ritait par mille
qualite?
Madame de Stael - De l'Allegmagne
Il dispose
du monde poe? tique , comme un conque? rant du monde re? el, et se
croit assez fort pour introduire, comme la nature, le ge? nie des-
tructeur dans ses propres ouvrages. S'il n'e? tait pas un homme
estimable, on aurait peur d'un genre de supe? riorite? qui s'e? le`ve au-dessus de tout, de? grade et rele`ve, attendrit et persifle, affirme
et doute alternativement, et toujours avec le me^me succe`s.
J'ai dit que Goethe posse? dait a` lui seul les traits principaux
du ge? nie allemand; on les trouve tous en lui a` un degre? e? minent:
une grande profondeur d'ide? es, la gra^ce qui nai^t de l'imagina-
tion, gra^ce plus originale que celle que donne l'esprit de socie? te? ;
enfin une sensibilite? quelquefois fantastique, mais par cela me^me
plus faite pour inte? resser des lecteurs qui cherchent dans les li-
vres de quoi varier leur destine? e monotone, et veulent que la
poe? sie leur tienne lieu d'e? ve? nements ve? ritables. Si Goethe e? tait
Franc? ais, on le ferait parler du matin au soir: tous les auteurs
contemporains de Diderot allaient puiser des ide? es dans son en-
tretien, et lui donnaient une jouissance habituelle par l'admira-
tion qu'il inspirait. En Allemagne, on ne sait pas de? penser son
talent dans la conversation; et si peu de gens, me^me parmi les
plus distingue? s, ont l'habitude d'interroger et de re? pondre, que
la socie? te? n'y compte pour presque rien; mais l'influence de Goe-
the n'en est pas moins extraordinaire II y a une foule d'hommes
en Allemagne qui croiraient trouverdu ge? nie dans l'adresse d'une
lettre, si c'e? tait lui qui l'eu^t mise. L'admiration pour Goethe
est une espe`ce de confre? rie dont les mots de ralliement servent
a` faire connai^tre les adeptes les uns aux autres. Quand les e? tran-
gers veulent aussi l'admirer, ils sont rejete? s avec de? dain, si quel-
ques restrictions laissent supposer qu'ils se sont permis d'exami-
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? SCBILLER. 131
lier des ouvrages qui gagnent cependant beaucoup a` l'examen.
Un homme ne peut exciter un tel fanatisme sans avoir de grandes
faculte? s pour le bien et pour le mal ; car il n'y a que la puissance,
dans quelque genre que ce soit, que les hommes craignent assez
pour l'aimer de cette manie`re.
CHAPITRE VIII. Schiller.
Schiller e? tait un homme d'un ge? nie rare et d'une bonne foi
parfaite; ces deux qualite? s devraient e^tre inse? parables, au moins
dans un homme de lettres. La pense? e ne peut e^tre mise a` l'e? gal
de l'action que quand elle re? veille en nous l'image de la ve? rite? ;
le mensonge est plus de? gou^tant encore dans les e? crits que dans
la conduite. Les actions ,. me^me trompeuses, restent encore des
actions, et l'on sait a` quoi se prendre pour les juger ou pour les
hai? r; mais les ouvrages ne sont qu'un amas fastidieux de vaines
paroles, quand ils ne partent pas d'une conviction since`re.
Il n'y a pas une plus belle carrie`re que celle des lettres, quand
on la suit comme Schiller. Il est vrai qu'il y a tant de se? rieux et
de loyaute? dans tout, en Allemagne, que c'est la` seulement qu'on
peut connai^tre d'une manie`re comple`te le caracte`re et les devoirs
de chaque vocation. Ne? anmoins Schiller e? tait admirable entre
tous, par ses vertus autant que par ses talents. La conscience
e? tait sa muse: celle-la` n'a pas besoin d'e^tre invoque? e, car on
l'entend toujours quand on l'e? coute une fois. Il aimait la poe? sie,
l'art dramatique, l'histoire, la litte? rature pour elle-me^me. Il
aurait e? te? re? solu a` ne point publier ses ouvrages, qu'il y aurait
donne? le me^me soin; et jamais aucune conside? ration tire? e, ni
du succe`s, ni de la mode, ni des pre? juge? s, ni de tout ce qui vient
des autres enfin, n'aurait pu lui faire alte? rer ses e? crits; car ses
e? crits e? taient lui; ils exprimaient son a^me , et il ne concevait
pas la possibilite? de changer une expression, si le sentiment
inte? rieur qui l'inspirait n'e? tait pas change? . Sans doute, Schiller
ne pouvait pas e^tre exempt d'amour-propre. S'il en faut pour
aimer la gloire, il en faut me^me pour e^tre capable d'une activite?
