tudes relatives a` la pratique de l'art, de
celles qui ont uniquement pour objet la the?
celles qui ont uniquement pour objet la the?
Madame de Stael - De l'Allegmagne
sie sans re?
flexions leur paraissent in-
se? parables, et ils s'appliquent a` tout ce qui pourrait diriger dans
ce sens les esprits et les a^mes. W. Schlegel exprime son admi-
ration pour le moyen a^ge dans plusieurs de ses e? crits, et parti-
culie`rement dans deux stances dont voici la traduction:
<< L'Europe e? tait une dans ces grands sie`cles, et le sol de cette
<< patrie universelle e? tait fe? cond en ge? ne? reuses pense? es, qui peu-
<<vent servir de guide dans la vie et dans la mort. Une me^me
chevalerie changeait les combattants en fre`res d'armes : c'e? tait
pour de? fendre une me^me foi qu'ils s'armaient; un me^me
amour inspirait tous les coeurs, et la poe? sie qui chantait cette
? ? alliance exprimait le me^me sentiment dans les langages di-
<< vers.
<< Ah ! la noble e? nergie des a^ges anciens est perdue: notre
<< sie`cle est l'inventeur d'une e? troite sagesse, et ce que les hom-
<< mes faibles ne sauraient concevoir, n'est a` leurs yeux qu'une
<< chime`re; toutefois rien de divin ne peut re? ussir, entrepris avec
un coeur profane He? las! nos temps ne connaissent plus ni la
foi, ni l'amour; comment pourrait-il leur rester l'espe? rance! >>
Des opinions dont la tendance est si marque? e doivent ne? ces-
sairement alte? rer l'impartialite? des jugements sur les ouvrages de
l'art : sans doute, et je n'ai cesse? de le re? pe? ter dans le cours de
cet e? crit, il est a` de? sirer que la litte? rature moderne soit fonde? e
sur notre histoire et sur notre croyance; ne? anmoins il ne s'en-
suit pas que les productions litte? raires du moyen a^ge puissent
e^tre conside? re? es comme vraiment bonnes. Leur e? nergique sim-
plicite? , le caracte`re pur etloyal qui s'y manifeste, excitent un
vif inte? re^t; mais la connaissance de l'antique et les progre`s de
la civilisation , nous ont valu des avantages qu'on ne doit pas
de? daigner. Il ne s'agit pas de faire reculer l'art, mais de re? unir
autant qu'on le peut les qualite? s diverses de? veloppe? es dans l'es-
prit humain a` diffe? rentes e? poques.
On a fort accuse? les deux Schlegel de ne pas rendre justice a`
la litte? rature franc? aise; il n'est point d'e? crivains cependant qui
aient parle? avec plus d'enthousiasme du ge? nie de nos trouba-
dours, et de cette chevalerie franc? aise, sans pareille en Europe, lorsqu'elle re? unissait au plus haut point l'esprit et la loyaute? .
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 370 LES CRIT1QIJES A. W. ET F. SCHLEGEL.
la gra^ce et la franchise, le courage et la gaiete? , la simplicite? la
plus touchante et la nai? vete? la plus inge? nieuse; mais les criti-
ques allemands ont pre? tendu que les traits distinctifs du ca-
racte`re franc? ais s'e? taient efface? s pendant le cours du re`gne de
Louis XIV: la litte? rature, disent-ils, dans les sie`cles appele? s
classiques, perd en originalite? ce qu'elle gagne en correction;
ils ont attaque? nos poe`tes en particulier, avec une grande force
d'arguments et de moyens. L'esprit ge? ne? ral de ces critiques est
'e me^me que celui de Rousseau, dans sa lettre contre la musi-
que francaise. Ils croient trouver dans plusieurs de nos trage? -
dies l'espe`ce d'affectation pompeuse que Rousseau reproche a`
Lulli et a` Rameau, et ils pre? tendent que le me^me gou^t qui fai-
sait pre? fe? rer Coypel et Boucher dans la peinture, et le chevalier
Bernin dans la sculpture, interdit a` la poe? sie l'e? lan qui seul en
fait une jouissance divine; enfin ils seraient tente? s d'appliquer
a` notre manie`re de concevoir et d'aimer les beaux-arts, ces
vers tant cite? s de Corneille:
Othon a` la princesse a fait un compliment,
Plus en homme d'esprit qu'en ve? ritable amant.
