cident, et tout se passe dans un silence pro-
fond; ce silence n'est pas l'effet de la terreur, car, que peut-on
craindre dans un pays ou` les vertus du monarque et les principes
de l'e?
fond; ce silence n'est pas l'effet de la terreur, car, que peut-on
craindre dans un pays ou` les vertus du monarque et les principes
de l'e?
Madame de Stael - De l'Allegmagne
Il n'y a point eu dans ce pays,
comme en France, des e? crits licencieux qui circulaient dans tou-
tes les classes, et de? truisaient le sentiment chez les gens du
monde, et la moralite? chez les gens du peuple. Les Allemands
ont cependant, il faut en convenir, plus d'imagination que de
sensibilite? ; et leur loyaute? seule re? pond de leur constance. Les
Franc? ais, en ge? ne? ral, respectent les devoirs positifs; les Alle-
mands se croient plus engage? s par les affections que par les de-
voirs. Ce que nous avons dit sur la facilite? du divorce en est la
preuve; chez eux l'amour est plus sacre? que le mariage. C'est
par une honorable de? licatesse, sans doute, qu'ils sont surtout
fide`les aux promesses que les lois ne garantissent pas: mais
celles que les lois garantissent sont plus importantes pour l'ordre
social.
L'esprit de chevalerie re`gne encore chez les Allemands, pour
ainsi dire, passivement; ils sont incapables detromper, et leur
loyaute? se retrouve dans tous les rapports intimes; mais cette e? nergie se? ve`re, qui commandait aux hommes tant de sacrifices,
aux femmes tant de vertus, et faisait de la vie entie`re une oeuvre
sainte ou` dominait toujours la me^me pense? e, cette e? nergie che-
valeresque des temps jadis n'a laisse? dans l'Allemagne qu'une
empreinte efface? e. Rien de grand ne s'y fera de? sormais que par
l'impulsion libe? rale qui a succe? de? dans l'Europe a` la chevalerie.
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DE L'ALLEMAGNE MERIDIOPULE. 33
CHAPITRE V.
De l'Allemagne me? ridionale.
Il e? tait assez ge? ne? ralement reconnu qu'il n'y avait de litte? ra-
ture que dans le nord de l'Allemagne, et que les habitants du
midi se livraient aux jouissances de la vie physique, pendant que
les contre? es septentrionales gou^taient plus exclusivement celles
de l'a^me. Beaucoup d'hommes de ge? nie sont ne? s dans le Midi,
mais ils se sont forme? s dans le Nord. On trouve non loin de la
Baltique les plusheaux e? tablissements, les savants et les hommes
de lettres les plus distingue? s; et depuis Weimar jusqu'a` Kceuigs-
berg, depuis Koenigsberg jusqu'a` Copenhague, les brouillards et
les frimas semblent l'e? le? ment naturel des hommes d'une ima-
c? ination forte et profonde.
Il n'est point de pays qui ait plus besoin que l'Allemagne de
s'occuper de litte? rature; car la socie? te? y offrant peu de charmes,
et les individus n'ayant pas pour la plupart cette gra^ce et cette
vivacite? que donne la nature dans les pays chauds, il en re? sulte
que les Allemandsne sont aimables que quand ils sont supe? rieurs,
et qu'il leur faut du ge? nie pour avoir beaucoup d'esprit.
La Franconie, la Souabe et la Bavie`re, avant la re? union il-
lustre de l'acade? mie actuelle a` Munich, e? taient des pays singu-
lie`rement lourds et monotones : point d'arts, la musique excep-
te? e, peu de litte? rature; un accent rude qui se pre? tait difficile-
ment a` la prononciation des langues latines; point de socie? te? ;
de grandes re? unions qui ressemblaient a` des ce? re? monies pluto^t
qu'a` des plaisirs; une politesse obse? quieuse envers une aristo-
cratie sans e? le? gance; de la bonte? , de la loyaute? dans toutes les
classes; mais une certaine roideur souriante, qui o^te tout a` la
fois l'aisance et la dignite? . On ne doit donc pas s'e? tonner des
jugements qu'on a porte? s, des plaisanteries qu'on a faites sur
l'ennui de l'Allemagne. Il n'y a que les villes litte? raires qui puis-
sent vraiment inte? resser, dans un pays ou` la socie? te? n'est rien ,
i't la nature peu de chose.