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 132 SCHILLER.
quelconque; mais rien ne diffe`re autant dans ses conse? quences
que la vanite? et l'amour de la gloire; l'une ta^che d'escamoter
le succe`s; l'autre veut le conque? rir; l'une est inquie`te d'elle-me^me et ruse avec l'opinion; l'autre ne compte que sur la na-
ture et s'y fie pour tout soumettre. Enfin, au-dessus me^me de
l'amour dela gloire, il y a encore un sentiment plus pur, l'amour
de la ve? rite? , qui fait des hommes de lettres comme les pre^tres
guerriers d'une noble cause; ce sont eux qui de? sormais doivent
garder le feu sacre? , car de faibles femmes ne suffiraient plus
comme jadis pour le de? fendre.
C'est une belle chose que l'innocence dans le ge? nie et la can-
deur dans la force. Ce qui nuit a` l'ide? e qu'on se fait de la bonte? ,
c'est qu'on la croit de la faiblesse; mais quand elle est unie au
plus haut degre? de lumie`res et d'e? nergie, elle nous fait com-
prendre comment la Bible a pu nous dire que Dieu fit l'homme
a` son image. Schiller s'e? tait fait tort, a` son entre? e dans le
monde, par des e? garements d'imagination; mais avec la force
de l'a^ge il reprit cette purete? sublime qui nai^t des hautes pen-
se? es. Jamais il n'entrait en ne? gociation avec les mauvais senti-
ments. Il vivait, il parlait, il agissait comme si les me? chants
n'existaient pas; et quand il les peignait dans ses ouvrages,
c'e? tait avec plus d'exage? ration, et moins de profondeur que s'il
les avait vraiment connus. Les me? chants s'offraient a` son ima-
gination comme un obstacle, comme un fle? au physique; et
peut-e^tre en effet qu'a` beaucoup d'e? gards ils n'ont pas une na-
ture intellectuelle; l'habitude du vice a change? leur a^me en un
instinct perverti.
Schiller e? tait le meilleur ami, le meilleur pe`re, le meilleur
e? poux; aucune qualite? ne manquait a` ce caracte`re doux et pai-
sible que le talent seul enflammait; l'amour de la liberte? , le res-
pect pour les femmes, l'enthousiasme des beaux-arts, l'adoration
pour la Divinite? , animaient son ge? nie ; et dans l'analyse de ses
ouvrages, il sera facile de montrer a` quelle vertu ses chefs-d'oeu-
vre se rapportent. On dit beaucoup que l'esprit peut supple? er a`
tout ; je le crois, dans les e? crits ou` le savoir-faire domine; mais
quand on veut peindre la nature humaine dans ses orages et
dans ses abi^mes, l'imagination me^me ne suffit pas; il faut avoir
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DO STYLE ET DE LA VERSIFICATION. 133
une a^me que la tempe^te ait agite? e, mais ou` le ciel soit descendu
pourramener le calme.
La premie`re fois que j'ai vu Schiller, c'e? tait dans le salon
du duc et de la duchesse de Weimar, en pre? sence d'une socie? te?
aussi e? claire? e qu'imposante; il lisait tre`s-bien le franc? ais , mais
il ne l'avait jamais parle? ; je soutins avec chaleur la supe? riorite?
de notre syste`me dramatique sur tous les autres; il ne se refusa
pointa` me combattre, et sans s'inquie? ter des difficulte? s et des
lenteurs qu'il e? prouvait en s'exprimant en francais , sans re-
douter non plus l'opinion des auditeurs, qui e? tait contraire a` la
sienne, sa conviction intime le fit parler. Je me servis d'abord,
pour le re? futer, des armes franc? aises, la vivacite? et la plaisan-
terie ; mais biento^t je de? me^lai, dans ce que disait Schiller, tant
d'ide? es a` travers l'obstacle des mots; je fus si frappe? e de cette
simplicite? de caracte`re, qui portait un homme de ge? nie a` s'en-
gager ainsi dans une lutte ou` les paroles manquaient a` ses
pense? es; je le trouvai si modeste et si insouciant dans ce qui
ne concernait que ses propres succe`s, si fier et si anime? dans
la de? fense de ce qu'il croyait la ve? rite? , que je lui vouai, de`s
cet instant, une amitie? pleine d'admiration.
Atteint, jeune encore, par une maladie sans espoir, ses en-
fants, sa femme, qui me?
ritait par mille qualite? s touchantes l'at-
tachement qu'il avait pour elle, ont adouci ses derniers moments.
Madame de Wollzogen, une amie digne de le comprendre, lui
demanda, quelques heures avant sa mort, comment il se trou-
vait: Toujours plus tranquille, lui re? pondit-il. En effet, n'avait-il pas raison de se confier a` la Divinite? , dont il avait seconde? le
re`gne sur la terre? n'approchait-il pas du se? jour des justes?
n'est-il pas dans ce moment aupre`s de ses pareils, et n'a-t-il pas
de? ja` retrouve? les amis qui nous attendent
CHAPITRE IX.