AV. Schlegel rend hommage cependant a` la plupart de nos
grands auteurs; mais ce qu'il s'attache a` prouver seulement,
c'est que depuis le milieu du dix-septie`me sie`cle le genre manie? re? a domine? dans toute l'Europe; et que cette tendance a fait
perdre la verve audacieuse qui animait les e? crivains et les artis-
tes , a` la renaissance des lettres. Dans les tableaux et les bas-reliefs ou` Louis XIV est peint, tanto^t en Jupiter, tanto^t en Her-
cule, il est repre? sente? nu, ou reve^tu seulement d'une peau de
lion, mais avec sa grande perruque sur la te^te. Les e? crivains de
la nouvelle e? cole pre? tendent que l'on pourrait appliquer cette
grande perruque a` la physionomie des beaux-arts, dans le dix-septie`me sie`cle: il s'y me^lait toujours une politesse affecte? e,
dont une grandeur factice e? tait la cause.
Il est inte? ressant d'examiner cette manie`re de voir, malgre? les
objections sans nombre qu'on peut y opposer; ce qui est certain
au moins, c'est que les aristarques allemands sont parvenus a`
leur but, puisqu'ils sont de tous les e? crivains, depuis Lessing ,
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? LES CRITIQUES A. W. ET F. SCHLEGEL. 371
ceux qui ont le plus efficacement contribue? a` rendre l'imitation
de la litte? rature franc? aise tout a` fait hors de mode en Allemagne;
mais de peur du gou^t franc? ais, ils n'ont pas assez perfectionne?
le gou^t allemand, et souvent ils ont rejete? des observations plei-
nes de justesse, seulement parce que nos e? crivains les avaient
faites.
On ne sait pas faire un livre en Allemagne; rarement on y
met l'ordre et la me? thode qui classent les ide? es dans la te^te du
lecteur; et ce n'est point parce que les Franc? ais sont impatients,
mais parce qu'ils ont l'esprit juste , qu'ils se fatiguent de ce de? -
faut; les fictions ne sont pas dessine? es , dans les poe? sies alle-
mandes , avec ces contours fermes et pre? cis qui en assurent l'ef-
fet, et le vague de l'imagination correspond a` l'obscurite? de la
pense? e. Enfin, si les plaisanteries bizarres et vulgaires de quel-
ques ouvrages pre? tendus comiques manquent de gou^t, ce n'est
pas a` force de naturel, c'est parce que l'affectation de l'e? nergie
est au moins aussi ridicule que celle de la gra^ce. Je mefais vif,
disait un Allemand en sautant par la fene^tre: quand on se fait,
on n'est rien : il faut recourir au bon gou^t franc? ais, contre la
vigoureuse exage? ration de quelques Allemands, comme a` la
profondeur des Allemands, contre la frivolite? dogmatique de
quelques Franc? ais.
Les nations doivent se servir de guide les unes aux autres, et
toutes auraient tort de se priver des lumie`res qu'elles peuvent
mutuellement se pre^ter. Il y a quelque chose de tre`s-singulier
dans la diffe? rence d'un peuple a` un autre : le climat, l'aspect de
la nature, la langue, le gouvernement, enfin surtout les e? ve? ne-
ments de l'histoire, puissance plus extraordinaire encore que
toutes les autres, contribuent a` ces diversite? s, et nul homme,
quelque supe? rieur qu'il soit, ne peut deviner ce qui se de? veloppe
naturellement dans l'esprit de celui qui vit sur un autre sol, et
respire un autre air: on se trouvera donc bien en tout pays d'ac-
cueillir les pense? es e? trange`res; car, dans ce genre, l'hospitalite?
fait la fortune de celui qui rec? oit.
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 372 DKS REAUX-AHTS KM ALLEMAGNE.
CHAPITRE XXXII.
Des beaux-arts en Allemagne.
Les Allemands en ge? ne? ral conc? oivent mieux l'art qu'ils ne le
mettent en pratique : a` peine ont-ils une impression, qu'ils en
tirent une foule d'ide? es. Ils vantent beaucoup le myste`re , mais.
c'est pour le re? ve? ler, et l'on ne peut montrer aucun genre d'ori-
ginalite? en Allemagne, sans que chacun vous explique comment
cette originalite? vous est venue; c'est un grand inconve? nient,
surtout pour les arts, ou` tout est sensation; ils sont analyse? s
avant d'e^tre sentis, et l'on a beau dire apre`s qu'il faut renoncer
a` l'analyse, l'on a gou^te? du fruit de l'arbre de la science, et
l'innocence du talent est perdue. Ce n'est pas assure? ment que je conseille, relativement aux
arts, l'ignorance que je n'ai cesse? de bla^mer en litte? rature; mais
il faut distinguer les e?
tudes relatives a` la pratique de l'art, de
celles qui ont uniquement pour objet la the? orie du talent; celles-
ci , pousse? es trop loin, e? touffent l'invention; l'on est trouble?
par le souvenir de tout ce quia e? te? dit sur chaque chef-d'oeuvre;
on croit sentir entre soi et l'objet que l'on veut peindre une
foule de traite? s sur la peinture et la sculpture, l'ide? al et le re? el,
et l'artiste n'est plus seul avec la nature. Sans doute l'esprit de
ces divers traite? s est toujours l'encouragement; mais a` force
d'encouragement on lasse le ge? nie, comme a` force de ge^ne on
l'e? teint; et dans tout ce qui tient a` l'imagination, il faut une si
heureuse combinaison d'obstacles et de facilite? , que des sie`cles
peuvent s'e? couler sans que l'on arrive a` ce point juste qui fait
e? clore l'esprit humain dans toute sa force.
