leste qu'elle
exprime?
Madame de Stael - De l'Allegmagne
, calcul toujours tre`s-incertain, on ne peut nier que
l'e? poque de la re? formation ne soit celle ou` les lettres et la philo-
sophie se sont introduites en Allemagne. Ce pays ne peut e^tre
mis au premier rang, ni pour la guerre, ni pour les arts, ni pour
la liberte? politique : ce sont les lumie`res dont l'Allemagne adroit de s'enorgueillir, et son influence sur l'Europe pensante
date du protestantisme. De telles re? volutions ne s'ope`rent ni ne
se de? truisent par des raisonnements, elks appartiennent a` la
marche historique de l'esprit humain; etles hommes qui pa-
raissent en e^tre les auteurs, n'en sont jamais que les conse? -
quences.
Le catholicisme, aujourd'hui de? sarme? , a la majeste? d'un
vieux lion qui jadis faisait trembler l'univers; mais, quand les
abus de son pouvoir amene`rent la re? formation, il mettait des
entraves a` l'esprit humain, et, loin que ce fu^t par se? cheresse de
coeur qu'on s'opposait alors a` son ascendant, c'e? tait pour faire
usage de toutes les faculte? s de l'esprit et de l'imagination qu'on
re? clamait avec force la liberte? de penser. Si des circonstances
toutes divines, et ou` la main des hommes ne se fit sentir en
rien, amenaient un jour un rapprochement entre les deux E? gli-
ses, on prierait Dieu, ce me semble, avec une e? motion uou-
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DU CATHOLICISME. 533
velle, a` co^te? des pre^tres ve? ne? rables qui, dans les dernie`res an-
ne? es du sie`cle passe? , ont tant souffert pour leur conscience.
Mais ce n'est su^rement pas le changement de religion de quel-
ques hommes, ni surtout l'injuste de? faveur que leurs e? crits ten-
dent a` jeter sur la religion re? forme? e, qui pourraient conduire
a` l'unite? des opinions religieuses.
Il y a dans l'esprit humain deux forces tre`s-distinctes, l'une inspire le besoin de croire, l'autre celui d'examiner. L'une de
ces faculte? s ne doit pas e^tre satisfaite aux de? pens de l'autre: le
protestantisme et le catholicisme ne viennent point de ce qu'il y
a eu des papes et un Luther; c'est une pauvre manie`re de con-
side? rer l'histoire, que de l'attribuer a` des hasards. Le protestan-
tisme et le catholicisme existent dans le coeur humain ; ce sont
des puissances morales qui se de? veloppent dans les nations,
parce qu'elles existent dans chaque homme. Si dans la religion,
comme dans les autres affections humaines, on peut re? unir ce
que l'imagination et la raison souhaitent, il y a paix dans l'homme; mais en lui, comme dans l'univers, la puissance de
cre? er et celle de de? truire, la foi et l'examen se succe`dent et se
combattent.
On a voulu, pour re? unir ces deux penchants, creuser plus
avant dans l'a^me; et de la` sont venues les opinions mystiques ,
dont nous parlerons dans le chapitre suivant; mais le petit
nombre de personnes qui ont abjure? le protestantisme n'ont
fait que renouveler des haines. Les anciennes de? nominations
raniment les anciennes querelles; la magie se sert de certaines
paroles pour e? voquer les fanto^mes; on dirait que sur tous les
sujets il y a des mots qui exercent ce pouvoir: ce sont ceux
qui ont servi de ralliement a` l'esprit de parti, on ne peut les
prononcer sans agiter de nouveau les flambeaux de la discorde.
Les catholiques allemands se sont montre? s jusqu'a` pre? sent tre`s-
e? trangers a` ce qui se passait a` cet e? gard dans le Nord. Les opi-
nions litte? raires semblent la cause du petit nombre de change-
ments de religion qui ont eu lieu, et l'ancienne et vieille E? glise
ne s'en est gue`re occupe? e.
Le comte Fre? de? ric Stolberg, homme tre`s-respectable par son
caracte`re et par ses talents, ce? le`bre, de`s sa jeunesse, cnmmu
ta
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 531 DU CATHOLICISME.
poe`te, comme admirateur passionne? de l'antiquite? , et comme
traducteur d'Home`re, adonne? le premier, en Allemagne, le si-
gnal de ces conversions nouvelles, qui ont eu depuis des imita-
teurs. Les plus illustres amis du comte Stolberg, Klopstock,
Voss et Jacobi, se sont e? loigne? s de lui pour cette abjuration, qui
semble de? savouer les malheurs et les combats que les re? forme? s
ont soutenus pendant trois sie`cles; cependant M. de Stolberg
vient de publier une histoire de la religion de Je? sus-Christ,
faite pour me? riter l'approbation de toutes les communions chre? -
tiennes. C'est la premie`re fois qu'on a vu les opinions catholiques
de? fendues de cette manie`re; et si le comte de Stolberg n'avait
pas e? te? e? leve? dans le protestantisme, peut-e^tre n'aurait-il pas eu
l'inde? pendance d'esprit qui lui sert a` faire impression sur les
hommes e? claire? s.