On aurait peut-e^tre cultive? les lettres dans le midi de l'Alle-
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 34 L'AUTRICHE.
magne avec autant de succe`s que dans le Nord, si les souverains
avaient mis a` ce genre d'e? tude un ve? ritable inte? re^t; cependant,
il faut en convenir, les climats tempe? re? s sont plus propres a` la
socie? te? qu'a` la poe? sie. Lorsque le climat n'est ni se? ve`re ni beau,
quand on vit sans avoir rien a` craindre ni a` espe? rer du ciel, on ne s'occupe gue`re que des inte? re^ts positifs de l'existence. Ce
sont les de? lices du Midi, ou les rigueurs du Nord, qui e? branlent
fortement l'imagination. Soit qu'on lutte contre la nature, ou
qu'on s'enivre de ses dons, la puissance de la cre? ation n'en est
pas moins forte, et re? veille en nous le sentiment des beaux-arts,
ou l'instinct des myste`res de l'a^me.
L'Allemagne me? ridionale, tempe? re? e sous tous les rapports,
se maintient dans un e? tat de bien-e^tre monotone, singulie`re-
ment nuisible a` l'activite? des affaires comme a` celle de la pense? e.
Le plus vif de? sir des habitants de cette contre? e paisible et fe? -
conde , c'est de continuer a` exister comme ils existent; et que
fait-on avec ce seul de? sir? il ne suffit pas me^me pour conserver
ce dont on se contente.
CHAPITRE VI.
De l'Autriche '.
Les litte? rateurs du nord de l'Allemagne ont accuse? l'Autriche
de ne? gliger les sciences et les lettres; on a me^me fort exage? re?
l'espe`ce de ge^ne que la censure y e? tablissait. S'il n'y a pas eu de
grands hommes dans la carrie`re litte? raire en Autriche, ce n'est
pas autant a` la contrainte qu'au manque d'e? mulation qu'il faut
l'attribuer.
C'est un pays si calme, un pays ou` l'aisance est si tranquille-
ment assure? e a` toutes les classes de citoyens, qu'on n'y pense
pas beaucoup aux jouissances intellectuelles. On y fait plus pour
le devoir que pour la gloire; les re? compenses de l'opinion y
sont si ternes, et ses punitions si douces, que,sans le mobile
de la conscience, il n'y aurait pas de raison pour agir vivement
dans aucun sens.
'Ce dnpitresur l'Autriche a e? te? e? crit dans l'anne? e 1808.
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? L AimiicnE. 35
Les exploits militaires devaient e^tre l'inte? re^t principal des ha-
liitants d'une monarchie qui s'est illustre? e par des guerres con-
tinuelles; et cependant la nation autrichienne s'e? tait tellement
livre? e au repos et aux douceurs de la vie, que les e? ve? nements
publics eux-me^mes n'y faisaient pas grand bruit, jusqu'au mo-
ment ou` ils pouvaient re? veiller le patriotisme; et ce sentiment
est calme dans un pays ou` il n'y a que du bonheur. L'on trouve
en Autriche beaucoup de choses excellentes, mais peu d'hom-
mes vraiment supe? rieurs, car il n'y est pas fort utile de valoir
mieux qu'un autre; on n'est pas envie? pour cela, mais oublie? ,
ce qui de? courage encore plus. L'ambition persiste dans le de? sir
d'obtenir des places, le ge? nie se lasse de lui-me^me; le ge? nie, au
milieu de la socie? te? , est une douleur, une fie`vre inte? rieure, dont
il faudrait se faire traiter comme d'un mal, si les re? compenses
de la gloire n'en adoucissaient pas les peines.
En Autriche et dans le reste de l'Allemagne, on plaide tou-
jours par e? crit, et jamais a` haute voix. Les pre? dicateurs sont
suivis, parce qu'on observe les pratiques de religion; mais ils
n'attirent point par leur e? loquence; les spectacles sont extre^me-
ment ne? glige? s, surtout la trage? die. L'administration est con-
duite avec beaucoup de sagesse et de justice; mais il y a tant de
me? thode en tout, qu'a` peine si l'on peut s'apercevoir de l'in-
fluence des hommes. Les affaires se traitent d'apre`s un certain
ordre de nume? ros que rien au monde ne de? range. Des re`gles
invariables en de?