Avant l'e? poque de la re? formation , les Allemands avaient une
e? cole de peinture que ne de? daignait pas l'e? cole italienne. Albert
Durer, Lucas Cranach, Holbein,ont, dans leur manie`re de pein-
dre, des rapports avec les pre? de? cesseurs de Raphae`l, Perugin,
Andre? Mantegne, etc. Holbein se rapproche davantage de Le? o-
nard de Vinci ; en ge? ne? ral cependant, il y a plus de durete? dans
l'e? cole allemande que dans celle des Italiens, mais non moins
d'expression et de recueillement dans les physionomies. Les
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? DES REAUX-ARTS EN ALLEMAGNE. 373
peintres du quinzie`me sie`cle avaient peu de connaissance des
moyens de l'art; mais une bonne foi et une modestie touchan-
tes se faisaient remarquer dans leurs ouvrages; on n'y voit pas
de pre? tentions a` d'ambitieux effets, l'on n'y sent que cette e? mo-
tion intime pour laquelle tous les hommes de talent cherchent
un langage, afin de ne pas mourir sans avoir fait part de leur
a^me a` leurs contemporains.
Dans ces tableaux du quatorzie`me et du quinzie`me sie`cle, les
plis des ve^tements sont tout droits ; les coiffures un peu roides,
les attitudes tre`s-simples; mais il y a quelque chose dans l'ex-
pression des figures qu'on ne se lasse point de conside? rer. Les
tableaux inspire? s par la religion chre? tienne produisent une
impression semblable a` celle de ces psaumes qui me^lent avec tant
de charme la poe? sie a` la pie? te? .
La seconde et la plus belle e? poque de la peinture fut celle ou`
les peintres conserve`rent la ve? rite? du moyen a^ge, en y joignant
toute la splendeur de l'art: rien ne correspond chez les Alle-
mands au sie`cle de Le? on X. Vers la fin du dix-septie`me sie`cle et
jusqu'au milieu du dix-huitie`me, les beaux-arts tombe`rent pres-
que partout dans une singulie`re de? cadence; le gou^t e? tait de? ge? -
ne? re? en affectation; Winkelmann alors exerc? a la plus grande
influence, non-seulement sur son pays, mais sur le reste de
l'Europe, et ce furent ses e? crits qui tourne`rent toutes les imagi-
nations artistes vers l'e? tude et l'admiration des monuments an-
tiques : il s'entendait bien mieux en sculpture qu'en peinture;
aussi porta-t-il les peintres a` mettre dans leurs tableaux des sta-
tues colorie? es, pluto^t que de faire sentir en tout la nature vivante.
Cependant la peinture perd la plus grande partie de son charme
en se rapprochant dela sculpture; l'illusion ne? cessaire a` l'une est directement contraire aux formes immuables et prononce? es
de l'autre. Quand les peintres prennent exclusivement la beaute?
antique pour mode`le, comme ils ne la connaissent que par des
statues, il leur arrive ce qu'on reproche a` la litte? rature classi-
que des modernes, ce n'est point dans leur propre inspiration
qu'ils puisent les effets de l'art.
Mengs, peintre allemand, s'est montre? un penseur philosophe
dans ses e? crits sur son art: ami de Winkelmaun , il partagea son
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? 374 DES REAUX-AHTS EN ALLEMAGNE.
admiration pour l'antique; mais ne? anmoins il a souvent e? vite?
les de? fauts qu'on peut reprocher aux peintres forme? s par les
e? crits de Winkelmann , et qui se bornent pour la plupart a` co-
pier les chefs-d'oeuvre anciens. Mengs s'e? tait aussi propose? pour
mode`le le Corre`ge, celui de tous les peintres qui s'e? loigne le
plus dans ses tableaux du genre de la sculpture, et dont le clair-
obscur rappelle les vagues et de? licieuses impressions de la
me? lodie.
