gard dans les
ouvrages
allemands.
Madame de Stael - De l'Allegmagne
veloppement des lumie`res; car tout ce
que les hommes font par eux-me^mes et spontane? ment, donne a`
leur jugement plus de force et d'e? tendue.
Il se peut aussi que les principes de l'e? galite? de? mocratique se
propagent par ce genre d'institutions, qui met les hommes en
e? vidence d'apre`s leur valeur re? elle, et non d'apre`s leur rang
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? 5G2 DE L'ESPRIT DE SECTE.
dans le monde. Les associations secre`tes apprennent quelle est
la puissance du nombre et de la re? union, tandis que les citoyens
isole? s sont, pour ainsi dire, des e^tres abstraits les uns pour les
autres. Sous ce rapport, ces associations pourraient avoir une
grande influence dans l'E? tat; mais il est juste cependant de re-
connai^tre que la franc-mac? onnerie ne s'occupe en ge? ne? ral que des
inte? re^ts religieux et philosophiques.
Ses membres se divisent entre eux en deux classes : la franc-mac? onnerie philosophique, et la franc-mac? onnerie herme? tique
ou e? gyptienne. La premie`re a pour objet l'e? glise inte? rieure, ou
le de? veloppement de la spiritualite? de l'a^me; la seconde se rap-
porte aux sciences, a` celles qui s'occupent des secrets de la na-
ture. Les fre`res rose-croix, entre autres, sont un des grades de
la franc-mac? onnerie; et les fre`res rose-croix, dans l'origine,
e? taient alchimistes.
De tout temps, et dans tous les pays, il a existe? des associa-
tions secre`tes, dont les membres avaient pour but de se forti-
fier mutuellement dans la croyance a` la spiritualite? de l'a^me:
les myste`res d'E? leusis,chez les pai? ens, la secte des Esse? niens,
chez les He? breux, e? taient fonde? s sur cette doctrine, qu'on ne
voulait pas profaner en la livrant aux plaisanteries du vulgaire.
Il y apre`s de trente ans qu'a` "Wilherms-Bad il y eut une assem-
ble? e de francs-mac? ons pre? side? e par le duc de Brunswick; cette
assemble? e avait pour objet la re? forme des francs-mac? ons d'Alle-
magne , et il parai^t que les opinions mystiques en ge? ne? ral, et
celle de Saint-Martin en particulier, influe`rent beaucoup sur
cette re? union. Les institutions politiques, les relations sociales,
et souvent me^me celles de famille, ne prennent que l'exte? rieur
de la vie : il est donc naturel que de tout temps on ait cherche?
quelque manie`re intime de se reconnai^tre et de s'entendre; et
tous ceux dont le caracte`re a quelque profondeur se croient des
adeptes, et cherchent a` se distinguer par quelques signes du
reste des hommes. Les associations secre`tes de? ge? ne`rent avec le
temps; mais leur principe est presque toujours un sentiment
d'enthousiasme comprime? par la socie? te? .
Il y a trois classes d'illumine? s : les illumine? s mystiques, les
illumine? s visionnaires, et les illumine? s politiques. La premie`re,
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DE L ESPRIT DE SECTE. Z(M
celle dont Jacob Boehme, et, dans le dernier sie`cle, Pascaliset
Saint-Martin peuvent e^tre conside? re? s comme les chefs, tient
par divers liens a` cette e? glise inte? rieure, sanctuaire de ralliement
pour tous les philosophes religieux; ces illumine? s s'occupent
uniquement de la religion, et de la nature interpre? te? e par les
dogmes de la religion.
Les illumine? s visionnaires, a` la te^te desquels on doit placer le
Sue? dois Swedenborg , croient que par la puissance de la volonte?
ils peuvent faire apparai^tre des morts et ope? rer des miracles.
Le feu roi de Prusse, Fre? de? ric-Guillaume, a e? te? induit en erreur
par la cre? dulite? de ces hommes, ou par leurs ruses, qui avaient
l'apparence de la cre? dulite? . Les illumine? s ide? alistes de? daignent
ces illumine? s visionnaires comme des empiriques; ils me? prisent
leurs pre? tendus prodiges, et pensent que la merveille des sen-
timents de l'a^me doit l'emporter a` elle seule sur toutes les
autres.
Enfin, des hommes qui n'avaient pour but que de s'emparer
de l'autorite? dans tous les E? tats, et de se faire donner des places,
ont pris le nom d'illumine? s; leur chef e? tait un Bavarois, Weisshaupt, homme d'un esprit supe? rieur, et qui avait tre`s-bien
senti la puissance qu'on pouvait acque? rir en re? unissant les forces
e? parses des individus, en les dirigeant toutes vers un me^me but.