cident, et tout se passe dans un silence pro-
fond; ce silence n'est pas l'effet de la terreur, car, que peut-on
craindre dans un pays ou` les vertus du monarque et les principes
de l'e? quite? dirigent tout? mais le profond repos des esprits comme
des a^mes o^te tout inte? re^t a` la parole. Le crime ou lege? nie, l'in-
tole? rance ou l'enthousiasme, les passions ou l'he? roi? sme ne trou-
blent ni n'exaltent l'existence. Le cabinet autrichien a passe? dans
le dernier sie`cle pour tre`s-astucieux; ce qui ne s'accorde gue`re
avec le caracte`re allemand en ge? ne? ral; mais souvent on prend
pour une politique profonde ce qui n'est que l'alternative de
l'ambition et de la faiblesse. L'histoire attribue presque toujours
aux individus comme aux gouvernements plus de combinaison
qu'ils n'en ont eu.
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? 36 L'AUTRICHE.
L'Autriche, re? unissant dans son sein des peuples tre`s-divers,
tels que les Bohe? mes, les Hongrois, etc. , n'a point cette unite?
si ne? cessaire a` une monarchie; ne? anmoins la grande mode? ration
des mai^tres de l'E? tat a fait depuis longtemps un lien pour tous
de l'attachement a` un seul. L'empereur d'Allemagne e? tait tout
a` la fois souverain de son propre pays, et chef constitutionnel
de l'empire. Sous ce dernier rapport, il avait a` me? nager des in-
te? re^ts divers, et des lois e? tablies, et prenait, comme magistrat
impe? rial, une habitude de justice et de prudence, qu'il reportait
ensuite dans le gouvernement de ses E? tats he? re? ditaires. La na-
tion bohe^me et hongroise, les Tyroliens et les Flamands , qui
composaient autrefois la monarchie, ont tous plus de vivacite?
naturelle que les ve? ritables Autrichiens; ceux-ci s'occupent sans
cesse de l'art de mode? rer, au lieu de celui d'encourager. Un
gouvernement e? quitable, une terre fertile, une nation riche et
sage, tout devait leurfaire croire qu'il ne fallait que se maintenir
pour e^tre bien, et qu'on n'avait besoin en aucun genre du se-
cours extraordinaire des talents supe? rieurs. On peut s'en passer
en effet dans les temps paisibles de l'histoire; mais que faire
sans eux dans les grandes luttes?
L'esprit du catholicisme qui dominait a` Vienne, quoique tou-
jours avec sagesse, avait pourtant e? carte? , sous le re`gne de Ma-
rie-The? re`se, ce qu'on appelait les lumie`res du dix-huitie`me
sie`cle. Joseph II vint ensuite, et prodigua toutes ses lumie`res
a` un E? tat qui n'e? tait pre? pare? ni au bien ni au mal qu'elles peu-
vent faire. Il re? ussit momentane? ment dans ce qu'il voulait,
parce qu'il ne rencontra point en Autriche de passion me , ui
pour ni contre ses de? sirs; << mais apre`s sa mort il ne resta rien
de ce qu'il avait e? tabli1, >> parce que rien ne dure que ce qui
vient progressivement.
L'industrie, le bien vivre et les jouissances domestiques sont
les inte? re^ts principaux de l'Autriche; malgre? la gloire qu'elle
s'est acquise par la perse? ve? rance et la valeur de ses troupes,
l'esprit militaire n'a pas vraiment pe? ne? tre? dans toutes les classes
de la nation. Ses arme? es sont pour elle comme des forteresses 1 Supprime? par la censure
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? L'AUTRICHE. 37
ambulantes, mais il n'y a gue`re plus d'e? mulation dans cette car-
rie`re que dans toutes les autres; les officiers les plus probes sont
en me^me temps les plus braves; ils y ont d'autant plus de me? -
rite, qu'il en re? sulte rarement pour eux un avancement brillant
et rapide. On se fait presque un scrupule en Autriche de favori-
ser les hommes supe? rieurs, et l'on aurait pu croire quelquefois
que le gouvernement voulait pousser l'e? quite? plus loin que la
nature, et traiter d'une e? gale manie`re le talent et la me? diocrite? .
L'absence d'e? mulation a sans doute un avantage, c'est qu'elle
apaise la vanite? ; mais souvent aussi la fierte? me^me s'en ressent,
et l'on finit par n'avoir plus qu'un orgueil commode, auquel
l'exte? rieur seul suffit en tout.
