es
communes
sont ne?
Madame de Stael - De l'Allegmagne
claire?
, et,
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? NOUVELLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE. 463
<< dans ce jour remarquable, j'ai senti les purs rayons des ve? ri-
<< (e? s sublimes. Rien a` pre? sent ne me retient : j'ose me livrer a`
<< ma sainte ardeur, j'ose insulter aux mortels, en leur avouant
, que je me suis servi de la science mondaine , quej'ai de? robe? les
>> vases d'E? gypte, pour en construire un temple a` mon Dieu. Si
l'on me pardonne, je m'en re? jouirai; si l'on me bla^me, je le
<< supporterai. Le sort en est jete? , j'e? cris ce livre: qu'il soit lu
<< par mes contemporaius ou par la poste? rite? , n'importe : il peut
<< bien attendre un lecteur pendant un sie`cle, puisque Dieu
>> lui me^me a manque? , durant six mille anne? es, d'un contem-
<< plateur tel que moi. >> Cette expression hardie d'un orgueil-
leux enthousiasme prouve la force inte? rieure du ge? nie.
Goethe a dit sur la perfectibilite? de l'esprit humain un mot
plein de sagacite? : Il avance toujours, mais en ligne spirale.
Cette comparaison est d'autant plus juste, qu'a` beaucoup d'e? -
poques il semble reculer, et revient ensuite sur ses pas, en ayant
gagne? quelques degre? s de plus. Il y a des moments ou` le
scepticisme est ne? cessaire aux progre`s des sciences; il en est
d'autres ou`, selon Hemsterhuis, l'esprit merveilleux doit l'em-
porter sur l'esprit ge? ome? trique. Quand l'homme est de? vore? , ou
pluto^t re? duit en poussie`re par l'incre? dulite? , cet esprit merveil-
leux est le seul qui rende a` rame une puissance d'admiration sans laquelle on ne peut comprendre la nature.
La the? orie des sciences, en Allemagne, a donne? aux esprits
un e? lan semblable a` celui que la me? taphysique avait imprime?
dans l'e? tude de l'a^me. La vie tient dans les phe? nome`nes physi-
ques le me^me rang que la volonte? dans l'ordre moral. Si les
rapports de ces deux syste`mes les font bannir tous deux par de
certaines gens, il y en a qui verraient dans ces rapports la dou-
ble garantie de la me^me ve? rite? . Ce qui est certain au moins,
c'est que l'inte? re^t des sciences est singulie`rement augmente? par
cette manie`re de les rattacher toutes a` quelques ide? es principa-
les. Les poetes pourraient trouver dans les sciences une foule
de pense? es a` leur usage, si elles communiquaient entre elles par
la philosophie de l'univers, et si cette philosophie de l'univers,
au lieu d'e^tre abstraite, e? tait anime? e par l'ine? puisable source du
sentiment. L'univers ressemble plus a` un poe`me qu'a` une ma-
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 464 NOUVELLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE.
c'hiue: et s'il fallait choisir, pour le concevoir, de l'imagination ou de l'esprit mathe? matique, l'imagination approcherait davan-
tage dela` ve? rite? . Mais encore une fois, il ne faut pas choisir, puis-
que c'est la totalite? de notre e^tre moral qui doit e^tre employe? e
dans une si importante me? ditation.
Le nouveau syste`me de physique ge? ne? rale, qui sert de guide
en Allemagne a` la physique expe? rimentale, ne peut e^tre juge?
que par ses re? sultats. Il faut voir s'il conduira l'esprit humain a`
des de? couvertes nouvelles et constate? es. Mais ce qu'on ne peut
nier, ce sont les rapports qu'il e? tablit entre les diffe? rentes bran-
ches d'e? tude. On se fuit les uns les autres d'ordinaire, quand on
a des occupations diffe? rentes, parce qu'on s'ennuie re? ciproque-
ment. L'e? ruditn'a rien a` dire au poe`te, le poe`te au physicien;
et me^me, entre les savants, ceux qui s'occupent de sciences di-
verses ne s'inte? ressent gue`re a` leurs travaux mutuels : cela ne
peut e^tre ainsi, depuis que la philosophie centrale e? tablit une
relation d'une nature sublime entre toutes les pense? es. Les sa-
vants pe? ne`trent la nature a` l'aide de l'imagination. Les poe`tes
trouvent dans les sciences les ve? ritables beaute? s de l'univers. Les
e? ruditsenrichissent les poe`tes par les souvenirs, et les savants
par les analogies. Les sciences pre? sente? es isole? ment, et comme un domaine
e? tranger a` l'a^me, n'attirent pas les esprits exalte? s. Laplupart
des hommes qui s'y sont voue? s, a` quelques honorables exceptions
pre`s, ont donne? a` notre sie`cle cette tendance vers le calcul qui
sert si bien a` connai^tre dans tous les cas quel est le plus fort. La
philosophie allemande fait entrer les sciences physiques dans
cette sphe`re universelle des ide? es, ou` les moindres observations,
comme les plus grands re? sultats, tiennent a` l'inte? re^t de l'en-
semble.