On trouve dans ce livre une connaissance parfaite des Saintes
E? critures , et des recherches tre`s-inte? ressantes sur les diffe? ren-
fe`s religions de l'Asie, en rapport avec le christianisme. Les
Allemands du Nord, lors me^me qu'ils se soumettent aux dogmes
les plus positifs, savent toujours leur donner l'empreinte de leur
philosophie. *
Le comte de Stolberg attribue a` l'ancien Testament, dans son
ouvrage, une beaucoup plus grande part que lese? crivains pro-
testants ne lui en accordent d'ordinaire. Il conside`re le sacrifice
comme la base de toute religion, et la mortd'Abel comme le
premier type de ce sacrifice, qui fonde le christianisme. De quel-
que' manie`re qu'on juge cette opinion, elle donne beaucoup a`
penser. La plupart des religions anciennes ont institue? des sa-
crifices humains ; mais dans cette barbarie il y avait quelque chose
de remarquable : c'est le besoin d'une expiation solennelle. Rien
ne peut effacer de l'a^me, en effet, la conviction qu'il y a quel-
que chose de tre`s-myste? rieux dans le sang de l'innocent, et que
la terre et le ciel s'en e? meuvent. Les hommes ont toujours cru
que des justes pouvaient obtenir, dans cette vie ou dans l'autre,
le pardon des criminels. Il y a dans le genre humain des ide? es
primitives qui paraissent plus ou moins de? figure? es dans tous les
temps et chez tous les peuples. Ce sont ces ide? es sur lesquelles
on ne saurait se lasser de me? diter; car elles renferment sure-
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DU CATHOLICISME. 535
meut quelques traces des titres perdus de la race humaine.
La persuasion que les prie`res et le de? vouement du juste peu-
vent sauver les coupables, est sans doute tire? e des sentiments
que nous e? prouvons dans les rapports de la vie; mais rien n'o-
blige, en fait de croyance religieuse, a` rejeter ces inductions:
que savons-nous de plusque nos sentiments, et pourquoi pre? ten-
drait-on qu'ils ne doivent point s'appliquer aux ve? rite? s de la foi?
Que peut-il y avoir dans l'homme que lui-me^me, et pourquoi,
sous pre? texte d'anthropomorphisme, l'empe^cher de former, d'a-
pre`s son a^me, une image de la Divinite? ? Nul autre messager ne
saurait, je pense, lui en donner des nouvelles.
Le comte de Stolberg s'attache a` de? montrer que la tradition de
la chute de l'homme a existe? chez tous les peuples de la terre,
et particulie`rement en Orient, et que tous les hommes ont eu
dans le coeur le souvenir d'un bonheur dont ils avaient e? te? prive? s.
En effet, il y a dans l'esprit humain deux tendances aussi dis-
tinctes que la gravitation et l'impulsion dans le monde physique;
c'est l'ide? e d'une de? cadence et celle d'un perfectionnement. On
dirait que nous e? prouvons tout a` la fois le regret de quelques
beaux dons qui nous e? taient accorde? s gratuitement, et l'espe? rance
de quelques biens que nous pouvons acque? rir par nos efforts; de
manie`re que la doctrine de la perfectibilite? et celle de l'a^ge d'or,
re? unies et confondues, excitent tout a` la fois dans l'homme le
chagrin d'avoir perdu et l'e? mulation de recouvrer. Le sentiment
est me? lancolique, et l'esprit audacieux : l'un regarde en arrie`re,
l'autre en avant; de cette re^verie et de cet e? lan nai^t la ve? ritable
supe? riorite? de l'homme, le me? lange de contemplation et d'acti-
vite? , de re? signation et de volonte? , qui lui permet de rattacher au
ciel sa vie dans ce monde.