Du style et de la versification dans la langue allemande.
En apprenant la prosodie d'une langue, on entre plus inti-
mement dans l'esprit de la nation qui la pai? le , que par quelque [2
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? 134 DU STYLE
genre d'e? tude que ce puisse e^tre. De la` vient qu'il est amusant
de prononcer des mots e? trangers": on s'e? coute comme si c'e? tait
un autre qui parla^t:mais il n'y a rien de si de? licat, de si difficile
a` saisir, que l'accent: on apprend mille fois plus aise? ment les airs
de musique les plus complique? s, que la prononciation d'une
seule syllabe. Une longue suite d'anne? es, ou les premie`res im-
pressions de l'enfance , peuvent seules rendre capable d'imiter
cette prononciation , qui appartient a` ce qu'il y a de plus subtil
et de plus inde? finissable dans l'imagination et dans le caracte`re
national.
Les dialectes germaniques ont pour origine une langue me`re,
dans laquelle ils puisent tous. Cette source commune renouvelle
et multiplie les expressions d'une fac? on toujours conforme au
ge? nie des peuples. Les nations d'origine latine ne s'enrichissent,
pour ainsi dire, que par l'exte? rieur; elles doivent avoir recours
aux langues mortes, aux richesses pe? trifie? es pour e? tendre leur
empire. Il est donc naturel que les innovations, en fait de mots,
leur plaisent moins qu'aux nations qui font sortir les rejetons
d'une tige toujours vivante. Mais les e? crivains franc? ais ont be-
soin d'animer et de colorer leur style, par toutes les hardiesses
qu'un sentiment naturel peut leur inspirer , tandis que les Al-
lemands, au contraire, gagnent a` se restreindre. La re? serve ne
saurait de? truire en eux l'originalite? ; ils ne courent risque de la
perdre que par l'exce`s me^me de l'abondance.
L'air que l'on respire a beaucoup d'influence sur les sons que
l'on articule: la diversite? du sol et du climat produit dans la
me^me langue des manie`res de prononcer tre`s-diffe? rentes. Quand
on se rapproche de la mer, les mots s'adoucissent; le climat y
est plus tempe? re? ; peut e^tre aussi que le spectacle habituel de
cette image de l'infini porte a` la re^verie, et donne a` la pronon-
ciation plus de mollesse et d'indolence: mais quand on s'e? le`ve
vers les montagnes, l'accent devient plus fort, et l'on dirait que
les habitants de ces lieux e? leve? s veulent se faire entendre au reste
du monde, du haut de leurs tribunes naturelles. On retrouve dans
les dialectes germaniques les traces des diverses influences que
je viens d'indiquer.
L'allemand est en lui-me^me une langue aussi primitive , et
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? ET DB LA VJSRSIF1CAT10N. 1 35
U'uue construction presque aussi savante que le grec. Ceux qui
ont fait des recherches sur les grandes familles des peuples , ont
cru trouver les raisons historiques de cette ressemblance : tou-
jours est-il vrai qu'on remarque dans l'allemand un rapport
grammatical avec le grec; il en a la difficulte? sans en avoir le
charme; car la multitude des consonnes dont les mots sont
compose? s les rendent plus bruyants que sonores. On dirait que
ces mots sont par eux-me^mes plus forts que ce qu'ils expriment,
et cela donne souvent une monotonie d'e? nergie au style. Il faut
se garder cependant de vouloir trop adoucir la prononciation
allemande : il en re? sulte alors un certain gracieux manie? re? tout
a` fait de? sagre? able : on entend des sons rudes au fond, malgre?
la gentillesse qu'on essaye d'y mettre, et ce genre d'affectation
de? plai^t singulie`rement. J. -J. Rousseau a dit que les langues du Midi e? taient filles de
la joie, et les langues du Nord, du besoin. L'italien et l'espa-
gnol sont module? s comme un chant harmonieux ; le franc? ais est
e? minemment propre a` la conversation; les de? bats parlementai-
res et l'e? nergie naturelle a` la nation, ont donne? a` l'anglais quel-
que chose d'expressif qui supple? e a` la prosodie de la langue.
