sies me^me qu'il a
compose?
Madame de Stael - De l'Allegmagne
antes
annoncent aux petits-fils de Tantale que les dieux se de? tourne-
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? 2fj. j TORQUATO TASSO.
ront d'eux, parce que leurs traits rappellent ceux de leur pe`re.
Le vieux Tantale entend ce chant funeste dans l'e? ternelle nuit,
pense a` ses enfants, et baisse sa te^te coupable. Les images les
plus frappantes, le rhythme qui s'accorde le mieux avec les sen-
timents, donnent a` cette poe? sie la couleur d'un chant national. C'est le plus grand effort du talent, que de se familiariser ainsi
avec l'antiquite? , et de saisir tout a` la fois ce qui devait e^tre po-
pulaire chez les Grecs, et ce qui produit, a` la distance des sie`cles, une impression si solennelle.
L'admiration qu'il est impossible de ne pas ressentir pour l'/-
phige? nie de Goethe, n'est pointen contradiction avec ce que j'ai
dit sur l'inte? re^t plus vif, et l'attendrissement plus intime queles sujets modernes peuvent faire e? prouver. Les moeurs et les
religions, dont les sie`cles ont efface? la trace, pre? sentent l'homme
comme un e^tre ide? al qui touche a` peine la terre sur laquelle il
marche; mais dans les e? poques et dans les faits historiques,
dont l'influence subsiste encore, nous sentons la chaleur de no-
tre propre existence, et nous voulons des affections semblables
a` celles qui nous agitent.
Il me semble donc que Goethe n'aurait pas du^ mettre dans sa
pie`ce de Torquato Tasso la me^me simplicite? d'action et le
me^me calme dans les discours , qui convenaient a` son Iphige? nie.
Ce calme et cette simplicite? pourraient ne parai^tre que de la froi-
deur et du manque de naturel, dans un sujet aussi moderne,
sous tous les rapports, que le caracte`re personnel du Tasse et
les intrigues de la cour de Ferrare.
Goethe a voulu peindre, dans cette pie`ce, l'opposition qui
existe entre la poe? sie et les convenances sociales ; entre le caracte`re d'un poe`te et celui d'un homme du monde. Il a montre? le
mal que fait la protection d'un prince a` l'imagination de? licate
d'un e? crivain, lors me^me que ce prince croit aimer les lettres,
ou du moins met son orgueil a` passer pour les aimer. Cette op-
position entre la nature exalte? e et cultive? e par la poe? sie, et la
nature refroidie et dirige? e par la politique, est une ide? e me`re,
de mille ide? es.
Un homme de lettres place? dans une cour doit se croire d'a-
bord heureux d'y e^tre; mais il est impossible qu'a` la longue il
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? T011QUATO TASSO. 265
n'e? prouve pas quelques-unes des peines qui rendirent la vie du
Tasse si malheureuse. Le talent qui ne serait pas indompte?
cesserait d'e^tre du talent; et cependant il est bien rare que les
princes reconnaissent les droits de l'imagination, et sachent tout
a` la fois la conside? rer et la me? nager. On ne pouvait choisir un
sujet plus heureux que le Tasse a` Ferrare, pour mettre en e? vidence
les diffe? rents caracte`res d'un poete, d'un homme de cour, d'une
princesse et d'un prince, agissant dans un petit cercle avec toute
l'a^prete? d'amour-propre qui remuerait le monde. L'on connai^t
la sensibilite? maladive du Tasse, et la rudesse polie de son pro-
tecteur Alphonse, qui, tout en professant la plus haute admi-
ration pour ses e? crits, le fit enfermer dans la maison des fous,
comme si le ge? nie qui part de l'a^me devait e^tre traite? ainsi qu'un
talent me? canique, dont on tire parti en estimant l'oeuvre et en
de? daignant l'ouvrier.
Goethe a peint Le? onore d'Est, la soeur du duc de Ferrare, que
le poete aimait en secret, comme appartenant par ses voeux a`
l'enthousiasme, et par sa faiblesse a` la prudence; il a introduit
dans sa pie`ce un courtisan sage, selon le monde, qui traite le
Tasse avec la supe? riorite? que l'esprit d'affaires se croit sur l'es-
prit poe? tique, et qui l'irrite par son calme, et par l'habilete? qu'il
emploie a` le blesser sans avoir pre? cise? ment tort envers lui. Cet
homme de sang-froid conserve son avantage, en provoquant son
ennemi par des manie`res se`ches et ce? re? monieuses, qui offensent
sans qu'on puisse s'en plaindre. C'est le grand mal que fait une
certaine science du monde; et, dans ce sens, l'e? loquence et l'art
de parler diffe`rent extre^mement; car pour e^tre e? loquent, il faut
de? gager le vrai de toutes ses entraves, et pe? ne? trer jusqu'au fond
de l'a^me ou` re? side la conviction; mais l'habilete? de la parole
consiste, au contraire, dans le talent d'esquiver, deparer adroi-
tement avec quelques phrases ce qu'on ne veut pas entendre, et
de se servir de ces me^mes armes pour tout indiquer, sans qu'on
puisse jamais vous prouver que vous ayez rien dit.