Les artistes allemands avaient presque tous adopte? les opinions
de Winkelmann Jusqu'au moment ou` la nouvellee? cole litte? raire
a e? tendu son influence aussi sur les beaux-arts. Goethe, dont
nous retrouvons partout l'esprit universel, a montre? dans ses
ouvrages qu'il comprenait le vrai ge? nie de la peinture bien mieux
que Winkelmann; toutefois, convaincu comme lui que les su-
jets du christianisme ne sont pas favorables a` l'art, il cherche a`
faire revivre l'enthousiasme pour la mythologie, et c'est une ten-
tative dont le succe`s est impossible ; peut-e^tre ne sommes-nous
capables, en fait de beaux-arts, ni d'e^tre chre? tiens ni d'e^tre pai? ens;
mais si dans un temps quelconque l'imagination cre? atrice renai^t
chez les hommes, ce ne sera su^rement pas en imitant les anciens
qu'elle se fera sentir.
La nouvelle e? cole soutient dans les beaux-arts le me^me sys-
te`me qu'en litte? rature, et proclame hautement le christianisme
comme la source du ge? nie des modernes; les e? crivains de cette
e? cole caracte? risent aussi d'une fac? on toute nouvelle ce qui dans
l'architecture gothique s'accorde avec les sentiments religieux des
chre? tiens. Il ne s'ensuit pas que les modernes puissent et doivent
construire des e? glises gothiques; ni l'art ni la nature ne se re? pe`-
tent : ce qui importe seulement, dans le silence actuel du talent,
c'est de de? truire le me? pris qu'on a voulu jeter sur toutes les con-
ceptions du moyen a^ge; sans doute il ne nous convient pas de les
adopter, mais rien ne nuit plus au de? veloppement du ge? nie que
de conside? rer comme barbare quoi que ce soit d'original.
J'ai de? ja` dit, en parlant de l'Allemagne, qu'il y avait peu d'e? -
difices modernes remarquables; on ne voit gue`re dans le Nord,
en ge? ne? ral, que des monuments gothiques, et la nature et la poe? -
sie secondent les dispositions de l'a^me que ces monuments font
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DES REAUX-ARTS EN ALLEMAGNE. 37S
nai^tre. Un e? crivain allemand, Goerres, a donne? une description
inte? ressante d'une ancienne e? glise: << On voit, dit-il, des figures
de chevaliers a` genoux sur un tombeau, les mains jointes; au-
<< dessus sont place? es quelques rarete? s merveilleuses de l'Asie,
<< qui semblent la` pour attester comme des te? moins muets, les
<< voyages du mort dans la terre sainte. Les arcades obscures de
l'e? glise couvrent de leur ombre ceux qui reposent; on se croi-
<< rait au milieu d'une fore^t dont la mort a pe? trifie? les brandies
<< et les feuilles, de manie`re qu'elles ne peuvent plus ni se balan-
<< cer ni s'agiter, quand les sie`cles, comme le vent des nuits ,
<< s'engouffrent sous leurs vou^tes prolonge? es. L'orgue fait enten-
<< dre ses sons majestueux dans l'e? glise, des inscriptions en let-
,? tres de bronze, a` demi de? truites par l'humide vapeur du temps,
<< indiquent confuse? ment les'grandes actions qui redeviennent de
la fable, apre`s avoir e? te? si longtemps d'une e? clatante ve? -
<< rite? . >>
En s'occupant des arts, en Allemagne, on est conduit a` par-
ler pluto^t des e? crivains que des artistes. Sous tous les rapports,
les Allemands sont plus forts dans la the? orie que dans la prati-
que, et le Nord est si peu favorable aux arts qui frappent les yeux,
qu'on dirait que l'esprit de re? flexion lui a e? te? donne? seulement
pour qu'il servi^t de spectateur au Midi.
On trouve en Allemagne un grand nombre de galeries de ta-
bleaux et de collections de dessins, qui supposent l'amour des
arts dans toutes les classes. Il y a, chez les grands seigneurs et
les hommes de lettres du premier rang, de tre`s-belles copies des
chefs-d'oeuvre de l'antiquite? ; la maison de Goethe est a` cet e? gard
fort remarquable; il ne recherche pas seulement le plaisir que
peut causer la vue des statues et des tableaux des grands mai^tres,
il croit que le ge? nie et l'a^me s'en ressentent. --J'en deviendrais
meilleur, disait-il, si j'avais sous les yeux la te^te de Jupiter
Olympien, que les anciens ont tant admire? e. -- Plusieurs pein-
tres distingue? s sont e? tablis a` Dresde; les chefs-d'oeuvre dela
galerie y excitent le talentet l'e? mulation. Cette Vierge de Ra-
phae? l, que deux enfants contemplent, est a` elle seule un tre? sor
pour les arts: il y a dans cette figure une e? le? vation et une purete?
qui sont l'ide? al de la religion et de la force inte? rieure de l'a^me.