Stolberg n'appelle chre? tiens que ceux qui rec? oivent, avec la
simplicite? des enfants, les paroles de l'E? criture sainte; mais il
porte dans l'interpre? tation de ces paroles un esprit de philoso-
phie qui o^te aux opinions catholiques ce qu'elles ont de dogmati-
que et d'intole? rant. En quoi diffe`rent-ils donc entre eux, ces
hommes religieux dont l'Allemagne s'honore; et pourquoi les
noms de catholique ou de protestant les se? pareraient-ils? Pour-
quoi seraient-ils infide`les aux tombeaux de leurs ai? eux, pour quit-
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? J36 DU CATHOLICISME.
ter ces noms ou pour les reprendre? Klopstock n'a-t-il pas consa-
cre? sa vie entie`re a` faire d'un beau poeme le temple de l'E? van-
gile? Herder n'est-il pas, comme Stolberg, adorateur dela Bible?
ne pe? ne`tre-t-il pas dans toutes les beaute? s de la langue primitive,
et des sentiments d'origine ce?
leste qu'elle exprime? Jacobi ne
reconnai^t-il pas la Divinite? dans toutes les grandes pense? es de
l'homme? Aucun de ces hommes recommanderait-il la religion
uniquement comme un frein pour le peuple, comme un moyen
de su^rete? publique, comme un garant de plus dans les contrats
de ce monde? Ne savent-ils pas tous que les esprits supe? rieurs
ont encore plus besoin de pie? te? que les hommes du peuple? car
le travail maintenu par l'autorite? sociale peut occuper et guider
la classe laborieuse dans tous les instants de sa vie, tandis que
les hommes oisifs sont sans cesse en proie aux passions et
aux sophismes qui agitent l'existence, et remettent tout en
question.
On a pre? tendu que c'e? tait une sorte de frivolite? , dans les e? cri-
vains allemands, de pre? senter comme l'un des me? rites de la
religion chre? tienne, l'influence favorable qu'elle exerce sur les
arts, l'imagination et la poe? sie; et le me^me reproche a e? te? fait a`
cet e? gard au bel ouvrage de M. de Cha^teaubriant, sur le Ge? nie
du Christianisme. Les esprits vraiment frivoles, ce sont ceux
qui prennent des vues courtes pour des vues profondes, et se
persuadent qu'on peut proce? der avec la nature humaine par voie
d'exclusion, et supprimer la plupart des de? sirs et des besoins de
l'a^me. C'est une des grandes preuves de la divinite? de la religion
chre? tienne, que son analogie parfaite avec toutes nos faculte? s
morales; seulement il ne me parai^t pas qu'on puisse conside? rer
la poe? sie du christianisme sous le me^me aspect que la poe? sie du
paganisme.
Comme tout e? tait exte? rieur dans le culte pai? en, la pompe des
images y est prodigue? e; le sanctuaire du christianisme e? tant
au fond du coeur, la poe? sie qu'il inspire doit toujours nai^tre
de l'attendrissement. Ce n'est pas la splendeur du ciel chre? -
tien qu'on peut opposer a` l'Olympe, mais la douleur et l'in-
nocence, la vieillesse et la mort, qui prennent un caracte`re
d'e? le? vation et de repos, y l'abri de ces espe? rances religieuses
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? DU CATHOLICISME. 537
dont les ailes s'e? tendent sur les mise`res de la vie. Il n'est donc
pas vrai, ce me semble, que la religion protestante soit de? -
pourvue de poe? sie, parce que les pratiques du culte y ont moins
d'e? clat que dans la religion catholique. Des ce? re? monies plus
ou moins bien exe? cute? es, selon la richesse des villes et la ma-
gnificence des e? difices, ne sauraient e^tre la cause principale de
l'impression que produit le service divin; ce sont ses rapports
avec nos sentiments inte? rieurs qui nous e? meuvent, rapports qui
peuvent exister dans la simplicite? comme dans la pompe.
J'e? tais, il y a quelque temps, dans une e? glise de campagne
de? pouille? e de tout ornement; aucun tableau n'en de? corait les
blanches murailles, elle e? tait nouvellement ba^tie, et nul sou-
venir d'un long passe? ne la rendait ve? ne? rable: la musique me^me,
que les saints les plus auste`res ont place? e dans le ciel comme la
jouissance des bienheureux, se faisait a` peine entendre, etles
psaumes e? taient chante? s par des voix sans harmonie, que les
travaux de la terre et le poids des anne? es rendaient rauques et
confuses; mais au milieu de cette re? union rustique, ou` man-
quaient toutes les splendeurs humaines, on voyait un homme
pieux dont le coeur e? tait profonde? ment e? mu par la mission qu'il
remplissait >>. Ses regards, sa physionomie, pouvaient servir de
mode`le a` quelques-uns des tableaux dont les autres temples
sont pare? s; ses accents re? pondaient au concert des anges. 11 y
avait la` devant nous une cre? ature mortelle, convaincue de notre
immortalite? , de celle de nos amis que nous avons perdus, de
celle de nos enfants, qui nous survivront de si peu dans la
carrie`re du temps! et la persuasion intime d'une a^me pure sem-
blait une re? ve? lation nouvelle.