Un secret, quel qu'il soit, flatte l'amour-propre des hommes;
et quand on leur dit qu'ils sont de quelque chose dont leurs pa-
reils ne sont pas, on acquiert toujours de l'empire sur eux. L'amour-propre se blessede ressembler a` la multitude; et de`squ'on
veut donner des marques de distinction, connues ou cache? es ,
on est su^r de mettre en mouvement l'imagination de la vanite? ,
la plus active de toutes.
Les illumine? s politiques n'avaient pris des autres illumine? s que
quelques signes pour se reconnai^tre; mais les inte? re^ts, et non les
opinions, leur servaient de point de ralliement. Ils avaient pour
but, il est vrai, de re? former l'ordre social sur de nouveaux prin-
cipes; toutefois, en attendant l'accomplissement de ce grand oeu-
vre, ce qu'ils voulaient d'abord, c'e? tait de s'emparer des emplois
publics. Une telle secte a, par tout pays, bien des adeptes qui
s'initient d'eux-me^mes a` ses secrets : en Allemagne, cependant,
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? 564 CONTEMPLATION DE LA. NATti? RE.
cette secte est la seule peut-e^tre qui ait e? te? fonde? e sur une com-
binaison politique; toutes les autres sont ne? es d'un enthou-
siasme quelconque, et n'ont eu que la recherche de la ve? rite?
pour but.
Parmi les hommes qui s'efforcent de pe? ne? trer les secrets de la
nature, il faut compter les alchimistes, les magne? tiseurs, etc.
Il est probable qu'il y a beaucoup de folie dans ces pre? tendues
de? couvertes; mais qu'y peut-on trouver d'effrayant? Si l'on ar-
rivait a` reconnai^tre dans les phe? nome`nes physiques ce qu'on ap-
pelle du merveilleux, on en aurait avec raison de la joie. Il y a
des moments ou` la nature parai^t une machine qui se meut cons-
tamment parles me^mes ressorts ; et c'est alors que son inflexible
re? gularite? fait peur; mais quand on croit entrevoir en elle quel-
que chose de spontane? comme la pense? e, un espoir confus s'em-
pare de l'a^me, et nous de? robe au regard fixe de la ne? cessite? .
Au fond de tous ces essais et de tous ces syste`mes scientifiques
et philosophiques, il y a toujours une tendance tre`s-marque? e
vers la spiritualite? de l'a^me. Ceux qui veulent deviner les secrets
de la nature sont tre`s-oppose? s aux mate? rialistes; car c'est tou-
jours dans la pense? e qu'ils cherchent la solution de l'e? nigme du
monde physique. Sans doute un tel mouvement dans les esprits
pourrait conduire a` de grandes erreurs; mais il en est ainsi de
tout ce qui est anime? : de`s qu'il y a vie, il y a danger.
Les efforts individuels finiraient par e^tre interdits, si l'on s'as-
servissaita` la me? thode qui re? gulariserait les mouvements de l'es-
prit, comme la discipline commande a` ceux du corps. Le pro-
ble`me consiste donc a` guider les faculte? s sans les comprimer; et
l'on voudrait qu'il fu^t possible d'adapter a` l'imagination des hom-
mes l'art encore inconnu de s'e? lever avec des ailes, et de diriger
le vol dans les airs.
CHAPITRE IX.
De la contemplation de la nature.
En parlant de l'influence de la nouvelle philosophie sur les
sciences, j'ai de? ja` fait mention de quelques-uns des nouveaux
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? CONTEMPLATION DE LA NATURE. 565
prmcipes adopte? s en Allemagne, relativement a` l'e? tude de la nature; mais comme la religion et l'enthousiasme ont une grande
part dans la contemplation de l'univers, j'indiquerai d'une ma-
nie`re ge? ne? rale les vues politiques et religieuses qu'on peut recueil-
lir a` cet e?
gard dans les ouvrages allemands.
Plusieurs physiciens, guide? s par un sentiment de pie? te? , ont
cru devoir s'en tenir a` l'examen des causes finales; ils ont essaye?
de prouver que tout dans le monde tend au maintien et au bien-e^tre physique des individus et des espe`ces. On peut faire, ce me
semble, des objections tre`s-fortes contre ce syste`me. Sans
doute, il est aise? de voirque dans l'ordre des choses les moyens
re? pondent admirablement a` leurs fins; mais dans cet enchai^ne-
ment universel, ou` s'arre^tent ces causes qui sont effets, et ces
effets qui sont causes? Veut-on rapporter tout a` la conservation
de l'homme: on aura de la peine a` concevoir ce qu'elle a de com-
mun avec la plupart des e^tres. D'ailleurs c'est attacher trop de
prix a` l'existence mate? rielle que de la donner pour dernier but a`
la cre? ation.