CHAPITRE XI.
De l'influence de la nouvelle philosophie sur le caracte`re des Allemands.
Il semblerait qu'un syste`me de philosophie qui attribue a` ce.
. qui de? pend de nous, a` notre volonte? , une action route-puissante,
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? NOUVELLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE. 465
devrait fortifier le caracte`re, et le rendre inde? pendant des cir-
constances exte? rieures; mais il y a lieu de croire que les institu-
tions politiques et religieuses peuvent seules former l'esprit
public, et que nulle the? orie abstraite n'est assez efficace pour
donner a` une nation de l'e? nergie : car il faut l'avouer, les Alle-
mands de nos jours n'ont pas ce qu'on peut appeler du caracte`re-
Us sont vertueux, inte`gres, comme hommes prive? s, comme
pe`res de famille, comme administrateurs; mais leur empresse-
ment gracieux et complaisant pour le pouvoir fait de la peine .
surtout quand on les aime, et qu'on les croit les de? fenseurs spe? -
culatifs les plus e? claire? s de la dignite? humaine. La sagacite? de l'esprit philosophique leur a seulement appris a` connai^tre en toutes circonstances la cause et les conse? quences
de ce qui arrive, et il leur semble que, de`s qu'ils ont trouve? une
the? orie pour un fait, il est justifie? . L'esprit militaire et l'amour
de la patrie ont porte? diverses nations au plus haut degre? possible
d'e? nergie; maintenant, ces deux sources de de? vouement existent
a` peine chez les Allemands pris en masse. Ils ne comprennent
gue`re de l'esprit militaire qu'une tactique pe? dantesque, qui les
autorise a` e^tre battus selon les re`gles, et de la liberte? que cette
subdivision en petit pays qui, accoutumant les citoyens a` se sen-
tir faibles comme nation, les conduit biento^t a` se montrer faibles
aussi comme individus '. Le respect pour les formes est tre`s-fa-
vorable au maintien des lois; mais ce respect, tel qu'il existe en Allemagne, donne l'habitude d'une marche si ponctuelle et si
pre? cise, qu'on ne sait pas, me^me quand le but est devant soi,
s'ouvrir une route nouvelle pour y arriver. Les spe? culations philosophiques ne conviennent qu'a` un petit
nombre de penseurs, et, loin qu'elles servent a` lier ensemble une
nation, elles mettent trop de distance entre les ignorants et les
hommes e? claire? s. Il y a en Allemagne trop d'ide? es neuves, et
pas assez d'ide? es communes en circulation , pour connai^tre les
1 Je prie d'observer que ce chapitre, comme tout le reste de l'ouvrage, a
e? te? e? crit a` l'e? poque de l'asservissement complet de l'Allemagne. -- Depuis
les nations germaniques, re? veille? es par l'oppression, ont pre^te? a` leurs gou-
vernements la force qui leur manquait pour re? sister a` la puissance des arme>>;*
franc? aises, et l'on a vu, par la conduite he? roi? que des souverains et do>> pun-
|>>lce^, ce que peut l'opinion sur le sort du monde.
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? 466 NOUVELLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE.
hommes elles choses. Les ide?
es communes sont ne? cessaires a` la
conduite de la vie ; les affaires exigent l'esprit d'exe? cution pluto^t
que celui d'invention : ce qu'il y a de bizarre dans les diffe? rentes
manie`res de voir des Allemands tend a` les isoler les uns des au-
tres, car les pense? es et les inte? re^ts qui re? unissent les hommes
entre eux doivent e^tre d'une nature simple et d'une ve? rite? frap-
pante.