L'allemand est plus philosophique de beaucoup que l'italien,
plus poe? tique par sa hardiesse que le franc? ais, plus favorable
au rhythme des vers que l'anglais : mais il lui reste encore une
sorte de roideur, qui vient peut-e^tre de ce qu'on ne s'en est gue`re
servi ni dans la socie? te? ni en public. La simplicite? grammaticale est un des grands avantages des langues modernes; cette simplicite? , fonde? e sur des principes de
logique communs a` toutes les nations, fait qu'on s'entend plus
facilement; une e? tude tre`s-le? ge`re suffit pour apprendre l'italien
etl'anglais; mais c'est une science que l'allemand. La pe? riode
allemande entoure la pense? e comme des serres qui s'ouvrent et se
referment pour la saisir. Une construction de phrases a` peu pre`s
telle qu'elle existe chez les anciens, s'y est introduite plus aise? -
ment que dans aucun autre dialecte europe? en; mais les inversions
ne conviennent gue`re aux langues modernes. Les terminaisons
e? clatantes des mots grecs et latins , faisaient sentir quels e? taient
parmi les mots ceux qui devaient se joindre ensemble, lors me^me
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? J58 DU STYLE
qu'ils e? taient se? pare? s : les signes des de? clinaisons chez les Alle-
mands sont tellement sourds, qu'on a beaucoup de peine a` re-
trouver les paroles qui de? pendent les unes des autres sous ces
uniformes couleurs.
Lorsque les e? trangers se plaignent du travail qu'exige l'e? tude
de l'allemand, on leur re? pond qu'il est tre`s-facile d'e? crire dans
cette langue avec la simplicite? dela grammaire francaise, tan-
dis qu'il est impossible, en franc? ais, d'adopter la pe? riode alle-
mande, et qu'ainsi donc il faut la conside? rer comme un moyen
de plus; mais ce moyen se? duit les e? crivains, et ils en usent trop.
L'allemand est peut-e^tre la seule langue dans laquelle les vers
soient plus faciles a` comprendre que la prose; la phrase poe? ti-
que, e? tant ne? cessairement coupe? e par la mesure me^me du vers,
ne saurait se prolonger au dela`.
Sans doute, il y a plus de nuances, plus de liens entre les
pense? es, dans ces pe? riodes qui forment un tout, et rassemblent
sous un me^me point de vue les divers rapports qui tiennent au
me^me sujet; mais, si l'on se laissait aller a` l'enchai^nement na-
turel des diffe? rentes pense? es entre elles, on finirait par vouloir
les mettre toutes dans une me^me phrase. L'esprit humain a be-
soin de morceler pour comprendre; et l'on risque de prendre des
lueurs pour des ve? rite? s, quand les formes me^mes du langage
sont obscures.
L'art de traduire est pousse? plus loin en allemand que dans
aucun autre dialecte europe? en. Voss a transporte? dans sa langue
les poe`tes grecs et latins avec une e? tonnante exactitude, et W.
Schlegel, les poetes anglais, italiens et espagnols, avec une ve? -
rite? de coloris dont il n'y avait point d'exemple avant lui. Lors-
que l'allemand se pre^te a` la traduction de l'anglais, il ne perd
pas son caracte`re naturel, puisque ces langues sont toutes deux
d'origine germanique; mais quelque me? rite qu'il y ait dans la
traduction d'Home`re par Voss, elle fait de l'Iliade et de l'Odys-
se? e , des poe`mes dont le style est grec, bien que les mots soient
allemands. La connaissance de l'antiquite? y gagne; l'originalite?
propre a` l'idiome de chaque nation y perd ne? cessairement. Il
semble que ce soit une contradiction, d'accuser la langue alle-
mande tout a` la fois de trop de flexibilite? et de trop de rudesse;
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? ET DE LA VERSIFICATION. 137
mais ce qui se concilie dans les caracte`res peut aussi se concilier
dans les langues; et souvent, dans la me^me personne, les incon-
ve? nients dela rudesse n'empe^chent pas ceux de la flexibilite? .
Ces de? fauts se font sentir beaucoup plus rarement dans les
vers que dans la prose, et dans les compositions originales que dans les traductions; je crois donc qu'on peut dire avec ve? rite? ,
qu'il n'y a point aujourd'hui de poe? sie plus frappante et plus
varie? e que celle des Allemands.
La versification est un art singulier, dont l'examen est ine? -
puisable ; les mots qui, dans les rapports ordinaires de la vie,
servent seulement de signe a` la pense? e, arrivent a` notre a^me
par le rhythme des sons harmonieux, et nous causent une
double jouissance, qui nai^t de la sensation et de la re? flexion re? u-
nies; mais si toutes les langues sont e? galement propres a` dire
ce que l'on pense, toutes ne le sont pas e? galement a` faire parta-
ger ce que l'on e? prouve, et les effets de la poe? sie tiennent encore
plus a` la me? lodie des paroles qu'aux ide? es qu'elles expriment.