C'e? taitaussi, ce me semble, un mauvais syste`me que d'in-
terdire l'entre? e des livres e? trangers. Si l'on pouvait conserverdans un pays l'e? nergie du treizie`me et du quatorzie`me sie`cle, en
le garantissant des e? crits du dix-huitie`me, ce serait peut-e^tre
un grand bien; mais comme il faut ne? cessairement que les opi-
uious et les lumie`res de l'Europe pe? ne`trent au milieu d'une
monarchie qui est au centre me^me de cette Europe, c'est un in-
conve? nient de ne les y laisser arriver qu'a` demi; car ce sont les
plus mauvais e? crits qui se font jour. Les livres remplis de plai-
santeries immorales et de principes e? goi? stes amusent le vulgaire,
et sont toujours connus de lui : et les lois prohibitives n'ont tout
leur effet que contre les ouvrages philosophiques, qui e? le`vent
l'a^me et e? tendent les ide? es. La contrainte que ces lois imposent
est pre? cise? ment ce qu'il faut pour favoriser la paresse de l'esprit,
mais non pour conserver l'innocence du coeur.
Dans un pays ou` tout mouvement est difficile; dans un pays
ou` tout inspire une tranquillite? profonde, le plus le? ger obstacle
suffit pour ne rien faire, pour ne rien e? crire, et, si l'on le veut
me^me, pour ne rien penser. Qu'y a-t-il de mieux que le bonheur?
'lira-t-on. Il faut savoir ne? anmoins ce qu'on entend parce mot.
Le bonheur consiste-t-il dans les faculte? s qu'on de? veloppe, ou
dans celles qu'on e? touffe? Sans doute un gouvernement est tou-
jours digne d'estime, quand il n'abuse point de son pouvoir, et
ne sacrifie jamais la justice a` son inte? re^t; mais la fe? licite? du
sommeil est trompeuse; de grands revers peuvent la troubler; K\D. DE SI'M 1 . 4
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? 38 L AUTH1CHE.
et pour tenir plus aise? ment et plus doucement les re^nes, il ne faut pas engourdir les coursiers.
Une nation peut tre`s-facilement se contenter des biens com-
muns de la vie, le repos et l'aisance; et des penseurs superficiels
pre? tendront que tout l'art social se borne a` donner au peuple
ces biens. Il en faut pourtant de plus nobles pour se croire une
patrie. Le sentiment patriotique se compose des souvenirs que
les grands hommes ont laisse? s, de l'admiration qu'inspirent les
chefs-d'oeuvre du ge? nie national, enfin de l'amour que l'on res-
sent pour les institutions, la religion et la gloire de son pays.
Toutes ces richesses de l'a^me sont les seules que ravirait un
joug e? tranger; mais si l'on s'en tenait uniquement aux jouissan-
ces mate? rielles, le me^me sol, quel que fu^t son mai^tre, ne
pourrait-il pas toujours les procurer? L'on craignait a` tort, dans le dernier sie`cle, en Autriche,
que la culture des lettres n'affaibli^t l'esprit militaire. Rodolphe
de Habsbourg de? tacha de son cou la chai^ne d'or qu'il portait,
pour en de? corer un poete alors ce? le`bre. Maximilien fit e? crire un
poeme sous sa dicte? e. Charles-Quint savait et cultivait presque
toutes les langues. Il y avait jadis sur la plupart des tro^nes de
l'Europe des souverains instruits dans tous les genres, et qui
trouvaient dans les connaissances litte? raires une nouvelle source
de grandeur d'a^me. Ce ne sont ni les lettres ni les sciences qui
nuiront jamais a` l'e? nergie du caracte`re. L'e? loquence rend plus
brave, la bravoure rend plus e? loquent ; tout ce qui fait battre le
coeur pour une ide? e ge? ne? reuse, double la ve? ritable force de
l'homme, sa volonte? : mais l'e? goi? sme syste? matique, dans lequel
on comprend quelquefois sa famille comme un appendice de
soi-me^me, mais la philosophie, vulgaire au fond, quelque
e? le? gante qu'elle soit dans les formes, qui porte a` de? daigner tout
ce qu'on appelle des illusions, c'est-a`-dire, le de? vouement et
l'enthousiasme; voila` le genre de lumie`res redoutable pour les
vertus nationales, voila` celles cependant que la censure ne sau-
rait e? carter d'un pays entoure? par l'atmosphe`re du dix-huitie`me
sie`cle : l'on ne peut e? chapper a` ce qu'il y a de pervers dans les
e? crits, qu'en laissant arriver de toutes parts ce qu'ils contiennent
de grand et de libre.