Le me? pris du danger, de la souffrance et de la mort, n'est
pas assez universel dans toutes les classes de la nation alle-
mande. Sans doute la vie a plus de prix pour des hommes capa-
bles de sentiments et d'ide? es, que pour ceux qui ne laissent apre`s
eux ni traces ni souvenirs; mais de me^me que l'enthousiasme
poe? tique peut se renouveler par le plus haut degre? des lumie`res,
la fermete? raisonne? e devrait remplacer l'instinct de l'ignorance.
C'est a` la philosophie fonde? e sur la religion qu'il appartiendrait
d'inspirer dans toutes les occasions un courage inalte? rable. Si toutefois la philosophie ne s'est pas montre? e toute-puissante
a` cet e? gard. en Allemagne, il ne faut pas pour cela la de? daigner;
elle soutient, elle e? claire chaque homme en particulier; mais le
gouvernement seul peut exciter cette e? lectricite? morale qui fait
e? prouver le me^me sentiment a` tous. On est plus irrite? contre les
Allemands, quand on les voit manquer d'e? nergie, que contre
les Italiens, dont la situation politique a depuis plusieurs sie`cles
affaibli le caracte`re. Les Italiens conservent toute leur vie, par
leur gra^ce et leur imagination , des droits prolonge? s a` l'enfance;
mais les physionomies et les manie`res rudes des Germains sem-
blent annoncer une a^me ferme, et l'on est de? sagre? ablement sur-
pris quand on ne la trouve pas. Enii^u , la faiblesse du caracte`re
se pardonne quand elle est avoue? e, et, dans ce genre, les Italiens
ont une franchise singulie`re qui inspire une sorte d'inte? re^t. tan-
dis que les Allemands, n'osant confesser cette faiblesse qui leur
va si mal, sont flatteurs avec e? nergie et vigoureusement soumis.
Ils accentuent durement les paroles, pour cacher la souplesse
des sentiments, et se servent de raisonnements philosophiques
pour expliquer ce qu'il y a de moins philosophique au monde:
le respect pour la force, etl'attendrissement de la peur, qui change
ce respect en admiration.
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? NOUVELLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE. 467
C'est a` de tels contrastes qu'il faut attribuer la disgra^ce alle-
mande , que l'on se plai^t a` contrefaire dans les come? dies de tous
les pays. Il est permis d'e^tre lourd et roide, lorsqu'on reste se? ve`re
et ferme; mais, si l'on reve^t cette roideur naturelle du faux sou-
rire de la servilite? , c'est alors que l'on s'expose au ridicule me? -
rite? , le seul qui reste. Enfin, il y a une certaine maladresse dans
le caracte`re des Allemands, nuisible a` ceux me^me qui auraient
la meilleure envie de tout sacrifier a` leur inte? re^t, et l'on s'impatiente d'autant plus contre eux, qu'ils perdent les honneurs de
la vertu, sans arriver aux profits de l'habilete? .
Tout en reconnaissant que la philosophie allemande est insuf-
fisante pour former une nation , il faut convenir que les disci-
ples de la nouvelle e? cole sont beaucoup plus pre`s que tous les
autres d'avoir de la force dans le caracte`re; ils la re^vent, ils la
de? sirent, ils la conc? oivent; mais elle leur manque souvent. Il y
a tre`s-peu d'hommes en Allemagne qui sachent seulement e? crire
sur la politique. La plupart de ceux qui s'en me^lent sont sys-
te? matiques, et tre`s-souvent inintelligibles. Quand il s'agit de la
me? taphysique transcendante, quand on s'essaye a` se plonger
dans les te? ne`bres dela nature, aucun aperc? u,quelque vague
qu'il soit, n'esta de? daigner, tous les pressentiments peuvent
guider, tous les a` peupre`s sont encore beaucoup. Il n'en est
pas ainsi des affaires de ce monde: il est possible de les savoir,
il faut donc les pre? senter avec clarte? . L'obscurite? dans le style,
lorsqu'on traite des pense? es sans bornes, est quelquefois l'indice
de l'e? tendue me^me de l'esprit : mais l'obscurite? dans l'analyse
deschosesde la vie prouve seulement qu'on ne les comprend pas.
Lorsqu'on fait intervenir la me? taphysique dans les affaires,
elle sert a` tout confondre pour tout excuser, et l'on pre? pare
ainsi des brouillards pour asile a` sa conscience. L'emploi de
cette me? taphysique serait de l'adresse, si, de nos jours, tout
n'e? taitpas re? duit a` deux ide? es tre`s-simples et tre`s-claires, l'in-
te? re^t ou le devoir. Les hommes e? nergiques, quelle que soit celle
de ces deux directions qu'ils suivent, vont tout droit au but sans
s'embarrasser des the? ories, qui ne trompent ni ne persuadent plus
personne.