L'allemand est la seule langue moderne qui ait des syllabes
longues et bre`ves, comme le grec et le latin; tous les autres dia-
lectes europe? ens sont plus ou moins accentue?
du monde poe? tique , comme un conque? rant du monde re? el, et se
croit assez fort pour introduire, comme la nature, le ge? nie des-
tructeur dans ses propres ouvrages. S'il n'e? tait pas un homme
estimable, on aurait peur d'un genre de supe? riorite? qui s'e? le`ve au-dessus de tout, de? grade et rele`ve, attendrit et persifle, affirme
et doute alternativement, et toujours avec le me^me succe`s.
J'ai dit que Goethe posse? dait a` lui seul les traits principaux
du ge? nie allemand; on les trouve tous en lui a` un degre? e? minent:
une grande profondeur d'ide? es, la gra^ce qui nai^t de l'imagina-
tion, gra^ce plus originale que celle que donne l'esprit de socie? te? ;
enfin une sensibilite? quelquefois fantastique, mais par cela me^me
plus faite pour inte? resser des lecteurs qui cherchent dans les li-
vres de quoi varier leur destine? e monotone, et veulent que la
poe? sie leur tienne lieu d'e? ve? nements ve? ritables. Si Goethe e? tait
Franc? ais, on le ferait parler du matin au soir: tous les auteurs
contemporains de Diderot allaient puiser des ide? es dans son en-
tretien, et lui donnaient une jouissance habituelle par l'admira-
tion qu'il inspirait. En Allemagne, on ne sait pas de? penser son
talent dans la conversation; et si peu de gens, me^me parmi les
plus distingue? s, ont l'habitude d'interroger et de re? pondre, que
la socie? te? n'y compte pour presque rien; mais l'influence de Goe-
the n'en est pas moins extraordinaire II y a une foule d'hommes
en Allemagne qui croiraient trouverdu ge? nie dans l'adresse d'une
lettre, si c'e? tait lui qui l'eu^t mise. L'admiration pour Goethe
est une espe`ce de confre? rie dont les mots de ralliement servent
a` faire connai^tre les adeptes les uns aux autres. Quand les e? tran-
gers veulent aussi l'admirer, ils sont rejete? s avec de? dain, si quel-
ques restrictions laissent supposer qu'ils se sont permis d'exami-
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? SCBILLER. 131
lier des ouvrages qui gagnent cependant beaucoup a` l'examen.
Un homme ne peut exciter un tel fanatisme sans avoir de grandes
faculte? s pour le bien et pour le mal ; car il n'y a que la puissance,
dans quelque genre que ce soit, que les hommes craignent assez
pour l'aimer de cette manie`re.
CHAPITRE VIII. Schiller.
Schiller e? tait un homme d'un ge? nie rare et d'une bonne foi
parfaite; ces deux qualite? s devraient e^tre inse? parables, au moins
dans un homme de lettres. La pense? e ne peut e^tre mise a` l'e? gal
de l'action que quand elle re? veille en nous l'image de la ve? rite? ;
le mensonge est plus de? gou^tant encore dans les e? crits que dans
la conduite. Les actions ,. me^me trompeuses, restent encore des
actions, et l'on sait a` quoi se prendre pour les juger ou pour les
hai? r; mais les ouvrages ne sont qu'un amas fastidieux de vaines
paroles, quand ils ne partent pas d'une conviction since`re.
Il n'y a pas une plus belle carrie`re que celle des lettres, quand
on la suit comme Schiller. Il est vrai qu'il y a tant de se? rieux et
de loyaute? dans tout, en Allemagne, que c'est la` seulement qu'on
peut connai^tre d'une manie`re comple`te le caracte`re et les devoirs
de chaque vocation. Ne? anmoins Schiller e? tait admirable entre
tous, par ses vertus autant que par ses talents. La conscience
e? tait sa muse: celle-la` n'a pas besoin d'e^tre invoque? e, car on
l'entend toujours quand on l'e? coute une fois. Il aimait la poe? sie,
l'art dramatique, l'histoire, la litte? rature pour elle-me^me. Il
aurait e? te? re? solu a` ne point publier ses ouvrages, qu'il y aurait
donne? le me^me soin; et jamais aucune conside? ration tire? e, ni
du succe`s, ni de la mode, ni des pre? juge? s, ni de tout ce qui vient
des autres enfin, n'aurait pu lui faire alte? rer ses e? crits; car ses
e? crits e? taient lui; ils exprimaient son a^me , et il ne concevait
pas la possibilite? de changer une expression, si le sentiment
inte? rieur qui l'inspirait n'e? tait pas change? . Sans doute, Schiller
ne pouvait pas e^tre exempt d'amour-propre. S'il en faut pour
aimer la gloire, il en faut me^me pour e^tre capable d'une activite?