Ce genre d'escrime fait beaucoup souffrir une a^me vive et vraie.
L'homme qui s'en sert semble votre supe? rieur, parce qu'il sait
vous agiter, tandis qu'il reste lui-me^me tranquille; mais il ne faut
pas pourtant se laisser imposer par ces forces ne? gatives. I*
23
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? 266 TOHQUATO TASSO.
calme est beau quand il vient de l'e? nergie qui fait supporter
ses propres peines; mais quand il nai^t de l'indiffe? rence pour
celles des autres , ce calme n'est rien qu'une personnalite? de? dai-
gneuse. Il suffit d'une anne? e de se? jour dans une cour ou dans une
capitale, pour apprendre tre`s-facilement a` mettre de l'adresse et
me^me de la gra^ce dans l'e? goi? sme : mais pour e^tre vraiment digne
d'une haute estime, il faudrait re? unir en soi, comme dans un
bel ouvrage , des qualite? s oppose? es : la connaissance des affaires
et l'amour du beau, la sagesse qu'exigent les rapports avec les
hommes, et l'essor qu'inspire le sentiment des arts. Il est vrai
qu'un tel individu en contiendrait deux; aussi Goethe dit-il dans
sa pie`ce que les deux personnages qu'il met en contraste, le po-
litique et le poete, sont les deux moitie? s d'un homme. Mais la
sympathie ne peut exister entre ces deux moitie? s, puisqu'il n'y
a point de prudence dans le caracte`re du Tasse, ni de sensibilite?
dans son concurrent.
La susceptibilite? souffrante des hommes de lettres s'est mani-
feste? e dans Rousseau, dans le Tasse, et plus souvent encore dans
les e? crivains allemands. Les e? crivains franc? ais en ont e? te? plus
rarement atteints. C'est quand on vit beaucoup avec soi-me^me et
dans la solitude qu'on a de la peine a` supporter l'air exte? rieur.
La socie? te? est rude a` beaucoup d'e? gards pour qui n'y est pas fait
de`s son enfance, et l'ironie du monde est plus funeste aux gens
a` talent qu'a` tous les autres : l'esprit tout seul s'en tire mieux.
Goethe aurait pu choisir la vie de Rousseau pour exemple de
cette lutte entre la socie? te? telle qu'elle est, et la socie? te? telle qu'une
te^te poe? tique la voit ou la de? sire; mais la situation de Rousseau
pre^tait beaucoup moins a` l'imagination que celle du Tasse. Jean-Jacques a trai^ne? un grand ge? nie dans des rapports tre`s-subalternes. Le Tasse, brave comme ses chevaliers , amoureux, aime? ,
perse? cute? , couronne? , et, jeune encore, mourant de douleur, a
la veille de son triomphe, est un superbe exemple de toutes les
splendeurs et de tous les revers d'un beau talent.
Il me semble que dans la pie`ce du Tasse les couleursdu Midi ne
sont pas assez prononce? es; peut-e^tre serait-il tre`s-difficile de ren-
dre en allemand la sensation que produit la langue italienne.
Ne? anmoins c'est dans les caracte`res surtout qu'on retrouve les
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? TOHQUATO TASSO. 2fi7
traits dela nature germanique pluto^t qu'italienne. Le? onored'Esi
est une princesse allemande. L'analyse de son propre caracte`re
etde ses sentiments, a` laquelle elle se livre sans cesse, n'est point
du tout dans l'esprit du Midi. La`, l'imagination ne se replie point
sur elle-me^me, elle avance sans regarder en arrie`re. Elle n'exa-
miue point la source d'un e? ve? nement; elle le combat ou s'y livre,
sans en rechercher la cause.
Le Tasse est aussi un poete allemand. Cette impossibilite? de
se tirer d'affaire dans toutes les circonstances habituelles de la
vie commune, que Goethe attribue au Tasse, est un trait de la
vie me? ditative et renferme? e des e? crivains du Nord. Les poe`tes
du Midi n'ont pas d'ordinaire une telle incapacite? ; ils ont ve? cu
plus souvent hors de la maison, sur les places publiques; les
choses, et surtout les hommes, leur sont plus familiers.