Vous en voila` donc revenue, dira-t-on, a` vanter, comme nous,
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? . 4fiH DE LA MORALE.
l'expe? rience et l'observation. -- Je n'ai jamais nie? qu'il ne fallu^t
l'une et l'autre pour se me^ler des inte? re^ts de ce monde; mais
c'est dans la conscience de l'homme que doit e^tre le principe
ide? al d'une conduite exte? rieurement dirige? e par de sages calculs.
Les sentiments divins sont ici-bas en proie aux choses terrestres,
c'est la condition de l'existence. Le beau est dans notre a^me ; et
la lutte au dehors. Il faut combattre pour la cause de l'e? ternite? ,
mais avec les armes du temps; nul individu n'arrive, ni par la
philosophie spe? culative, ni par la connaissance des affaires seu-
lement, a` toute la dignite? du caracte`re de l'homme; et les ins-
titutions libres ont seules l'avantage de fonder dans les nations
une morale publique qui donne aux sentiments exalte? s l'occa-
sion de se de? velopper dans la pratique de la vie.
CHAPITRE XII.
De la morale fonde? e sur l'inte? re^t personnel.
Les e? crivains franc? ais ont eu tout a` fait raison de conside? rer
la morale fonde? e sur l'inte? re^t comme une conse? quence de la me? -
taphysique qui attribuait toutes les ide? es aux sensations. S'il
n'y a rien dans l'a^me que ce que les sensations y ont mis, l'a-
gre? able ou le de? sagre? able doit e^tre l'unique mobile de notre vo-
lonte? . Helve? tius, Diderot, Saint-Lambert, n'ont pas de? vie? de
cette ligne, et ils ont explique? toutes les actions, y compris le
de? vouement des martyrs, par l'amour de soi-me^me. Les An-
glais, qui, pour la plupart, professent en me? taphysique la phi-
losophie expe? rimentale, n'ont jamais pu supporter cependant la
morale fonde? e sur l'inte? re^t. Shaftsbury, Hutcheson, Smith, etc. ,
ont proclame? le sens moral et la sympathie comme la source
de toutes les vertus. Hume lui-me^me, le plus sceptique des
philosophes anglais, n'a pu lire sans de? gou^tcette the? orie de
l'amour de soi, qui fle? trit la beaute? de l'a^me. Rien n'est plus op-
pose? que ce syste`me a` l'ensemble des opinions des Allemands:
aussi les e? crivains philosophiques et moralistes, a` la te^te des-
quels il faut placer Kant, Fichte etJacobi, l'ont-ils combattu
victorieusement.
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? DE LA MORALE. 4fi9
Comme la tendance des hommes vers le bonheur est la plus
universelle et la plus active de toutes, on a cru fonder la mo-
ralite? de la manie`re la plus solide, en disant qu'elle consistait
dans l'inte? re^t personnel bien entendu. Cette ide? e a se? duit des
hommes de bonne foi, et d'autres se sont propose? d'en abuser,
et n'y ont que trop bien re? ussi. Sans doute, les lois ge? ne? rales de
la nature et de la socie? te? mettent en harmonie le bonheur et la
vertu; mais ces lois sont sujettes a` des exceptions tre`s-nom-
breuses , et paraissent en avoir encore plus qu'elles n'en ont.
L'on e? chappe aux arguments tire? s de la prospe? rite? du vice et
des revers de la vertu, en faisant consister le bonheur dans
la satisfaction de la conscience; mais cette satisfaction, d'un
ordre tout a` fait religieux, n'a point de rapport avec ce qu'on
de? signe ici-bas par le mot de bonheur. Appeler le de? vouement
ou l'e? goi? sme, le crime ou la vertu, un inte? re^t personnel bien
ou mal entendu,c'est vouloir combler l'abi^me qui se? pare l'homme
coupable de l'homme honne^te, c'est de? truire le respect, c'est
affaiblir l'indignation; car si la morale n'est qu'un bon calcul,
celui qui peut y manquer ne doit e^tre accuse? que d'avoir l'esprit
faux. L'on ne saurait e? prouver le noble sentiment de l'estime
pour quelqu'un, parce qu'il calcule bien, ni la vigueur du me? pris
contre un autre, parce qu'il calcule mal. On est donc parvenu
par ce syste`me au but principal de tous les hommes corrompus,
qui veulent mettre de niveau le juste avec l'injuste, ou du moins
conside?