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? 376 1>ES REAUX-AUTS EN ALLEMAGNE.
se? parables, et ils s'appliquent a` tout ce qui pourrait diriger dans
ce sens les esprits et les a^mes. W. Schlegel exprime son admi-
ration pour le moyen a^ge dans plusieurs de ses e? crits, et parti-
culie`rement dans deux stances dont voici la traduction:
<< L'Europe e? tait une dans ces grands sie`cles, et le sol de cette
<< patrie universelle e? tait fe? cond en ge? ne? reuses pense? es, qui peu-
<<vent servir de guide dans la vie et dans la mort. Une me^me
chevalerie changeait les combattants en fre`res d'armes : c'e? tait
pour de? fendre une me^me foi qu'ils s'armaient; un me^me
amour inspirait tous les coeurs, et la poe? sie qui chantait cette
? ? alliance exprimait le me^me sentiment dans les langages di-
<< vers.
<< Ah ! la noble e? nergie des a^ges anciens est perdue: notre
<< sie`cle est l'inventeur d'une e? troite sagesse, et ce que les hom-
<< mes faibles ne sauraient concevoir, n'est a` leurs yeux qu'une
<< chime`re; toutefois rien de divin ne peut re? ussir, entrepris avec
un coeur profane He? las! nos temps ne connaissent plus ni la
foi, ni l'amour; comment pourrait-il leur rester l'espe? rance! >>
Des opinions dont la tendance est si marque? e doivent ne? ces-
sairement alte? rer l'impartialite? des jugements sur les ouvrages de
l'art : sans doute, et je n'ai cesse? de le re? pe? ter dans le cours de
cet e? crit, il est a` de? sirer que la litte? rature moderne soit fonde? e
sur notre histoire et sur notre croyance; ne? anmoins il ne s'en-
suit pas que les productions litte? raires du moyen a^ge puissent
e^tre conside? re? es comme vraiment bonnes. Leur e? nergique sim-
plicite? , le caracte`re pur etloyal qui s'y manifeste, excitent un
vif inte? re^t; mais la connaissance de l'antique et les progre`s de
la civilisation , nous ont valu des avantages qu'on ne doit pas
de? daigner. Il ne s'agit pas de faire reculer l'art, mais de re? unir
autant qu'on le peut les qualite? s diverses de? veloppe? es dans l'es-
prit humain a` diffe? rentes e? poques.
On a fort accuse? les deux Schlegel de ne pas rendre justice a`
la litte? rature franc? aise; il n'est point d'e? crivains cependant qui
aient parle? avec plus d'enthousiasme du ge? nie de nos trouba-
dours, et de cette chevalerie franc? aise, sans pareille en Europe, lorsqu'elle re? unissait au plus haut point l'esprit et la loyaute? .
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 370 LES CRIT1QIJES A. W. ET F. SCHLEGEL.
la gra^ce et la franchise, le courage et la gaiete? , la simplicite? la
plus touchante et la nai? vete? la plus inge? nieuse; mais les criti-
ques allemands ont pre? tendu que les traits distinctifs du ca-
racte`re franc? ais s'e? taient efface? s pendant le cours du re`gne de
Louis XIV: la litte? rature, disent-ils, dans les sie`cles appele? s
classiques, perd en originalite? ce qu'elle gagne en correction;
ils ont attaque? nos poe`tes en particulier, avec une grande force
d'arguments et de moyens. L'esprit ge? ne? ral de ces critiques est
'e me^me que celui de Rousseau, dans sa lettre contre la musi-
que francaise. Ils croient trouver dans plusieurs de nos trage? -
dies l'espe`ce d'affectation pompeuse que Rousseau reproche a`
Lulli et a` Rameau, et ils pre? tendent que le me^me gou^t qui fai-
sait pre? fe? rer Coypel et Boucher dans la peinture, et le chevalier
Bernin dans la sculpture, interdit a` la poe? sie l'e? lan qui seul en
fait une jouissance divine; enfin ils seraient tente? s d'appliquer
a` notre manie`re de concevoir et d'aimer les beaux-arts, ces
vers tant cite? s de Corneille:
Othon a` la princesse a fait un compliment,
Plus en homme d'esprit qu'en ve? ritable amant.