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? 39
On de? fendait a` Vienne de repre? senter Don Carlos, parce
qu'on ne voulait pas y tole? rer son amour pour E?
comme en France, des e? crits licencieux qui circulaient dans tou-
tes les classes, et de? truisaient le sentiment chez les gens du
monde, et la moralite? chez les gens du peuple. Les Allemands
ont cependant, il faut en convenir, plus d'imagination que de
sensibilite? ; et leur loyaute? seule re? pond de leur constance. Les
Franc? ais, en ge? ne? ral, respectent les devoirs positifs; les Alle-
mands se croient plus engage? s par les affections que par les de-
voirs. Ce que nous avons dit sur la facilite? du divorce en est la
preuve; chez eux l'amour est plus sacre? que le mariage. C'est
par une honorable de? licatesse, sans doute, qu'ils sont surtout
fide`les aux promesses que les lois ne garantissent pas: mais
celles que les lois garantissent sont plus importantes pour l'ordre
social.
L'esprit de chevalerie re`gne encore chez les Allemands, pour
ainsi dire, passivement; ils sont incapables detromper, et leur
loyaute? se retrouve dans tous les rapports intimes; mais cette e? nergie se? ve`re, qui commandait aux hommes tant de sacrifices,
aux femmes tant de vertus, et faisait de la vie entie`re une oeuvre
sainte ou` dominait toujours la me^me pense? e, cette e? nergie che-
valeresque des temps jadis n'a laisse? dans l'Allemagne qu'une
empreinte efface? e. Rien de grand ne s'y fera de? sormais que par
l'impulsion libe? rale qui a succe? de? dans l'Europe a` la chevalerie.
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DE L'ALLEMAGNE MERIDIOPULE. 33
CHAPITRE V.
De l'Allemagne me? ridionale.
Il e? tait assez ge? ne? ralement reconnu qu'il n'y avait de litte? ra-
ture que dans le nord de l'Allemagne, et que les habitants du
midi se livraient aux jouissances de la vie physique, pendant que
les contre? es septentrionales gou^taient plus exclusivement celles
de l'a^me. Beaucoup d'hommes de ge? nie sont ne? s dans le Midi,
mais ils se sont forme? s dans le Nord. On trouve non loin de la
Baltique les plusheaux e? tablissements, les savants et les hommes
de lettres les plus distingue? s; et depuis Weimar jusqu'a` Kceuigs-
berg, depuis Koenigsberg jusqu'a` Copenhague, les brouillards et
les frimas semblent l'e? le? ment naturel des hommes d'une ima-
c? ination forte et profonde.
Il n'est point de pays qui ait plus besoin que l'Allemagne de
s'occuper de litte? rature; car la socie? te? y offrant peu de charmes,
et les individus n'ayant pas pour la plupart cette gra^ce et cette
vivacite? que donne la nature dans les pays chauds, il en re? sulte
que les Allemandsne sont aimables que quand ils sont supe? rieurs,
et qu'il leur faut du ge? nie pour avoir beaucoup d'esprit.
La Franconie, la Souabe et la Bavie`re, avant la re? union il-
lustre de l'acade? mie actuelle a` Munich, e? taient des pays singu-
lie`rement lourds et monotones : point d'arts, la musique excep-
te? e, peu de litte? rature; un accent rude qui se pre? tait difficile-
ment a` la prononciation des langues latines; point de socie? te? ;
de grandes re? unions qui ressemblaient a` des ce? re? monies pluto^t
qu'a` des plaisirs; une politesse obse? quieuse envers une aristo-
cratie sans e? le? gance; de la bonte? , de la loyaute? dans toutes les
classes; mais une certaine roideur souriante, qui o^te tout a` la
fois l'aisance et la dignite? . On ne doit donc pas s'e? tonner des
jugements qu'on a porte? s, des plaisanteries qu'on a faites sur
l'ennui de l'Allemagne. Il n'y a que les villes litte? raires qui puis-
sent vraiment inte? resser, dans un pays ou` la socie? te? n'est rien ,
i't la nature peu de chose.