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? NOUVELLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE. 463
<< dans ce jour remarquable, j'ai senti les purs rayons des ve? ri-
<< (e? s sublimes. Rien a` pre? sent ne me retient : j'ose me livrer a`
<< ma sainte ardeur, j'ose insulter aux mortels, en leur avouant
, que je me suis servi de la science mondaine , quej'ai de? robe? les
>> vases d'E? gypte, pour en construire un temple a` mon Dieu. Si
l'on me pardonne, je m'en re? jouirai; si l'on me bla^me, je le
<< supporterai. Le sort en est jete? , j'e? cris ce livre: qu'il soit lu
<< par mes contemporaius ou par la poste? rite? , n'importe : il peut
<< bien attendre un lecteur pendant un sie`cle, puisque Dieu
>> lui me^me a manque? , durant six mille anne? es, d'un contem-
<< plateur tel que moi. >> Cette expression hardie d'un orgueil-
leux enthousiasme prouve la force inte? rieure du ge? nie.
Goethe a dit sur la perfectibilite? de l'esprit humain un mot
plein de sagacite? : Il avance toujours, mais en ligne spirale.
Cette comparaison est d'autant plus juste, qu'a` beaucoup d'e? -
poques il semble reculer, et revient ensuite sur ses pas, en ayant
gagne? quelques degre? s de plus. Il y a des moments ou` le
scepticisme est ne? cessaire aux progre`s des sciences; il en est
d'autres ou`, selon Hemsterhuis, l'esprit merveilleux doit l'em-
porter sur l'esprit ge? ome? trique. Quand l'homme est de? vore? , ou
pluto^t re? duit en poussie`re par l'incre? dulite? , cet esprit merveil-
leux est le seul qui rende a` rame une puissance d'admiration sans laquelle on ne peut comprendre la nature.
La the? orie des sciences, en Allemagne, a donne? aux esprits
un e? lan semblable a` celui que la me? taphysique avait imprime?
dans l'e? tude de l'a^me. La vie tient dans les phe? nome`nes physi-
ques le me^me rang que la volonte? dans l'ordre moral. Si les
rapports de ces deux syste`mes les font bannir tous deux par de
certaines gens, il y en a qui verraient dans ces rapports la dou-
ble garantie de la me^me ve? rite? . Ce qui est certain au moins,
c'est que l'inte? re^t des sciences est singulie`rement augmente? par
cette manie`re de les rattacher toutes a` quelques ide? es principa-
les. Les poetes pourraient trouver dans les sciences une foule
de pense? es a` leur usage, si elles communiquaient entre elles par
la philosophie de l'univers, et si cette philosophie de l'univers,
au lieu d'e^tre abstraite, e? tait anime? e par l'ine? puisable source du
sentiment. L'univers ressemble plus a` un poe`me qu'a` une ma-
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 464 NOUVELLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE.
c'hiue: et s'il fallait choisir, pour le concevoir, de l'imagination ou de l'esprit mathe? matique, l'imagination approcherait davan-
tage dela` ve? rite? . Mais encore une fois, il ne faut pas choisir, puis-
que c'est la totalite? de notre e^tre moral qui doit e^tre employe? e
dans une si importante me? ditation.
Le nouveau syste`me de physique ge? ne? rale, qui sert de guide
en Allemagne a` la physique expe? rimentale, ne peut e^tre juge?
que par ses re? sultats. Il faut voir s'il conduira l'esprit humain a`
des de? couvertes nouvelles et constate? es. Mais ce qu'on ne peut
nier, ce sont les rapports qu'il e? tablit entre les diffe? rentes bran-
ches d'e? tude. On se fuit les uns les autres d'ordinaire, quand on
a des occupations diffe? rentes, parce qu'on s'ennuie re? ciproque-
ment. L'e? ruditn'a rien a` dire au poe`te, le poe`te au physicien;
et me^me, entre les savants, ceux qui s'occupent de sciences di-
verses ne s'inte? ressent gue`re a` leurs travaux mutuels : cela ne
peut e^tre ainsi, depuis que la philosophie centrale e? tablit une
relation d'une nature sublime entre toutes les pense? es. Les sa-
vants pe? ne`trent la nature a` l'aide de l'imagination. Les poe`tes
trouvent dans les sciences les ve? ritables beaute? s de l'univers. Les
e? ruditsenrichissent les poe`tes par les souvenirs, et les savants
par les analogies. Les sciences pre? sente? es isole? ment, et comme un domaine
e? tranger a` l'a^me, n'attirent pas les esprits exalte? s. Laplupart
des hommes qui s'y sont voue? s, a` quelques honorables exceptions
pre`s, ont donne? a` notre sie`cle cette tendance vers le calcul qui
sert si bien a` connai^tre dans tous les cas quel est le plus fort. La
philosophie allemande fait entrer les sciences physiques dans
cette sphe`re universelle des ide? es, ou` les moindres observations,
comme les plus grands re? sultats, tiennent a` l'inte? re^t de l'en-
semble.