AV. Schlegel rend hommage cependant a` la plupart de nos
grands auteurs; mais ce qu'il s'attache a` prouver seulement,
c'est que depuis le milieu du dix-septie`me sie`cle le genre manie? re? a domine? dans toute l'Europe; et que cette tendance a fait
perdre la verve audacieuse qui animait les e? crivains et les artis-
tes , a` la renaissance des lettres. Dans les tableaux et les bas-reliefs ou` Louis XIV est peint, tanto^t en Jupiter, tanto^t en Her-
cule, il est repre? sente? nu, ou reve^tu seulement d'une peau de
lion, mais avec sa grande perruque sur la te^te. Les e? crivains de
la nouvelle e? cole pre? tendent que l'on pourrait appliquer cette
grande perruque a` la physionomie des beaux-arts, dans le dix-septie`me sie`cle: il s'y me^lait toujours une politesse affecte? e,
dont une grandeur factice e? tait la cause.
Il est inte? ressant d'examiner cette manie`re de voir, malgre? les
objections sans nombre qu'on peut y opposer; ce qui est certain
au moins, c'est que les aristarques allemands sont parvenus a`
leur but, puisqu'ils sont de tous les e? crivains, depuis Lessing ,
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:49 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? LES CRITIQUES A. W. ET F. SCHLEGEL. 371
ceux qui ont le plus efficacement contribue? a` rendre l'imitation
de la litte? rature franc? aise tout a` fait hors de mode en Allemagne;
mais de peur du gou^t franc? ais, ils n'ont pas assez perfectionne?
le gou^t allemand, et souvent ils ont rejete? des observations plei-
nes de justesse, seulement parce que nos e? crivains les avaient
faites.
On ne sait pas faire un livre en Allemagne; rarement on y
met l'ordre et la me? thode qui classent les ide? es dans la te^te du
lecteur; et ce n'est point parce que les Franc? ais sont impatients,
mais parce qu'ils ont l'esprit juste , qu'ils se fatiguent de ce de? -
faut; les fictions ne sont pas dessine? es , dans les poe? sies alle-
mandes , avec ces contours fermes et pre? cis qui en assurent l'ef-
fet, et le vague de l'imagination correspond a` l'obscurite? de la
pense? e. Enfin, si les plaisanteries bizarres et vulgaires de quel-
ques ouvrages pre? tendus comiques manquent de gou^t, ce n'est
pas a` force de naturel, c'est parce que l'affectation de l'e? nergie
est au moins aussi ridicule que celle de la gra^ce. Je mefais vif,
disait un Allemand en sautant par la fene^tre: quand on se fait,
on n'est rien : il faut recourir au bon gou^t franc? ais, contre la
vigoureuse exage? ration de quelques Allemands, comme a` la
profondeur des Allemands, contre la frivolite? dogmatique de
quelques Franc? ais.
Les nations doivent se servir de guide les unes aux autres, et
toutes auraient tort de se priver des lumie`res qu'elles peuvent
mutuellement se pre^ter. Il y a quelque chose de tre`s-singulier
dans la diffe? rence d'un peuple a` un autre : le climat, l'aspect de
la nature, la langue, le gouvernement, enfin surtout les e? ve? ne-
ments de l'histoire, puissance plus extraordinaire encore que
toutes les autres, contribuent a` ces diversite? s, et nul homme,
quelque supe? rieur qu'il soit, ne peut deviner ce qui se de? veloppe
naturellement dans l'esprit de celui qui vit sur un autre sol, et
respire un autre air: on se trouvera donc bien en tout pays d'ac-
cueillir les pense? es e? trange`res; car, dans ce genre, l'hospitalite?
fait la fortune de celui qui rec? oit.
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? 372 DKS REAUX-AHTS KM ALLEMAGNE.
CHAPITRE XXXII.
Des beaux-arts en Allemagne.
Les Allemands en ge? ne? ral conc? oivent mieux l'art qu'ils ne le
mettent en pratique : a` peine ont-ils une impression, qu'ils en
tirent une foule d'ide? es. Ils vantent beaucoup le myste`re , mais.
c'est pour le re? ve? ler, et l'on ne peut montrer aucun genre d'ori-
ginalite? en Allemagne, sans que chacun vous explique comment
cette originalite? vous est venue; c'est un grand inconve? nient,
surtout pour les arts, ou` tout est sensation; ils sont analyse? s
avant d'e^tre sentis, et l'on a beau dire apre`s qu'il faut renoncer
a` l'analyse, l'on a gou^te? du fruit de l'arbre de la science, et
l'innocence du talent est perdue. Ce n'est pas assure? ment que je conseille, relativement aux
arts, l'ignorance que je n'ai cesse? de bla^mer en litte? rature; mais
il faut distinguer les e?
tudes relatives a` la pratique de l'art, de
celles qui ont uniquement pour objet la the? orie du talent; celles-
ci , pousse? es trop loin, e? touffent l'invention; l'on est trouble?
par le souvenir de tout ce quia e? te? dit sur chaque chef-d'oeuvre;
on croit sentir entre soi et l'objet que l'on veut peindre une
foule de traite? s sur la peinture et la sculpture, l'ide? al et le re? el,
et l'artiste n'est plus seul avec la nature. Sans doute l'esprit de
ces divers traite? s est toujours l'encouragement; mais a` force
d'encouragement on lasse le ge? nie, comme a` force de ge^ne on
l'e? teint; et dans tout ce qui tient a` l'imagination, il faut une si
heureuse combinaison d'obstacles et de facilite? , que des sie`cles
peuvent s'e? couler sans que l'on arrive a` ce point juste qui fait
e? clore l'esprit humain dans toute sa force.