Il descendit de sa chaire pour donner la communion aux fide`-
les qui vivent a` l'abri de son exemple. Son fils e? tait comme lui,
ministre de l'e? glise, et sous des traits plus jeunes, il avait, ainsi
que son pe`re, une expression pieuse et recueillie. Alors, selon
l'usage, le pe`re et le fils se donne`rent mutuellement le pain et la
coupe, qui servent chez les protestants de comme? moration au
plus touchant des myste`res; le fils ne voyait dans son pe`re
qu'un pasteur plus avance? que lui dans l'e? tat religieux qu'il 1 M. Cc? le? ii? er, pasteur ile Satigny, pre? s de Cene? ve.
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 438 DE LA MYSTICITE.
voulait suivre; le pe`re respectait dans son fils la sainte vocation
qu'il avait embrasse? e. Tous deux s'adresse`rent, en communiant
ensemble, les passagesde l'E? vangile faits pour resserrer d'un
me^me lien les e? trangers comme les amis; et, renfermant dans
leurs coeur tous les deux leurs sentiments les plus intimes, ils
semblaient oublier leurs relations personnelles en pre? sence de
la Divinite? , pour qui les pe`res et les fils sont tous e? galement des
serviteurs du tombeau et des enfants de l'espe? rance.
Quelle poe? sie, quelle e? motion, source de toute poe? sie, pouvait
manquer au service divin dans un tel moment! Les hommes dont les affections sont de? sinte? resse? es, et les
pense? es religieuses; les hommes qui vivent dans le sanctuaire
de leur conscience, et savent y concentrer, comme dans un mi-
roir ardent, tous les rayons de l'univers; ces hommes, dis-je,
sont les pre^tres du culte de l'a^me, et rien ne doit jamais les
de? sunir. Un abi^me se? pare ceux qui se conduisent par le calcul,
et ceux qui sont guide? s par le sentiment; toutes les autres diffe? -
rences d'opinion ne sont rien, celle-la` seule est radicale. Il se
peut qu'un jour un cri d'union s'e? le`ve, et que l'universalite? des
chre? tiens aspire a` professer la me^me religion the? ologique, poli-
tique et morale; mais avant que ce miracle soit accompli, tous
les hommes qui ont un coeur et qui lui obe? issent, doivent se
respecter mutuellement.
CHAPITRE V.
De la disposition religieuse appele? e mysticite? .
La disposition religieuse appele? e mysticite? n'est qu'une ma-
nie`re plus intime de sentir et de concevoir le christianisme.
Comme dans le mot de mysticite? est renferme? celui de myste`re,
on a cru que les mystiques professaient des dogmes extraordi-
naires, et faisaient une secte a` part. Il n'y a de myste`res chez
eux que ceux du sentiment applique? s a` la religion, et le senti-
ment est a` la fois ce qu'il y a de plus clair, de plus simple et de
plus inexplicable : il faut distinguer cependant les Ihe? osophes,
e'est-a` dire, ceux qui s'occupent de la the? ologie philosophique,
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DE LA MYSTICITE. 539
tels que Jacob Boehme, Saint-Martin, etc. , des simples iviysti-
tiques; les premiers veulent pe? ne? trer le secret de la cre? ation ,
les seconds s'en tiennent a` leur propre coeur. Plusieurs Pe`res de
l'E? glise , Thomas A-Kempis , Fe? nelon, saint Franc? ois de Sa-
les , etc. , et chez les protestants un grand nombre d'e? crivains
anglais et allemands ont e? te? des mystiques, c'est-a`-dire des
hommes qui faisaient de la religion un amour, et la me^laient a`
toutes leurs pense? es comme a` toutes leurs actions. Le sentiment religieux qui est la base de toute la doctrine des
mystiques, consiste dans une paix inte? rieure pleine de vie. Les
agitations des passions ne laissent point de calme : la tranquil-
lite? de la se? cheresse et dela me? diocrite? d'esprit tue la vie de
l'a^me; ce n'est que dans le sentiment religieux qu'on trouve une
re? union parfaite du mouvement et du repos. Cette disposition
n'est continuelle, je crois, dans aucun homme, quelque pieux
qu'il puisse e^tre; mais le souvenir et l'espe? rance de ces saintes
e? motions de? cident de la conduite de ceux qui les ont e? prou-
ve? es.