Le langage du Tasse, dans la pie`ce de Goethe, est souvent
trop me? taphysique. La folie de l'auteur de la Je? rusalem ne ve-
nait pas de l'abus des re? flexions philosophiques, ni de l'examen
approfondi de ce qui se passe au fond du coeur; elle tenait plu-
to^t a` l'impression trop vive des objets exte? rieurs, a` l'enivrement
de l'orgueil et de l'amour; il nese servait gue`re de la parole que
comme d'un chant harmonieux. Le secret de son a^me n'e? tait
point dans ses discours ni dans ses e? crits : il ne s'e? tait point ob-
serve? lui-me^me, comment aurait-il pu se re? ve? ler aux autres?
D'ailleurs il conside? rait la poe? sie comme un art e? clatant, et
non comme une confidence iuti. le des sentiments du coeur. Il
me semble manifeste, et par sa nature italienne, et par sa vie,
et par ses lettres, et par les poe?
sies me^me qu'il a compose? es
dans sa captivite? , que l'impe? tuosite? de ses passions, pluto^t que
la profondeur de ses pense? es, causait sa me? lancolie; il n'y avait
pas dans son caracte`re, comme dans celui des poe`tes allemands,
ce me? lange habituel de re? flexion et d'activite? , d'analyse et
d'enthousiasme, qui trouble singulie`rement l'existence. L'e? le? gance et la dignite? du style poe? tique sont incomparables
dans la pie`ce du Tasse, et Goethe s'y est montre? le Racine de
l'Allemagne. Mais si l'on a reproche? a` Racine le peu d'inte? re^t de
Be? re? nice, on pourrait, avec bien plus de raison, bla^mer la froi-
deur dramatique du Tasse de Goethe; le dessein de l'auteur
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? 268 TORQUATO TASSO.
e? tait d'approfondir les caracte`res, en esquissant seulement les
situations; mais cela est-il possible? Ces longs discours pleins
d'esprit et d'imagination, que tiennent tour a` tour les diffe? rents
personnages, dans quelle nature sont-ils pris? Qui parle ainsi de
soi-me^me et de tout? Qui e? puise a`ce pointee qu'on peut dire,
sans qu'il soit question de rien faire? Quand il arrive un peu de
mouvement dans cette pie`ce, on se sent soulage? de l'attention
continuelle qu'exigent les ide? es. La sce`ne du duel entre le poete
et le courtisan inte? resse vivement; la cole`re de l'un et l'habilete?
de l'autre de? veloppent la situation d'une manie`re piquante.
C'est trop exiger des lecteurs ou des spectateurs, que de leur
demander de renoncer a` l'inte? re^t des circonstances , pour s'attacher uniquement aux images et aux pense? es. Alors il ne faut
pas prononcer des noms propres, ni supposer des sce`nes, des
actes, un commencement, une fin, tout ce qui rend l'action
ne? cessaire. La contemplation plai^t dans le repos; mais lorsqu'on
marche, la lenteur est toujours fatigante.
Par une singulie`re vicissitude dans les gou^ts, les Allemands
ont d'abord attaque? nos e? crivains dramatiques, comme trans-
formant en franc? ais tous leurs he? ros. Ils ont re? clame? avec rai-
son la ve? rite? historique, pour animer les couleurs et vivifier la
poe? sie; puis, tout a` coup, ils se sont lasse? s de leurs propres
succe`s en ce genre, et ils ont fait des pie`ces abstraites, si l'on
peut s'exprimer ainsi, dans lesquelles les rapports des hommes
entre eux sont indique? s d'une manie`re ge? ne? rale, sans que le
temps, le lieu, ni les individus y soient pour rien. C'est ainsi,
par exemple, que dans la Fille naturelle, une autre pie`ce de
Goethe, l'auteur appelle ses personnages le duc, le roi, le pe`re,
la fille, etc. , sans aucune autre de? signation; conside? rant l'e? poque
pendant laquelle l'e? ve? nement se passe, le pays et les noms pro-
pres presque comme des inte? re^ts de me? nage, dont la poe? sie ne
doit pas s'occuper.
