lent des analogies ou` l'observation froide ne verrait que
des diffe? rences. Chaque plante, chaque fleur contient le syste`me
entier de l'univers, un instant de vie rece`le en son sein l'e? ternite? ,
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? NOUVELLLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE. 457
le plus faible atome est un monde, et le monde peut-e^tre n'est
qu'un atome. Chaque portion de l'univers semble un miroir ou`
la cre? ation tout entie`re est repre? sente? e, et l'on ne sait ce qui ins-
pire le plus d'admiration, ou de la pense? e, toujours la me^me,
ou de la forme, toujours diverse.
On peut diviserles savants de l'Allemagne en deux classes, ceux
qui se vouent tout entiers a` l'observation, et ceux qui pre? tendent
a` l'honneur de pressentir les secrets de la nature. Parmi les pre-
miers , on doit citer d'abord Werner, qui a puise? dans la mine? -
ralogie la connaissance de la formation du globe et des e? poques
de son histoire; Herschell et Schroeter, qui font sans cesse des
de? couvertes nouvelles dans le pays des cieux; des astronomes
calculateurs tels que Zach et Bole; de grands chimistes tels que
Klaprothet Bucholz; dans la classe des physiciens philosophes,
il faut compter Schelling, Ritte? r, Bader, Steflens, etc. Les es-
prits les plus distingue? s de ces deux classes se rapprochent et s'en-
tendent, car les physiciens philosophes ne sauraient de? daigner
l'expe?
rience, etles observateurs profonds ne se refusent point aux
re? sultats possibles des hautes contemplations.
De? ja` l'attraction et l'impulsion ont e? te? l'objetd'un examen nou-
veau, et l'on en a fait une application heureuse aux affinite? s chi-
miques. La lumie`re, conside? re? e comme un interme? diaire entre
la matie`re et l'esprit, a donne? lieu a` plusieurs aperc? us tre`s-phi-
losophiques. L'on parle avec estime d'un travail de Goethe sur
les couleurs. Enfin, de toutes parts en Allemagne, l'e? mulation est
excite? e par le de? sir et l'espoir de re? unir la philosophie expe? ri-
mentale et la philosophiespe? culative,et d'agrandir ainsi la science
de l'homme et celle de la nature. L'ide? alisme intellectuel fait de la volonte? , qui est l'a^me, le
centre de tout: le principe de l'ide? alisme physique, c'est la vie.
L'homme parvient par la chimie, comme parle raisonnement,
au plus haut degre? de l'analyse; mais la vie lui e? chappe par la
chimie, comme le sentiment par le raisonnement. Un e? crivain
franc? ais avait pre? tendu que la pense? e n'e? tait autre chose qu'un
produit mate? riel du cerveau. Un autre savanta dit que lors-
qu'on serait plus avance? dans la chimie, on parviendrait a` sa39
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voir comment on fait dela` vie; l'un outrageait la nature, comme
l'autre outrageait l'a^me.
Il faut, disait Fichte, comprendre ce quiest incompre? hen-
sible comme tel. Cette expression singulie`re renferme un sens
profond: il faut sentir et reconnai^tre ce qui doit rester inaccessi-
ble a` l'analyse, et dont l'essor de la pense? e peut seul approcher. On a cru trouver dans la nature trois modes d'existence dis-
tincts : la ve? ge? tation, l'irritabilite? , et la sensibilite? . Les plantes,
les animaux et les hommes se trouvent renferme? s dans ces trois
manie`res de vivre, et si l'on veut appliquer aux individus me^-
mes de notre espe`ce cette division inge? nieuse, on verra que,
parmi les diffe? rents caracte`res, on peut e? galement la retrouver.
Les uns ve? ge`tentcomme des plantes, les autres jouissent ou s'ir-
ritent a` la manie`re des animaux, et les plus nobles enfin posse`-
'dent et de? veloppent en eux les qualite? s qui distinguent la nature
humaine. Quoi qu'il en soit, la volonte? qui est la vie, la vie qui
est aussi la volonte? , renferment tout le secret de l'univers et de
nous-me^mes, et ce secret-la`, comme on ne peut ni le nier ni
l'expliquer, il faut y arriver ne? cessairement par une espe`ce de
divination.
Quel emploi de force ne faudrait-il pas pour e? branler avec
un levier fait sur le mode`le du bras les poids que le bras sou-
le`ve! Ne voyons-nous pas tous les jours la cole`re, ou quelque
autre affection de l'a^me, augmenter comme par miracle la puis-
sance du corps humain? Quelle est donc cette puissance myste? -
rieuse de la nature qui se manifeste par la volonte? de l'homme?
et comment, sans e? tudier sa cause et ses effets, pourrait-on faire
aucune de? couverte importante dans la the? orie des puissances
physiques?
La doctrine de l'E? cossais Brown, analyse? e plus profonde? ment
en Allemagne que partout ailleurs, est fonde? e sur ce me^me sys-
te`me d'action et d'unite? centrales, qui est si fe? cond dans ses
conse? quences. Brown a cru que l'e? tat de souffrance ou l'e? tat de
sante? ne tenait point a` des maux partiels, mais a` l'intensite? du
principe vital, qui s'affaiblissait ou s'exaltait selon les diffe? ren-
tes vicissitudes de l'existence.