Si l'on conside`re les peines et les plaisirs de la vie comme
l'effet du hasard ou du bien joue?
l'e? poque de la re? formation ne soit celle ou` les lettres et la philo-
sophie se sont introduites en Allemagne. Ce pays ne peut e^tre
mis au premier rang, ni pour la guerre, ni pour les arts, ni pour
la liberte? politique : ce sont les lumie`res dont l'Allemagne adroit de s'enorgueillir, et son influence sur l'Europe pensante
date du protestantisme. De telles re? volutions ne s'ope`rent ni ne
se de? truisent par des raisonnements, elks appartiennent a` la
marche historique de l'esprit humain; etles hommes qui pa-
raissent en e^tre les auteurs, n'en sont jamais que les conse? -
quences.
Le catholicisme, aujourd'hui de? sarme? , a la majeste? d'un
vieux lion qui jadis faisait trembler l'univers; mais, quand les
abus de son pouvoir amene`rent la re? formation, il mettait des
entraves a` l'esprit humain, et, loin que ce fu^t par se? cheresse de
coeur qu'on s'opposait alors a` son ascendant, c'e? tait pour faire
usage de toutes les faculte? s de l'esprit et de l'imagination qu'on
re? clamait avec force la liberte? de penser. Si des circonstances
toutes divines, et ou` la main des hommes ne se fit sentir en
rien, amenaient un jour un rapprochement entre les deux E? gli-
ses, on prierait Dieu, ce me semble, avec une e? motion uou-
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DU CATHOLICISME. 533
velle, a` co^te? des pre^tres ve? ne? rables qui, dans les dernie`res an-
ne? es du sie`cle passe? , ont tant souffert pour leur conscience.
Mais ce n'est su^rement pas le changement de religion de quel-
ques hommes, ni surtout l'injuste de? faveur que leurs e? crits ten-
dent a` jeter sur la religion re? forme? e, qui pourraient conduire
a` l'unite? des opinions religieuses.
Il y a dans l'esprit humain deux forces tre`s-distinctes, l'une inspire le besoin de croire, l'autre celui d'examiner. L'une de
ces faculte? s ne doit pas e^tre satisfaite aux de? pens de l'autre: le
protestantisme et le catholicisme ne viennent point de ce qu'il y
a eu des papes et un Luther; c'est une pauvre manie`re de con-
side? rer l'histoire, que de l'attribuer a` des hasards. Le protestan-
tisme et le catholicisme existent dans le coeur humain ; ce sont
des puissances morales qui se de? veloppent dans les nations,
parce qu'elles existent dans chaque homme. Si dans la religion,
comme dans les autres affections humaines, on peut re? unir ce
que l'imagination et la raison souhaitent, il y a paix dans l'homme; mais en lui, comme dans l'univers, la puissance de
cre? er et celle de de? truire, la foi et l'examen se succe`dent et se
combattent.
On a voulu, pour re? unir ces deux penchants, creuser plus
avant dans l'a^me; et de la` sont venues les opinions mystiques ,
dont nous parlerons dans le chapitre suivant; mais le petit
nombre de personnes qui ont abjure? le protestantisme n'ont
fait que renouveler des haines. Les anciennes de? nominations
raniment les anciennes querelles; la magie se sert de certaines
paroles pour e? voquer les fanto^mes; on dirait que sur tous les
sujets il y a des mots qui exercent ce pouvoir: ce sont ceux
qui ont servi de ralliement a` l'esprit de parti, on ne peut les
prononcer sans agiter de nouveau les flambeaux de la discorde.
Les catholiques allemands se sont montre? s jusqu'a` pre? sent tre`s-
e? trangers a` ce qui se passait a` cet e? gard dans le Nord. Les opi-
nions litte? raires semblent la cause du petit nombre de change-
ments de religion qui ont eu lieu, et l'ancienne et vieille E? glise
ne s'en est gue`re occupe? e.
Le comte Fre? de? ric Stolberg, homme tre`s-respectable par son
caracte`re et par ses talents, ce? le`bre, de`s sa jeunesse, cnmmu
ta
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 531 DU CATHOLICISME.
poe`te, comme admirateur passionne? de l'antiquite? , et comme
traducteur d'Home`re, adonne? le premier, en Allemagne, le si-
gnal de ces conversions nouvelles, qui ont eu depuis des imita-
teurs. Les plus illustres amis du comte Stolberg, Klopstock,
Voss et Jacobi, se sont e? loigne? s de lui pour cette abjuration, qui
semble de? savouer les malheurs et les combats que les re? forme? s
ont soutenus pendant trois sie`cles; cependant M. de Stolberg
vient de publier une histoire de la religion de Je? sus-Christ,
faite pour me? riter l'approbation de toutes les communions chre? -
tiennes. C'est la premie`re fois qu'on a vu les opinions catholiques
de? fendues de cette manie`re; et si le comte de Stolberg n'avait
pas e? te? e? leve? dans le protestantisme, peut-e^tre n'aurait-il pas eu
l'inde? pendance d'esprit qui lui sert a` faire impression sur les
hommes e? claire? s.
