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Quand autrefois à Balbec Albertine m'attendait sous
les arcades d'Incarville et sautait dans ma voiture, non seulement elle
n'avait pas encore «épaissi», mais à la suite d'excès d'exercice
elle avait trop fondu; maigre, enlaidie par un vilain chapeau qui ne
laissait           qu'un petit bout de vilain nez et voir de côté que
des joues blanches comme des vers blancs, je retrouvais bien peu d'elle,
assez cependant pour qu'au saut qu'elle faisait dans ma voiture, je
susse que c'était elle, qu'elle avait été exacte au rendez-vous et
n'était pas allée ailleurs; et cela suffit; ce qu'on aime est trop
dans le passé, consiste trop dans le temps perdu ensemble pour qu'on
ait besoin de toute la femme; on veut seulement être sûr que c'est
elle, ne pas se tromper sur l'identité autrement importante que la
beauté pour ceux qui aiment; les joues peuvent se creuser, le corps
s'amaigrir, même pour ceux qui ont été d'abord le plus orgueilleux,
aux yeux des autres, de leur domination sur une beauté, ce petit bout
de museau, ce signe où se résume la personnalité permanente d'une
femme, cet extrait algébrique, cette constante, cela suffit pour qu'un
homme attendu dans le plus grand monde et qui l'aimait, ne puisse
disposer d'une seule de ses soirées parce qu'il passe son temps à
peigner et à dépeigner, jusqu'à l'heure de s'endormir, la femme qu'il
aime, ou simplement à rester auprès d'elle, pour être avec elle, ou
pour qu'elle soit avec lui, ou seulement pour qu'elle ne soit pas avec
d'autres.