Une telle trage? die est ve? ritablement faite pour e^tre joue? e dans
le palais d'Odin, ou` les morts ont coutume de continuer les
occupations qu'ils avaient pendant leur vie; la`, le chasseur, om-
bre lui-me^me, poursuit l'ombre d'un cerf avec ardeur, et les
fanto^mes des guerriers se battent sur le terrain des nuages. Il
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? TORQUATO TASSO. 2G'J
parai^t que, pendant quelque temps, Goethe s'est tout a` fait de? -
gou^te? de l'inte? re^t dans les pie`ces de the? a^tre. L'on en trouvait
dans de mauvais ouvrages; il a pense? qu'il fallait le bannir des
bons. Ne? anmoins, un homme supe? rieur a tort de de? daigner ce
qui plai^t universellement; il ne faut pas qu'il abjure sa ressem-
blance avec la nature de tous, s'il veut faire valoir ce qui le dis-
tingue. Le point qu'Archime`de cherchait pour soulever le monde
est celui par lequel un ge? nie extraordinaire se rapproche du
commun des hommes. Ce point de contact lui sert a` s'e? lever
au-dessus des autres; il doit partir de ce que nous e? prouvons
tous, pour arriver a` faire sentir ce que lui seul aperc? oit. D'ail-
leurs, s'il est vrai que le despotisme des convenances me^le sou-
vent quelque chose de factice aux plus belles trage? dies francai-
ses , il n'y a pas non plus de ve? rite? dans les the? ories bizarres de
l'esprit syste? matique. Si l'exage? ration est manie? re? e, un certain
genre de calme est aussi une affectation. C'est une supe? riorite?
qu'on s'arroge sur les e? motions de l'a^me, et qui peut convenir
dans la philosophie, mais point du tout dans l'art dramatique.
On peut sans crainte adresser ces critiques a` Goethe; car
presque tous ses ouvrages sont compose? s dans des syste`mes dif-
fe? rents : tanto^t il s'abandonne a` la passion, comme dans Wer-
ther et le Comte d'Egmont; une autre fois il e? branle toutes les
cordes de l'imagination par ses poe? sies fugitives; une autre fois
il peint l'histoire avec une ve? rite? scrupuleuse, comme dans Goetz
de Rerlichingen; une autre fois il est nai? f comme les anciens,
dans Hermann et Dorothe? e. Enfin, il se plonge avec Faust dans
le tourbillon de la vie; puis tout a` coup, dans le Tasse, la Fille
naturelle, et me^me dans Iphige? nie, il conc? oit l'art dramatique
comme un monument e? leve? pre`s des tombeaux. Ses ouvrages ont
alors les belles formes, la splendeur et l'e? clat du marbre; mais
ils en ont aussi la froide immobilite? . On ne saurait critiquer Goe-
the comme un auteur bon dans tel genre et mauvais dans tel au-
tre. Il ressemble pluto^t a` la nature, qui produit tout et de tout;
et l'on peut aimer mieux son climat du midi que son climat du
nord, sans me? connai^tre en lui les talents qui s'accordent avec
ces diverses re? gions de l'a^me.
33.
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? 270 FAUST.
. . _. ? . i?
CHAPITRE XXIII. Faust.
Parmi les pie`ces des marionnettes, il y en a une intitule? e le
Docteur Faust, ou la Science malheureuse, qui a fait de tout
temps une grande fortune en Allemagne. Lessing s'en est occupe?
avant Goethe. Cette histoire merveilleuse est une tradition ge? ne? ralement re? pandue. Plusieurs auteurs anglais ont e? crit sur la
vie de ce me^me docteur Faust, et quelques-uns me^me lui attri-
buent l'invention de l'imprimerie. Son savoir tre`s-profond ne le
pre? serva pas de l'ennui dela vie; il essaya, pour y e? chapper, de
faire un pacte avec le diable, et le diable finit par l'emporter.
Voila` le premier mot qui a fourni a` Goethe l'e? tonnant ouvrage
dont je vais essayer de donner l'ide? e.
Certes, il ne faut y chercher ni le gou^t, ni la mesure, ni l'art
qui choisit et qui termine; mais si l'imagination pouvait se fi-
gurer un chaos intellectuel, tel que l'on a souvent de? crit le chaos
mate? riel, le Faust de Goethe devrait avoir e? te? compose? a` cette
e? poque. On ne saurait aller au-dela`, en fait de hardiesse de pen-
se? e , et le souvenir qui reste de cet e? crit tient toujours un peu
du vertige. Le diable est le he? ros de cette pie`ce; l'auteur ne l'a
point conc? u comme un fanto^me hideux, tel qu'on a coutume de
le repre? senter aux enfants; il en a fait, si l'on peut s'exprimer
ainsi, le me? chant par excellence, aupre`s duquel tous les me? -
chants, et celui de Gresset en particulier, ne sont que des novi-
ces , a` peine dignes d'e^tre les serviteurs de Me? phistophe? le`s ( c'est
le nom du de? mon qui se fait l'ami de Faust). Goethe a voulu
montrer dans ce personnage, re? el et fantastique tout a` la fois, la
plus ame`re plaisanterie que le de? dain puisse inspirer, et ne? an-
moins une audace de gaiete? qui amuse. Il y a dans les discours
de Me? phistophe? le`s une ironie infernale, qui porte sur la cre? ation
tout entie`re, et juge l'univers comme un mauvais livre dont le
diable se fait le censeur.
annoncent aux petits-fils de Tantale que les dieux se de? tourne-
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? 2fj. j TORQUATO TASSO.
ront d'eux, parce que leurs traits rappellent ceux de leur pe`re.