Ceux qui, malgre? la foule immense des malheurs particuliers,
attribuent un certain genre de bonte? a` la nature, la conside`rent
comme un spe? culateur en grand qui se retire sur le nombre. Ce
syste`me ne convient pas me^me a` un gouvernement, et des e? cri-
vains scrupuleux en e? conomie politique l'ont combattu. Que se-
rait-ce donc, lorsqu'il s'agit des intentions de la Divinite? ? Un
homme, religieusement conside? re? , est autant que la race hu-
maine entie`re, et de`s qu'on a conc? u l'ide? e d'une a^me immortelle,
il ne doit pas e^tre possible d'admettre le plus ou le moins d'im-
portance d'un individu relativement a` tous. Chaque e^tre intel-
ligent est d'une valeur infinie, puisqu'il doit durer toujours.
C'est doncdapre`s un point de vue plus e? leve? que les philosophes
allemands ont conside? re? l'univers.
Il en est qui croient voir en tout deux principes, celui du bien
et celui du mal, se combattant sans cesse ; et soit qu'on attribue
ce combat a` une puissance infernale, soit, ce qui est plus sim-
ple a` penser, que le monde physique puisse e^tre l'image des bons
et des mauvais penchants de l'homme, toujours est-il vrai que
ce monde offre a` l'observation deux faces absolument contraires,
48
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? 56fi CONTEMPLAI ION DE LA NATURE.
Il y a, l'on ne saurait le nier, un co^te? terrible dans la nature,
comme dans le coeur humain, et l'on y sent une redoutable
puissance de cole`re. Quelle que soit la bonne intention des par-
tisans de l'optimisme, plus de profondeur se fait remarquer, ce
me semble, dans ceux qui ne nient pas le mal, mais qui com-
prennent la connexion de ce mal avec la liberte? de l'homme,
avec l'immortalite? qu'elle peut lui me? riter.
Les e? crivains mystiques, dont j'ai parle? dans les chapitres
pre? ce? dents, voient dans l'homme l'abre? ge? du monde, et dans le
monde l'emble`me des dogmes du christianisme. La nature leur
parai^t l'image corporelle de la Divinite? , et ils se plongent tou-
jours plus avant dans la signification profonde des choses et des
e^tres.
Parmi les e? crivains allemands qui se sont occupe? s de la contem-
plation de la nature sous des rapports religieux, deux me? ritent
une attention particulie`re: Novalis comme poe`te, et Schubert
comme physicien. Novalis, homme d'une naissance illustre,
e? tait initie? de`s sa jeunesse dans les e? tudes de tout genre que la
nouvelle e? cole a de? veloppe? es en Allemagne; mais son a^me pieuse
a donne? un grand caracte`re de simplicite? a` ses poe? sies. Il est
mort a` vingt-six ans; et c'est lorsqu'il n'e? tait de? ja` plus que les
chants religieux qu'il a compose? s ont acquis en Allemagne une
ce? le? brite? touchante. Le pe`rede ce jeune homme est morave; et,
quelque temps apre`s la mort de son fils, il alla visiter une com-
munaute? de ses fre`res en religion, et dans leur e? glise il entendit
chanter les poe? sies de son fils, que les moraves avaient choisies
pour s'e? difier, sans en connai^tre l'auteur.
Parmi les oeuvres de Novalis, on distingue des hymnes a` la
nuit, qui peignent avec une grande force le recueillement qu'elle
fait nai^tre dans l'a^me. L'e? clat du jour peut convenir a` la joyeuse
doctrine du paganisme; mais le ciele? toile? parai^t le ve? ritable tem-
ple du culte le plus pur. C'est dans l'obscurite? des nuits, dit un
poe`te allemand, que l'immortalite? s'est re? ve? le? e a` l'homme : la lu-
mie`re du soleil e? blouit les yeux qui croient voir. Des stances de
Novalis sur la vie des mineurs renferment une poe? sie anime? e,
d'un tre`s-grand effet; il interroge la terre qu'on rencontre dans
les profondeurs, parce qu'elle fut le te? moin des diverses re? volu-
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? CONTEMPLATION DE LA NATURE. 507
tions que la nature a subies ; et il exprime un de? sir e? nergique de
pe? ne? trer toujours plus avantvers le centre du globe. Le contraste
de cette immense curiosite? , avec la vie si fragile qu'il faut expo-
ser pour la satisfaire, cause une e? motion sublime. L'homme est
place? sur la terre entre l'infini des cieux et l'infini des abi^mes;
et sa vie, dans le temps, est aussi de me^me entre deux e? terni-
te? s. De toutes parts entoure? par des ide? es et des objets sans bor-
nes, des pense? es innombrables lui apparaissent, comme des
milliers de lumie`res qui se confondent et l'e? blouisseut.