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:48 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 132 SCHILLER.
quelconque; mais rien ne diffe`re autant dans ses conse? quences
que la vanite? et l'amour de la gloire; l'une ta^che d'escamoter
le succe`s; l'autre veut le conque? rir; l'une est inquie`te d'elle-me^me et ruse avec l'opinion; l'autre ne compte que sur la na-
ture et s'y fie pour tout soumettre. Enfin, au-dessus me^me de
l'amour dela gloire, il y a encore un sentiment plus pur, l'amour
de la ve? rite? , qui fait des hommes de lettres comme les pre^tres
guerriers d'une noble cause; ce sont eux qui de? sormais doivent
garder le feu sacre? , car de faibles femmes ne suffiraient plus
comme jadis pour le de? fendre.
C'est une belle chose que l'innocence dans le ge? nie et la can-
deur dans la force. Ce qui nuit a` l'ide? e qu'on se fait de la bonte? ,
c'est qu'on la croit de la faiblesse; mais quand elle est unie au
plus haut degre? de lumie`res et d'e? nergie, elle nous fait com-
prendre comment la Bible a pu nous dire que Dieu fit l'homme
a` son image. Schiller s'e? tait fait tort, a` son entre? e dans le
monde, par des e? garements d'imagination; mais avec la force
de l'a^ge il reprit cette purete? sublime qui nai^t des hautes pen-
se? es. Jamais il n'entrait en ne? gociation avec les mauvais senti-
ments. Il vivait, il parlait, il agissait comme si les me? chants
n'existaient pas; et quand il les peignait dans ses ouvrages,
c'e? tait avec plus d'exage? ration, et moins de profondeur que s'il
les avait vraiment connus. Les me? chants s'offraient a` son ima-
gination comme un obstacle, comme un fle? au physique; et
peut-e^tre en effet qu'a` beaucoup d'e? gards ils n'ont pas une na-
ture intellectuelle; l'habitude du vice a change? leur a^me en un
instinct perverti.
Schiller e? tait le meilleur ami, le meilleur pe`re, le meilleur
e? poux; aucune qualite? ne manquait a` ce caracte`re doux et pai-
sible que le talent seul enflammait; l'amour de la liberte? , le res-
pect pour les femmes, l'enthousiasme des beaux-arts, l'adoration
pour la Divinite? , animaient son ge? nie ; et dans l'analyse de ses
ouvrages, il sera facile de montrer a` quelle vertu ses chefs-d'oeu-
vre se rapportent. On dit beaucoup que l'esprit peut supple? er a`
tout ; je le crois, dans les e? crits ou` le savoir-faire domine; mais
quand on veut peindre la nature humaine dans ses orages et
dans ses abi^mes, l'imagination me^me ne suffit pas; il faut avoir
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? DO STYLE ET DE LA VERSIFICATION. 133
une a^me que la tempe^te ait agite? e, mais ou` le ciel soit descendu
pourramener le calme.
La premie`re fois que j'ai vu Schiller, c'e? tait dans le salon
du duc et de la duchesse de Weimar, en pre? sence d'une socie? te?
aussi e? claire? e qu'imposante; il lisait tre`s-bien le franc? ais , mais
il ne l'avait jamais parle? ; je soutins avec chaleur la supe? riorite?
de notre syste`me dramatique sur tous les autres; il ne se refusa
pointa` me combattre, et sans s'inquie? ter des difficulte? s et des
lenteurs qu'il e? prouvait en s'exprimant en francais , sans re-
douter non plus l'opinion des auditeurs, qui e? tait contraire a` la
sienne, sa conviction intime le fit parler. Je me servis d'abord,
pour le re? futer, des armes franc? aises, la vivacite? et la plaisan-
terie ; mais biento^t je de? me^lai, dans ce que disait Schiller, tant
d'ide? es a` travers l'obstacle des mots; je fus si frappe? e de cette
simplicite? de caracte`re, qui portait un homme de ge? nie a` s'en-
gager ainsi dans une lutte ou` les paroles manquaient a` ses
pense? es; je le trouvai si modeste et si insouciant dans ce qui
ne concernait que ses propres succe`s, si fier et si anime? dans
la de? fense de ce qu'il croyait la ve? rite? , que je lui vouai, de`s
cet instant, une amitie? pleine d'admiration.
Atteint, jeune encore, par une maladie sans espoir, ses en-
fants, sa femme, qui me?
ritait par mille qualite? s touchantes l'at-
tachement qu'il avait pour elle, ont adouci ses derniers moments.
Madame de Wollzogen, une amie digne de le comprendre, lui
demanda, quelques heures avant sa mort, comment il se trou-
vait: Toujours plus tranquille, lui re? pondit-il. En effet, n'avait-il pas raison de se confier a` la Divinite? , dont il avait seconde? le
re`gne sur la terre? n'approchait-il pas du se? jour des justes?
n'est-il pas dans ce moment aupre`s de ses pareils, et n'a-t-il pas
de? ja` retrouve? les amis qui nous attendent
CHAPITRE IX.