Le vieux Tantale entend ce chant funeste dans l'e? ternelle nuit,
pense a` ses enfants, et baisse sa te^te coupable. Les images les
plus frappantes, le rhythme qui s'accorde le mieux avec les sen-
timents, donnent a` cette poe? sie la couleur d'un chant national. C'est le plus grand effort du talent, que de se familiariser ainsi
avec l'antiquite? , et de saisir tout a` la fois ce qui devait e^tre po-
pulaire chez les Grecs, et ce qui produit, a` la distance des sie`cles, une impression si solennelle.
L'admiration qu'il est impossible de ne pas ressentir pour l'/-
phige? nie de Goethe, n'est pointen contradiction avec ce que j'ai
dit sur l'inte? re^t plus vif, et l'attendrissement plus intime queles sujets modernes peuvent faire e? prouver. Les moeurs et les
religions, dont les sie`cles ont efface? la trace, pre? sentent l'homme
comme un e^tre ide? al qui touche a` peine la terre sur laquelle il
marche; mais dans les e? poques et dans les faits historiques,
dont l'influence subsiste encore, nous sentons la chaleur de no-
tre propre existence, et nous voulons des affections semblables
a` celles qui nous agitent.
Il me semble donc que Goethe n'aurait pas du^ mettre dans sa
pie`ce de Torquato Tasso la me^me simplicite? d'action et le
me^me calme dans les discours , qui convenaient a` son Iphige? nie.
Ce calme et cette simplicite? pourraient ne parai^tre que de la froi-
deur et du manque de naturel, dans un sujet aussi moderne,
sous tous les rapports, que le caracte`re personnel du Tasse et
les intrigues de la cour de Ferrare.
Goethe a voulu peindre, dans cette pie`ce, l'opposition qui
existe entre la poe? sie et les convenances sociales ; entre le caracte`re d'un poe`te et celui d'un homme du monde. Il a montre? le
mal que fait la protection d'un prince a` l'imagination de? licate
d'un e? crivain, lors me^me que ce prince croit aimer les lettres,
ou du moins met son orgueil a` passer pour les aimer. Cette op-
position entre la nature exalte? e et cultive? e par la poe? sie, et la
nature refroidie et dirige? e par la politique, est une ide? e me`re,
de mille ide? es.
Un homme de lettres place? dans une cour doit se croire d'a-
bord heureux d'y e^tre; mais il est impossible qu'a` la longue il
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? T011QUATO TASSO. 265
n'e? prouve pas quelques-unes des peines qui rendirent la vie du
Tasse si malheureuse. Le talent qui ne serait pas indompte?
cesserait d'e^tre du talent; et cependant il est bien rare que les
princes reconnaissent les droits de l'imagination, et sachent tout
a` la fois la conside? rer et la me? nager. On ne pouvait choisir un
sujet plus heureux que le Tasse a` Ferrare, pour mettre en e? vidence
les diffe? rents caracte`res d'un poete, d'un homme de cour, d'une
princesse et d'un prince, agissant dans un petit cercle avec toute
l'a^prete? d'amour-propre qui remuerait le monde. L'on connai^t
la sensibilite? maladive du Tasse, et la rudesse polie de son pro-
tecteur Alphonse, qui, tout en professant la plus haute admi-
ration pour ses e? crits, le fit enfermer dans la maison des fous,
comme si le ge? nie qui part de l'a^me devait e^tre traite? ainsi qu'un
talent me? canique, dont on tire parti en estimant l'oeuvre et en
de? daignant l'ouvrier.
Goethe a peint Le? onore d'Est, la soeur du duc de Ferrare, que
le poete aimait en secret, comme appartenant par ses voeux a`
l'enthousiasme, et par sa faiblesse a` la prudence; il a introduit
dans sa pie`ce un courtisan sage, selon le monde, qui traite le
Tasse avec la supe? riorite? que l'esprit d'affaires se croit sur l'es-
prit poe? tique, et qui l'irrite par son calme, et par l'habilete? qu'il
emploie a` le blesser sans avoir pre? cise? ment tort envers lui. Cet
homme de sang-froid conserve son avantage, en provoquant son
ennemi par des manie`res se`ches et ce? re? monieuses, qui offensent
sans qu'on puisse s'en plaindre. C'est le grand mal que fait une
certaine science du monde; et, dans ce sens, l'e? loquence et l'art
de parler diffe`rent extre^mement; car pour e^tre e? loquent, il faut
de? gager le vrai de toutes ses entraves, et pe? ne? trer jusqu'au fond
de l'a^me ou` re? side la conviction; mais l'habilete? de la parole
consiste, au contraire, dans le talent d'esquiver, deparer adroi-
tement avec quelques phrases ce qu'on ne veut pas entendre, et
de se servir de ces me^mes armes pour tout indiquer, sans qu'on
puisse jamais vous prouver que vous ayez rien dit.