IVovalis a beaucoup e? crit sur la nature en ge? ne? ral ; il se nomme lui-me^me, avec raison, le disciple de Sai? s , parce que ces', uans
cette ville qu'e? tait fonde? le temple d'Isis; et que les traditions
qui nous restent des myste`res des E? gyptiens portent a` croire
que leurs pre^tres avaient une connaissance approfondie des lois
de l'univers.
<< L'homme est avec la nature, dit Novalis, dans des rela-
<< tions presque aussi varie? es, presque aussi inconcevables que
<< celles qu'il entretient avec ses semblables, et comme elle se
<< met a` la porte? e des enfants, et se complai^t avec leurs simples
(i coeurs, de me^me elle se montre sublime aux esprits e? leve? s, et
<< divine aux e^tres divins. L'amour de la nature prend diverses
<< formes , et tandis qu'elle n' excite dans les uns que la joie et
la volonte? , elle inspire aux autres la religion la plus pieuse,
celle qui donne a` toute la vie une direction et un appui. De? ja`
chez les peuples anciens, il y avait des a^mes se? rieuses pour
<< qui l'univers e? tait l'image de la Divinite? , et d'autres qui se
<< croyaient seulement invite? es au festin qu'elle donne: l'air
<< n'e? tait, pour ces convives de l'existence, qu'une boisson rafrai^-
<< chissante; les e? toiles, que des flambeaux qui pre? sidaient aux
? danses pendant la nuit; et les plantes et les animaux, que les
magnifiques appre^ts d'un splendide repas: la nature ne s'of-
? trait pas a` leurs yeux comme un temple majestueux et tran-
>> quille, mais comme le the? a^tre brillant de fe^tes toujours non -
<< velles.
<< Dans ce me^me temps ne? anmoins, des esprits plus profonds
<< s'occupaient sans rela^che a` reconstruire le monde ide? al, dont
les traces avaient de? ja` disparu; ils se partageaient en fre`res le>>
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? 568 CONTEMPLATION DE LA NATURE.
<< travaux les plus sacre? s: les uns cherchaient a` reproduire par
<< la musique les voix de la fore^t et de l'air; les autres impri-
<<maient l'image et le pressentiment d'une race plus noble sur
la pierre et sur l'airain, changeaient les rochers en e? difices , et
<< mettaient au jour les tre? sors cache? s dans la terre. La nature,
<< civilise? e par l'homme, sembla re? pondre a` ses souhaits : l'ima-
<< gination de l'artiste osa l'interroger, et l'a^ge d'or parut renai^tre
<< a` l'aide de la pense? e.
<< Il faut, pour connai^tre la nature, devenir un avec elle. Une
? vie poe? tique et recueillie, uae a^me sainte et religieuse, toute
la force et toute la fleur de l'existence humaine, sont ne? cessai-
<< res pour la comprendre, et le ve? ritable observateur est celui
qui sait de? couvrir l'analogie de cette nature avec l'homme, et
celle de l'homme avec le ciel. >>
Schubert a compose? sur la nature un livre qu'on ne saurait
se lasser de lire, tant il est rempli d'ide? es qui excitent a` la me? -
ditation; il pre? sente le tableau des effets nouveaux, dont l'en-
chai^nement est conc? u sous de nouveaux rapports. Deux ide? es
principales restent de sou ouvrage; les Indiens croient a` la me? -
tempsycose descendante, c'est-a`-dire a` celle qui condamne l'a^me
de l'homme a` passer dans les animaux et dans les plantes, pour
le punir d'avoir mal use? de la vie. L'on peut difficilement se
figurer un syste`me d'une plus profonde tristesse, et les ouvrages
des Indiens en portent la douloureuse empreinte. On croit voir
partout, dans les animaux et les plantes, la pense? e captive et le
sentiment r-enferme? , s'efforcer en vain de se de? gager des formes
grossie`res et muettes qui les enchai^nent. Le syste`me de Schubert
est plus consolant; il se repre? sente la nature comme une me? -
tempsycose ascendante, dans laquelle, depuis la pierre jusqu'a`
l'existence humaine, il y a une promotion continuelle qui fait
avancer le principe vital de degre? s en degre?
que les hommes font par eux-me^mes et spontane? ment, donne a`
leur jugement plus de force et d'e? tendue.