On trouve dans ce livre une connaissance parfaite des Saintes
E? critures , et des recherches tre`s-inte? ressantes sur les diffe? ren-
fe`s religions de l'Asie, en rapport avec le christianisme. Les
Allemands du Nord, lors me^me qu'ils se soumettent aux dogmes
les plus positifs, savent toujours leur donner l'empreinte de leur
philosophie. *
Le comte de Stolberg attribue a` l'ancien Testament, dans son
ouvrage, une beaucoup plus grande part que lese? crivains pro-
testants ne lui en accordent d'ordinaire. Il conside`re le sacrifice
comme la base de toute religion, et la mortd'Abel comme le
premier type de ce sacrifice, qui fonde le christianisme. De quel-
que' manie`re qu'on juge cette opinion, elle donne beaucoup a`
penser. La plupart des religions anciennes ont institue? des sa-
crifices humains ; mais dans cette barbarie il y avait quelque chose
de remarquable : c'est le besoin d'une expiation solennelle. Rien
ne peut effacer de l'a^me, en effet, la conviction qu'il y a quel-
que chose de tre`s-myste? rieux dans le sang de l'innocent, et que
la terre et le ciel s'en e? meuvent. Les hommes ont toujours cru
que des justes pouvaient obtenir, dans cette vie ou dans l'autre,
le pardon des criminels. Il y a dans le genre humain des ide? es
primitives qui paraissent plus ou moins de? figure? es dans tous les
temps et chez tous les peuples. Ce sont ces ide? es sur lesquelles
on ne saurait se lasser de me? diter; car elles renferment sure-
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DU CATHOLICISME. 535
meut quelques traces des titres perdus de la race humaine.
La persuasion que les prie`res et le de? vouement du juste peu-
vent sauver les coupables, est sans doute tire? e des sentiments
que nous e? prouvons dans les rapports de la vie; mais rien n'o-
blige, en fait de croyance religieuse, a` rejeter ces inductions:
que savons-nous de plusque nos sentiments, et pourquoi pre? ten-
drait-on qu'ils ne doivent point s'appliquer aux ve? rite? s de la foi?
Que peut-il y avoir dans l'homme que lui-me^me, et pourquoi,
sous pre? texte d'anthropomorphisme, l'empe^cher de former, d'a-
pre`s son a^me, une image de la Divinite? ? Nul autre messager ne
saurait, je pense, lui en donner des nouvelles.
Le comte de Stolberg s'attache a` de? montrer que la tradition de
la chute de l'homme a existe? chez tous les peuples de la terre,
et particulie`rement en Orient, et que tous les hommes ont eu
dans le coeur le souvenir d'un bonheur dont ils avaient e? te? prive? s.
En effet, il y a dans l'esprit humain deux tendances aussi dis-
tinctes que la gravitation et l'impulsion dans le monde physique;
c'est l'ide? e d'une de? cadence et celle d'un perfectionnement. On
dirait que nous e? prouvons tout a` la fois le regret de quelques
beaux dons qui nous e? taient accorde? s gratuitement, et l'espe? rance
de quelques biens que nous pouvons acque? rir par nos efforts; de
manie`re que la doctrine de la perfectibilite? et celle de l'a^ge d'or,
re? unies et confondues, excitent tout a` la fois dans l'homme le
chagrin d'avoir perdu et l'e? mulation de recouvrer. Le sentiment
est me? lancolique, et l'esprit audacieux : l'un regarde en arrie`re,
l'autre en avant; de cette re^verie et de cet e? lan nai^t la ve? ritable
supe? riorite? de l'homme, le me? lange de contemplation et d'acti-
vite? , de re? signation et de volonte? , qui lui permet de rattacher au
ciel sa vie dans ce monde.