Ce genre d'escrime fait beaucoup souffrir une a^me vive et vraie.
L'homme qui s'en sert semble votre supe? rieur, parce qu'il sait
vous agiter, tandis qu'il reste lui-me^me tranquille; mais il ne faut
pas pourtant se laisser imposer par ces forces ne? gatives. I*
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? 266 TOHQUATO TASSO.
calme est beau quand il vient de l'e? nergie qui fait supporter
ses propres peines; mais quand il nai^t de l'indiffe? rence pour
celles des autres , ce calme n'est rien qu'une personnalite? de? dai-
gneuse. Il suffit d'une anne? e de se? jour dans une cour ou dans une
capitale, pour apprendre tre`s-facilement a` mettre de l'adresse et
me^me de la gra^ce dans l'e? goi? sme : mais pour e^tre vraiment digne
d'une haute estime, il faudrait re? unir en soi, comme dans un
bel ouvrage , des qualite? s oppose? es : la connaissance des affaires
et l'amour du beau, la sagesse qu'exigent les rapports avec les
hommes, et l'essor qu'inspire le sentiment des arts. Il est vrai
qu'un tel individu en contiendrait deux; aussi Goethe dit-il dans
sa pie`ce que les deux personnages qu'il met en contraste, le po-
litique et le poete, sont les deux moitie? s d'un homme. Mais la
sympathie ne peut exister entre ces deux moitie? s, puisqu'il n'y
a point de prudence dans le caracte`re du Tasse, ni de sensibilite?
dans son concurrent.
La susceptibilite? souffrante des hommes de lettres s'est mani-
feste? e dans Rousseau, dans le Tasse, et plus souvent encore dans
les e? crivains allemands. Les e? crivains franc? ais en ont e? te? plus
rarement atteints. C'est quand on vit beaucoup avec soi-me^me et
dans la solitude qu'on a de la peine a` supporter l'air exte? rieur.
La socie? te? est rude a` beaucoup d'e? gards pour qui n'y est pas fait
de`s son enfance, et l'ironie du monde est plus funeste aux gens
a` talent qu'a` tous les autres : l'esprit tout seul s'en tire mieux.
Goethe aurait pu choisir la vie de Rousseau pour exemple de
cette lutte entre la socie? te? telle qu'elle est, et la socie? te? telle qu'une
te^te poe? tique la voit ou la de? sire; mais la situation de Rousseau
pre^tait beaucoup moins a` l'imagination que celle du Tasse. Jean-Jacques a trai^ne? un grand ge? nie dans des rapports tre`s-subalternes. Le Tasse, brave comme ses chevaliers , amoureux, aime? ,
perse? cute? , couronne? , et, jeune encore, mourant de douleur, a
la veille de son triomphe, est un superbe exemple de toutes les
splendeurs et de tous les revers d'un beau talent.
Il me semble que dans la pie`ce du Tasse les couleursdu Midi ne
sont pas assez prononce? es; peut-e^tre serait-il tre`s-difficile de ren-
dre en allemand la sensation que produit la langue italienne.
Ne? anmoins c'est dans les caracte`res surtout qu'on retrouve les
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? TOHQUATO TASSO. 2fi7
traits dela nature germanique pluto^t qu'italienne. Le? onored'Esi
est une princesse allemande. L'analyse de son propre caracte`re
etde ses sentiments, a` laquelle elle se livre sans cesse, n'est point
du tout dans l'esprit du Midi. La`, l'imagination ne se replie point
sur elle-me^me, elle avance sans regarder en arrie`re. Elle n'exa-
miue point la source d'un e? ve? nement; elle le combat ou s'y livre,
sans en rechercher la cause.
Le Tasse est aussi un poete allemand. Cette impossibilite? de
se tirer d'affaire dans toutes les circonstances habituelles de la
vie commune, que Goethe attribue au Tasse, est un trait de la
vie me? ditative et renferme? e des e? crivains du Nord. Les poe`tes
du Midi n'ont pas d'ordinaire une telle incapacite? ; ils ont ve? cu
plus souvent hors de la maison, sur les places publiques; les
choses, et surtout les hommes, leur sont plus familiers.