Il se peut aussi que les principes de l'e? galite? de? mocratique se
propagent par ce genre d'institutions, qui met les hommes en
e? vidence d'apre`s leur valeur re? elle, et non d'apre`s leur rang
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? 5G2 DE L'ESPRIT DE SECTE.
dans le monde. Les associations secre`tes apprennent quelle est
la puissance du nombre et de la re? union, tandis que les citoyens
isole? s sont, pour ainsi dire, des e^tres abstraits les uns pour les
autres. Sous ce rapport, ces associations pourraient avoir une
grande influence dans l'E? tat; mais il est juste cependant de re-
connai^tre que la franc-mac? onnerie ne s'occupe en ge? ne? ral que des
inte? re^ts religieux et philosophiques.
Ses membres se divisent entre eux en deux classes : la franc-mac? onnerie philosophique, et la franc-mac? onnerie herme? tique
ou e? gyptienne. La premie`re a pour objet l'e? glise inte? rieure, ou
le de? veloppement de la spiritualite? de l'a^me; la seconde se rap-
porte aux sciences, a` celles qui s'occupent des secrets de la na-
ture. Les fre`res rose-croix, entre autres, sont un des grades de
la franc-mac? onnerie; et les fre`res rose-croix, dans l'origine,
e? taient alchimistes.
De tout temps, et dans tous les pays, il a existe? des associa-
tions secre`tes, dont les membres avaient pour but de se forti-
fier mutuellement dans la croyance a` la spiritualite? de l'a^me:
les myste`res d'E? leusis,chez les pai? ens, la secte des Esse? niens,
chez les He? breux, e? taient fonde? s sur cette doctrine, qu'on ne
voulait pas profaner en la livrant aux plaisanteries du vulgaire.
Il y apre`s de trente ans qu'a` "Wilherms-Bad il y eut une assem-
ble? e de francs-mac? ons pre? side? e par le duc de Brunswick; cette
assemble? e avait pour objet la re? forme des francs-mac? ons d'Alle-
magne , et il parai^t que les opinions mystiques en ge? ne? ral, et
celle de Saint-Martin en particulier, influe`rent beaucoup sur
cette re? union. Les institutions politiques, les relations sociales,
et souvent me^me celles de famille, ne prennent que l'exte? rieur
de la vie : il est donc naturel que de tout temps on ait cherche?
quelque manie`re intime de se reconnai^tre et de s'entendre; et
tous ceux dont le caracte`re a quelque profondeur se croient des
adeptes, et cherchent a` se distinguer par quelques signes du
reste des hommes. Les associations secre`tes de? ge? ne`rent avec le
temps; mais leur principe est presque toujours un sentiment
d'enthousiasme comprime? par la socie? te? .
Il y a trois classes d'illumine? s : les illumine? s mystiques, les
illumine? s visionnaires, et les illumine? s politiques. La premie`re,
? ? Generated for (University of Chicago) on 2014-12-22 00:50 GMT / http://hdl. handle. net/2027/hvd. hwnks5 Public Domain, Google-digitized / http://www. hathitrust. org/access_use#pd-google
? DE L ESPRIT DE SECTE. Z(M
celle dont Jacob Boehme, et, dans le dernier sie`cle, Pascaliset
Saint-Martin peuvent e^tre conside? re? s comme les chefs, tient
par divers liens a` cette e? glise inte? rieure, sanctuaire de ralliement
pour tous les philosophes religieux; ces illumine? s s'occupent
uniquement de la religion, et de la nature interpre? te? e par les
dogmes de la religion.
Les illumine? s visionnaires, a` la te^te desquels on doit placer le
Sue? dois Swedenborg , croient que par la puissance de la volonte?
ils peuvent faire apparai^tre des morts et ope? rer des miracles.
Le feu roi de Prusse, Fre? de? ric-Guillaume, a e? te? induit en erreur
par la cre? dulite? de ces hommes, ou par leurs ruses, qui avaient
l'apparence de la cre? dulite? . Les illumine? s ide? alistes de? daignent
ces illumine? s visionnaires comme des empiriques; ils me? prisent
leurs pre? tendus prodiges, et pensent que la merveille des sen-
timents de l'a^me doit l'emporter a` elle seule sur toutes les
autres.
Enfin, des hommes qui n'avaient pour but que de s'emparer
de l'autorite? dans tous les E? tats, et de se faire donner des places,
ont pris le nom d'illumine? s; leur chef e? tait un Bavarois, Weisshaupt, homme d'un esprit supe? rieur, et qui avait tre`s-bien
senti la puissance qu'on pouvait acque? rir en re? unissant les forces
e? parses des individus, en les dirigeant toutes vers un me^me but.