On aurait peut-e^tre cultive? les lettres dans le midi de l'Alle-
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 34 L'AUTRICHE.
magne avec autant de succe`s que dans le Nord, si les souverains
avaient mis a` ce genre d'e? tude un ve? ritable inte? re^t; cependant,
il faut en convenir, les climats tempe? re? s sont plus propres a` la
socie? te? qu'a` la poe? sie. Lorsque le climat n'est ni se? ve`re ni beau,
quand on vit sans avoir rien a` craindre ni a` espe? rer du ciel, on ne s'occupe gue`re que des inte? re^ts positifs de l'existence. Ce
sont les de? lices du Midi, ou les rigueurs du Nord, qui e? branlent
fortement l'imagination. Soit qu'on lutte contre la nature, ou
qu'on s'enivre de ses dons, la puissance de la cre? ation n'en est
pas moins forte, et re? veille en nous le sentiment des beaux-arts,
ou l'instinct des myste`res de l'a^me.
L'Allemagne me? ridionale, tempe? re? e sous tous les rapports,
se maintient dans un e? tat de bien-e^tre monotone, singulie`re-
ment nuisible a` l'activite? des affaires comme a` celle de la pense? e.
Le plus vif de? sir des habitants de cette contre? e paisible et fe? -
conde , c'est de continuer a` exister comme ils existent; et que
fait-on avec ce seul de? sir? il ne suffit pas me^me pour conserver
ce dont on se contente.
CHAPITRE VI.
De l'Autriche '.
Les litte? rateurs du nord de l'Allemagne ont accuse? l'Autriche
de ne? gliger les sciences et les lettres; on a me^me fort exage? re?
l'espe`ce de ge^ne que la censure y e? tablissait. S'il n'y a pas eu de
grands hommes dans la carrie`re litte? raire en Autriche, ce n'est
pas autant a` la contrainte qu'au manque d'e? mulation qu'il faut
l'attribuer.
C'est un pays si calme, un pays ou` l'aisance est si tranquille-
ment assure? e a` toutes les classes de citoyens, qu'on n'y pense
pas beaucoup aux jouissances intellectuelles. On y fait plus pour
le devoir que pour la gloire; les re? compenses de l'opinion y
sont si ternes, et ses punitions si douces, que,sans le mobile
de la conscience, il n'y aurait pas de raison pour agir vivement
dans aucun sens.
'Ce dnpitresur l'Autriche a e? te? e? crit dans l'anne? e 1808.
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? L AimiicnE. 35
Les exploits militaires devaient e^tre l'inte? re^t principal des ha-
liitants d'une monarchie qui s'est illustre? e par des guerres con-
tinuelles; et cependant la nation autrichienne s'e? tait tellement
livre? e au repos et aux douceurs de la vie, que les e? ve? nements
publics eux-me^mes n'y faisaient pas grand bruit, jusqu'au mo-
ment ou` ils pouvaient re? veiller le patriotisme; et ce sentiment
est calme dans un pays ou` il n'y a que du bonheur. L'on trouve
en Autriche beaucoup de choses excellentes, mais peu d'hom-
mes vraiment supe? rieurs, car il n'y est pas fort utile de valoir
mieux qu'un autre; on n'est pas envie? pour cela, mais oublie? ,
ce qui de? courage encore plus. L'ambition persiste dans le de? sir
d'obtenir des places, le ge? nie se lasse de lui-me^me; le ge? nie, au
milieu de la socie? te? , est une douleur, une fie`vre inte? rieure, dont
il faudrait se faire traiter comme d'un mal, si les re? compenses
de la gloire n'en adoucissaient pas les peines.
En Autriche et dans le reste de l'Allemagne, on plaide tou-
jours par e? crit, et jamais a` haute voix. Les pre? dicateurs sont
suivis, parce qu'on observe les pratiques de religion; mais ils
n'attirent point par leur e? loquence; les spectacles sont extre^me-
ment ne? glige? s, surtout la trage? die. L'administration est con-
duite avec beaucoup de sagesse et de justice; mais il y a tant de
me? thode en tout, qu'a` peine si l'on peut s'apercevoir de l'in-
fluence des hommes. Les affaires se traitent d'apre`s un certain
ordre de nume? ros que rien au monde ne de? range. Des re`gles
invariables en de?
cident, et tout se passe dans un silence pro-
fond; ce silence n'est pas l'effet de la terreur, car, que peut-on
craindre dans un pays ou` les vertus du monarque et les principes
de l'e? quite? dirigent tout? mais le profond repos des esprits comme
des a^mes o^te tout inte? re^t a` la parole. Le crime ou lege? nie, l'in-
tole? rance ou l'enthousiasme, les passions ou l'he? roi? sme ne trou-
blent ni n'exaltent l'existence. Le cabinet autrichien a passe? dans
le dernier sie`cle pour tre`s-astucieux; ce qui ne s'accorde gue`re
avec le caracte`re allemand en ge? ne? ral; mais souvent on prend
pour une politique profonde ce qui n'est que l'alternative de
l'ambition et de la faiblesse. L'histoire attribue presque toujours
aux individus comme aux gouvernements plus de combinaison
qu'ils n'en ont eu.