Stolberg n'appelle chre? tiens que ceux qui rec? oivent, avec la
simplicite? des enfants, les paroles de l'E? criture sainte; mais il
porte dans l'interpre? tation de ces paroles un esprit de philoso-
phie qui o^te aux opinions catholiques ce qu'elles ont de dogmati-
que et d'intole? rant. En quoi diffe`rent-ils donc entre eux, ces
hommes religieux dont l'Allemagne s'honore; et pourquoi les
noms de catholique ou de protestant les se? pareraient-ils? Pour-
quoi seraient-ils infide`les aux tombeaux de leurs ai? eux, pour quit-
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? J36 DU CATHOLICISME.
ter ces noms ou pour les reprendre? Klopstock n'a-t-il pas consa-
cre? sa vie entie`re a` faire d'un beau poeme le temple de l'E? van-
gile? Herder n'est-il pas, comme Stolberg, adorateur dela Bible?
ne pe? ne`tre-t-il pas dans toutes les beaute? s de la langue primitive,
et des sentiments d'origine ce?
leste qu'elle exprime? Jacobi ne
reconnai^t-il pas la Divinite? dans toutes les grandes pense? es de
l'homme? Aucun de ces hommes recommanderait-il la religion
uniquement comme un frein pour le peuple, comme un moyen
de su^rete? publique, comme un garant de plus dans les contrats
de ce monde? Ne savent-ils pas tous que les esprits supe? rieurs
ont encore plus besoin de pie? te? que les hommes du peuple? car
le travail maintenu par l'autorite? sociale peut occuper et guider
la classe laborieuse dans tous les instants de sa vie, tandis que
les hommes oisifs sont sans cesse en proie aux passions et
aux sophismes qui agitent l'existence, et remettent tout en
question.
On a pre? tendu que c'e? tait une sorte de frivolite? , dans les e? cri-
vains allemands, de pre? senter comme l'un des me? rites de la
religion chre? tienne, l'influence favorable qu'elle exerce sur les
arts, l'imagination et la poe? sie; et le me^me reproche a e? te? fait a`
cet e? gard au bel ouvrage de M. de Cha^teaubriant, sur le Ge? nie
du Christianisme. Les esprits vraiment frivoles, ce sont ceux
qui prennent des vues courtes pour des vues profondes, et se
persuadent qu'on peut proce? der avec la nature humaine par voie
d'exclusion, et supprimer la plupart des de? sirs et des besoins de
l'a^me. C'est une des grandes preuves de la divinite? de la religion
chre? tienne, que son analogie parfaite avec toutes nos faculte? s
morales; seulement il ne me parai^t pas qu'on puisse conside? rer
la poe? sie du christianisme sous le me^me aspect que la poe? sie du
paganisme.
Comme tout e? tait exte? rieur dans le culte pai? en, la pompe des
images y est prodigue? e; le sanctuaire du christianisme e? tant
au fond du coeur, la poe? sie qu'il inspire doit toujours nai^tre
de l'attendrissement. Ce n'est pas la splendeur du ciel chre? -
tien qu'on peut opposer a` l'Olympe, mais la douleur et l'in-
nocence, la vieillesse et la mort, qui prennent un caracte`re
d'e? le? vation et de repos, y l'abri de ces espe? rances religieuses
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? DU CATHOLICISME. 537
dont les ailes s'e? tendent sur les mise`res de la vie. Il n'est donc
pas vrai, ce me semble, que la religion protestante soit de? -
pourvue de poe? sie, parce que les pratiques du culte y ont moins
d'e? clat que dans la religion catholique. Des ce? re? monies plus
ou moins bien exe? cute? es, selon la richesse des villes et la ma-
gnificence des e? difices, ne sauraient e^tre la cause principale de
l'impression que produit le service divin; ce sont ses rapports
avec nos sentiments inte? rieurs qui nous e? meuvent, rapports qui
peuvent exister dans la simplicite? comme dans la pompe.
J'e? tais, il y a quelque temps, dans une e? glise de campagne
de? pouille? e de tout ornement; aucun tableau n'en de? corait les
blanches murailles, elle e? tait nouvellement ba^tie, et nul sou-
venir d'un long passe? ne la rendait ve? ne? rable: la musique me^me,
que les saints les plus auste`res ont place? e dans le ciel comme la
jouissance des bienheureux, se faisait a` peine entendre, etles
psaumes e? taient chante? s par des voix sans harmonie, que les
travaux de la terre et le poids des anne? es rendaient rauques et
confuses; mais au milieu de cette re? union rustique, ou` man-
quaient toutes les splendeurs humaines, on voyait un homme
pieux dont le coeur e? tait profonde? ment e? mu par la mission qu'il
remplissait >>. Ses regards, sa physionomie, pouvaient servir de
mode`le a` quelques-uns des tableaux dont les autres temples
sont pare? s; ses accents re? pondaient au concert des anges. 11 y
avait la` devant nous une cre? ature mortelle, convaincue de notre
immortalite? , de celle de nos amis que nous avons perdus, de
celle de nos enfants, qui nous survivront de si peu dans la
carrie`re du temps! et la persuasion intime d'une a^me pure sem-
blait une re? ve? lation nouvelle.