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Parmi les savants anglais, il n'y a gue`re que Hartley et son
disciple Priestley, qui aient pris la me? taphysique comme la phy-
sique sous un point de vue tout a` fait mate? rialiste. On dira que
la physique ne peut e^tre que mate? rialiste; j'ose ne pas e^tre de
cet avis. Ceux qui font de l'a^me me^me un e^tre passif, bannis-
sent a` plus forte raison des sciences positives l'inexplicable as-
cendant de la volonte? de l'homme; et cependant il est plusieurs
circonstances dans lesquelles cette volonte? agit sur l'intensite?
de la vie, et la vie sur la matie`re. Le principe de l'existence est
comme un interme? diaire entre le corps et l'a^me, dont la puis-
sance ne saurait e^tre calcule? e, mais ne peut e^tre nie? e sans me? -
connai^tre ce qui constitue la nature anime? e, et sans re? duire ses
lois purement au me? canisme.
Le docteur Gall, de quelque manie`re que son syste`me soit
juge? , est respecte? de tous les savants pour les e? tudes et les de? -
couvertes qu'il a faites dans la science de l'anatomie; et si l'on
conside`re les organes de la pense? e comme diffe? rents d'elle-me^me,
c'est-a`dire, comme les moyens qu'elle emploie, on peut, ce
me semble, admettre que la me? moire et le calcul, l'aptitude a`
telle ou telle science, le talent pour tel ou tel art, enfin tout ce
qui sert d'instrument a` l'intelligence, de? pend en quelque sorte
de la structure du cerveau. S'il existe une e? chelle gradue? e de-
puis la pierre jusqu'a` la vie humaine, il doit y avoir de certai-
nes faculte? s en nous qui tiennent de l'a^me et du corps tout a` la
fois; et de ce nombre sont la me? moire et le calcul, les plus phy-
siques de nos faculte? s intellectuelles, et les plus intellectuelles
de nos faculte? s physiques. Mais l'erreur commencerait au mo-
ment ou` l'on voudrait attribuer a` la structure du cerveau une
influence sur les qualite? s morales, car la volonte? est tout a` fait
inde? pendante des faculte? s physiques: c'est dans l'action pure-
ment intellectuelle de cette volonte? que consiste la conscience,
et la conscience est et doit e^tre affranchie de l'organisation cor-
porelle. Tout ce qui tendrait a` nous o^ter la responsabilite? de nos
actions serait faux et mauvais.
tin jeune me? decin d'un grand talent, Koreff, attire de? ja` l'at-
tention de ceux qui l'ont entendu, par des conside? rations toutes
nouvelles sur le principe de la vie, sur l'action de la mort, sur
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? ? 460 NOUVELLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE.
les causes de la folie; tout ce mouvement dans les esprits an-
nonce une re? volution quelconque, me^me dans la manie`re de
conside? rer les sciences. Il est impossible d'en pre? voir encore
les re? sultats; mais ce qu'on peut affirmer avec ve? rite? , c'est que
si les Allemands se laissent guider par l'imagination, ils ne s'e? -
pargnent aucun travail, aucune recherche, aucune e? tude, et
re? unissent au plus haut degre? deux qualite? s qui semblent s'ex-
clure, la patience et l'enthousiasme.
Quelques savants allemands, poussant encore plus loin l'ide? a-
lisme physique, combattent l'axiome qu'il n'y a pas d'action a`
distance, et veulent, au contraire, re? tablir partout le mouve-
ment spontane? dans la nature. Ils rejettent l'hypothe`se des
fluides, dont les effets tiendraient a` quelques e? gards des forces
me? caniques, qui se pressent et se refoulent, sans qu'aucune or-
ganisation inde? pendante les dirige.
Ceux qui conside`rent la nature comme une intelligence ne
donnent pas a` ce mot le me^me sens qu'on a coutume d'y atta-
cher; car la pense? e de l'homme consiste dans la faculte? de se re-
plier sur soi-me^me, et l'intelligence de la nature marche en
avant, comme l'instinct des animaux. La pense? e se posse`de elle-
me^me, puisqu'elle se juge; l'intelligence sans re? flexion est une
puissance toujours attire? e au dehors. Quand la nature cristallise
selon les formes les plus re? gulie`res, il ne s'ensuit pas qu'elle
sache les mathe? matiques, ou du moins elle ne sait pas qu'elle
les sait, et la conscience d'elle-me^me lui manque. Les savants
allemands attribuent aux forces physiques une certaine origi-
nalite? individuelle, et, d'autre part, ils paraissent admettre,
dans leur manie`re de pre? senter quelques phe? nome`nes du magne? -
tisme animal, que la volonte? de l'homme, sans acte exte? rieur,
exerce une tre`s-grande influence sur la matie`re, et spe? cialement
sur les me? taux.
Pascal dit que les astrologues et les alchimistes ont quelques
principes, mais qu'ils en abusent. Il y a eu peut-e^tre dans l'an-
tiquite? des rapports plus intimes entre l'homme et la nature
qu'il n'en existe de nos jours. Les myste`res d'Eleusis, le culte
des E? gyptiens, le syste`me des e? manations, chez les Indiens,
l'adoration des e?