Le langage du Tasse, dans la pie`ce de Goethe, est souvent
trop me? taphysique. La folie de l'auteur de la Je? rusalem ne ve-
nait pas de l'abus des re? flexions philosophiques, ni de l'examen
approfondi de ce qui se passe au fond du coeur; elle tenait plu-
to^t a` l'impression trop vive des objets exte? rieurs, a` l'enivrement
de l'orgueil et de l'amour; il nese servait gue`re de la parole que
comme d'un chant harmonieux. Le secret de son a^me n'e? tait
point dans ses discours ni dans ses e? crits : il ne s'e? tait point ob-
serve? lui-me^me, comment aurait-il pu se re? ve? ler aux autres?
D'ailleurs il conside? rait la poe? sie comme un art e? clatant, et
non comme une confidence iuti. le des sentiments du coeur. Il
me semble manifeste, et par sa nature italienne, et par sa vie,
et par ses lettres, et par les poe?
sies me^me qu'il a compose? es
dans sa captivite? , que l'impe? tuosite? de ses passions, pluto^t que
la profondeur de ses pense? es, causait sa me? lancolie; il n'y avait
pas dans son caracte`re, comme dans celui des poe`tes allemands,
ce me? lange habituel de re? flexion et d'activite? , d'analyse et
d'enthousiasme, qui trouble singulie`rement l'existence. L'e? le? gance et la dignite? du style poe? tique sont incomparables
dans la pie`ce du Tasse, et Goethe s'y est montre? le Racine de
l'Allemagne. Mais si l'on a reproche? a` Racine le peu d'inte? re^t de
Be? re? nice, on pourrait, avec bien plus de raison, bla^mer la froi-
deur dramatique du Tasse de Goethe; le dessein de l'auteur
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? 268 TORQUATO TASSO.
e? tait d'approfondir les caracte`res, en esquissant seulement les
situations; mais cela est-il possible? Ces longs discours pleins
d'esprit et d'imagination, que tiennent tour a` tour les diffe? rents
personnages, dans quelle nature sont-ils pris? Qui parle ainsi de
soi-me^me et de tout? Qui e? puise a`ce pointee qu'on peut dire,
sans qu'il soit question de rien faire? Quand il arrive un peu de
mouvement dans cette pie`ce, on se sent soulage? de l'attention
continuelle qu'exigent les ide? es. La sce`ne du duel entre le poete
et le courtisan inte? resse vivement; la cole`re de l'un et l'habilete?
de l'autre de? veloppent la situation d'une manie`re piquante.
C'est trop exiger des lecteurs ou des spectateurs, que de leur
demander de renoncer a` l'inte? re^t des circonstances , pour s'attacher uniquement aux images et aux pense? es. Alors il ne faut
pas prononcer des noms propres, ni supposer des sce`nes, des
actes, un commencement, une fin, tout ce qui rend l'action
ne? cessaire. La contemplation plai^t dans le repos; mais lorsqu'on
marche, la lenteur est toujours fatigante.
Par une singulie`re vicissitude dans les gou^ts, les Allemands
ont d'abord attaque? nos e? crivains dramatiques, comme trans-
formant en franc? ais tous leurs he? ros. Ils ont re? clame? avec rai-
son la ve? rite? historique, pour animer les couleurs et vivifier la
poe? sie; puis, tout a` coup, ils se sont lasse? s de leurs propres
succe`s en ce genre, et ils ont fait des pie`ces abstraites, si l'on
peut s'exprimer ainsi, dans lesquelles les rapports des hommes
entre eux sont indique? s d'une manie`re ge? ne? rale, sans que le
temps, le lieu, ni les individus y soient pour rien. C'est ainsi,
par exemple, que dans la Fille naturelle, une autre pie`ce de
Goethe, l'auteur appelle ses personnages le duc, le roi, le pe`re,
la fille, etc. , sans aucune autre de? signation; conside? rant l'e? poque
pendant laquelle l'e? ve? nement se passe, le pays et les noms pro-
pres presque comme des inte? re^ts de me? nage, dont la poe? sie ne
doit pas s'occuper.