Il descendit de sa chaire pour donner la communion aux fide`-
les qui vivent a` l'abri de son exemple. Son fils e? tait comme lui,
ministre de l'e? glise, et sous des traits plus jeunes, il avait, ainsi
que son pe`re, une expression pieuse et recueillie. Alors, selon
l'usage, le pe`re et le fils se donne`rent mutuellement le pain et la
coupe, qui servent chez les protestants de comme? moration au
plus touchant des myste`res; le fils ne voyait dans son pe`re
qu'un pasteur plus avance? que lui dans l'e? tat religieux qu'il 1 M. Cc? le? ii? er, pasteur ile Satigny, pre? s de Cene? ve.
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? 438 DE LA MYSTICITE.
voulait suivre; le pe`re respectait dans son fils la sainte vocation
qu'il avait embrasse? e. Tous deux s'adresse`rent, en communiant
ensemble, les passagesde l'E? vangile faits pour resserrer d'un
me^me lien les e? trangers comme les amis; et, renfermant dans
leurs coeur tous les deux leurs sentiments les plus intimes, ils
semblaient oublier leurs relations personnelles en pre? sence de
la Divinite? , pour qui les pe`res et les fils sont tous e? galement des
serviteurs du tombeau et des enfants de l'espe? rance.
Quelle poe? sie, quelle e? motion, source de toute poe? sie, pouvait
manquer au service divin dans un tel moment! Les hommes dont les affections sont de? sinte? resse? es, et les
pense? es religieuses; les hommes qui vivent dans le sanctuaire
de leur conscience, et savent y concentrer, comme dans un mi-
roir ardent, tous les rayons de l'univers; ces hommes, dis-je,
sont les pre^tres du culte de l'a^me, et rien ne doit jamais les
de? sunir. Un abi^me se? pare ceux qui se conduisent par le calcul,
et ceux qui sont guide? s par le sentiment; toutes les autres diffe? -
rences d'opinion ne sont rien, celle-la` seule est radicale. Il se
peut qu'un jour un cri d'union s'e? le`ve, et que l'universalite? des
chre? tiens aspire a` professer la me^me religion the? ologique, poli-
tique et morale; mais avant que ce miracle soit accompli, tous
les hommes qui ont un coeur et qui lui obe? issent, doivent se
respecter mutuellement.
CHAPITRE V.
De la disposition religieuse appele? e mysticite? .
La disposition religieuse appele? e mysticite? n'est qu'une ma-
nie`re plus intime de sentir et de concevoir le christianisme.
Comme dans le mot de mysticite? est renferme? celui de myste`re,
on a cru que les mystiques professaient des dogmes extraordi-
naires, et faisaient une secte a` part. Il n'y a de myste`res chez
eux que ceux du sentiment applique? s a` la religion, et le senti-
ment est a` la fois ce qu'il y a de plus clair, de plus simple et de
plus inexplicable : il faut distinguer cependant les Ihe? osophes,
e'est-a` dire, ceux qui s'occupent de la the? ologie philosophique,
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? DE LA MYSTICITE. 539
tels que Jacob Boehme, Saint-Martin, etc. , des simples iviysti-
tiques; les premiers veulent pe? ne? trer le secret de la cre? ation ,
les seconds s'en tiennent a` leur propre coeur. Plusieurs Pe`res de
l'E? glise , Thomas A-Kempis , Fe? nelon, saint Franc? ois de Sa-
les , etc. , et chez les protestants un grand nombre d'e? crivains
anglais et allemands ont e? te? des mystiques, c'est-a`-dire des
hommes qui faisaient de la religion un amour, et la me^laient a`
toutes leurs pense? es comme a` toutes leurs actions. Le sentiment religieux qui est la base de toute la doctrine des
mystiques, consiste dans une paix inte? rieure pleine de vie. Les
agitations des passions ne laissent point de calme : la tranquil-
lite? de la se? cheresse et dela me? diocrite? d'esprit tue la vie de
l'a^me; ce n'est que dans le sentiment religieux qu'on trouve une
re? union parfaite du mouvement et du repos. Cette disposition
n'est continuelle, je crois, dans aucun homme, quelque pieux
qu'il puisse e^tre; mais le souvenir et l'espe? rance de ces saintes
e? motions de? cident de la conduite de ceux qui les ont e? prou-
ve? es.
Si l'on conside`re les peines et les plaisirs de la vie comme
l'effet du hasard ou du bien joue?