Un secret, quel qu'il soit, flatte l'amour-propre des hommes;
et quand on leur dit qu'ils sont de quelque chose dont leurs pa-
reils ne sont pas, on acquiert toujours de l'empire sur eux. L'amour-propre se blessede ressembler a` la multitude; et de`squ'on
veut donner des marques de distinction, connues ou cache? es ,
on est su^r de mettre en mouvement l'imagination de la vanite? ,
la plus active de toutes.
Les illumine? s politiques n'avaient pris des autres illumine? s que
quelques signes pour se reconnai^tre; mais les inte? re^ts, et non les
opinions, leur servaient de point de ralliement. Ils avaient pour
but, il est vrai, de re? former l'ordre social sur de nouveaux prin-
cipes; toutefois, en attendant l'accomplissement de ce grand oeu-
vre, ce qu'ils voulaient d'abord, c'e? tait de s'emparer des emplois
publics. Une telle secte a, par tout pays, bien des adeptes qui
s'initient d'eux-me^mes a` ses secrets : en Allemagne, cependant,
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? 564 CONTEMPLATION DE LA. NATti? RE.
cette secte est la seule peut-e^tre qui ait e? te? fonde? e sur une com-
binaison politique; toutes les autres sont ne? es d'un enthou-
siasme quelconque, et n'ont eu que la recherche de la ve? rite?
pour but.
Parmi les hommes qui s'efforcent de pe? ne? trer les secrets de la
nature, il faut compter les alchimistes, les magne? tiseurs, etc.
Il est probable qu'il y a beaucoup de folie dans ces pre? tendues
de? couvertes; mais qu'y peut-on trouver d'effrayant? Si l'on ar-
rivait a` reconnai^tre dans les phe? nome`nes physiques ce qu'on ap-
pelle du merveilleux, on en aurait avec raison de la joie. Il y a
des moments ou` la nature parai^t une machine qui se meut cons-
tamment parles me^mes ressorts ; et c'est alors que son inflexible
re? gularite? fait peur; mais quand on croit entrevoir en elle quel-
que chose de spontane? comme la pense? e, un espoir confus s'em-
pare de l'a^me, et nous de? robe au regard fixe de la ne? cessite? .
Au fond de tous ces essais et de tous ces syste`mes scientifiques
et philosophiques, il y a toujours une tendance tre`s-marque? e
vers la spiritualite? de l'a^me. Ceux qui veulent deviner les secrets
de la nature sont tre`s-oppose? s aux mate? rialistes; car c'est tou-
jours dans la pense? e qu'ils cherchent la solution de l'e? nigme du
monde physique. Sans doute un tel mouvement dans les esprits
pourrait conduire a` de grandes erreurs; mais il en est ainsi de
tout ce qui est anime? : de`s qu'il y a vie, il y a danger.
Les efforts individuels finiraient par e^tre interdits, si l'on s'as-
servissaita` la me? thode qui re? gulariserait les mouvements de l'es-
prit, comme la discipline commande a` ceux du corps. Le pro-
ble`me consiste donc a` guider les faculte? s sans les comprimer; et
l'on voudrait qu'il fu^t possible d'adapter a` l'imagination des hom-
mes l'art encore inconnu de s'e? lever avec des ailes, et de diriger
le vol dans les airs.
CHAPITRE IX.
De la contemplation de la nature.
En parlant de l'influence de la nouvelle philosophie sur les
sciences, j'ai de? ja` fait mention de quelques-uns des nouveaux
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? CONTEMPLATION DE LA NATURE. 565
prmcipes adopte? s en Allemagne, relativement a` l'e? tude de la nature; mais comme la religion et l'enthousiasme ont une grande
part dans la contemplation de l'univers, j'indiquerai d'une ma-
nie`re ge? ne? rale les vues politiques et religieuses qu'on peut recueil-
lir a` cet e?
gard dans les ouvrages allemands.
Plusieurs physiciens, guide? s par un sentiment de pie? te? , ont
cru devoir s'en tenir a` l'examen des causes finales; ils ont essaye?
de prouver que tout dans le monde tend au maintien et au bien-e^tre physique des individus et des espe`ces. On peut faire, ce me
semble, des objections tre`s-fortes contre ce syste`me. Sans
doute, il est aise? de voirque dans l'ordre des choses les moyens
re? pondent admirablement a` leurs fins; mais dans cet enchai^ne-
ment universel, ou` s'arre^tent ces causes qui sont effets, et ces
effets qui sont causes? Veut-on rapporter tout a` la conservation
de l'homme: on aura de la peine a` concevoir ce qu'elle a de com-
mun avec la plupart des e^tres. D'ailleurs c'est attacher trop de
prix a` l'existence mate? rielle que de la donner pour dernier but a`
la cre? ation.