CHAPITRE XI.
De l'influence de la nouvelle philosophie sur le caracte`re des Allemands.
Il semblerait qu'un syste`me de philosophie qui attribue a` ce.
. qui de? pend de nous, a` notre volonte? , une action route-puissante,
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
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devrait fortifier le caracte`re, et le rendre inde? pendant des cir-
constances exte? rieures; mais il y a lieu de croire que les institu-
tions politiques et religieuses peuvent seules former l'esprit
public, et que nulle the? orie abstraite n'est assez efficace pour
donner a` une nation de l'e? nergie : car il faut l'avouer, les Alle-
mands de nos jours n'ont pas ce qu'on peut appeler du caracte`re-
Us sont vertueux, inte`gres, comme hommes prive? s, comme
pe`res de famille, comme administrateurs; mais leur empresse-
ment gracieux et complaisant pour le pouvoir fait de la peine .
surtout quand on les aime, et qu'on les croit les de? fenseurs spe? -
culatifs les plus e? claire? s de la dignite? humaine. La sagacite? de l'esprit philosophique leur a seulement appris a` connai^tre en toutes circonstances la cause et les conse? quences
de ce qui arrive, et il leur semble que, de`s qu'ils ont trouve? une
the? orie pour un fait, il est justifie? . L'esprit militaire et l'amour
de la patrie ont porte? diverses nations au plus haut degre? possible
d'e? nergie; maintenant, ces deux sources de de? vouement existent
a` peine chez les Allemands pris en masse. Ils ne comprennent
gue`re de l'esprit militaire qu'une tactique pe? dantesque, qui les
autorise a` e^tre battus selon les re`gles, et de la liberte? que cette
subdivision en petit pays qui, accoutumant les citoyens a` se sen-
tir faibles comme nation, les conduit biento^t a` se montrer faibles
aussi comme individus '. Le respect pour les formes est tre`s-fa-
vorable au maintien des lois; mais ce respect, tel qu'il existe en Allemagne, donne l'habitude d'une marche si ponctuelle et si
pre? cise, qu'on ne sait pas, me^me quand le but est devant soi,
s'ouvrir une route nouvelle pour y arriver. Les spe? culations philosophiques ne conviennent qu'a` un petit
nombre de penseurs, et, loin qu'elles servent a` lier ensemble une
nation, elles mettent trop de distance entre les ignorants et les
hommes e? claire? s. Il y a en Allemagne trop d'ide? es neuves, et
pas assez d'ide? es communes en circulation , pour connai^tre les
1 Je prie d'observer que ce chapitre, comme tout le reste de l'ouvrage, a
e? te? e? crit a` l'e? poque de l'asservissement complet de l'Allemagne. -- Depuis
les nations germaniques, re? veille? es par l'oppression, ont pre^te? a` leurs gou-
vernements la force qui leur manquait pour re? sister a` la puissance des arme>>;*
franc? aises, et l'on a vu, par la conduite he? roi? que des souverains et do>> pun-
|>>lce^, ce que peut l'opinion sur le sort du monde.
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 466 NOUVELLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE.
hommes elles choses. Les ide?
es communes sont ne? cessaires a` la
conduite de la vie ; les affaires exigent l'esprit d'exe? cution pluto^t
que celui d'invention : ce qu'il y a de bizarre dans les diffe? rentes
manie`res de voir des Allemands tend a` les isoler les uns des au-
tres, car les pense? es et les inte? re^ts qui re? unissent les hommes
entre eux doivent e^tre d'une nature simple et d'une ve? rite? frap-
pante.
Le me? pris du danger, de la souffrance et de la mort, n'est
pas assez universel dans toutes les classes de la nation alle-
mande. Sans doute la vie a plus de prix pour des hommes capa-
bles de sentiments et d'ide? es, que pour ceux qui ne laissent apre`s
eux ni traces ni souvenirs; mais de me^me que l'enthousiasme
poe? tique peut se renouveler par le plus haut degre? des lumie`res,
la fermete? raisonne? e devrait remplacer l'instinct de l'ignorance.