Une telle trage? die est ve? ritablement faite pour e^tre joue? e dans
le palais d'Odin, ou` les morts ont coutume de continuer les
occupations qu'ils avaient pendant leur vie; la`, le chasseur, om-
bre lui-me^me, poursuit l'ombre d'un cerf avec ardeur, et les
fanto^mes des guerriers se battent sur le terrain des nuages. Il
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? TORQUATO TASSO. 2G'J
parai^t que, pendant quelque temps, Goethe s'est tout a` fait de? -
gou^te? de l'inte? re^t dans les pie`ces de the? a^tre. L'on en trouvait
dans de mauvais ouvrages; il a pense? qu'il fallait le bannir des
bons. Ne? anmoins, un homme supe? rieur a tort de de? daigner ce
qui plai^t universellement; il ne faut pas qu'il abjure sa ressem-
blance avec la nature de tous, s'il veut faire valoir ce qui le dis-
tingue. Le point qu'Archime`de cherchait pour soulever le monde
est celui par lequel un ge? nie extraordinaire se rapproche du
commun des hommes. Ce point de contact lui sert a` s'e? lever
au-dessus des autres; il doit partir de ce que nous e? prouvons
tous, pour arriver a` faire sentir ce que lui seul aperc? oit. D'ail-
leurs, s'il est vrai que le despotisme des convenances me^le sou-
vent quelque chose de factice aux plus belles trage? dies francai-
ses , il n'y a pas non plus de ve? rite? dans les the? ories bizarres de
l'esprit syste? matique. Si l'exage? ration est manie? re? e, un certain
genre de calme est aussi une affectation. C'est une supe? riorite?
qu'on s'arroge sur les e? motions de l'a^me, et qui peut convenir
dans la philosophie, mais point du tout dans l'art dramatique.
On peut sans crainte adresser ces critiques a` Goethe; car
presque tous ses ouvrages sont compose? s dans des syste`mes dif-
fe? rents : tanto^t il s'abandonne a` la passion, comme dans Wer-
ther et le Comte d'Egmont; une autre fois il e? branle toutes les
cordes de l'imagination par ses poe? sies fugitives; une autre fois
il peint l'histoire avec une ve? rite? scrupuleuse, comme dans Goetz
de Rerlichingen; une autre fois il est nai? f comme les anciens,
dans Hermann et Dorothe? e. Enfin, il se plonge avec Faust dans
le tourbillon de la vie; puis tout a` coup, dans le Tasse, la Fille
naturelle, et me^me dans Iphige? nie, il conc? oit l'art dramatique
comme un monument e? leve? pre`s des tombeaux. Ses ouvrages ont
alors les belles formes, la splendeur et l'e? clat du marbre; mais
ils en ont aussi la froide immobilite? . On ne saurait critiquer Goe-
the comme un auteur bon dans tel genre et mauvais dans tel au-
tre. Il ressemble pluto^t a` la nature, qui produit tout et de tout;
et l'on peut aimer mieux son climat du midi que son climat du
nord, sans me? connai^tre en lui les talents qui s'accordent avec
ces diverses re? gions de l'a^me.
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? 270 FAUST.
. . _. ? . i?
CHAPITRE XXIII. Faust.
Parmi les pie`ces des marionnettes, il y en a une intitule? e le
Docteur Faust, ou la Science malheureuse, qui a fait de tout
temps une grande fortune en Allemagne. Lessing s'en est occupe?
avant Goethe. Cette histoire merveilleuse est une tradition ge? ne? ralement re? pandue. Plusieurs auteurs anglais ont e? crit sur la
vie de ce me^me docteur Faust, et quelques-uns me^me lui attri-
buent l'invention de l'imprimerie. Son savoir tre`s-profond ne le
pre? serva pas de l'ennui dela vie; il essaya, pour y e? chapper, de
faire un pacte avec le diable, et le diable finit par l'emporter.
Voila` le premier mot qui a fourni a` Goethe l'e? tonnant ouvrage
dont je vais essayer de donner l'ide? e.
Certes, il ne faut y chercher ni le gou^t, ni la mesure, ni l'art
qui choisit et qui termine; mais si l'imagination pouvait se fi-
gurer un chaos intellectuel, tel que l'on a souvent de? crit le chaos
mate? riel, le Faust de Goethe devrait avoir e? te? compose? a` cette
e? poque. On ne saurait aller au-dela`, en fait de hardiesse de pen-
se? e , et le souvenir qui reste de cet e? crit tient toujours un peu
du vertige. Le diable est le he? ros de cette pie`ce; l'auteur ne l'a
point conc? u comme un fanto^me hideux, tel qu'on a coutume de
le repre? senter aux enfants; il en a fait, si l'on peut s'exprimer
ainsi, le me? chant par excellence, aupre`s duquel tous les me? -
chants, et celui de Gresset en particulier, ne sont que des novi-
ces , a` peine dignes d'e^tre les serviteurs de Me? phistophe? le`s ( c'est
le nom du de? mon qui se fait l'ami de Faust). Goethe a voulu
montrer dans ce personnage, re? el et fantastique tout a` la fois, la
plus ame`re plaisanterie que le de? dain puisse inspirer, et ne? an-
moins une audace de gaiete? qui amuse. Il y a dans les discours
de Me? phistophe? le`s une ironie infernale, qui porte sur la cre? ation
tout entie`re, et juge l'univers comme un mauvais livre dont le
diable se fait le censeur.