Du style et de la versification dans la langue allemande.
En apprenant la prosodie d'une langue, on entre plus inti-
mement dans l'esprit de la nation qui la pai? le , que par quelque [2
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? 134 DU STYLE
genre d'e? tude que ce puisse e^tre. De la` vient qu'il est amusant
de prononcer des mots e? trangers": on s'e? coute comme si c'e? tait
un autre qui parla^t:mais il n'y a rien de si de? licat, de si difficile
a` saisir, que l'accent: on apprend mille fois plus aise? ment les airs
de musique les plus complique? s, que la prononciation d'une
seule syllabe. Une longue suite d'anne? es, ou les premie`res im-
pressions de l'enfance , peuvent seules rendre capable d'imiter
cette prononciation , qui appartient a` ce qu'il y a de plus subtil
et de plus inde? finissable dans l'imagination et dans le caracte`re
national.
Les dialectes germaniques ont pour origine une langue me`re,
dans laquelle ils puisent tous. Cette source commune renouvelle
et multiplie les expressions d'une fac? on toujours conforme au
ge? nie des peuples. Les nations d'origine latine ne s'enrichissent,
pour ainsi dire, que par l'exte? rieur; elles doivent avoir recours
aux langues mortes, aux richesses pe? trifie? es pour e? tendre leur
empire. Il est donc naturel que les innovations, en fait de mots,
leur plaisent moins qu'aux nations qui font sortir les rejetons
d'une tige toujours vivante. Mais les e? crivains franc? ais ont be-
soin d'animer et de colorer leur style, par toutes les hardiesses
qu'un sentiment naturel peut leur inspirer , tandis que les Al-
lemands, au contraire, gagnent a` se restreindre. La re? serve ne
saurait de? truire en eux l'originalite? ; ils ne courent risque de la
perdre que par l'exce`s me^me de l'abondance.
L'air que l'on respire a beaucoup d'influence sur les sons que
l'on articule: la diversite? du sol et du climat produit dans la
me^me langue des manie`res de prononcer tre`s-diffe? rentes. Quand
on se rapproche de la mer, les mots s'adoucissent; le climat y
est plus tempe? re? ; peut e^tre aussi que le spectacle habituel de
cette image de l'infini porte a` la re^verie, et donne a` la pronon-
ciation plus de mollesse et d'indolence: mais quand on s'e? le`ve
vers les montagnes, l'accent devient plus fort, et l'on dirait que
les habitants de ces lieux e? leve? s veulent se faire entendre au reste
du monde, du haut de leurs tribunes naturelles. On retrouve dans
les dialectes germaniques les traces des diverses influences que
je viens d'indiquer.
L'allemand est en lui-me^me une langue aussi primitive , et
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? ET DB LA VJSRSIF1CAT10N. 1 35
U'uue construction presque aussi savante que le grec. Ceux qui
ont fait des recherches sur les grandes familles des peuples , ont
cru trouver les raisons historiques de cette ressemblance : tou-
jours est-il vrai qu'on remarque dans l'allemand un rapport
grammatical avec le grec; il en a la difficulte? sans en avoir le
charme; car la multitude des consonnes dont les mots sont
compose? s les rendent plus bruyants que sonores. On dirait que
ces mots sont par eux-me^mes plus forts que ce qu'ils expriment,
et cela donne souvent une monotonie d'e? nergie au style. Il faut
se garder cependant de vouloir trop adoucir la prononciation
allemande : il en re? sulte alors un certain gracieux manie? re? tout
a` fait de? sagre? able : on entend des sons rudes au fond, malgre?
la gentillesse qu'on essaye d'y mettre, et ce genre d'affectation
de? plai^t singulie`rement. J. -J. Rousseau a dit que les langues du Midi e? taient filles de
la joie, et les langues du Nord, du besoin. L'italien et l'espa-
gnol sont module? s comme un chant harmonieux ; le franc? ais est
e? minemment propre a` la conversation; les de? bats parlementai-
res et l'e? nergie naturelle a` la nation, ont donne? a` l'anglais quel-
que chose d'expressif qui supple? e a` la prosodie de la langue.