C'est a` la philosophie fonde? e sur la religion qu'il appartiendrait
d'inspirer dans toutes les occasions un courage inalte? rable. Si toutefois la philosophie ne s'est pas montre? e toute-puissante
a` cet e? gard. en Allemagne, il ne faut pas pour cela la de? daigner;
elle soutient, elle e? claire chaque homme en particulier; mais le
gouvernement seul peut exciter cette e? lectricite? morale qui fait
e? prouver le me^me sentiment a` tous. On est plus irrite? contre les
Allemands, quand on les voit manquer d'e? nergie, que contre
les Italiens, dont la situation politique a depuis plusieurs sie`cles
affaibli le caracte`re. Les Italiens conservent toute leur vie, par
leur gra^ce et leur imagination , des droits prolonge? s a` l'enfance;
mais les physionomies et les manie`res rudes des Germains sem-
blent annoncer une a^me ferme, et l'on est de? sagre? ablement sur-
pris quand on ne la trouve pas. Enii^u , la faiblesse du caracte`re
se pardonne quand elle est avoue? e, et, dans ce genre, les Italiens
ont une franchise singulie`re qui inspire une sorte d'inte? re^t. tan-
dis que les Allemands, n'osant confesser cette faiblesse qui leur
va si mal, sont flatteurs avec e? nergie et vigoureusement soumis.
Ils accentuent durement les paroles, pour cacher la souplesse
des sentiments, et se servent de raisonnements philosophiques
pour expliquer ce qu'il y a de moins philosophique au monde:
le respect pour la force, etl'attendrissement de la peur, qui change
ce respect en admiration.
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? NOUVELLE PHILOSOPHIE ALLEMANDE. 467
C'est a` de tels contrastes qu'il faut attribuer la disgra^ce alle-
mande , que l'on se plai^t a` contrefaire dans les come? dies de tous
les pays. Il est permis d'e^tre lourd et roide, lorsqu'on reste se? ve`re
et ferme; mais, si l'on reve^t cette roideur naturelle du faux sou-
rire de la servilite? , c'est alors que l'on s'expose au ridicule me? -
rite? , le seul qui reste. Enfin, il y a une certaine maladresse dans
le caracte`re des Allemands, nuisible a` ceux me^me qui auraient
la meilleure envie de tout sacrifier a` leur inte? re^t, et l'on s'impatiente d'autant plus contre eux, qu'ils perdent les honneurs de
la vertu, sans arriver aux profits de l'habilete? .
Tout en reconnaissant que la philosophie allemande est insuf-
fisante pour former une nation , il faut convenir que les disci-
ples de la nouvelle e? cole sont beaucoup plus pre`s que tous les
autres d'avoir de la force dans le caracte`re; ils la re^vent, ils la
de? sirent, ils la conc? oivent; mais elle leur manque souvent. Il y
a tre`s-peu d'hommes en Allemagne qui sachent seulement e? crire
sur la politique. La plupart de ceux qui s'en me^lent sont sys-
te? matiques, et tre`s-souvent inintelligibles. Quand il s'agit de la
me? taphysique transcendante, quand on s'essaye a` se plonger
dans les te? ne`bres dela nature, aucun aperc? u,quelque vague
qu'il soit, n'esta de? daigner, tous les pressentiments peuvent
guider, tous les a` peupre`s sont encore beaucoup. Il n'en est
pas ainsi des affaires de ce monde: il est possible de les savoir,
il faut donc les pre? senter avec clarte? . L'obscurite? dans le style,
lorsqu'on traite des pense? es sans bornes, est quelquefois l'indice
de l'e? tendue me^me de l'esprit : mais l'obscurite? dans l'analyse
deschosesde la vie prouve seulement qu'on ne les comprend pas.
Lorsqu'on fait intervenir la me? taphysique dans les affaires,
elle sert a` tout confondre pour tout excuser, et l'on pre? pare
ainsi des brouillards pour asile a` sa conscience. L'emploi de
cette me? taphysique serait de l'adresse, si, de nos jours, tout
n'e? taitpas re? duit a` deux ide? es tre`s-simples et tre`s-claires, l'in-
te? re^t ou le devoir. Les hommes e? nergiques, quelle que soit celle
de ces deux directions qu'ils suivent, vont tout droit au but sans
s'embarrasser des the? ories, qui ne trompent ni ne persuadent plus
personne.