Avant l'e? poque de la re? formation , les Allemands avaient une
e? cole de peinture que ne de? daignait pas l'e? cole italienne. Albert
Durer, Lucas Cranach, Holbein,ont, dans leur manie`re de pein-
dre, des rapports avec les pre? de? cesseurs de Raphae`l, Perugin,
Andre? Mantegne, etc. Holbein se rapproche davantage de Le? o-
nard de Vinci ; en ge? ne? ral cependant, il y a plus de durete? dans
l'e? cole allemande que dans celle des Italiens, mais non moins
d'expression et de recueillement dans les physionomies. Les
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? DES REAUX-ARTS EN ALLEMAGNE. 373
peintres du quinzie`me sie`cle avaient peu de connaissance des
moyens de l'art; mais une bonne foi et une modestie touchan-
tes se faisaient remarquer dans leurs ouvrages; on n'y voit pas
de pre? tentions a` d'ambitieux effets, l'on n'y sent que cette e? mo-
tion intime pour laquelle tous les hommes de talent cherchent
un langage, afin de ne pas mourir sans avoir fait part de leur
a^me a` leurs contemporains.
Dans ces tableaux du quatorzie`me et du quinzie`me sie`cle, les
plis des ve^tements sont tout droits ; les coiffures un peu roides,
les attitudes tre`s-simples; mais il y a quelque chose dans l'ex-
pression des figures qu'on ne se lasse point de conside? rer. Les
tableaux inspire? s par la religion chre? tienne produisent une
impression semblable a` celle de ces psaumes qui me^lent avec tant
de charme la poe? sie a` la pie? te? .
La seconde et la plus belle e? poque de la peinture fut celle ou`
les peintres conserve`rent la ve? rite? du moyen a^ge, en y joignant
toute la splendeur de l'art: rien ne correspond chez les Alle-
mands au sie`cle de Le? on X. Vers la fin du dix-septie`me sie`cle et
jusqu'au milieu du dix-huitie`me, les beaux-arts tombe`rent pres-
que partout dans une singulie`re de? cadence; le gou^t e? tait de? ge? -
ne? re? en affectation; Winkelmann alors exerc? a la plus grande
influence, non-seulement sur son pays, mais sur le reste de
l'Europe, et ce furent ses e? crits qui tourne`rent toutes les imagi-
nations artistes vers l'e? tude et l'admiration des monuments an-
tiques : il s'entendait bien mieux en sculpture qu'en peinture;
aussi porta-t-il les peintres a` mettre dans leurs tableaux des sta-
tues colorie? es, pluto^t que de faire sentir en tout la nature vivante.
Cependant la peinture perd la plus grande partie de son charme
en se rapprochant dela sculpture; l'illusion ne? cessaire a` l'une est directement contraire aux formes immuables et prononce? es
de l'autre. Quand les peintres prennent exclusivement la beaute?
antique pour mode`le, comme ils ne la connaissent que par des
statues, il leur arrive ce qu'on reproche a` la litte? rature classi-
que des modernes, ce n'est point dans leur propre inspiration
qu'ils puisent les effets de l'art.
Mengs, peintre allemand, s'est montre? un penseur philosophe
dans ses e? crits sur son art: ami de Winkelmaun , il partagea son
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? 374 DES REAUX-AHTS EN ALLEMAGNE.
admiration pour l'antique; mais ne? anmoins il a souvent e? vite?
les de? fauts qu'on peut reprocher aux peintres forme? s par les
e? crits de Winkelmann , et qui se bornent pour la plupart a` co-
pier les chefs-d'oeuvre anciens. Mengs s'e? tait aussi propose? pour
mode`le le Corre`ge, celui de tous les peintres qui s'e? loigne le
plus dans ses tableaux du genre de la sculpture, et dont le clair-
obscur rappelle les vagues et de? licieuses impressions de la
me? lodie.