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? 36 L'AUTRICHE.
L'Autriche, re? unissant dans son sein des peuples tre`s-divers,
tels que les Bohe? mes, les Hongrois, etc. , n'a point cette unite?
si ne? cessaire a` une monarchie; ne? anmoins la grande mode? ration
des mai^tres de l'E? tat a fait depuis longtemps un lien pour tous
de l'attachement a` un seul. L'empereur d'Allemagne e? tait tout
a` la fois souverain de son propre pays, et chef constitutionnel
de l'empire. Sous ce dernier rapport, il avait a` me? nager des in-
te? re^ts divers, et des lois e? tablies, et prenait, comme magistrat
impe? rial, une habitude de justice et de prudence, qu'il reportait
ensuite dans le gouvernement de ses E? tats he? re? ditaires. La na-
tion bohe^me et hongroise, les Tyroliens et les Flamands , qui
composaient autrefois la monarchie, ont tous plus de vivacite?
naturelle que les ve? ritables Autrichiens; ceux-ci s'occupent sans
cesse de l'art de mode? rer, au lieu de celui d'encourager. Un
gouvernement e? quitable, une terre fertile, une nation riche et
sage, tout devait leurfaire croire qu'il ne fallait que se maintenir
pour e^tre bien, et qu'on n'avait besoin en aucun genre du se-
cours extraordinaire des talents supe? rieurs. On peut s'en passer
en effet dans les temps paisibles de l'histoire; mais que faire
sans eux dans les grandes luttes?
L'esprit du catholicisme qui dominait a` Vienne, quoique tou-
jours avec sagesse, avait pourtant e? carte? , sous le re`gne de Ma-
rie-The? re`se, ce qu'on appelait les lumie`res du dix-huitie`me
sie`cle. Joseph II vint ensuite, et prodigua toutes ses lumie`res
a` un E? tat qui n'e? tait pre? pare? ni au bien ni au mal qu'elles peu-
vent faire. Il re? ussit momentane? ment dans ce qu'il voulait,
parce qu'il ne rencontra point en Autriche de passion me , ui
pour ni contre ses de? sirs; << mais apre`s sa mort il ne resta rien
de ce qu'il avait e? tabli1, >> parce que rien ne dure que ce qui
vient progressivement.
L'industrie, le bien vivre et les jouissances domestiques sont
les inte? re^ts principaux de l'Autriche; malgre? la gloire qu'elle
s'est acquise par la perse? ve? rance et la valeur de ses troupes,
l'esprit militaire n'a pas vraiment pe? ne? tre? dans toutes les classes
de la nation. Ses arme? es sont pour elle comme des forteresses 1 Supprime? par la censure
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? L'AUTRICHE. 37
ambulantes, mais il n'y a gue`re plus d'e? mulation dans cette car-
rie`re que dans toutes les autres; les officiers les plus probes sont
en me^me temps les plus braves; ils y ont d'autant plus de me? -
rite, qu'il en re? sulte rarement pour eux un avancement brillant
et rapide. On se fait presque un scrupule en Autriche de favori-
ser les hommes supe? rieurs, et l'on aurait pu croire quelquefois
que le gouvernement voulait pousser l'e? quite? plus loin que la
nature, et traiter d'une e? gale manie`re le talent et la me? diocrite? .
L'absence d'e? mulation a sans doute un avantage, c'est qu'elle
apaise la vanite? ; mais souvent aussi la fierte? me^me s'en ressent,
et l'on finit par n'avoir plus qu'un orgueil commode, auquel
l'exte? rieur seul suffit en tout.