Ceux qui, malgre? la foule immense des malheurs particuliers,
attribuent un certain genre de bonte? a` la nature, la conside`rent
comme un spe? culateur en grand qui se retire sur le nombre. Ce
syste`me ne convient pas me^me a` un gouvernement, et des e? cri-
vains scrupuleux en e? conomie politique l'ont combattu. Que se-
rait-ce donc, lorsqu'il s'agit des intentions de la Divinite? ? Un
homme, religieusement conside? re? , est autant que la race hu-
maine entie`re, et de`s qu'on a conc? u l'ide? e d'une a^me immortelle,
il ne doit pas e^tre possible d'admettre le plus ou le moins d'im-
portance d'un individu relativement a` tous. Chaque e^tre intel-
ligent est d'une valeur infinie, puisqu'il doit durer toujours.
C'est doncdapre`s un point de vue plus e? leve? que les philosophes
allemands ont conside? re? l'univers.
Il en est qui croient voir en tout deux principes, celui du bien
et celui du mal, se combattant sans cesse ; et soit qu'on attribue
ce combat a` une puissance infernale, soit, ce qui est plus sim-
ple a` penser, que le monde physique puisse e^tre l'image des bons
et des mauvais penchants de l'homme, toujours est-il vrai que
ce monde offre a` l'observation deux faces absolument contraires,
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? 56fi CONTEMPLAI ION DE LA NATURE.
Il y a, l'on ne saurait le nier, un co^te? terrible dans la nature,
comme dans le coeur humain, et l'on y sent une redoutable
puissance de cole`re. Quelle que soit la bonne intention des par-
tisans de l'optimisme, plus de profondeur se fait remarquer, ce
me semble, dans ceux qui ne nient pas le mal, mais qui com-
prennent la connexion de ce mal avec la liberte? de l'homme,
avec l'immortalite? qu'elle peut lui me? riter.
Les e? crivains mystiques, dont j'ai parle? dans les chapitres
pre? ce? dents, voient dans l'homme l'abre? ge? du monde, et dans le
monde l'emble`me des dogmes du christianisme. La nature leur
parai^t l'image corporelle de la Divinite? , et ils se plongent tou-
jours plus avant dans la signification profonde des choses et des
e^tres.
Parmi les e? crivains allemands qui se sont occupe? s de la contem-
plation de la nature sous des rapports religieux, deux me? ritent
une attention particulie`re: Novalis comme poe`te, et Schubert
comme physicien. Novalis, homme d'une naissance illustre,
e? tait initie? de`s sa jeunesse dans les e? tudes de tout genre que la
nouvelle e? cole a de? veloppe? es en Allemagne; mais son a^me pieuse
a donne? un grand caracte`re de simplicite? a` ses poe? sies. Il est
mort a` vingt-six ans; et c'est lorsqu'il n'e? tait de? ja` plus que les
chants religieux qu'il a compose? s ont acquis en Allemagne une
ce? le? brite? touchante. Le pe`rede ce jeune homme est morave; et,
quelque temps apre`s la mort de son fils, il alla visiter une com-
munaute? de ses fre`res en religion, et dans leur e? glise il entendit
chanter les poe? sies de son fils, que les moraves avaient choisies
pour s'e? difier, sans en connai^tre l'auteur.
Parmi les oeuvres de Novalis, on distingue des hymnes a` la
nuit, qui peignent avec une grande force le recueillement qu'elle
fait nai^tre dans l'a^me. L'e? clat du jour peut convenir a` la joyeuse
doctrine du paganisme; mais le ciele? toile? parai^t le ve? ritable tem-
ple du culte le plus pur. C'est dans l'obscurite? des nuits, dit un
poe`te allemand, que l'immortalite? s'est re? ve? le? e a` l'homme : la lu-
mie`re du soleil e? blouit les yeux qui croient voir. Des stances de
Novalis sur la vie des mineurs renferment une poe? sie anime? e,
d'un tre`s-grand effet; il interroge la terre qu'on rencontre dans
les profondeurs, parce qu'elle fut le te? moin des diverses re? volu-
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? CONTEMPLATION DE LA NATURE. 507
tions que la nature a subies ; et il exprime un de? sir e? nergique de
pe? ne? trer toujours plus avantvers le centre du globe. Le contraste
de cette immense curiosite? , avec la vie si fragile qu'il faut expo-
ser pour la satisfaire, cause une e? motion sublime. L'homme est
place? sur la terre entre l'infini des cieux et l'infini des abi^mes;
et sa vie, dans le temps, est aussi de me^me entre deux e? terni-
te? s. De toutes parts entoure? par des ide? es et des objets sans bor-
nes, des pense? es innombrables lui apparaissent, comme des
milliers de lumie`res qui se confondent et l'e? blouisseut.