L'allemand est plus philosophique de beaucoup que l'italien,
plus poe? tique par sa hardiesse que le franc? ais, plus favorable
au rhythme des vers que l'anglais : mais il lui reste encore une
sorte de roideur, qui vient peut-e^tre de ce qu'on ne s'en est gue`re
servi ni dans la socie? te? ni en public. La simplicite? grammaticale est un des grands avantages des langues modernes; cette simplicite? , fonde? e sur des principes de
logique communs a` toutes les nations, fait qu'on s'entend plus
facilement; une e? tude tre`s-le? ge`re suffit pour apprendre l'italien
etl'anglais; mais c'est une science que l'allemand. La pe? riode
allemande entoure la pense? e comme des serres qui s'ouvrent et se
referment pour la saisir. Une construction de phrases a` peu pre`s
telle qu'elle existe chez les anciens, s'y est introduite plus aise? -
ment que dans aucun autre dialecte europe? en; mais les inversions
ne conviennent gue`re aux langues modernes. Les terminaisons
e? clatantes des mots grecs et latins , faisaient sentir quels e? taient
parmi les mots ceux qui devaient se joindre ensemble, lors me^me
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? J58 DU STYLE
qu'ils e? taient se? pare? s : les signes des de? clinaisons chez les Alle-
mands sont tellement sourds, qu'on a beaucoup de peine a` re-
trouver les paroles qui de? pendent les unes des autres sous ces
uniformes couleurs.
Lorsque les e? trangers se plaignent du travail qu'exige l'e? tude
de l'allemand, on leur re? pond qu'il est tre`s-facile d'e? crire dans
cette langue avec la simplicite? dela grammaire francaise, tan-
dis qu'il est impossible, en franc? ais, d'adopter la pe? riode alle-
mande, et qu'ainsi donc il faut la conside? rer comme un moyen
de plus; mais ce moyen se? duit les e? crivains, et ils en usent trop.
L'allemand est peut-e^tre la seule langue dans laquelle les vers
soient plus faciles a` comprendre que la prose; la phrase poe? ti-
que, e? tant ne? cessairement coupe? e par la mesure me^me du vers,
ne saurait se prolonger au dela`.
Sans doute, il y a plus de nuances, plus de liens entre les
pense? es, dans ces pe? riodes qui forment un tout, et rassemblent
sous un me^me point de vue les divers rapports qui tiennent au
me^me sujet; mais, si l'on se laissait aller a` l'enchai^nement na-
turel des diffe? rentes pense? es entre elles, on finirait par vouloir
les mettre toutes dans une me^me phrase. L'esprit humain a be-
soin de morceler pour comprendre; et l'on risque de prendre des
lueurs pour des ve? rite? s, quand les formes me^mes du langage
sont obscures.
L'art de traduire est pousse? plus loin en allemand que dans
aucun autre dialecte europe? en. Voss a transporte? dans sa langue
les poe`tes grecs et latins avec une e? tonnante exactitude, et W.
Schlegel, les poetes anglais, italiens et espagnols, avec une ve? -
rite? de coloris dont il n'y avait point d'exemple avant lui. Lors-
que l'allemand se pre^te a` la traduction de l'anglais, il ne perd
pas son caracte`re naturel, puisque ces langues sont toutes deux
d'origine germanique; mais quelque me? rite qu'il y ait dans la
traduction d'Home`re par Voss, elle fait de l'Iliade et de l'Odys-
se? e , des poe`mes dont le style est grec, bien que les mots soient
allemands. La connaissance de l'antiquite? y gagne; l'originalite?
propre a` l'idiome de chaque nation y perd ne? cessairement. Il
semble que ce soit une contradiction, d'accuser la langue alle-
mande tout a` la fois de trop de flexibilite? et de trop de rudesse;
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? ET DE LA VERSIFICATION. 137
mais ce qui se concilie dans les caracte`res peut aussi se concilier
dans les langues; et souvent, dans la me^me personne, les incon-
ve? nients dela rudesse n'empe^chent pas ceux de la flexibilite? .
Ces de? fauts se font sentir beaucoup plus rarement dans les
vers que dans la prose, et dans les compositions originales que dans les traductions; je crois donc qu'on peut dire avec ve? rite? ,
qu'il n'y a point aujourd'hui de poe? sie plus frappante et plus
varie? e que celle des Allemands.
La versification est un art singulier, dont l'examen est ine? -
puisable ; les mots qui, dans les rapports ordinaires de la vie,
servent seulement de signe a` la pense? e, arrivent a` notre a^me
par le rhythme des sons harmonieux, et nous causent une
double jouissance, qui nai^t de la sensation et de la re? flexion re? u-
nies; mais si toutes les langues sont e? galement propres a` dire
ce que l'on pense, toutes ne le sont pas e? galement a` faire parta-
ger ce que l'on e? prouve, et les effets de la poe? sie tiennent encore
plus a` la me? lodie des paroles qu'aux ide? es qu'elles expriment.
L'allemand est la seule langue moderne qui ait des syllabes
longues et bre`ves, comme le grec et le latin; tous les autres dia-
lectes europe? ens sont plus ou moins accentue?