Les artistes allemands avaient presque tous adopte? les opinions
de Winkelmann Jusqu'au moment ou` la nouvellee? cole litte? raire
a e? tendu son influence aussi sur les beaux-arts. Goethe, dont
nous retrouvons partout l'esprit universel, a montre? dans ses
ouvrages qu'il comprenait le vrai ge? nie de la peinture bien mieux
que Winkelmann; toutefois, convaincu comme lui que les su-
jets du christianisme ne sont pas favorables a` l'art, il cherche a`
faire revivre l'enthousiasme pour la mythologie, et c'est une ten-
tative dont le succe`s est impossible ; peut-e^tre ne sommes-nous
capables, en fait de beaux-arts, ni d'e^tre chre? tiens ni d'e^tre pai? ens;
mais si dans un temps quelconque l'imagination cre? atrice renai^t
chez les hommes, ce ne sera su^rement pas en imitant les anciens
qu'elle se fera sentir.
La nouvelle e? cole soutient dans les beaux-arts le me^me sys-
te`me qu'en litte? rature, et proclame hautement le christianisme
comme la source du ge? nie des modernes; les e? crivains de cette
e? cole caracte? risent aussi d'une fac? on toute nouvelle ce qui dans
l'architecture gothique s'accorde avec les sentiments religieux des
chre? tiens. Il ne s'ensuit pas que les modernes puissent et doivent
construire des e? glises gothiques; ni l'art ni la nature ne se re? pe`-
tent : ce qui importe seulement, dans le silence actuel du talent,
c'est de de? truire le me? pris qu'on a voulu jeter sur toutes les con-
ceptions du moyen a^ge; sans doute il ne nous convient pas de les
adopter, mais rien ne nuit plus au de? veloppement du ge? nie que
de conside? rer comme barbare quoi que ce soit d'original.
J'ai de? ja` dit, en parlant de l'Allemagne, qu'il y avait peu d'e? -
difices modernes remarquables; on ne voit gue`re dans le Nord,
en ge? ne? ral, que des monuments gothiques, et la nature et la poe? -
sie secondent les dispositions de l'a^me que ces monuments font
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? DES REAUX-ARTS EN ALLEMAGNE. 37S
nai^tre. Un e? crivain allemand, Goerres, a donne? une description
inte? ressante d'une ancienne e? glise: << On voit, dit-il, des figures
de chevaliers a` genoux sur un tombeau, les mains jointes; au-
<< dessus sont place? es quelques rarete? s merveilleuses de l'Asie,
<< qui semblent la` pour attester comme des te? moins muets, les
<< voyages du mort dans la terre sainte. Les arcades obscures de
l'e? glise couvrent de leur ombre ceux qui reposent; on se croi-
<< rait au milieu d'une fore^t dont la mort a pe? trifie? les brandies
<< et les feuilles, de manie`re qu'elles ne peuvent plus ni se balan-
<< cer ni s'agiter, quand les sie`cles, comme le vent des nuits ,
<< s'engouffrent sous leurs vou^tes prolonge? es. L'orgue fait enten-
<< dre ses sons majestueux dans l'e? glise, des inscriptions en let-
,? tres de bronze, a` demi de? truites par l'humide vapeur du temps,
<< indiquent confuse? ment les'grandes actions qui redeviennent de
la fable, apre`s avoir e? te? si longtemps d'une e? clatante ve? -
<< rite? . >>
En s'occupant des arts, en Allemagne, on est conduit a` par-
ler pluto^t des e? crivains que des artistes. Sous tous les rapports,
les Allemands sont plus forts dans la the? orie que dans la prati-
que, et le Nord est si peu favorable aux arts qui frappent les yeux,
qu'on dirait que l'esprit de re? flexion lui a e? te? donne? seulement
pour qu'il servi^t de spectateur au Midi.
On trouve en Allemagne un grand nombre de galeries de ta-
bleaux et de collections de dessins, qui supposent l'amour des
arts dans toutes les classes. Il y a, chez les grands seigneurs et
les hommes de lettres du premier rang, de tre`s-belles copies des
chefs-d'oeuvre de l'antiquite? ; la maison de Goethe est a` cet e? gard
fort remarquable; il ne recherche pas seulement le plaisir que
peut causer la vue des statues et des tableaux des grands mai^tres,
il croit que le ge? nie et l'a^me s'en ressentent. --J'en deviendrais
meilleur, disait-il, si j'avais sous les yeux la te^te de Jupiter
Olympien, que les anciens ont tant admire? e. -- Plusieurs pein-
tres distingue? s sont e? tablis a` Dresde; les chefs-d'oeuvre dela
galerie y excitent le talentet l'e? mulation. Cette Vierge de Ra-
phae? l, que deux enfants contemplent, est a` elle seule un tre? sor
pour les arts: il y a dans cette figure une e? le? vation et une purete?
qui sont l'ide? al de la religion et de la force inte? rieure de l'a^me.
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