IVovalis a beaucoup e? crit sur la nature en ge? ne? ral ; il se nomme lui-me^me, avec raison, le disciple de Sai? s , parce que ces', uans
cette ville qu'e? tait fonde? le temple d'Isis; et que les traditions
qui nous restent des myste`res des E? gyptiens portent a` croire
que leurs pre^tres avaient une connaissance approfondie des lois
de l'univers.
<< L'homme est avec la nature, dit Novalis, dans des rela-
<< tions presque aussi varie? es, presque aussi inconcevables que
<< celles qu'il entretient avec ses semblables, et comme elle se
<< met a` la porte? e des enfants, et se complai^t avec leurs simples
(i coeurs, de me^me elle se montre sublime aux esprits e? leve? s, et
<< divine aux e^tres divins. L'amour de la nature prend diverses
<< formes , et tandis qu'elle n' excite dans les uns que la joie et
la volonte? , elle inspire aux autres la religion la plus pieuse,
celle qui donne a` toute la vie une direction et un appui. De? ja`
chez les peuples anciens, il y avait des a^mes se? rieuses pour
<< qui l'univers e? tait l'image de la Divinite? , et d'autres qui se
<< croyaient seulement invite? es au festin qu'elle donne: l'air
<< n'e? tait, pour ces convives de l'existence, qu'une boisson rafrai^-
<< chissante; les e? toiles, que des flambeaux qui pre? sidaient aux
? danses pendant la nuit; et les plantes et les animaux, que les
magnifiques appre^ts d'un splendide repas: la nature ne s'of-
? trait pas a` leurs yeux comme un temple majestueux et tran-
>> quille, mais comme le the? a^tre brillant de fe^tes toujours non -
<< velles.
<< Dans ce me^me temps ne? anmoins, des esprits plus profonds
<< s'occupaient sans rela^che a` reconstruire le monde ide? al, dont
les traces avaient de? ja` disparu; ils se partageaient en fre`res le>>
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? 568 CONTEMPLATION DE LA NATURE.
<< travaux les plus sacre? s: les uns cherchaient a` reproduire par
<< la musique les voix de la fore^t et de l'air; les autres impri-
<<maient l'image et le pressentiment d'une race plus noble sur
la pierre et sur l'airain, changeaient les rochers en e? difices , et
<< mettaient au jour les tre? sors cache? s dans la terre. La nature,
<< civilise? e par l'homme, sembla re? pondre a` ses souhaits : l'ima-
<< gination de l'artiste osa l'interroger, et l'a^ge d'or parut renai^tre
<< a` l'aide de la pense? e.
<< Il faut, pour connai^tre la nature, devenir un avec elle. Une
? vie poe? tique et recueillie, uae a^me sainte et religieuse, toute
la force et toute la fleur de l'existence humaine, sont ne? cessai-
<< res pour la comprendre, et le ve? ritable observateur est celui
qui sait de? couvrir l'analogie de cette nature avec l'homme, et
celle de l'homme avec le ciel. >>
Schubert a compose? sur la nature un livre qu'on ne saurait
se lasser de lire, tant il est rempli d'ide? es qui excitent a` la me? -
ditation; il pre? sente le tableau des effets nouveaux, dont l'en-
chai^nement est conc? u sous de nouveaux rapports. Deux ide? es
principales restent de sou ouvrage; les Indiens croient a` la me? -
tempsycose descendante, c'est-a`-dire a` celle qui condamne l'a^me
de l'homme a` passer dans les animaux et dans les plantes, pour
le punir d'avoir mal use? de la vie. L'on peut difficilement se
figurer un syste`me d'une plus profonde tristesse, et les ouvrages
des Indiens en portent la douloureuse empreinte. On croit voir
partout, dans les animaux et les plantes, la pense? e captive et le
sentiment r-enferme? , s'efforcer en vain de se de? gager des formes
grossie`res et muettes qui les enchai^nent. Le syste`me de Schubert
est plus consolant; il se repre? sente la nature comme une me? -
tempsycose ascendante, dans laquelle, depuis la pierre jusqu'a`
l'existence humaine, il y a une promotion continuelle qui fait
avancer le principe vital de degre? s en degre?