Vous en voila` donc revenue, dira-t-on, a` vanter, comme nous,
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? . 4fiH DE LA MORALE.
l'expe? rience et l'observation. -- Je n'ai jamais nie? qu'il ne fallu^t
l'une et l'autre pour se me^ler des inte? re^ts de ce monde; mais
c'est dans la conscience de l'homme que doit e^tre le principe
ide? al d'une conduite exte? rieurement dirige? e par de sages calculs.
Les sentiments divins sont ici-bas en proie aux choses terrestres,
c'est la condition de l'existence. Le beau est dans notre a^me ; et
la lutte au dehors. Il faut combattre pour la cause de l'e? ternite? ,
mais avec les armes du temps; nul individu n'arrive, ni par la
philosophie spe? culative, ni par la connaissance des affaires seu-
lement, a` toute la dignite? du caracte`re de l'homme; et les ins-
titutions libres ont seules l'avantage de fonder dans les nations
une morale publique qui donne aux sentiments exalte? s l'occa-
sion de se de? velopper dans la pratique de la vie.
CHAPITRE XII.
De la morale fonde? e sur l'inte? re^t personnel.
Les e? crivains franc? ais ont eu tout a` fait raison de conside? rer
la morale fonde? e sur l'inte? re^t comme une conse? quence de la me? -
taphysique qui attribuait toutes les ide? es aux sensations. S'il
n'y a rien dans l'a^me que ce que les sensations y ont mis, l'a-
gre? able ou le de? sagre? able doit e^tre l'unique mobile de notre vo-
lonte? . Helve? tius, Diderot, Saint-Lambert, n'ont pas de? vie? de
cette ligne, et ils ont explique? toutes les actions, y compris le
de? vouement des martyrs, par l'amour de soi-me^me. Les An-
glais, qui, pour la plupart, professent en me? taphysique la phi-
losophie expe? rimentale, n'ont jamais pu supporter cependant la
morale fonde? e sur l'inte? re^t. Shaftsbury, Hutcheson, Smith, etc. ,
ont proclame? le sens moral et la sympathie comme la source
de toutes les vertus. Hume lui-me^me, le plus sceptique des
philosophes anglais, n'a pu lire sans de? gou^tcette the? orie de
l'amour de soi, qui fle? trit la beaute? de l'a^me. Rien n'est plus op-
pose? que ce syste`me a` l'ensemble des opinions des Allemands:
aussi les e? crivains philosophiques et moralistes, a` la te^te des-
quels il faut placer Kant, Fichte etJacobi, l'ont-ils combattu
victorieusement.
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? DE LA MORALE. 4fi9
Comme la tendance des hommes vers le bonheur est la plus
universelle et la plus active de toutes, on a cru fonder la mo-
ralite? de la manie`re la plus solide, en disant qu'elle consistait
dans l'inte? re^t personnel bien entendu. Cette ide? e a se? duit des
hommes de bonne foi, et d'autres se sont propose? d'en abuser,
et n'y ont que trop bien re? ussi. Sans doute, les lois ge? ne? rales de
la nature et de la socie? te? mettent en harmonie le bonheur et la
vertu; mais ces lois sont sujettes a` des exceptions tre`s-nom-
breuses , et paraissent en avoir encore plus qu'elles n'en ont.
L'on e? chappe aux arguments tire? s de la prospe? rite? du vice et
des revers de la vertu, en faisant consister le bonheur dans
la satisfaction de la conscience; mais cette satisfaction, d'un
ordre tout a` fait religieux, n'a point de rapport avec ce qu'on
de? signe ici-bas par le mot de bonheur. Appeler le de? vouement
ou l'e? goi? sme, le crime ou la vertu, un inte? re^t personnel bien
ou mal entendu,c'est vouloir combler l'abi^me qui se? pare l'homme
coupable de l'homme honne^te, c'est de? truire le respect, c'est
affaiblir l'indignation; car si la morale n'est qu'un bon calcul,
celui qui peut y manquer ne doit e^tre accuse? que d'avoir l'esprit
faux. L'on ne saurait e? prouver le noble sentiment de l'estime
pour quelqu'un, parce qu'il calcule bien, ni la vigueur du me? pris
contre un autre, parce qu'il calcule mal. On est donc parvenu
par ce syste`me au but principal de tous les hommes corrompus,
qui veulent mettre de niveau le juste avec l'injuste, ou du moins
conside?