C'e? taitaussi, ce me semble, un mauvais syste`me que d'in-
terdire l'entre? e des livres e? trangers. Si l'on pouvait conserverdans un pays l'e? nergie du treizie`me et du quatorzie`me sie`cle, en
le garantissant des e? crits du dix-huitie`me, ce serait peut-e^tre
un grand bien; mais comme il faut ne? cessairement que les opi-
uious et les lumie`res de l'Europe pe? ne`trent au milieu d'une
monarchie qui est au centre me^me de cette Europe, c'est un in-
conve? nient de ne les y laisser arriver qu'a` demi; car ce sont les
plus mauvais e? crits qui se font jour. Les livres remplis de plai-
santeries immorales et de principes e? goi? stes amusent le vulgaire,
et sont toujours connus de lui : et les lois prohibitives n'ont tout
leur effet que contre les ouvrages philosophiques, qui e? le`vent
l'a^me et e? tendent les ide? es. La contrainte que ces lois imposent
est pre? cise? ment ce qu'il faut pour favoriser la paresse de l'esprit,
mais non pour conserver l'innocence du coeur.
Dans un pays ou` tout mouvement est difficile; dans un pays
ou` tout inspire une tranquillite? profonde, le plus le? ger obstacle
suffit pour ne rien faire, pour ne rien e? crire, et, si l'on le veut
me^me, pour ne rien penser. Qu'y a-t-il de mieux que le bonheur?
'lira-t-on. Il faut savoir ne? anmoins ce qu'on entend parce mot.
Le bonheur consiste-t-il dans les faculte? s qu'on de? veloppe, ou
dans celles qu'on e? touffe? Sans doute un gouvernement est tou-
jours digne d'estime, quand il n'abuse point de son pouvoir, et
ne sacrifie jamais la justice a` son inte? re^t; mais la fe? licite? du
sommeil est trompeuse; de grands revers peuvent la troubler; K\D. DE SI'M 1 . 4
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? 38 L AUTH1CHE.
et pour tenir plus aise? ment et plus doucement les re^nes, il ne faut pas engourdir les coursiers.
Une nation peut tre`s-facilement se contenter des biens com-
muns de la vie, le repos et l'aisance; et des penseurs superficiels
pre? tendront que tout l'art social se borne a` donner au peuple
ces biens. Il en faut pourtant de plus nobles pour se croire une
patrie. Le sentiment patriotique se compose des souvenirs que
les grands hommes ont laisse? s, de l'admiration qu'inspirent les
chefs-d'oeuvre du ge? nie national, enfin de l'amour que l'on res-
sent pour les institutions, la religion et la gloire de son pays.
Toutes ces richesses de l'a^me sont les seules que ravirait un
joug e? tranger; mais si l'on s'en tenait uniquement aux jouissan-
ces mate? rielles, le me^me sol, quel que fu^t son mai^tre, ne
pourrait-il pas toujours les procurer? L'on craignait a` tort, dans le dernier sie`cle, en Autriche,
que la culture des lettres n'affaibli^t l'esprit militaire. Rodolphe
de Habsbourg de? tacha de son cou la chai^ne d'or qu'il portait,
pour en de? corer un poete alors ce? le`bre. Maximilien fit e? crire un
poeme sous sa dicte? e. Charles-Quint savait et cultivait presque
toutes les langues. Il y avait jadis sur la plupart des tro^nes de
l'Europe des souverains instruits dans tous les genres, et qui
trouvaient dans les connaissances litte? raires une nouvelle source
de grandeur d'a^me. Ce ne sont ni les lettres ni les sciences qui
nuiront jamais a` l'e? nergie du caracte`re. L'e? loquence rend plus
brave, la bravoure rend plus e? loquent ; tout ce qui fait battre le
coeur pour une ide? e ge? ne? reuse, double la ve? ritable force de
l'homme, sa volonte? : mais l'e? goi? sme syste? matique, dans lequel
on comprend quelquefois sa famille comme un appendice de
soi-me^me, mais la philosophie, vulgaire au fond, quelque
e? le? gante qu'elle soit dans les formes, qui porte a` de? daigner tout
ce qu'on appelle des illusions, c'est-a`-dire, le de? vouement et
l'enthousiasme; voila` le genre de lumie`res redoutable pour les
vertus nationales, voila` celles cependant que la censure ne sau-
rait e? carter d'un pays entoure? par l'atmosphe`re du dix-huitie`me
sie`cle : l'on ne peut e? chapper a` ce qu'il y a de pervers dans les
e? crits, qu'en laissant arriver de toutes parts ce qu'ils contiennent
de grand et de libre.
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On de? fendait a` Vienne de repre? senter Don Carlos, parce
qu'on ne voulait pas y tole? rer son amour pour E?